‹ L'album du touriste [microforme]Chapitre 105 sur 140 · SAINT-JEAN-PORT-JOLI · texte numérisé non relu

SAINT-JEAN-PORT-JOLI

une aimable famille, aux mœurs patriarchales des anciens jours.

Le chef, ornithologiste pratique, possède une volière superbe d'oiseaux indigènes. Que de fois mon oreille a été captivée par les chants de nos oiseaux canadiens dans mes étapes pendant mes mille et une courses dans la Province de Québec !

Jl n'y a pas seulement le château féodal de l'hon. L. J. Papineau, à Monte-Bello, où le charme d’une volière ajoute aux autres charmes du paysage ; mes amis, M. Jas. Oliva, à Montmagny, M. le notaire Duval, à Saint-Jean-Port-Joli, une fouled’amateurs, clercs et laïques dans tous les coins du Canada, retiennent, dans de verdoyants alcôves, quelques-uns des chantres de nos bocages, pour les charmer par leur mélodie, pendant les sombres journées de l'hiver. Je conserverai toujours une douce souvenance d’une expédition que le brave notaire me fit faire dans une érablière de Saint-Jean. C'était le le 45 avril ; pendant tout le trajet à la sucrerie, les chaumes en partie découverts, étaient encombrés d'oiseaux blancs. Saluons ces constants amis de chaque automne, avec notre regretté poëte et historien, F. X. Garneau :

Salut, petits oiseaux, qui volez sur nos têtes, Et de l’aile en passant effleurez les frimas ;

Vous qui bravez le froid, bercés par les tempêtes, Venez tous les hivers voltiger sur mes pas.

Ce paysage de Saint-Jean-Port-Joli d'où s'échappe dans le lointain, au nord, cette île ou batture chère aux chasseurs, la batture aux loups-marins, qui vivra à jamais, grâce aux Mémoires de M. de Gaspé, va nous fournir l’occasion d'admirer une des belles pages de Charles Guérin :

«Devant eux coulait le Saint-Laurent, large autant que la vue pouvait porter. Sur l'horizon se dessinaient bien lointaines, les formes indécises des montagnes bleuâtres du nord ; une petite ile verdoyante reposait l'œil au tiers de la distance, et semblait souvent, lorsque les vagues s’agilaient, osciller elle-même, prête à disparaître dans le fleuve. La vaste nappe d’eau présentait trois ou quatre aspects différents. La marée

montait dans la petite anse............; la brise s'élevait avec

la marée, et l’eau plus épaisse prenait une teinte brune ; à droite, on découvrait une grande étendue d’un azur tranquille, à gauche, éclairée par un soleil d'automne, l’eau paraissait comme une large plaque d'argent inerustée d'or; une marque d’écume blanche séparait cette partie de l’autre : c’était l’endroit où une petite rivière, traversant un lot de cailloux, se jetait dans le fleuve. »

Ajoutez au paysage : une longue volée de bruyantes outardes, remontant en droite ligne des battures de Kamouraska : ou une bande de canards noirs, rasant la surface des eaux; vous avez : la Batture aux loups-marins ; l'Anse de Saint-Jean- Port-Joli ; laRivière-aux-Trois-Saumons, le tout illuminé d’un pâle soleil d'automne.

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