HÉRACLÈS AUX SERPENTS
( Traduction de Théocrite)
Or, Héraclès avait dix ans d'âge et son frère Iphiclès une nuit de moins. Un jour, leur mère Les coucha, tous deux bien lavés et bien nourris, Dans un grand bouclier d'airain que son mari Avait à Ptèrèlas pris dans une bataille. Caressant doucement leurs fronts de même taille : « Dorme% , dit-elle, enfants, d'un paisible sommeil Qu'interrompra demain un aimable réveil.
Dormes heureux, heureux revoyez la lumière. » Ils s'endormirent donc sous sa main familière , Tandis qu'elle berçait le vaste bouclier. La moitié de la nuit avait déjà brillé Et l'Ourse peu à peu s'inclinant vers le pôle , Auprès d'elle Orion montrait sa large épaule, Quand la perfide Hèra conduisit, jusqu'aux murs Du palais , deux serpents hideux squammès d'azur. Les monstres, déroulant leurs anneaux, couple avide De sang, rampaient sans bruit vers le berceau d'Alcide ; Les yeux en feu , bavant un venin écumant , Ils glissaient et dardaient leur langue horriblement Alors , car rien n'échappe à Zeus , les fils d'Alcmènc
des Légendes 63
S'éveillent , l'air s'emplit dune clarté soudaine. Iphiclès près de lui voit les crocs menaçants , Tressaille, veut s'enfuir, éclate en cris perçants Et rejette, du pied, la toison qui le couvre. Mais Héraclès se dresse, impétueux , il ouvre Chaque main et saisit les serpents furieux Gonflés a un noir poison que redoutent les dieux. Cenx-ci tordent leurs corps en rapides étreintes Autour du tendre enfant ignorant de la crainte , Puis enfin sous les doigts qui leur pressent le col Tous deux, inanimés , s'affaissent sur le sol. Alcmène , aux cris poussés, s'est levée ; elle appelle Son époux , la première : « oAmphitryon , crie-t-elle , Debout! Viens! Ne mets point tes sandales... J'ai peur. Entends-tu notre enfant? Uois-tu cette lueur Sur nos murs, quand l'aurore est si loin?... Yiens,tedis-jc. Dans la maison — c'est sûr — il se passe un prodige ! » L'époux s'émeut et sort de sa couche. Il avait Toujours une arme prête au bois de son chevet : Il prend le baudrier, il tire , inoccupée, Du fourreau de lotus sa magnifique épée... Li chambre tout-à-coup retombe dans la nuit! Il cherche donc ses gens , les éveille à grand bruit : « Leve\-vous , mes amis! rVitc , que l'on apporte Des flambeaux et tireç la barre à chaque porte! C'est moi qui vous appelle! » Et chacun d'accourir, Flambeaux de s'allumer, maison de se remplir.
L'oAlbum
Héraclès en ses poings tenaces et fragiles Serrait encor le cou des deux puissants reptiles. On l'aperçoit, on jette un cri d'horreur... Mais lui' Les agite en riant , et son père ébloui Le voit, dans le transport d'une enfantine joie , Déposer à ses pieds son effrayante proie. Alcmène sur son sein presse Iphiclès transi , Et sous la toison chaude ayant remis aussi L'enfant que son courage a fait l'égal d'un homme . Amphitryon pensif va reprendre son somme.
Marc Legrand.
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F/e«r d'dAvrxl, dessin d'Alexandre Séon.