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LA RÉSIDENCE DE NOS GOUVERNEURS

J'aime les nobles parcs aux arbres réguliers, Comme on n’en voit, hélas! plus guère qu’en gravure, Avec de la charmille et de grands escaliers

Montés et decendus par des gens en parure.

EMILE AuGree.

Le plus beau domaine de Sillery, l’on peut dire, du Canada, est, sans contredit, Spencer-Wood. Il a pris ce nom au temps où l'hon. Michael IE. Perceval, percepteur impérial des douanes, à Québec, l'habitat, c'est-à-dire de 1815 à 1830. Avant cette date, cette résidence était connue sous le nom de Powell Place, d'après le général anglais Powell, qui y avait résidé. Comme bien des royales villas de France et d'Angleterre, Spencer Wooä a eu ses périodes de splendeur et ses années de décadence.

En référant aux œuvres du poëte anglais Kidd, publiées en 1830, on voit que, du temps de l'hon. M. Perceval, Spencer- Wood, qu'il avait nommé ainsi d’après l’hon. Spencer Perceval, illustre homme d'Etat en Angleterre, et son parent, sinon son protecteuf, on s'aperçoit, disons-nous, que Spencer- Wood était en renom pour ses paysages. Kidd y consacre un petit poème :

SPENCER Woop,

Through thy green groves, and deep receeding bowers, Loved SPRNCER-W00p ! how often have I strayed,

Or mused away, the calm, unbroken hours, Bencath some broad oak’s cool, refreshing shade.

There, not a sound disturbed the tranquil scene, Save welcome hummings of the roving bee, That quickly flitted o’er the tufted green, Or where the squirrel played from tree to tree.

And I have paused beside that dimpling stream. Which slowly winds thy beauteous groves among,

Till from its breast retired the sun’s last beam, And every bird had ceased its vesper song.

Spencer-Wood contient maintenant quatre-vingts acres de terre, qui descendent en pelouse verte jusqu’à la cime du cap. Aux jours de sa plus grande spiendeur, quand M. Henry Atkinson, riche négociant de Québec, le possédait, cette demeure comprenait la propriété avoisinante, Spencer Grange ; son étendue élait d'au moins cent vingt acres.

Les galeries de peinture, objets d'arts, statues, fontaines, parterres, serres à raisins, serres à Îeurs ou à fruits exotiques de Spencer Wood, faisaient l'admiration de tous les étrangers. Non satisfait des serres déjà constzaites autour de son

The blushing arbours of those classic days, Through which the breathings of the slender reed, First softly echoed with Arcadia’s praise, Might well be pictured in this sheltered mead.

And blest were those who found a happy home In thy loved shades, without one throb of care— No murmurs heard, save from the distant foam, That rolled in columns o’er the great Chaudière. (1)

An I'have watched the moon in grandeur rise, + bove the tinted maple’s leafy breast,

And take hor brillant path-way through the skies, Till half the world seemed lulled in peaceful rest.

Oh! these were hours, whose soft enchanting spell Came o’er the heart, in thy grove’s deep recess.

Where e’en poor Shenstone might have loved to dwell, Enjoying the pure balm of happiness !

But soon, how soon, a different scene I trace, Where I have wandered, or oft musing stood :— And those whose cheering looks enbanced the place, No more shaïl smile on thee, lone SPENCER Woop! (2)°°

(The Huron Chief and other Poems ; —Adam Kio.)

(1) “ The Falls of the Chaudière are about nine miles from Quebec, on the South Shore of the St. Lawrence, and for beauty und romantic scenery, perhaps not surpassed in all America. They are not s0 magnificent as Niagara, but certainly far more picturesque.”

C2) #This is one of the most beautiful spots in Lower Canada, and the property (1830) of the late Hon. Michæl Henry Perceval, who resided there with his accomplished family ; whora polished and highly cultivated mincs, rendered my visits to SPEXCER-Woop doubly interesting. The grounds and gravel walks are tastefully laid out, interspersed with a great variety of trees, planted by the hand of nature, The scenery is altogether magnificent, and particularly towards the enst where the great precipices overhang Wolfe’s Cove. This latter place has derived its name from that hero, wbo, with his British troops, nobly ascended its frowning cliffs, on the night of the 13th Sept., 1759, an took possession of the Plains of Abraham.”’—Apau Kipp, 1830.

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castel, M. Atkinson éleva, à grands frais, pour les espèces tropicales, une nouvelle serre de 100 pieds, sur la partie ouest de Spencer-Wood, à Spencer-Grange, qu'il venait de fonder. Au moyen de dalles de fer, recouvertes de tuiles, il réussit à donner à la légère couche de terre superposée une chaleur constante de 80° à 90°, en introduisant l’eau chaude. Lorsque la température au dehors était à 40° au-dessous de zéro, que l'ouragan sévissait, que les froids atroces de janvier assombrissaient la nature entière, l'intérieur de la serre étalait à l'œil ébloui, des massifs de verdure, des bosquets parfumés, où l'oranger, l’amandier, le figuier, l'ananas, le pêchier exhibaient leurs fleurs roses ou leurs fruits d’or ou empourprés. Nous nous rappelons encore avoir vu, à un des banquets de Lord Elgin, un ananas monstrueux exhalant un parfumexquis, c'élait un don au noble comte par le propriétaire de Spencer Wood. Le plus grand triomphe de l'habile jardinier de M. Atkinson, M. Lowe, fut d’avoir conduit à maurité une banane, musa cavendishii, pesant 90 1bs. Celle produite en Angleterre par le célèbre horticulteur sir Joseph Paxton, ne pesait que 112 ]bs. La banane, rare exotique introduite dans la Grande Bretagne de l'Ile Mauritius et des Indes Occidentales, combine Ja saveur de l'ananas, du melon et de la poire.

On trouva si merveilleux un tel résultat, dans le climat hyperboréen de Québec, qu'un dessin en fut envoyé à Londres et inséré avec un compte-rendu dans l'{Hustrated News.

A d'autre temps, c'était des surprises adroitement ménagées. Le Stanhopea Tigrina, en épanouissant sa fleur laissait entendre une délonation, à la grande surprise des personnes non iniliées.

Etait-ee la fleur emblématique des poëtes, préconisée par Autran ? e

On dit qu’au fond des bois fermés à l’œil profane, * Où passe à peine un cerf allant à l’abrouvoir,

Au milieu des gazons qu'aucun hiver ne fane,

Il existe une fleur miraculeuse à voir.

Nous n’en finirions pas, si nous voulions décrire toutes les merveilles d’art que l’habile M. Lowe savait créer.

Le jardin de Spencer-Wood est décrit dans London's Encyclopedia of Gardening et dans le Gardener's Magazine, publiés à Londres. Mais, si fontaines, statues, tableaux et serres ont disparu, les ravissants paysages, les pitloresques points de vue existent encore. On y parcourt un réseau d'avenues ombragées par des épinettes touffues, de grands pins, de verdoyantes érables, des chênes majestueux et antiques.

Quel livre vaut un arbre auguste et tout en fleurs ?

L'homme fait en six mois un livre et des meilleurs, Dieu met cent ans à faire un chêne.

L'historique ruisseau Saint-Denis, par où Wolfe atteignit les hauteurs d'Abraham, borne le domaine à l’est, tandis que le ruisseau Belle-Borne, au temps de M. Atkinson, était la ligne de démarcation entre Spencer-Wood et Woodfield, maintenant la résidence de M. J. Gibb, et, en 1731, la villa de l’évêque Dosquet, qui lui donna le nom de Samos.

L'extrémité est est ornée d’un petit cap, où l’on a érigé un Belvédère, et la pointe ouest est également couronnée d’un vide-bouteilles. De ces deux endroits, les points de vue sont ravissants.

C'est au sein de cette grandiose nature, sur ce terrain classique de notre histoire, que s'élève le château de Spencer- Wood, certainement peu remarquable sous le rapport de l'architecture, mais ayant toutes les conditions de confort voulues.

Voilà le charmant site que la munificence du gouvernement d'Ollawa assure à notre Lieutenant-Gouverneur, loin des miasmes délétères de la cité, lout en épargnant à la Province des frais de construction d'au-delà de $50,000.

Quand le fastueux comte d'Elgin y tenait ses levers, il était loin de prévoir, lui, que, parmi ses successeurs, y trônerait un gouverneur d'extraction française ; car l'on était alors d'avis que Vaudreuil avait pour toujours clos l'illustre phalange des Champlain, des Montmagny, des Frontenac, des Longueuil, des LaGallissonière, des Vaudreuil, en Canada.

L'hôte de céans est, maintenant, un Canadien-Français,

offrant l'hospitalité de son château à Son Allesse Royale, le fils de notre Souveraine, le prince Arthur (1).

Spencer Wood avait aussi ses grands personnages et ses fêtes champêtres en 1809, au temps de Sir James Craig ; la parole est à l’auteur des «Anciens Canadiens : »

«Dès huit heures et demie du matin, par une belle journée du mois de juillet, —je dis une belle journée, car pendan trois années consécutives le soleil le plus brillant éclaira ces belles fêtes, —l'élite de la société laissait Québec pour se rendre à l'invitation de sir James Craig. Arrivés à Powell-Place, les convives descendent de voiture sur la voie royale, et s'enfoncent dans la forèt en suivant un sentier qui, après maints détours, vous conduit à un charmant cottage, ayant vue sur le magnifique Saint-Laurent, qui semble surgir, tout à coup, des bosquets qui le couronnent. Des tables de quatre, de six et de huit couverts chacune, sont dressées en face du cottage, sur une immense plateforme de madriers polis, qui servira ensuite de salle de danse en plein air.

«Au fur et à mesure que les convives arrivent, ils forment une pelile société pour déjeuner en famille. Je dis en famille, car, à part un aide-de-camp qui fait les honneurs aux prineipaux personnages, et à part les servants, rien ne vient troubler les petits groupes d'amis intimes qui prennent ensemble ce premier repas, composé de viandes froides, beurre, raves, thé et café.

C'était un charme de les voir Echanger entre eux les rasades

Et croquer les vertes salades.

Le taillis, les eaux, les grands blés,

La terre même qui poudroie

Autour des groupes attablés

Tout respirait amour et joie.

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