DU CAP ROUGE A DESCHAMBAULT
Saint-Augustin, la patrie des Garneau.—Feu Messire Millet.—Le manoir de Saint-Augustin.—Le Fort Jacques-Cartier.—La descente de Murray et Stobo à Deschambault en 1759.—La « belle amazone aventurière, » qui n'était pas une Suzanne.—Les Dames de Québec, : Les prisonnières.—Geo, Allsopp, le secrétaire de Sir Guy Carleton.—1 Pendezvous de dépit, pauvres antiquaires, »—L'auteur de Charles Guérin,
Pour les hommes de chiffres, il fût un temps où le Cap- Rouge, avec ses quais spacieux, ses radeaux de bois quarré, ses moulins à farine, ses vastes jetées encombrées de douves et de planches, avait un attrait tout particulier; à coup sûr, il a perdu de son prestige depuis que le Cap Rouge Pier and Dock Company y a restreint le cercle de ses affaires, mais l'amant de Ja belle nature trouvera toujours un plaisir nouveau à contempler d'en bas, la cime sourcilleuse du vieux promontoire où l’on voit suspendue, au milieu de chênes séculaires, la villa de M. Forsyth, comme une aire d’aigle, et l'antiquaire y contemple non sans émotion, le site du fort bâti par Jacques- Cartier en 1541 et la «belle fontaine » qui l'avoisine,
L'on aime autant à suivre de l'œil le cours sinueux de cette belle rivière du Cap-Rouge, qui se perd dans les profondeurs vers le nord, qu’à observer les ondulations du sol vers l'ouest, sillonné tour à tour de frais bocages, de vertes prairies, ou de champs aux moissons jaunissantes.
Saint-Augustin est célèbre, pour son beau, mais dangereux, lac Calvaire. Les nageurs qui quittent sa surface, rarement, dit-on, y reviennent vivants. Sont-ce les longues algues marines, nommées chevelures de noyés, qui leur enlacent les membres et rendent la natation impossible, ou autres causes ? on ne le sait. Le Lac Calvaire, comme la Mer Morte, est un sujet d’effroi aux jeunes nageurs. Peu poissonneux, on y prend que de la perchaude.
Au bas des côtes, sur la grève, près du moulin à farine et presqu’en ligne avec le Calvaire, bâli en 1698, se voient les
rares décombres de la vieille église (1) de Saint-Augustin,—de gros cailloux d’un poids énorme. La tradition veut que le diable, sous forme d’un fort cheval de trait, un étalon noir, encore plus trapu que le Percheron de la société d'agriculture, «Napoléon IE, » ait été jadis employé à voiturer ces blocs. C'était un de ces hennissants étalons, chantés par le poète Dupont:
Sa robe est un beau satin noir, Ses naseaux jettent sang et flamme, Son œil est comme un grand miroir,
Au reste, ce n’est pas la seule église en Canada, dans la construction de laquelle le diable a joué un rôle, je ne dirais
(1) Cette église, appelée aujourd’hui la vieille église, a été commencée en 1720 par les soins de M. Pierre Auclair DesNoyers, curé de Saint-Augustin. Elle a duré jusqu’en 1818, à la fin d'octobre, époque où l’église actuelle a été ouverte au culte. Elle avait donc duré 98 ans.
On lit dans les fragments d’un mémoire conservé dans les archives de cette paroisse: ‘“ La bâtisse en pierre de l’église de Saint-Augustin n’a pas été entre- ‘ prise sans nécessité. L'église de bois qui subsistait avant elle estant bâtie ‘ depuis 26 ans par les soius des missionnaires et secours des paroissiens du dit “lieu, menaçant ruine par ses fondements, et par la pourriture du bois qui en ‘ formait le carré, n’ayant subsisté les huit dernières années que par des appuis, ‘et une nouvelle couverture en bardenux qui a coûté, tant pour la façon, que € pour le bois 158 livres sans la nourriture, laquelle, le Sicur Auclair Desnoyers ‘lui avait procurée. Les missionnaires du dit lieu ayant toujours dit la messe “ chez quelques habitants de La côte, et entr’autres chez le sieur Mathieu Amiot ‘ dit Villeneuve.”
Cette chapelle en bois était bâtie sur la terre d’Ambroise Desroches, dont une partie appartient aujourd’hui au capitaine J. B. Racette, à environ un mille plus haut que la vieille église. On voit encore les restes du solage de cette chapelle tout près du rivage, à une dizaine d’arpents du chemin.
‘ Néanmoins dans l’entre deux du temps, il y a eu un curé fixe dans la dite ‘“ paroisse, nommé messire Jean-Daniel Tétu, qui a commencé à tenir des “ régistres en ordre; car devant ce temps là, il n’en paroist point, ce qui a duré ‘ l’espace de huit ans; ou environ seulement, a commencé l’an 1694 jusqu’en “1702. Le dit sieur curé ayant sorty de la paroisse pour passer en France, où 6 il est mort l’année 1773, Lesquels registres ont été cotes et paraphez selon ‘« L'ordre prescrit par la cour, excepté deux feuillets.”
Notes sur SAINT-AUGUSTIN.—Lo Révd. Messiro J. Sasseville, curé de Sainte- Foye, a eu l’obligeance de nous laisser prendre parmi ses excellentes notes, l'extrait suivant :
10. ‘“ La paroisse de Saint- Augustin, quoiqu’une des plus importantes de la côte du Nord, est néanmoins plus récente que ses deux voisines, Sainte-Foye et la Pointe-aux-Trembles.
‘ En 1680, le missionnaire fixé à la Pointo-aux-Trembles, dessorvait, par voie de mission la côte Saint-Ange (aujourd’hui concession de l’Anoienne-Lorette),
SAINT-AUGUSTIN. 113 e pas, au moyen des procès et de la discorde qu'il engendrait,— e j au point de faire élever jusqu’à deux églises dans une seule , à paroisse, comme aux Trois Pistoles,—-mais comme simple j, JL bête de somme.
3. k Les bons paroissiens de Sainte-Famille m'autorisent à filer e aux gens de Saint-Augustin un protêt contre le monopole que ces derniers réclament de sa satannique Majesté comme conse) tructeur d'églises. Eux aussi, paraît-il, ont eu à leur solde
k cette superbe monture.
| 1 Le point capital a toujours été de brider le maudit animal. a | 4 Pour cela, il fallait un maître homme. Bien bridé, il devenait is : un bon diable. Mais la bride, la précieuse bride, il fallait la Jui
laisser jour et nuit, Le bedeau de Saint-Augustin, pour l'avoir débridé un jour à l’abreuvoir, faillit presque ruiner la fabri-
té que. L'animal disparut en fumée avec une odeur de souffre : te qui ne comptait alors que 12 à 15 famillos. Cette mission était encore appelée a- la Rivière des Roches.
ie (La côte Saint-Ange s'étend depuis la rivière du Cap-Rouge, qui coupe le it chemin gravé chez Michel Gauvin, en montant, l’espace d’environ trois-quarts de n lieue.) 8, 20. ‘ Vers 1690, on construisit une petite chapelle en bois, sur le bord du fleuve, Le dans l'Anse à Maheut, Je ne saurais dire, avec précision, où est située cette 8 localité. Quoiqu'il en soit, comme la marée rendait cet endroit d’un accès Le difficile, l'autorité ecclésiastique fixa un autre site plus convenable et ordonna t d’y transporter chapelle et cimetière. Les habitants du voisinage se mirent en devoir de s’y opposer; mais l’Intendant prêta main forte à l'Evêquoet contraignit e les gens à exécuter son ordonnance.
8 “ Le lieu choisi pour cette translation était précisément celui où s’éleva plus e tard l’église dont on voit encore les ruines, au pied de la grande côte, sur le bord du fleuve.
e 30. ‘“ Ce ne fut que vers 1720 que Saint-Augustin prit la forme et l’existence 8 d’une paroisse régulière. M. Pierre Auclair Desnoyers, qui en fut nommé curé, À 6 peut en étre considéré, à bon droit, comme le véritable fondateur, Il construisit,
avec de grande peine, l’église dont je viens do parler, et qui fut regardée alors comme une merveille,
; “Il a laïssé des mémoires pleins de naïveté, mais très-intéressants, sur l’état de la paroisse et sur ses propres travaux.
‘“ On y comptait, à cette époque (vers 1720), environ 300 communiants, ce qui suppose 80 à 90 familles. Les habitants avaient en abondance tout ce que pouvait leur fournir la culture de la terre ; mais, pour les objets qu'ils ne pouvaient obtenir que par le commerce, on ne saurait croire à quel état de gêne et de privation ils étaient réduits.
“ Pour n’en citer qu’un exemple, il suffit de faire savoir au lecteur, qu'après 1 avoir élevé les murs et construit la couverture de leur église, il fut impossible ti de se procurer des vitres pour les fenêtres. On fut dono obligé de los fermer avec t
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comme l'on ne faisait que de commencer à charroyer la pierre de la maçonnerie, le budget de la dépense de l’église fut doublé. Morale: mes amis, quand vous ferez boire votre cheval, en pleine campagne, ne le débridez pas, si c'est un fringant cheval noir !
Cet incident repose sur la foi d’une vénérable tradition.
Après avoir traversé le grand bois de Saint-Augustin, l'on aperçoit, du haut de la côte, au bas, dans le village, la jolie église de Saint-Augustin, dont le terrein est défiguré par l’érection d’une douzaine d’écuries entassées les unes sur les autres avec une allure anti-diluvienne. On affirme, bien que cela semble incroyable, qu'il n’y a pas moyen de faire déblayer ces nauséabondes masures, élevées au siècle dernier, par quelques douzaines de rustres, pour y héberger pendant le service divin, leurs frileuses guevalles, Chose encore plus curieuse, c’est, dit-un, un excentrique vieux curé, avant l'ère de Messire Millet, qui, par son silence, autorisa cette incongruité,
des planches, et les bons paroïssiens de Saint-Augustin se virent réduits à assister à la messe, comme les premiers chrétiens, dans les catacombes.
“ Une autre particularité qui ne sera pas sans intérêt, pour les amis de l’industrie canadienne, c’est qu’à cette époque reculée, on avait le secret de couler des cloches en Canada. Les mémoires de notre vieux curé rapportent que le jour de l’Annonciation, pendant que le bedeau sonnait, à tour de bras, le second coup de la messe, la cloche s’envola du clocher et vint se briser à quelque distance de l’église.
‘ Cet accident fut bientôt réparé, On fit venir de Québec un personnage, qui paraît avoir joui d’une grande considération à cette époque, et au bout de quelques jours, on vit sortir du moule une cloche supérieure à celle qui avait été brisée. La Fabrique avait fourni la mitraille, c’est-à-dire la matière nécessaire et une somme assez médiocre.
40. ‘‘ Les concessions situées en arrière, vers la montagne, se trouvaient séparées de l'église par une assez grande distance et des chemins impraticables. On forma le projet de diviser Saint- Augustin et d'en former deux paroisses distinotes, Ce plan paraît avoir été mis en avant, vers 1786, au temps de Mgr. d'Esgly. On construîsit un peu plus tard un grand édifice en pierre, sur lerang appelé le Rang des Mines, et qui servit de chapelle pendant quelques années. Mpr. Plessis, jugeant que ces deux paroisses seraient incapables de se soutenir, les réunit en une seule, fit fermer la chapelle d’en haut, ordonna la construction d’une nouvelle église, dont il fixa le site à l'endroit actuel, pour accommoder les parties les plus reculées de la paroisse et fit cesser une division qui aurait eu pour effet d’affaiblir une des plus belles paroisses du diocèse. Il ne faut pas croire cependant que cette mesure rigoureuse fût bien accueillie de tout le monde. Mais, comme disait un bon vieux de ces temps là : ‘ Voyez-vous, Mgr. Plessis, c'en était un homyne /