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LE SERVICE DES PASSAGERS

»1. il, l'âge 160.

SCUTARI ET SES ENVIRONS

mobiles sur routes. Ce sont les Autrichiens qui en ont obtenu la concession ; la raison en est d'ailleurs simple : pour gagner l'Adriatique de Gettigné, il faut descendre en territoire autrichien à Cattaro, si l'on ne veut pas faire le détour immense par Antivari ; la route des voyageurs restera toujours cette voie directe qu'on franchit en moins de trois heures, alors qu'il faut huit heures sans arrêt et trois transbordements pour gagner le port monténégrin le plus proche ; le service des automobiles de Gettigné à Cattaro devait donc solliciter l'autorisation de traverser le territoire autrichien, et l'Autriche ne l'a accordée qu'à la condition que ses nationaux obtiendraient la concession du service (1).

(1) C'est la Compagnie Laurin et Klément de Bohême qui est concessionnaire de ce service automobile ; elle exploite pour l'instant trois lignes : celle de Rieka à Cettigné, celle de Cettigné à Cattaro, celle de Cettigné à Podgoriça ; elle doit étendre son service, mais cette extension est subordonnée à l'établissement de routes larges et en pente douce. Le service est encore insuffisamment assuré : pendant la saison d'été, il n'y a qu'un départ par jour en chaque sens, et la voiture contient huit places au maximum ; aussi les touristes ne trouvent-ils que difficilement de la place ; d'ailleurs, ce n'est que demi-mal : j'ai fait ces divers trajets en voitures particulières et en automobiles ; ceux-ci coûtent moins cher (6 couronnes de Cettigné à Cattaro, par exemple ; une voiture particulière est payée 20 couronnes de Rieka à Cattaro), ils vont plus vite, surtout à la descente (de Cettigné à Cattaro, on ne met guère que deux heures et demie en automobile, alors qu'en voiture il faut quatre heures ; pour monter de Rieka à Cettigné, il faut pre sque trois heures en voiture et une heure et demie en automobile); mais on est terriblement cahoté à chaque tournant et couvert de particules calcaires insupportables ; le trajet vaut qu'on l'accomplisse plus lentement et sans le voile de cette poussière.

La tenue des villes n'est pas un moindre sujet de comparaison. Voici Scutari, capitale d'un vilayet, grand centre des relations commerciales entre l'Occident et l'intérieur ; sa population est d'au moins 30 000 âmes, peut-être 40 000 ou 50 000. Les eaux se pressent à ses portes ; elle n'a su, cependant, ni établir une voirie, ni assécher ses marécages, ni régulariser le cours du fleuve qui l'entoure et l'inonde, ni entretenir ses rues, ni organiser des canalisations d'eau ; c'est la négligence radicale et systématique. Gettigné, si elle est la capitale d'un royaume depuis 1910, ne contient guère plus de 4000 habitants ; ses maisons sont toutes des plus modestes ; le palais du roi Nicolas est un simple bâtiment à un étage avec un large perron, et seule la présence d'un écusson et d'une sentinelle le différencie des demeures voisines ; la ville ne se compose que d'une seule artère, la Katounska Oulitsa, le long de laquelle se pressent les maisons, comme dans les gros villages d'Europe ; sa situation, à 700 mètres d'altitude environ, au cœur d'un massif calcaire, au centre d'un cirque de montagnes dont les flancs sont presque déboisés, dans un climat rigoureux, rendant malaisée toute culture, entrave le développement d'une cité. Cependant la propreté est parfaite, les rues entretenues, la voirie surveillée, l'éclairage public assuré par l'électricité et les moyens de communication commodes avec l'intérieur et la côte.

SCUTARI ET SES ENVIRONS

C'est de Cettigné que, par une route déjà fameuse et bien connue des touristes, on rejoint la Dalmatie : le chemin est tracé en pleine roche, et de ses méandres un panorama radieux se déroule devant les yeux, embrassant la côte et la mer à l'infini et sous vos pas à pic les bouches du Gattaro aux golfes profonds, montagneux et verdoyants, baignés jusqu'au pied des monts par l'eau bleue de l'Adriatique.

Cette voie d'accès vers Scutari restera longtemps celle préférée par les touristes ; la beauté de la rade naturelle de Cattaro invite au débarquement ; l'aspect magique des eaux éclairées, de la verdure littorale et de la masse rocheuse des montagnes au pied desquelles la ville est nichée, le pittoresque de celle-ci, avec ses fortifications, sa vieille chapelle catholique, son église serbe, ses forts, charment toujours le voyageur, qui goûtera d'autant plus la douceur de la rive et du climat qu'il quittera les sites rudes et les rigueurs de l'arrière-pays.

La troisième voie d'accès vers Scutari par la Boyana était tout entière en territoire turc : cela seul explique pourquoi elle n'était pas mise en valeur. Mais cette question se rattache au problème plus général des communications entre la plaine de Diakovo, Scutari et l'Adriatique, que je voudrais maintenant exposer dans son ensemble.

RENSEIGNEMENTS PRATIQUES

Scutari possède un hôtel médiocre, mais suffisant, de même que Cettigné. La ville ne présente pas grand attrait ; c'est le dimanche qu'elle est le plus intéressante, à cause des costumes à la sortie de l'église ; en quelques jours on peut visiter ses environs et son lac.

Si l'on va ensuite vers le sud de l'Adriatique, on prend le bateau du lac le matin ; à Novi-Bazar, on débarque vers midi, et le petit train vous conduit pour le soir à Antivari, où les bateaux du Llyod et de la Puglia font escale.

Si l'on rejoint Trieste, Fiume ou Venise, on a intérêt à passer par Cettigné. Partant à dix heures de Scutari, on est à quatre heures et demie à Rieka ; une voiture particulière vous conduit en trois heures à Cettigné (20 couronnes) ; de Cettigné à Cattaro, des automobiles autrichiens font le service en trois heures ; le prix est minime (6 couronnes), mais on y est très mal, cahotté terriblement, couvert d'une poussière de roches qui pique les yeux et cache le paysage. La voiture particulière est préférable. A Cattaro, les bateaux du Llyod font escale. Même si l'on va dans le sud, on peut prendre ce détour ; de Cattaro à Antivari. le bateau ne met que six heures. A Antivari un hôtel suffisant existe comme à Cettigné, et plusieurs offrent un gîte aux nombreux passagers de Cattaro. Aucun n'est encore bien installé. Ces excursions de Scutari à Antivari et de Scutari à Cettigné et Cattaro sont très belles et rentrent dans les voyages courants ; je recommanderai aux personnes ne voulant aller qu'à la porte de l'Albanie de tracer un circulaire Antivari- Vir-Bazar-Scutari- Rieka-Cettigné-Cattaro, qu'elles suivront agréablement en y consacrant une semaine.

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