‹ L'Album des légendesChapitre 9 sur 86 · LÉGENDE D'AUTOMNE · texte numérisé non relu

LÉGENDE D'AUTOMNE

... Elle allait lentement parmi la chanson triste des feuilles tombées, elle allait tristement vers la vallée, à travers le bois du coteau mouillé, rouillé. C'était le matin, — un matin clair à la fois et incertain , comme des yeux qui viennent de pleurer...

A mi-côte, dans la clairière au ga\on malade, elle s'arrêta, et sa pensée se fondit

des Légendes 87

avec le paysage d'or , an lointain gris d'a\ur à l'agonie... Ce ne fut point un rêve, mais une immense souffrance inexpliquée. Douleur qui s'aggravait étrangement d'une ultime ardeur que ses regards chantaient férocement ; jouissance acharnée au passé riant dans la peur d'un demain banal. L'automne ressemble au convoi d'une grande amoureuse morte d'avoir trop aimé : c'est le soleil glorieux qui a tué les beaux désirs d'avril. . .

Péniblement , goutte à goutte, elle saigna ces mots de douleur :

« Je suis celle qui n'attend plus personne , qui n'espère plus rien , celle qui s'en va. L'eau tombe, tombe et fait plus molle la terre où je dois creuser ma tombe , ma tombe. Des rameaux morts seront les palmes dont se couvrira ma poitrine apaisée et froide... »

La pluie pleurait du ciel sali de tristesse. Alors la passante transie trembla et s'appuya

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gémissante au tronc gluant et glacé d'un bouleau. Elle ne pensa plus, elle ne souffrit plus et s'effondra vite confondue avec les fougères rougies et les chardons aux cœurs envolés...

Jacques Blanchedieu.

Le Gérant : J. DES GACHONS.

Imprimerie Girard, 8, rue Jacquier, à Paris.

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