‹ L'album du touriste [microforme]Chapitre 3 sur 140 · ELLE · texte numérisé non relu

ELLE

HISTOIRE. Hs)

«Québec,» ajoute-t-il, « c’est un lambeau desséché du moyen âge, accroché bien haut dans le voisinage du pôle nord, loin des sentiers battus des touristes Européens......une curiosité sans pareille de ce côté-ci de l'océan. Nous traversâmes chaque rue comme nous aurions feuilleté un livre d'Images, contenant à chaque page une peinture nouvelle... La localité devrait être soigneusement conservée antique. Qu'on aille ailleurs introduire le progrès moderne! Quand Québec a pris la peine d'aller se percher dans le voisinage de la Baie d'Hudson, ce serait cruel et déplacé d'oser la harasser d'idées neuves et de parler d’abolir ces rues étroites et tortueuses qui font le charme des voyageurs, pour se conformer aux idées fantastiques de comfort en vogue au dix-neuvième siècle...

«Notre séjour à Québec fut trop court de beaucoup : mais il suffit pour nous donner l'envie et la certitude d’y revenir, Passer la belle saison au Canada, c’est, à nos yeux, une des jouissances les plus délicieuses que nous puissions goûter. Nous entendons établir la sincérité de nos opinions en y revenant, et alors si le charme de la vieille ville n’est pas tout ce que notre imagination nous le peint, nous prendrons la plume pour confesser notre erreur, »

Son compatriote, le savant Professeur Silliman, qui visitait Québec en 1819, en parle avec extase. (1)

Un fils de la vieille cité, tout récemment, appréciait comme suit la ville de Champlain :

«Quebec est une ville singulière.

«Les maisons à pignon hautes et étroites qui se découpent brusquement sur le ciel, ses rues tortueuses comme un labyrinthe, lui donnent un air froid et triste.

«On l'a dit, Québec est un promontoire, c’est avant tout une forteresse remarquable. La citadelle s'élève au-dessus de la ville et mire dans les eaux du fleuve ses créneaux béants,

(1) “A seat of ancient Dominion—row hoary with the lapse of more than two centuries—formerly the seat of a French empire in the west—lost and won by the blood of gallant armies, and of illustrious commanders—throned on a rock, and defended by all the proud defiance of war! Who could approach such a city without emotion! Who in Canada has not longed to cast his eyes on the water-. girt rocks and towers of Quebec 1’’—(SiLLiman’s Tour in Canada, 1819,

Le voyageur s'étonne, après avoir admiré les bords verdoyants et fleuris du Saint-Laurent, les forêts aux puissantes ramures pleines de mystères et d'ombre, les riantes vallées pleines de bruits et de rayons, de rencontrer tout à coup cette ville qui semble venir d'Europe et qui serait moins étrange sur les bords du Rhin, aux dramatiques légendes.

«Mais Québec n’est pas une ville où l'étranger vienne se distraire et chercher l'oubli, un théâtre à grands luxes, à grands spectacles. On n’y admire pas les richesses, les splendeurs el les élégances des Babylonnes modernes.

« Québec est peut-être la seule ville du monde où les gens aient droit de se plaindre et où ils ne se plaignent pas.

«On ne peut trouver rien de comparable dans les satires de Juvenal et de Boileau ; les embarras de Rome et de Paris ne sont rien auprès des embarras de Québec. Dans ces villes fameuses, les voies et les boulevards sont larges ; on a le temps et l’espace de respirer et on y respire.

«Les embarras de Québec sont nombreux et variés, j'en esquisserai les principaux, à grands traits.

«L'hiver, les froids sont intenses. Au mois de janvier nous avons des froids hyperboréens à faire geler des ours blancs.

«J'ai écrit que Québec est une forteresse remarquable ; elle élève son front superbe et se cambre avec fierté dans sa robe de pierre. Elle a conservé un air des temps chevale: resques, elle a soutenu des siéges, elle a reçu son baptême de feu.

« Québec, sans doute, n’a pas à son origine de ces légendes épiques qui retentissent dans l’histoire du monde et qui sont l'apanage des cités antiques. Le prêtre planta sur son sol la croix du Christ et son ombre divine l’a toujours protégée,

« L’élé, quand le ciel est pur et que la nuit étoilée étend sur toutes choses sa mélancolique et mystérieuse rêverie, une promenade à travers la ville n’est pas sans charme. De la terrasse, vous voyez le fleuve Saint-Laurent qui ressemble à un dieu mythologique, rouler en silence ses ondes argentées.

« En longeant ces vieux murs, en admirant cette forteresse élevée comme un nid d’aigle sur un roc sourcilleux, on se croirait dans une ville du moyen âge, au temps des factions et

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