TROIS-PISTOLES
des Trois-Pistoles ; un jour, arrive sur la rive opposée, un chasseur :
«—Combien pour me traverser ? » demanda ce dernier, —Trois pistoles, seigneur, » répliqua le pêcheur, qui était aussi le batelier de l'endroit,
—Quel est le nom de cette rivière ?
—[ile n'a pas encore de nom ; on la baptisera plus tard,
—Eh bien ! nommez-la Trois-Pistoles.
«Telle est la tradition dans ma famille, depuis plus d'un siècle, » me disait un résident de l'endroit, M. d'Amour, sur l'origine du nom.
Cette rivière est fort rapide ; ses bords, escarpés son onde fait tourner des usines et de grands moulins à scier elc., jadis construits par MM. Nazaire Tètu et Cie., maintenant exploités par M. Marchemont, de Québec. Les travaux de laligne Intercoloniale y sont sur une échelle trèsvaste. Un éboulis, en octobre dernier, sur une superficie de quatre arpents, a jonché l'entrée de la rivière de cailloux, de terre, et d'arbres qui sont encore debout et verdoyants.
Ce fond de glaise promet aux constructeurs du chemin de sérieux embarras. Faites quelques pas ! montez la grande côte des Trois-Pistoles, et vous apercevrez le florissant village, avec un luxe d’églises, pas moins de deux.
La vieille église, au bord de l'eau, se dresse fière et résolue, comme aux jours radieux de sa jeunesse ; seulement comme Rachel, elle pleurs ses fils dispersés, tristes espoirs déçus. Puisse-{-elle au moins être utilisée, sinon comme lieu-saint, au moins pour un couvent ou un collége ! La mémorable querelle de Fabrique qui donna naissance à sa rivale, sur le chemin d'en haut, n'existe plus qu’à titre de souvenir : un poëte indigène y trouverait pourtant matière à une nouvelle Charliboyade. J'ai dit que le premier colon des Trois-Pistoles fut un normand ; je devrais ajouter, un plaideur. La grande chicane vint, bien plus tard, à propos d'une route, vers 1843. On voulait substituer à la voie montueuse et crottée qui courait alors sur le bord du fleuve, un chemin sur les hauteurs au sud, qui sauverait quarante côtes.
Pour assurer la route, il fallait y transférer l'église parois-
siale qui de temps immémorial avait été sur le chemin d'en bas. Ce transfert voulait dire dépréciation des propriétés foncières sur la voie du fleuve, deménagement du curé, bouleversement de la fabrique. L’'Evêque d'alors y objecta. Puis, il y eut assemblée des notables du chemin d'en haut, consultes d'avocats, protôts de notaires, procès-verbaux d’huissiers, bref, un matériel de guerre complet pour une série de procès. Neuf propriétaires du chemin d'en haut se cotisèrent et décidèrent de bâtir à eux seuls, l'église actuelle, sil le fallait.
L'un réelamait le privilège de fournir la pierre, l’autre donnerait le bois de charpente ; celui-ci promit le bardeau, celui-là la moitié de la main-d'œuvre ; un autre s'engagea à donner Ja chaux pour la maçonne ; un plaideur moins ambitieux, promit la flèche du clocher et un gros coq de ferblane, si l’on voulait lui conférer la dignité de bedeau, (ee dernier trait mérite confirmation). Les souscriptions atteignirent le chiffre de $1,100 à $2,0060 chaque. Bref, l'église se fit : un nouvel évêque la consacra ; le chemin fut verbalisé là où il doit ètre et la paix règne maintenant dans la paroisse. De vieux praticiens du barreau de Québec parlent encore avec larme du bon vieux temps, le temps des gros procès que l'église des Trois-Pistoles leur donnait.
Plus heureuse que bien d'autres paroisses, Trois-Pistoles(1) compte une excellente hôtellerie, et même deux. Je ne sais si la paroisse est riche, mais elle en a toute l'apparence. On se demande si toutes ces blanches et spacieuses résidences, avec granges vastes et fraichement peintes, sont des résidences de seigneur, ou de co-seigneurs ? Appartiennent-elles toutes au nombreux elan des Rioux et des d’'Amours, les descendants de ses premiers colons ? En tournant le dos à l'église, le voyageur laisse derrière lui, à quelques milles à l'ouest, les
(1) La seignenrie des Trois-Pistoles fut concédée, le 9 janvier 1687, à Denis de Vitré. Seigneurs primitifs. Eloi Rioux, Jean-Baptiste Rioux, (Bostonais), Chs. E. Tôtu, Nazaire Têtu, Jean-Saturnin D’Amour, Maurice Martel,
Elle est subdivisée entre cinquante-trois co-propriétaires, vingt-quatre desquels possèdent des parts sur lesquels sont établis des censitaires, et vingt-nouf possèdent leurs terres en fief etcomme co-propriétaires de la dite seigneurie.
Seigneurie de Nicolas Rioux, (maintenant appartenant aux dames Drapeau), concédée par le marquis de la Jonquière, au sieur Nicolas Rioux, 6 avril 1751.
d'en fonuleuis, iltes ers, )CÈS.
léci-
utre eau, ea à mbiane, trait uffre vel ètre pra- \rme
des
s(1) is SI )n se avec
de
au onts