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Québec esquissé par Parkman.—Marmier.—Beecher.—Silliman.—L'Orme de Champlain—Le Chien d'Or.—Frontenac.—L'Union fHlolel.—Le Général Prescott.—Du Calvet.—Mie Prentice.—Lord Nelson.—Louis de Buade.—La Terrasse Durham.—Le Prince Edouard.—Madame de St. Laurent.—Richard Montgomery.
J'aime les souvenirs évoqués par l’histoire, Où le patriotisme, endormi do nos jours, Se ranime soudain à ce foyor de gloire, Et rouvre a”1 sein du peuple uu champ pour ses amours. Notre passé réclame un reflet populaire Enseignons l’avenir par nos traditions.
(Les Lawrentiennes.—BENSAMIN SOLE.)
Pour nous, Canadiens-Français, Québec est bien réellement Ja ville aux antiques souvenirs: fortifications, temples, maisons, fondations religieuses, lycées, rues, jusqu'aux places publiques, tout a un arôme de vétusté, tout parle à l’imaginalion, Pittoresquement assise sur le promonloire élevé qui sépare le Saint-Laurent de la rivière Saint-Charles, latitude 46° 48° 30° — longitude 71° 17’, elle fut fondée le 3 juillet 1608 par Samuel de Champlain, natif de Brouage, en Saintonge.
La vieille cité, par ses traditions militaires, ses monuments 4 historiques, son université—autant que par ses points de vue enchanteurs et la beauté de son site, se recommande à l’attention du touriste—aux méditations de l'historien—à la verve du noële.
Le séjour du hardi nautonnier de Saint-Malo, Jacques-Car-
(1) Au tomps de Cartior, Donnacona avait sn capitale, Stadnconé, près du lieu où Champlain fonda plus tard Québec: ‘ C'était, dit M. Ferland, un village composé de cabanes d’écorce de bouleau, et bâti sur une pointe de terre à une demi-lieue de l'entrée de la rivière Lairet, dont elle était séparéc par la rivière Saint-Charles. ”
Stadaconé était probablement situé duns l’espace compris entre la rue de la Fabrique et le côteau Sainte-Genoviève, près de la côto d'Abraham. Au temps do Champlain, la bourgade sauvage avait entièrement disparu: on croit que les aborigènes se fixèrent à la Pointe à Puisenux, à Sillery......
Suivant l’ancien missionnaire Richer Lafièche, Stadaconé, dans la langue des
nègres
tier, sur les rives du Saint-Charles, au commencement du seizième siècle, est un événement qui nous reporte à l'ère la plus reculée de l'histoire de l'Amérique. Québec, par ordre de date, vientimmédiatement après Jamestown sur le Potomac, fondée en 1607—et cette ville n'a d'aînée que Sainte-Augustine en Floride, laquelle date de 1592. Sur cette jeune terre de l'ouest, Québec a donc droit de se dire ancienne.
La traite des pelleteries conduisit les premiers colons au Canada, où une multitude de peuplades sauvages, plongées dans de grossières superstitions, se disputaient le sol. A leur suite, vint le missionnaire chrétien planter le drapeau de la civilisation moderne, conquérir des royaumes au Christ ; voilà ce qui poussa aux profondeurs des forêts du nouveau monde tant d'hommes apostoliques, auxquels la couronne du martyre élait généralement réservée comme dernière conquête. C'était en celte ville qu'ils mettaient pied à terre pour la première fois, en laissant le sol de Ja patrie, la douce France ; à Québec, il leur était donné de co:aprendre la grandeur du saerifice qu'ils allaient faire. C'était sous les canons de Québec, que les colons dispersés, venaient à la hâte se réfugier à la première nouvelle du féroce Iroquois dans le voisinage.
Du vaste empire transatlantique—de cette France Nouvelle, —que Richelieu et Louis XIV avaient rêvé en Amérique, Québec, avec son fleuve majestueux était le débouché à l'est—le château-fort ; la Nouvelle-Orléans, le débouché et la capitale, au sud. Le vaste territoire intermédiaire, destiné au développement de la nationalité française, devait être protégé et couvert par une chaîne de forts. Québec élait donc comme la sentinelle avancée d'un immense empire qui se prolonge-
sautours, signifie une aile. La pointe de Québec ressemble, par sa forme, à uno aile d'oiseau. Quant au mot Kebbek, il n’y a pas à douter qu'il soit d’origine algonquine. Champlain ot Lescarbot le disent expressément... ‘ Québec, ” dit M. Richer Lafièche, ‘‘ veut dire, chez les Cris, c’est bouché ! Il vient de Kepak, temps indéfini du verbe Kipao.” Kebek, en micmac, écrit M. Jean Bellanger, ancien missionnaire, veut dire rétrécissement des eaux, formé par deux langues ou pointes de terre qui 8e croisent, (Québeo, ne vient point du cri de surprise d’un matelot normand Que bec! c’est-à-dire, Quel cap ? et la dissertation de Hawkins, pour prouver que les De La Pôle, comtes de Suffolk, portaient, au quinzième siècle, le titre de seigneurs de Québec, est sans fondement, car les De La Pôle étaient seigneurs, non de Québec, mais de Brequebec en Normandie (Ferland, p. 27-90.)
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rait depuis le détroit de Belle-Isle jusqu'au golfe du Mexique,
L'éloquent Frs. Parkman, dans sa prose imagée, résume ainsi, à son point de vue, cette grandeur déçue :
«La domination française n’est plus qu'un souvenir du passé : quand l'on évoque les ombres de ses héros, elles se lèvent comme des fantômes étranges et romanesques. Rallumez la flamme spectrale de ses camps et sa lueur vous redonnera le Seigneur féodal—ses vassaux et l'homme à la robe noire—mèêlés à un groupe de féroces aborigènes : une seule idée, une idée de guerre domine cette terrible vision du passé ! un continent plongé dans la barbarie—des saharas de verdure forestière : des montagnes silencieuses dans leur ‘premier sommeil—des lacs—des rivières—des étangs transparents— au sein des forêts, des océans vastes comme le ciel : tels sont les domaines que la France a conquis à la civilisation. Des casques empanachés se confondront aux ombres des bois : la soutane a pénétré dans les plus profondes cavernes. Vous converserez avec des hommes rompus à l'étude de l'antiquité pâlis par l'atmosphère renfermée du cloître, et qui ont coulé au désert, le temps fécond de leur âge mûr et les jours pensifs de la vieillesse : des hommes qui ont su y gouverner des hordes sauvages, avec le sceptre pacifique de la parole, contemplant avec sérénité l'approche de la mort sous son aspect le plus terrible :—{levés quelquefois dans les cours—hériliers de cette distinction de manières que donne une illustre et ancienne descendance, ces hommes par leur indomptable courage ont su lutter avantageusement à côté de l'homme du peuple le plus endurei au travail, »
Parmi nos premiers missionnaires, ne sont-ce pas là des types? Qui peut méconnaître les Brebœuf, les Lalemant ?
Il serait assez curieux de placer en regard les appréciations diverses que le site de Québec et ses environs ont fait naître chez les voyageurs et les louristes, tant anciens que modernes,
Comme cet examen me mènerait trop loin, je passerai sous silence la description de La Potherie, de la Hontan, Le Beau, Du Creux, le Professeur Suédois Pierre Kalm, le Capt. Knox, Ampère, Anthony Trollope, Sala, Russell, pour m'arrêler un instant au tableau animé qu'un écrivain distingué, Xavier Marmier, en a tracé.
«Peu de villes, dit M. Marmier (1), offrent à l'observateur autant de contrastes étranges que Québec, ville de guerre et de commerce perchée sur un roc comme un nid d'aigle, et sillonnant l’océan, avec ses navires, ville du continent Américain, peuplée par une celonie française, régie pat le gouvernement anglais, gardée par des régiments d’Ecosse (2), ville du moyen âge par quelques-unes de nos anciennes institutions, et soumise aux modernes combinaisons du système représentatif ; ville d'Europe par sa civilisation, ses habitudes de luxe, et touchant aux derniers restes des populations sauvages et aux montagnes désertes ; ville située à peu près à la même latitude que Paris, et réunissant le climat ardent des contrées méridionales aux rigueurs d’un hiver hyperboréen ; ville catholique et protestante où l'œuvre de nos missions se perpétue à côlé des fondations des sociétés bibliques ; où les Jésuites, bannis de notre pays, trouvent un refuge assuré sous l'égide du puritanisme britannique. »
Une des gloires de l’anglicanisme à New-York, le Révd. Henry Ward Beecher, retrace comme suit l'impression que la vieille capitale lui fit: c’est un tableau sinon véridique en tous points, du moins d'une amusante bizarrerie: (3)
«Curieux vieux Québec ! de toutes les cités du continent de l'Amérique, la plus drôlatique ! C’est un pic fort peuplé! un rocher gigantesque, escarpé, échelonné, aplati toutefois de manière à retenir solidement à son sommet et maisons et chàteaux, bien que d’après les lois ordinaires des corps, ils devraient en déguerpir comme un fardeau que l’on déposerait sur le dos d’un chameau sans le lier. Cependant les maisons etles châteaux y tiennent comme s'ils y étaient cloués. Au pied du roc, on a enlevé au fleuve quelques pieds de terre, voilà pour les rues de la basse-ville. »
Puis, l'excentrique voyageur nous badine sur bien des choses, sans oublier nos petits chevaux normands, «qui ont ja faculté de grimper perpendiculairement avec des charges les escarpements du Cap, comme des mouches le long des murs, »
(1) Lettres sur l'Amérique, par X. Marmier, 2 Vols. in-12, Paris, 1860. (2) Les Highlanders, 78e ; 79e ; 930.
(3) New-York Ledger.