‹ L'album du touriste [microforme]Chapitre 103 sur 140 · EUSTACHE PRUD'HOMME · texte numérisé non relu

EUSTACHE PRUD'HOMME

Voici un chapitre où surnageront bien des souvenirs intimes, des réminiscences personnelles. Qui peut revoir, sans émotion, toutes les scènes enchantées de sa jeunesse, où se groupent, ces heures roses trop tôt envolées, qui constituent l'aurore de l'existence ? Je demande donc bien pardon au lecteur, si parfois j'ai à l’entretenir de mon passé !

Seigneurie de la Rivière du Sud, et vous, giboyeux fief Lépinay (1), quand par la grâce de la compagnie de la Nouvelle-

(1) Un correspondant de Beauce, C. G. C., a l’obligeance de fournir les renseignements additionnels :

‘ La seigneurie de la rivière du Sud a été concédée à Jean-Baptiste Couillard, ‘ sieur de l’Epinay, conseiller du Roi et son procureur en la provosté de Québec.

5 J'ai toujours entendu dire que Jean-Baptiste Couillard, l’un des soigneurs primitifs de la rivière du Sud, avait été tué par les Anglais, dans le bois où il avait pris refuge conjointement avec trois de ses cénsitaires.

‘ Il paraîtrait que le fief l’Epinay est inclus en triangle dans la soigneurie de Saint-Thomas, autrefois Pointe à la Caille,

‘ Il y avait aussi la soignourie de l’Epinay, au village de Charlesbourg, avec

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SAINT-THÔMAS. 281

France, vous échâûtes en concession le 5 avril 1646, au chevalier Chs. Huault de Montmagny, et à M. J. B. Couillard, sieur de Lépinay. Le 7 avril 1701, vous étiez loin de soupçonner alors l'importance que vous acquerriez, lorsqu'une charte d’incorporalion vous octroierait le nom de Montmagny ! Vous avez abrité, pendant plus d’un quart de siècle, le foyer d'un homme d'état, qui se plaisait à faire jaillie sur votre front quelques rayons de sa propre gloire ; ce n’est pas le moindre fleuron de votre couronne.

Saint-Thomus, boau, splen ide et populeux village ;

Fameux par sa rivière au sinueux rivage |

C’est 1à qu'ont vu le jour de grands cultivateurs,

D'iilustres députés, d'éloquents orateurs ;

Létourneau, les Couillard, les Perreault, les Bourdages,

Et puis un nombre encore de dignes personnages ;

Les Têtu, pléïade en ce noble pays,

Ont trouvé lour berceau près de ces bcrds fleuris.

Muis son plus noble enfant, c’est sans contredit Sir Etienne.

Tout en jetant des chars un rapide regard sur l'élégante villa de l’hon. M. Beaubien, siége d’une savante agriculture, nous filons vers la station où nous descendrons à l'hôtel de M. Dion; là, l'auteur de la Grand-Tronciade, avec ses vaillants chevaliers de la Table ronde, préludait par une rasade de «bonne jamaïque, au savoureux maccollomme » : ambroisie peu dispendieuse, qu'il ne trouva mousseuse, suave, amère, qu'à la station de l'Islet.

O Montmagny, ou mieux Saint-Thomas, je vous salue cordialement, vous que je contemplai, jeune enfant, pour la première fois en 1829 ! Après Québec, ma ville natale, pour moi le lieu le plus cher ?

plus de six rangs de concessions, et qui appartenait à Jean-Baptiste Couillard, sieur de l’Epinay.

“ Chs. Couillard, de Beaumont, était le seigneur primitif de Beaumont, et avait obtenu des lettres de noblesse.

J'ai vu, il y a plus de trente ans, los ruines, à maréo basse, de la première église de Saint-Thomas, le long du fleuve, parallèlement à celle de Berthier, c’est la troisième église depuis deux cents ans. Les battures se sont avancées d’une à deux lieues depuis ce temps dans les terres.

‘ Le bassin de Saint-Thomas primitivement était large de huit pieds, et on pouvait la traverser, d’un bout à l’autre, sur un arbre qui était tombé en travers. Le saumon abondait au bord de 1a chute de la rivière du Sud.

‘ Nouvelle-Beauce, 14 janvier 1871, ”?

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Que de cœurs généreux ont cessé de battre ! que de mains amies, que j'ai pressées, se sont engourdies de l'éternel sommeil, depuis le temps où, marmot indiscipliné, j'arpentais sans souci, les près, les bois, les grèves vastes et vaseuses de Saint-Thomas de la Pointe-à-la-Caille, Le vieil athlète de notre arène parlementaire, lequel alors n'était ni chevalier, ni aide-de-camp de la Reine, mais simplement médecin dévoué, plus tard Sir Elienne-Paschal Taché, lui, dont la science avait su prolonger les jours de mes vieux parents et m'arracher moi-même anx atteintes de Ja mort, lui, mon vieil ami, à qui j'inscrivais par reconnaissance le travail littéraire auquel je tiens d'avantage (1) ; il a succombé! Le 3 août 1865, j'allais, avec tout Québec, verser sur sa tombe une larme sympathique.

Un autre ami de mon enfance, un des piliers de la paroisse, l'excellent (2) curé, Jean-Louis Beaubien, plein d'honneurs et d'années, celui qui-nous enscignait le catéchisme pour la première communion, à nous tous, revèches bambins de l'école du village, celui que nous crûmes si impitoyable, le jour, à l'approche de la première communion, où il nous força à aller piteusement demander aux propriétaires pardon pour les pommes que nous avions dérobées, par un beau clair de lune, avec la seule fiche de consolation, si encore c'en était une, qu'au moins son propre neveu avait à partager avec nous cette disgrace, il est mort !

Il n’est plus, notre bon prêtre, Le vieillard aux cheveux blancs !

Y avait-il un seul coin de notre petit royaume, ce célèbre

(1) “ L'Ornithologie du Canada. ??

(2) En 1759, Saint-Thomas était desservi par Messire de Maïson-Basse, Jean Bte. Petit-Maison-Basse, né le 16 janvier 1721, fut ordonné le 19 septembre 1744, et nommé curé en 1749, à Varennes ; en 1750, missionnaire de Terrebonne. Il fut curé de Saint-Thomas depuis 1756, jusqu’au 21 décembre 1780, où il décéda à cette date, âgé de 61 ans. L’excellent Messire Jean-Marie Verreau, premier curé résident de Sainte-Marie de la Beauce, devint curé de Saint-Thomas, en 1796, et continua de l’être jusqu’à sa mort, arrivée le 19 août 1817, âgé de 78 ans. En 1817, Messire Jean-Louis Beaubien fut nommé à cette cure. Jean-Louis Beaubien, né à la Baie du Febvre, le 25 décembre 1787, fils de Louis Besubien et de Jeanne Manseau, ordonné le 28 octobre 1810 ; vicaire à Varennes, 1812 ; missionnaire à Saint-Jean d'Halifax, 1818 ; curé de Champlain et de Batiscan, 1819 ; de Saint- Thomas jusqu’à sa mort, arrivée le 17 janvier 1862, à l’âge de 76 ans.

fief Lepinay, avec ses trenle-six co-seigneurs, sans compter les Couillard, les Oliva, les Beaumont, qui nous fût inconnu ? Y avait-il un seul rapide, une fosse, dont la mugissante rivière du Sud, le bras Saint-Nicolas aux ondes ténébreuses, la petite rivière des Perdrix, son tributaire, où nous n’eussions jeté notre ligne pour la carpe, le féroce brochet, la truite tachetée ?

Y avait-il une coulée, un ravin, un taillis, un orme du manoir seigneurial, que nous n'eussions mille fois exploré en quête de nids et d’oisillons ?

Y avait-il un site, à partir de l’«llot au petit Couillard, » près de la chaussée de la rivière, si bien décrit par l'auteur des Anciens Canadiens, à aller à l'écore où gisaient les ruines de l'ancienne église, sans oublier l'historique Rocher de la Chapelle, qui eût échappé à nos incessan'es perquisitions ?

Les hautes marées du printemps et de lautomne qui rongent les écores chaque année, exposent à la vue des formations qui ne seraient point sans intérèt au point de vue de la gcologie. Sous d'épaisses couches de glaise, l'on découvre des troncs d'arbres transformés en une substance semblable à la houille, dans les districts houilliers de la Grande-Bretagne. Depuis combien de mille ans, le soleil a-t-1l cessé de luire, et élail-ce le même soleil d'aujourd'hui, qui alors luisait, sur les forêts dont on aperçoit maintenant sous terre les décombres ? Voilà d'intéressants problèmes pour nos Logan, Sterry Hunt et consorts.

Pour le patriote, Saint-Thomas était bien une terre classique, en 1837.

Elle fut la douce patrie de Sir. E. P. Taché, aux jours gal- Jants de sa jeunesse ; à son âge mür, et au temps glorieux de sa vieillesse, elle vécut de sa gloire, Pendant de longues années, elle abrita également lintrépide colonel Dambourgès, la terreur des Yankees au Sault-au-Matelot, le 31 décembre 1775. Saint-Thomas a donné au sacerdoce de vertueux prêtres ; au banc, des juges habiles ; au barreau, des protecteurs de la veuve, de l'orphelin et de l'orpheline ; à l'armée, de braves officiers ; aux lettres, des littérateurs pleins d'avenir. Espérons que parmi ces derniers, un surtout, l’auteur de Français de

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Bienville, tracera ses fastes avec sa plume d'or. Déjà, M. Eugène Renaud, du Courrier du Canada, a su enrichir notre jeune littérature, d'une charmante chronique sur Saint- Thomas, que l’on trouvera aux Soirées Canadiennes pour 1864. Grâce à cet agréable conteur, la Vieille Eglise de 1770 de la Pointe à la Caille ; le Rocher de la Chapelle ; la Chapelle du Rocher ; Mademoiselle la Veuve ; voilà, autant de palpitants souvenirs pour la conservation desquels sa paroisse natale lui doit reconnaissance. Je regrette infiniment que le manque d'espace m'empêche de les insérer. Laissons-lui loutefois décrire le héros (1) de la Rivière-du-Sud,

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