APRÈS LA CHAIR ENTREV UE POINT DÉSIRÉE MAIS S EULEMENT ADMIRÉE
Au Sâr Pela dan.
Le prince Blancvisage avait grandi , seul , dans le superbe et sombre castel de ses aïeux défunts.
Un vieux valet ignorant, et d'ailleurs muet, accomplissait ses ordres avec la précision froide d'un être né seulement pour servir. Quand on lui légua ce fidèle domestique — seul vivant qu'il vit jamais — et quand moururent les siens, deux bons et doux seigneurs, aujourd'hui Saints en Paradis, le prince Blancvisage n'était qu'enfantelet chétif au berceau.
. Il grandit seul et chaste.
Tôt, la Sainte musicienne qui protégeait sa petite tête imaginative lui apprit à imiter sur l'orgue les harmonies de la nature
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et le chant des oiseaux. Il aimait aussi à tailler le bois, à sculpter la pierre. Il faisait fort habilement des chaises à longs dossiers ornementés de palmes et des tabourets dont les pieds étaient des rats fuyards ou des lièvres timides, tels qu'il en avait vu aux détours des sentiers de la forêt ou des corridors du château. Certain arbuste surtout avait excité sa convoitise d'artiste. Il avait taillé dans un tronc de chêne et fait sortir, un jour, une branche feuillue et fleurie de Rosier. Il avait composé des couleurs et avait trouvé pour ses roses de tels tons de chair et de tels rouges de lèvres, qu'au soir il se prit à baiser ces fleurs nées de lui. Puis il en eut comme un malaise qui l'attrista pendant des heures. Il était toujours gai, d'ordinaire, mais d'une gaîté calme ne se manifestant qu'en sourires. Il souriait au soleil, à la verdure, à la fraîcheur du soir, à la lune, au rossignol amoureux, et même, douce naïveté, aux vapeurs des viandes cuites au retour des chasses au loup fiévreuses. Puis, dans
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la chapelle dédiée à Sainte Cécile, à l'orgue docile, il chantait les louanges du créateur. Sans savoir, il vivait parmi le Bonheur. Il n'aurait su imaginer le crime ni la souffrance. Ses jours étaientcalmesetdroits. L'aventure du baiser à la Rose lui sonna sa vingtième année, l'avènement des heures conquérantes. Il dormit mal la nuit suivante, puis, au matin, quand le soleil vint réchauffer son front et rouvrir ses paupières, il courut, vite vêtu de ses plus beaux habits, à la fleur de ses rêves. Il s'inclina devant elle, respectueux de sa beauté, et se prit à chanter des chants jamais ouïs et qui l'enchantèrent lui-même... Tout à coup, il se détacha de l'arbuste, quintessence de songes, une forme radieuse qu'il n'avait point imaginée : une fée nue aux longs cheveux d'or, et qui passa devant lui, gracieuse et chastement impudique... Elle alla vers le bois, vers le lac...
— « Mon frère, mon Doon fidèle, vite, la barque... »
La fée des fleurs du rêve, la Femme,
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mi-plongée, allait sans se retourner, sans ralentir sa fuite, point peureuse, plutôt obéissante à quelque Idée planante. Le prince Blancvisage, en extase, ne réprimandait ni n'excitait son batelierplein, du reste, d'ardeur machinale... Mais la Barque soudain s'arrêta, à quelques pas de la rive op-
posée et la forme de chair s'évanouit parmi les fougères et les amandiers.
Il eut, dès lors, la première mélancolie des défaites de la volonté...
Un son lointain de cloche acheva de troubler le jeune homme.
Ce soir-là , en toute naïve habituelle piété, le Petit Prince ignorant et si inventif, revêtit sa robe de priant, et, dans la chapelle du château, comme il avait accoutumé
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chaque soir, chanta les louanges du Créateur avec lequel il partageait la gloire de ce miracle.
« Et maintenant, dit une voix céleste dont la douceur l'auréola de caresses, et maintenant, mon chaste fils, il faut poursuivre ton chemin... il faut aller plus avant. La Vision suffit à des âmes comme la tienne. Garde de la passante de chair un souvenir pieux. Car le Beau est divin, et la Passante était belle. Mais ne t'arrête point à de vains songes de possession. N'aie nul souci; retourne au lac, rien désormais ne t'arrêtera plus sur la voie toute tracée de ta merveilleuse destinée. »
Le lendemain , il exécuta l'ordre d'en-haut et refit le chemin parcouru à la suite de la Fée aux cheveux blonds. Cette fois , la barque voulut bien aborder. Mais la rive n'était plus un bois d'amandiers tapissé de fougères : c'était un rude coteau et sur son faîte sommeillait un beau sentier de sable rose. Il gravit le coteau et longea le chemin. Alors se découpa à l'horizond'azur unecroix indi-
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catrice couronnant un castel inconnu. Il s'agenouilla, puis marcha vers la croix. La cloche de la veille sonna commedes glas de joie.
Le monument était une abbaye désertée, ensoleillée spendidement de calme. D'abord le voyageur si bien guidé rendit grâces à la Sainte toute puissante qui l'avait initié aux mystères bienheureux de la musique des sons, des couleurs et des idées. Il se sentit alors tellement dans son royaume à lui qu'il héla son frère Doon, gardien de la barque d'expérience, désormais inutile...
« Doon, Doon, détache l'esquif et qu'il aille au-devant de nouveaux passagers. Pour nous , le port vient de s'ouvrir... Voici notre demeure... »
Et Blancvisage montra l'abbaye enguirlandée de roses et de chèvre-feuilles tôt venus.
Pour la première fois Doon sourit, comme illuminé intérieurement, tout à coup conscient de cette vie et des espoirs superbes de la foi.
Même, il parla.
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« Maître, votre croyance est mienne et ma vie sera vôtre, toute... J'ai compris... L'aurore se lève au fond de mon cœur et je vois s'avancer vers moi un terrifiant et splendide cortège de pensées neuves. Mon bon maître, votre belle vie de sagesse et de respect entraîne avec soi ma pauvre vie obéissante, commeunenfant émerveillé... »
Tous deux, depuis lors, vivent là, en toute solitude en eux-mêmes, en toute joie de l'harmonie d'alentour, en tout respect pieux des Beautés de la vie élue, en tout bonheur...
Blancvisage jadis sculptait des rieurs et des animaux , maintenant, par delà la chair entrevue , point désirée mais seulement admirée, le voici Poète et prêtre d'un Artdivin. Il vivait de formes imaginées, il se nourrit à présent de désirs continus de pensées... Il ascensionne vers le ciel du Toujours, parmi les entretiens des Anges fascinateurs, éducateurs zélés du très large Demain attendu...
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Quand on m'eut conté ce conte aux si chastes conclusions, je. restai d'abord rêveur. Puis, un soir, m'enhardissant, je demandai, pour le soulagement de ma Raison désireuse de tout équilibrer, quelle était cette fée entrevue et aussi qui l'avait envoyée... On ne sut point me satisfaire...
« Mon enfant, me répondit-on, le pieux prince et poète Blancvisage ne le sut point , et d'ailleurs il ne le demanda jamais. »
JACQUES DES GACHONS.
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Dansâtes cheveux d'or vieil, ô Dame, Tout un jour d'automne agonise :
Bois fauves en la brume grise, Et ciel saignant comme mon âme.
Et ta voix qu'on ne saurait dire :
Chanson de source en l'herbe brune, Ou plainte d'une qui soupire Dolentement au clair de Lune!
Et tes doigts frêles , 6 doigts tristes Ce soir d'amour, doigts fuselés OU se pâment des améthystes ,
Et cet air des vieux temps aimés.
Tels d'une vierge primitive Tes grands yeux d'enfant maladive.
Lkon-Louis Denis.