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LE FIANCE DE LA MER

mi, redisnous ta gavotte !

« Redis-la nous, gentil sonneur, « Ou, par la Bretagne dévote , « Du biniou tu n'es plus l'honneur. »

Le roi du biniou, sensible à ces exhortations, recommence sa gavotte, d'abord lente, très tendre, évocatrice de rêve, folle soudain ainsi qu'un déchaînement de tempête.

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Dans la lande rougeoyante sous le soleil de midi, les petits Armoricains tournent, tournent encore, tournent sans trêve, avec au cœur le désir toujours plus ardent, la folie de se griser, de s'étourdir dans un vertige sans fin.

Lui, le ménétrier des âges disparus, voit comme à travers un brouillard les bras robustes des gars étreignant la taille des vierges aux yeux naïfs. Son âme de simple ne prend aucune joie à ces^enlacements gracieux; il souffre plutôt en sa sensibilité de poète, il souffre plutôt de la meurtrissure des bruyères roses et des genêts d'or écrasés sous les talons nerveux.

Muet, il baisse la tête, l'esprit emporté dans le rythme berceur du biniou.

Mais voici que brusquement une mélancolie s'allonge sur la campagne, apportée par les ombres du crépuscule. Un frisson de terreur parcourt les groupes tout à l'heure si joyeux. Peu à peu les mains se désunissent, les rondes s'arrêtent, disloquées.

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C'est l'heure où les pâles Morganes désertent les cavernes enténébrées, leur repaire de jour. Déjà, du haut du vieux manoir qu'un caprice de Satan échafauda sur la roche tremblante, on les voit qui descendent en rangs pressés, donnant la main aux Korriganes dont le regard fait mourir.

Ainsi qu'une troupe de ramiers surpris en leurs roucoulements, les danseurs, par bandes effarouchées, se sont échappés de la lande, vite évanouis à l'horizon, tel un nuage au gré du vent.

Seul , le musicien rêveur est resté dans la plaine hantée, mais le biniou ne gémit plus sous ses doigts habiles.

« Ami , redis-nous ta gavotte1.

« l^edis-la non?,, gentil sonneur, « Ou, par la *Bretagne dévote, « Du biniou tu n'es plus l'honneur ».

Ce sont les fées, diaphanes sous leurs

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voiles de gaze, ainsi que des hamadryades, ce sont les fées, déesses de minuit, qui supplient à présent le ménétrier las, qui le supplient de n'interrompre pas encore son exquise mélodie.

Lui, docile, reprend son instrument, et, encore une fois, dans l'air apaisé, s'exhale sa musique d'enchantement. Ce sont maintenant des rythmes nouveaux, sur des airs très anciens, du temps du roi Arthur et des chevaliers de la Table ronde.

Les fées aux cristallins éclats de rire , à leur tour, se sont éparpillées par la lande. Leurs doigts se sont rencontrés dans l'ombre , et la ronde s'est formée. Commençant aux pieds du ménétrier pour mourir dans un invisible lointain, sans doute au bord du rivage dentelé, c'est une fantastique faranrole, aux contours frémissants qui se détendent et se resserrent comme les anneaux d'un gigantesque serpent.

Du biniou aux mouvements las, endormeurs, peu à peu sont sortis des sons rau-

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ques, étranglés, une harmonie sauvage qui a fait se délier la chaîne des mains unies pour l'étourdissant galop. Dans un affolement brusque, toute la bande de sorcières, ainsi que de grands papillons de nuit, la bande des sorcières s'est élevée vers les hauteurs qui donnent le vertige, au-dessus des rocs inaccessibles.

Pour la seconde fois, le musicien est seul sous la voûte céleste où déjà des lueurs d'aube font pâlir les étoiles. Il marche sans but, sans pensée, jouant toujours, toujours, jouant à perdre haleine son air préféré, pâle souvenir d'une époque passée.

La tête emplie d'une griserie, titubant comme un malheureux pris de boisson , il rase le rivage aux multiples découpures.

A quoi songe-t-il, le prestigieux artiste? Peut-être à son gîte, là-bas, au bord des flots grondants, à la hutte grossière faite de troncs d'arbres, recouverte comme d'une toison de l'épaisse couche des varechs.

C'est là qu'il est né, c'est là qu'il coule

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son existence de poète épris d'un art idéal , près de ces splendeurs immuables : le ciel , la mer! Oh! comme il les aime, ces deux majestés sublimes, et comme il comprend la philosophie profonde qui se dégage de leur contemplation !

« Ami, redis-moi ta gavotte!

« Redis-la moi, gentil sonneur, a Et, par la 'Bretagne dévote, « Mon amant seras, sur l'honneur! »

Le ménétrier s'arrête en sa marche, surpris de la douceur infinie de cette voix qui semble sortir de l'onde, cent fois plus mélodieuse que l'âme de son biniou. Il ouvre ses grands yeux inspirés, et voit, au sein des flots, la fille du roi des Morgans qui l'appelle d'un geste alangui.

Courbée sur un coursier fringant, entourée des ondines, ses éplorécs compagnes, c'est ainsi qu'elle lui apparaît, c'est

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ainsi qu'il l'admire. Son regard émerveillé où passent comme des extases ne peut se détacher de l'alliciant spectacle. Il hésite

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pourtant, il hésite à entrer dans les flots écumants, à franchir le lit des algues pour suivre la reine charmeresse.

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Mais elle lui sourit avec tant de grâce, et son appel est empreint d'une tendresse si émue!

« Viens, dit-elle, mon fiancé, je t'atten- « dais. Viens! N'entends-tu pas le chœur « de mes compagnes qui te souhaitent la « bienvenue en hymnes d'allégresse ! Viens , « ô poète! je suis la bien-aimée que la des- « tinée envoie à ta rencontre. Viens, oh! « viens vite!... »

Le musicien sent sa poitrine se briser sous les battements de son cœur. Sa douleur est cruelle et en même temps exquise.

Maintenant il n'hésite plus. Ayant donné un suprême baiser à son biniou, il met le pied dans l'onde. Il marche, il marche, mais à mesure qu'il s'avance, la Morgane s'éloigne; bientôt, entraîné dans un tourbillon, il disparaît sous les vagues...

Et, longtemps encore, au-dessus de la mer qui s'est refermée, pudique, on entend un magnifique chant d'hyménée, répété d'écho en écho le long des grèves désertes.

Jacques Yvel.

CHc^V^SOU^ WloAlVE

Irène

Reine Et Chantereine Qui s'en allaient parmi la plaine Rencontrèrent un chevalier;

Irène

Dit :

Parmi la plaine ■ Sire j'ai cueilli la verveine Pour votre bras de cavalier;

Et Reine

Dit :

Pour votre peine Voici prise la marjolaine Et l'aubépine des halliers;

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Chanter eine Dit :

Des fleurs de frêne Prises dans là forêt d'ébène Je veux orner ton bouclier...

Le chevalier reçut d'Irène Les pâles fleurs de la verveine

Le chevalier reçut de Reine Les touffes de la marjolaine

Et des deux mains de Chantereine Les beaux bouquets de fleurs de frêne...

Mais Dame' Naine

La châtelaine A pris au chevalier ses fleurs Et lors sont mortes les trois sœurs...

Edmond Pilon.

Le Gérant : J. DES GACHONS.

Imprimerie Girard, 8, rue Jacquier, à Paris.

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