‹ L'album du touriste [microforme]Chapitre 27 sur 140 · B. SULTE · texte numérisé non relu

B. SULTE

Dans les replis d'une ombreuse forêt de pins et de chênes, à trois milles de Québec, à l'ouest, il existe un site que la nature semble s'être complu à orner de ses plus coquets appâts. Une rive escarpée en borne l'étendue vers le sud-est; au

(1) La Société Littéraire et Historique fut fondée en 1824. En 1829 cette institution, composée au début de hauts dignitaires et personnages officiels presque tous d'origine anglo-saxonne, s’amalgama avec la Société pour l’encouragement les Arts et Sciences, fondée en 1827, en grande partie par des Canadiens-Français de distinction. Son objet, tel qu’indiqué dans le Charto Royale que lui octroya le Roi de la Grande-Bretagne, Guillaume IV, est ‘de faire des recherches dans l’histoire primitive du Canada, acquérir et publier des documents, intéressants et utiles, sur l’histoire naturelle, civile et littéraire do l’Amérique Britannique, et pour l'avancement des arts et des sciences dans la Province du Bas-Canada.” On voit parmi ses anciens membres les noms des hommes les plus distingués de Québec, appartenant aux deux nationalités. Son Excellence le comte de Dalhousie, Sir James Kempt, T. C. Aylwin, Hy. W. Bayfield, Hy. Black, le col. J, Bouchette, R. S, M. Bouchette, Jos. Bouchette, le juge Burton, John Caldwell, R. E, Caron, W. Cochrane, Dominick Daly, Messire Jérôme Demers, R. D’Estimeauville, W. B. Felton, J. C. Fisher, F. X. Garneau, Ls. Gugy, John Hall, André-Rémi Hamel, Jos. Hamel, Jas. Harkness, Wim. Kemble, Jas. Kerr, Pierre Laforce, Louis

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bas, à cent pieds, et davantage, le majestueux Saint-Laurent laisse miroiter le cristal bleu de son onde. Parcs, prairies, jardins, serres, vergers, guérêts, le tout couvre à peu près cent arpents,

Un prélat français, amateur de la belle nature, Monseigneur Herman Dosquet, évêque de Samos ën partibus, dans ses visites pastorales, vers le commencement du siècle dernier, frappé sans doute de l'éclat du paysage, y fonda une villa. Une plaque de métal, découverte dans les fondations, quand la maison fut rebâtie par M. Sheppard, marque 1732. Cette relique du passé fut déposée dans les salles de la Société Littéraire et Historique et périt plus tard dans l'incendie. Monseigneur donna à son manoir le nom de Samos, nom que la voie publique à cet endroit a retenu jusqu'à ce jour. Ce superbe domaine passa, peu de temps après la cession du Canada, au juge Adam Mabane, décédé en 1792. En 17795-6, Samos fut occupé par les soldats de Montgomery et d'Arnold. Le 10 novembre, 1775, une portion de ces barbares traversèrent le fleuve, à Sillery, et s'emparèrent, entre autres, de la villa du colonel Caldwell, Sans-Bruit (1), sur le chemin Sainte-Foye. Samos devint un des hôpitaux pour les infortunés Yankees, que la petite vérole moissonna si abondamment pendant cette campagne. Le juge Mabane eut soin de se faire indemniser pour les ravages que l'ennemi avait causés à sa splendide résidence; à son décès le manoir échut à sa sœur: plus tard, en Lagueux, Pierre de Salles Laterr'e, Hy. Lemesurier, W. K. MeCord, Roderick McKenzie, Jos. Morrin, { :-.' 1ountain, F. X. Perrault, Jos. Frs. Perrault, Frs. Ward Primrose, Wm. Pri wxandolph J. Routh, William Sax, Jonethan Sewall, William Sheppard, Chs. das. Stewart, évêque anglican, Messire Joseph Signay, plus tard archevêque du diocèse, Andrew Stuart, Jean-Thomas Taschereau, Jos. Remi Vallières, George Vanfelson, N. F. Belleau, Geo. Usborne, Gustavus Wicksteed, Daniel Wilkie et une centaine d’autres. Si la mort ou l’absence de plusieurs des principaux membres de la société lui fit perdre un peu de son éclat, et si l'incendie dévora sa bibliothèque plus tard, ceux qui ont suivi, depuis la Confédération, les progrès de cette institution scientifique, avoueront que les divers bureaux de direction qui se sont succédés depuis 1867 n’ont rien négligé, pour lui rendre son ancienne splendeur.

La bibliothèque comprend un choix de livres très-étendu et le Musée renferme presque toute la Faune du Canada.

(1) Sans-Bruit, longue maison en bois, a existé jusque vers 1811, M. John

Fraser, de cotte ville, me dit que cette résidence fut détruite, cette annnée là, par le feu.

1792, Samos reçut, dans ses vastes salles, un autre évêque ; cette fois, l’évêque anglican Mountain, père de celui qui mourut en 1865. Il y séjourna plusieurs années,

L'évèque Mountain paraît avoir fort goûté Ja solitude bocagère de Samos, plus, dirons-nous, que son prédécesseur, Mgr. Dosquet. Ce dernier trouva l'existence ennuyeuse dans la colonie, même sous les pins murmurants de Samos. Samos

aux Grands pins contournés, dont les voûtes ombrouses Chantent au moindre vent,

Au temps de saint Louis, l'archevêque Odon Rigault, frappé de la beauté d’une des royales villas de France, s'était écrié : «Que ne suis-je châtelain de Gaillon !» et pourtant, ni l’archevêque français du treizième, ni l’évèque canadien du dix-huitième siècle, ne trouvèrent le bonheur là où ils l’avaient rêvé, dans un paradis terrestre.

En 1807, l'hon. Mathew Bell, alors un des princes du commerce canadien, fit l'acquisition de Samos, qui avait pris le nom de Woodfield ; M. Sheppard l’acheta en 1816, époque où il commença à donner libre essor à ses goûts littéraires.

Bientôt, une bibliothèque nombreuse, bien choisie, une savante horticulture, des jardins d'hiver, une jolie volière d'oiseaux, ajoutèrent aux charmes du manoir canadien : la châtelaine, madame Sheppard, aimait aussi les lettres et fit de la botanique et de la conchologie, ses études favorites. Les comptes-rendus de la Société Historique en font foi : elle fit présenter à cette société, par l'entremise de son époux, qui en était le Président, une étude sur la conchologie, à laquelle fut décernée une médaille. Le premier rapport des comptesrendus de la société, publié en 1829, contient l'écrit de Madame Sheppard (1), ainsi que le catalogue des Plantes du Canada, préparé en 1827, par son amie, la comtesse de Dalhousie (2). L’élégante comtesse allait botaniser dansle bois Gomin, avec sa studieuse amie, Madame Sheppard.

En 1842, l'incendie, en l'absence des maîtres, réduisit en

() “M. Sheppard of Woodfiedd on the Shels which characterize Quebec and its environs. ”?

(2) ‘ Catalogue of Canadian plants, collected in 1827, and presented to the Litterary and Historical Society, by Her Excellency the Countess of Dalhousie. ”

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cendres le manoir. Sans perdre courage, M. Sheppard se mit de nouveau à l’œuvre, restaura le tout avec améliorations nouvelles. En 1847, année tristement célèbre par bien des désastres parmi nos marchands exportateurs des bois canadiens, un revers de fortune atteignit l'honorable membre du Conseil législatif, et nécessita sa retraite et de Woodfield et du Conseil législatif, Woodfield fut acheté par feu M. Thos. Gibb, de Québec, lequel l'échangea avec son frère, M. James Gibb, alors Président de la Banque de Québec ; le nouveau et opulent propriétaire puisa largement dans ses coifres pour embellir un séjour que sa famille occupe encore : le domaine est actuellement divisé en deux, la portion nord appartient à M. John Lawson Gibb ; celle vers le sud, à son frère cadet, M. James Gibb.

M. Sheppard, oublié de tous, excepté de ses anciens amis, mais plein de vigueur et amant (3) des lettres, comme dans ses meilleures années, alla ensevelir, dans une petite villa près de Drummondville, à Farymead, ses regrets et ses goûts littéraires. Il y a passé ses vingt dernières années. Chaque été, il revenait à Sillery retirer ses rentes sur les terres du village qu'il avait fondé, Sheppardville, ou,comme il s'appelle aujourd'hui, Bergerville. On eût pu, par une belle après-midi de juin ou deseptembre, voir un beau vieillard, à haute taille, à cheveux blancs, côloyer, pensif et fier, le ruisseau Belle-Borne, qui serpente sous les verts bocages de Woodfield, les mains pleines defleurs des bois ou de quelques fougères. De loin, il s'arrête pour contempler les créneaux du château qui lui rappellent tant de joies, de revers, de succès, de larmes...

M. Sheppard fut frappé d'apoplexie, au moment où il se rendait à Québec, comme un des délégués au synode anglican. S'il ne fit que peu de bruit dans cet étang troublé que l'on appelle la politique, où grouillent parfois tant de fangeuses intrigues, comme homme de lettres, comme homme de bien, la patrie reconnaissante lui doit un souvenir. Il avait 84 ans à son décès.

Sillery, 10 juillet 1867.

G@) M. Sheppard a laissé plusieurs causeries littéraires, et quelques petits

travaux historiques, dont quelqu’uns ont été insérés dans les comptes-rendus de 12 Société Littéraire et Historique de Québec.

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