LE GUI SANGLANT
A Alfred V 'ailette.
En ces temps-là vivait en Campine un homme si vieux, si lamentablement cassé par les années qu'il n'avançait plus guère qu'en se traînant sur le sol, balayant de sa longue barbe blanche la poussière des chemins. Des maux sans nom torturaient sa carcasse informe et telle était la hideur de son visage boursoufflé de plaies ignobles que ceux de sa tribu le chassèrent à coups de pierres des villes et des bourgs.
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Il se réfugia au plus profond de la forêt. Longtemps il rampa d'arbre en arbre, se nourrissant de mûres, de myrtilles et de glands, sommeillant sur la mousse, buvant dans ses deux mains l'eau jaunie des fossés.
Un jour, il arriva auprès d'un chêne géant dont le feuillage étalait sur le gazon une couronne d'ombre et de fraîcheur. Au bord du tronc, bâillait un trou énorme, comme une gueule de caverne. Le vieillard s'y blottit péniblement et c'est là qu'il vécut à l'abri des tempêtes qui rugissaient douloureusement par la forêt durant les nuits d'hiver, à l'abri des injures et des pierres lancées par les hommes.
Or, un matin d'automne, il vit arriver quatre druides qui, sur chaque chêne de la forêt, cherchaient le gui sacré.
En l'apercevant ils clamèrent des cris d'indignation et de rage :
— Un homme dans l'arbre sacré! Un homme dans l'arbre sacré!"
Ils se précipitèrent sur le vieillard, l'ar-
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rachèrent de son refuge et lui piétinèrent le crâne.
La cervelle jaillit en sept rayons très minces jusque dans le trou du chêne où le vieillard, si souvent, avait maudit la cruauté des hommes.
Au plus fort de l'hiver, pendant la Nuit- Mère, le sixième jour de la lune, les druides suivis de tout le peuple s'en vinrent dans la Forêt. Devant eux six vierges armées de gaules conduisaient les trois taureaux qu'on offrait chaque année au dieu Wotan.
Le peuple fit cercle autour du chêne séculaire et entonna un hymne à la gloire du dieu terrible.
Quand les voix se furent tues, huit druides tendirent sous l'arbre la saie toute blanche qui devait recevoir le gui.
Le Grand Druide prit une faucille d'or grossièrement sculptée et se prosterna au pied du chêne en prononçant les paroles sacrées que les servants reprirent en chœur.
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Ensuite, quelques hommes enlevèrent le grand-prêtre, le placèrent sur un bouclier et le hissèrent jusqu'au gui qu'il coupa solennellement avec des lenteurs dévotes...
Là-haut, dans le ciel blême d'hiver, les yeux vagues et tristes de la lune regardaient la scène et semblaient pleurer des larmes noires...
Quand la faucille eut détaché le gui du chêne, le grand-prêtre, le bras étendu audessus de la saie, la montra au peuple prosterné et marmottant des rythmes.
Tout-à-coup, le gui se mit à saigner... De larges gouttes de sang tombaient une à une, souillant l'immaculée blancheur de la saie... Et, à mesure que tombaient les gouttes, le gui diminuait; il se fondait sous la lune, comme un glaçon au grand soleil...
Bientôt, il n'y eut plus qu'une goutte, et cette dernière tombant à son tour, semblait une étoile filante vaguement rosée...
Dans la saie, le sang avait formé une
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large couronne rouge d'où sept rayons blancs jaillissaient vers l'infini...
Un nuage survint qui voila la lune et l'ombre se fit...
Le peuple s'enfuit épouvanté, car il comprit alors que c'était le cœur même du Dieu qui avait coulé en larmes rouges et ensanglanté la saie.
Roland de Mares.
'oiseau bleu de l'espoir vola de saule en saule Devant elle , par les routes où le vent rit De venir de la forêt et du pré fleuri , Et Voisel se perchait parfois sur son épaule.
Une robe de joie et de joyaux d'orgueil
Laissait vivre en ses plis des trames de chimères.
L'aurore a dèfeuillé les roses éphémères
Et le chemin est morne à l'étrangère en deuil!
Son sourire habita les palais de l'Été, Les automnes en ses tristesses ont été! Sa douceur porta des palmes et des colombes.
Ce fut son âme une guerrière aux belles armes Qui regardait, le soir, sur la pierre des. tombes, JL'ombre des noirs cyprès grandir comme des larmes! Henri de Régnier.
ÇMcA%GUERlTE cAU ROUET
Pour oAndhrè des Gâchons.
ous qui faites la jolie et l 'enjôleuse Marguerite au rouet lent pourquoi filer? — — Je veux faire une ceinture merveilleuse Pour donner à mon Gottlieb ensorcelé —
(- Sur le pont d'Qdvignon ira-t-il danser ?
— La mignonne, vous qui faites l'endormie, La mignonne au rouet lent pourquoi songer? —
— Je veux être de Gottlieb la douce amie Et lui ceindre mon costume d'or frangé —
Sur le pont d'Avignon iront-ils danser?
Elle n'est plus la jolie et l'enjôleuse
— Marguerite au rouet lent pourquoi pleurer?
Elle ne filera plus ô la fileuse :
Son Gottlieb d'une autre ècharpe s'est paré.
Sur le pont d'Avignon qui viendra danser? Tristan Klingsor.