SAINT-FRANÇOIS
vous demandez à votre charretier?—Des excavations de mines, monsieur, dit-il.
Bientôt vous remarquez de vastes travaux dans le lit de la rivière même.—(Qu'est-ce ? dites-vous.—Des excavations de mines, monsieur.—Ici, c'est un petit château ({) en pierre sur la rive; la résidence des directeurs de la compagnie, vous dit-on. Là, c’est un vaste moulin à broyer le quartz. Pius tard, vous franchissez successivement les deux célèbres rivières aurifères: la rivière Gilbert, d'abord ; un peu plus loin, la rivière. Famine. Heureux coquins de la Beauce qui possédez ces deux Pactole, dont l'onde abrite des lingots valant jusqu'à $S410 chaque. J'ai lu que, dans la cathédrale de Mexico, pays célèbre pour ses mines d'argent, la prineipale lampe du sanctuaire était d'argent massif et assez vaste pour admettre dans l'intérieur à la fois huit hommes, pour la nettoyer, Voilà ce qui manque à l'église de Saint-François, lEldorado du Canada, une lampe d'or massif capable de contenir une ou plusieurs personnes pour la nettoyer, laquelle, ça va sans dire, serait présentée en don, par le millionnaire de l'endroit,
La région aurifère de Ja Province de Québec a été érigée en deux divisions; celle de Saint-François, sous le contrôle de M. James R, Gilman, surintendant; celle de Ja Chaudière, sous le contrôle de Richard Pope, écuyer, surintendant. La Compagnie de Léry a importé de PAngleterre et des Etats- Unis, plusieurs pompes mues par la vapeur. Le rendement aurifère dans Ja division de la Chaudière, pour le semestre expiré le 30 juin 1868, fut 755 onces, évalués à $13,500. Le nombre des licences pour cette période, 604%,
Le rendement aurifère, pour l'année expirée le 30 septembre 1870, fut de 652 onces évalués à $12,080. Licences émances pour eette péricde, 467.
Saint-Joseph fut concédé en fief, par le roi de France, le 23 septembre 1736, au sieur Fleury de la Gorgendière, agent de la compagnie des Indes, à condition d'ouvrir conjointement
(1) L'hon. Alex. C. de Léry, M. C. L., a fait l'acquisition de cette solide
structure, si pittoresquement bâtie sur le bord de la rivière Chaudière : le feu l’a récemment détruite,
avec le sieur Pierre Rigaud de Vaudreuil, capitaine d'une compagnie d'infanterie, elle sieur Thomas-Jacques Taschereau, conseiller au conseil supérieur à Québec, tous deux concessiopnaires du même jour, le premier de Saint-François, le second de Sainte-Marie, un grand chemin pour chevaux et voilures, des rives du Saint-Laurent, à travers les dites trois concessions ; ces concessions portent haute, moyenne et basse Justice. Les seigneurs Rigaud de Vaudreuil, La Gorgendière (4) et Thomas-Jacques Taschereau étaient beau-frères. Rigaud de Vaudreuil et La Gorgendière échangèrent le même jour, chacun leur fief l'un contre l'autre.
Nous voilà au chef-lieu. Cours de justice, prison, avocats, shérif, de temps à autre un grand juge, une superbe cathédrale, assise comme une reine, sur une colline, voilà ce que l'homme : t'a fait, Saint-Joseph ! Mais vous, vertes prairies (2) d'été, guérêts à perte de vue, champs fécondés, chaque printemps, de l'alluvion de la rivière débordée, nouveau Nil, c’est de la main de Dieu que vous êtes tombé; vous témoignez de son intarissable munificence, et de sa bonté! Les paysans de Saint- Joseph ont dans les produits de leur basse-cour, dans leurs céréales, des mines plus précieuses que celles de Saint-François. Ils sont tous dans l’aisance : J'entends ceux qui sont
(1) En l’année 1737, M. de la Gorgendière obtint un missionnaire pour la Nouvelle-Beauce, qu’il nourrit à ses frais pendant plusieurs années. Il le iogea dans la maison du domaine de Ia paroisse Saint-Joseph et du domaine de la paroisse Sainte-Marie. 1. Le premier a été le père François- Volant Carpentier, Récollet, il a resté les années de 1737 à 1743 2. Le père Hyacinthe Amiot, Récollet, 1744, 3, M. Leclaire, prêtre, depuis 1745 jusqu’à 1747. 4. Le père Alexis Duburon, Récollet, depuis 1748 jusqu’à 1750. 8. Le père Bonaventure Carpentier, depuis 1751 jusqu’à 1753. 6. Le père Alexandre-Constantin Justinien, depuis 1754 jusqu’à 1758, (il est mort à Saint-Joseph, a donné son nom à la route Justinienne, de lu rivière Chaudière à la rivière Etchemin, à Saint-Henri). 7. Le père Didace Cliche, depuis 1759 jusqu’à 1760. 8. M. Gatien, prêtre, a resté environ deux ou trois mois en 1761. 9, Le père Théodose, depuis 1761 jusqu'à la fin de septembre 1766.
Les missionnaires, ci-devant, depuis l'établissement de-la Nouvelle Beauce, ont tous résidé annuellement à Saint-Joseph.
(2) Les campagnes de la Beauce justifient encore à ce jour la description que Bancroft naguère en traçait. ‘The party (Arnold's), followed the winding of the river to the parish of St, Mary, straggling through à flat and rich country, which had for its ornaument many low bright whitewashed houses, the comfortable abodes of a cheerful, conrteous, and hospitable people. Here and ‘here along the road, chapels met their eyes, and images of the Virgin Mary and rich imitations of the Saviour’s sorrows.” (Hist. United States, vol. VIT, p. 117.)
industrieux et économes de leur temps et de leur argent. Je m'incline devant ta prospérité, à Saint-Joseph, mais sans oublier Les titres de ta Belle voisine !
SanTe-Manie.—Je conserverai longtemps souvenance d’une tiède et vaporeuse soirée de septembre où, voyageur atlardé, je m'acheminais lentement sous les grands ormes du manoir, vers l'hôtellerie du village : mon compagnon de route, jouvenceau aux roses illusions, me redisait dans la jolie romance de Pierre Dupont, une page de son passé:
Vous souvient-il de cette allée,
Qui projettait son ombre au loin,
Où la terre à demi voilée
Etait notre unique témoin ?
Où, subjugué par votre grâce,
J'étais à vos genoux
Et vous demandais à voix basse Si vous m’aimiez ? (ter.)
Ce site ombragé et plein de mystère, semble en effet propice aux doux épanchements,
Pourquoi, des quatre opalentes paroisses échelonnées sur la rivière Chaudière, Sainte-Marie m'impressionne-t-elle le plus favorablement? En quoi consiste done son charme? Est-ce dans la majesté de sa cathédrale (1) gothique, et dansle solide
(1) Naguère desservie par le Révérend Messire Louis Proulx, la cathédrale de Sainte-Marie est certainement l’un des plus beaux temples du culte catholique en Canada,
La révolution française donna à Sainte-Marie, Nouvelle Beauce, non seulement un prêtre dévoué dans la personne de feu Messire Villade, mais encore avec lui, quelques richesses artistiques fort prisées au vieux monde.
Plusieurs familles canadiennes de vieille souche s'étant établies à Sainte-
Marie, contribuëi nt à répandre l'éducation dans cette paroisse. &: Le dévoué, le généreux M. Villade y trouva, en 1823, de puissants auxiliaires pour le seconder, dans la fondation d'une maison pour l’éducation des jeunes filles. Le Révérend Messire Louis Proulx, dans un appel à la générosité de ses paroissiens, puisa los moyens d'agrandir ce couvent de moitié; les dames, Relirieuses de la Congrégation, assistées d’institutrices laïques, y donnent maintonant l'éducation à plus de cent enfants du sexe féminin.
C'est encore à l'intelligente initiative du euré Proulx, aidé des dons des principaux citoyens de la paroisse, que Sainte-Marie doit la construction d'un collége
fréquenté d'au moins 80 enfants mâles sous la direction des Frères de la Doctrine Chrétienne.
La mrjestueuse cathédrale gothique de Sainte-Murie fut commencée en 1856.
Dimensions, 166 pieds de longuenr ; largeur, 73 pieds; hauteur de la tour qui supporte le elocher, 125 pieds. Les Ctrangers admirent à bon droit sa triple
confort de son nouveau presbytère, digne demeure de son pasteur lettré? Est-ce dans les vertes chevelures de ses ormes et de ses peupliers majestueux chantés par un de ses poètes, avenue ombreuse, où, nous assure-t-on, bien des amoureux ont juré fidélité éternelle, arbres qui vous escortent pour ainsi dire, jusqu’au seuil de ses manoirs à tourelles antiques ? comme l'a si bien dit, un de ses poëles :
Salut, vioux peupliers qui penchez sur la route Vos longs rameaux feuillus tous chargés de senteurs, Qui bercez sur ma tête une ondoyante voûte
Où mille voix chantent en chœur |
Oh! j'aime à vous revoir, à l’époque charmante
Où tout sous le ciel bleu nous semble rajeunir!
Oh ! j'aime à vous revoir, quand la brise odorante Sous ses baisers vous fait frémir!
Car dans le doux babil de la feuille qui tremble, Dans la chanson du nid sur la branche bercé, En extase je crois ouïr chanter ensemble
Les voix suaves du passé.
—(Les PEuPLiIERS DU DOMAINE, W. Chapman.)
voûte, le chœur et le jubé où est placée l'orgue ; le tout fait honneur et aux paroissiens de Sainte-Marie, et à leur digne pasteur. Sans doute, les archéologues iront contempler sous une grande armoire vitrée, dans le bas de l’église, du côté de la tour, pour correspondre aux fonts baptismaux qui sont de l’autre côté, l'antique bas-relief sculpté en chêne, représentant la Sainte Vierge tenant le divin enfant dans ses bras, et couronnée par des anges ; apporté, dit-on, d’abord de la Terre-Sainte, en 1254, par saint Louis. Il fut par lui donné aux Frères précheurs. Ayant plus tard été réparé, grâce à la munificence de la Duchesse de Berry, il fut, par son ordre, transporté dans le monastère du Mont Valérien, en 1829. Ce monastère ayant été pillé l’année suivante, lorsque Charles X fut chassé du trône, le bas-relief fit partie des dépouilles et fut volé, puis acheté chez un marchand de bric-à-brac et vendu $30 à l’encan. Feu M. Clouet, de Québec, l’acquit et en fit cadeau à Messire Villade pour l'église de Sainte-Marie. Voici l’inscription :
ÂNNO DOMINI XCCLIV
HoC ANAGLYPTUM
Luvovicus 1x REX
PALESTINA REDUX
FRATRUM PRÆDICATORUM ORDINI Doxo peprr.
ANNO XDCCCXXIX Ducïs AUGUuSTISSIMA BITURICENSIS MUNIFICENTIA RECONCINNATUM KUIT ET INAURATUM Hoc iN MONTIS VALERIL CŒNORIO TRANSLATUM.
Est-ce dans le tranquille murmure de ton onde, dans les historiques réminiscences du passé que tu évoques, belle rivière (1) Chaudière ?
Est-ce dans les traditions de bravoure, de loyauté, d'hospitalité, de bon ton, de jovialité qui flottent au-dessus de ces vieux noms respectés de notre histoire, comme un suave parfum, une lumineuse auréole, les (2) Duchesnay, les Taschereau, les de Lérv, noms pesants à porter parce qu'ils semblent obliger à beaucoup? Est-ce dans les prés accidentés, les ondulants côleaux qui reposent la vue des deux côtés de la rivière ? Est-ce par-dessus tout pour le voyageur fatigué du trajet, par monts et vallées, du fond des lointains cantons de Lambton, d'Aylmer, de Broughton et de Saint- Frédéric, l'idée du confort matériel qui l'attend aux hôtelleries de Sainte-Marie, ou de l'accueil affectueux que lui feront de vieux amis ? Ce charme consiste, peut-être, dans toutes ces choses réunies,
(1) La rivière Chaudière était la grande voie de communication pour les sauvages qui venaient anciennement de la Nouvelle-Angleterre à Québec. Ce fut le Jésuite Gabriel Druillettes, parti de Sillery, Le 22 août 1616, qui, le premier, remonta la rivière Chaudière jusqu’au Kennebec ; on sait que l’idée d’Arnold de pénétrer en Canada par le Kennebec et la Chaudière n’était pas neuve. Le gouverneur des Provinces, Pownall, en 1758, l'avait aussi suggérée dans un écrit “IDEA OF THE SERVICE OF AMERICA.” Un colonel Montrésor l’avait tentée avec succès avant Arnoid.
(2) Au moment où je revise ces lignes, que de figures amies ont disparu | l'honorable Hen:y-Elzéar Duchesnay, sénateur de la Division ; lo savant Messire Ls. Proulx, une des lumières du clergé canadien; le Dr. Richard Achille Fortier, homme intègre, médecin dévoué, s’il en fut ; mon jeune ami le major Arthur Taschereau, aide-de-camp du lieutenant-gouverneur Belleau!
Qu'il me soi’ permis, en concluant ces notes, d'offrir à M. Achille R. Fortier, de Sainte-Marie, mes sincères remerciments pour les renseignements historiques qu’il m'a fournis.
Les Bostonnais à Saint-Pierre, Rivière-du-Sud, 1776.—Le curé Bailly. Loyauté des quatre seigneurs De Beaujeu.—Couillard.—Taschereau.— De Gaspé.—Triste état des rebelles au spirituel et au temporel.— Encan des meubles et effets du seigneur Gabriel-Elzéar Taschereau à Sainte-Marie, d'après les ordres d'Arnold.--Proos-verbal de la vente, —Une curieuse pièce,
Que de fois ai-je vu, sous leur aspect le plus riant, en juin, les vertes prairies de Saint-François et de Saint-Pierre, Rivitre-du-Sud ! Je les ai contemplés aussi en automne, ces guérets à perte de vue, couverts d'une abondante moisson, et, plus d’une fois, j'ai eu occasion d'admirer ces riches terres à bled, quelquefois labourées avec symétrie. Elles me rappelaient la fertile vallée de la rivière Chambly, lieu choyé de l'agriculteur canadien. Tout dernièrement encore, je revoyais ces lieux, mornes et silencieux : une de nos grandes tempêtes d'hiver, grondant dans les airs, me fit regagner à la hâte l'hôtellerie du village où je cherchai, en attendant que la voie ferrée pût reprendre ses voyages, dans les livres, une distraction à l'ennui qui m'obsédait. Bientôt, je me rappelai que Saint-Pierre avait un nom dans les annales du passé ; que la tradition et les vieux manuscrits y plagaient un incident assez notable de la guerre des Bostonnais ; qu’un belliqueux curé, le Révérend Messire Bailly, en compagnie du seigneur Couiltard et du seigneur de Beaujeu, y devint la vietime de sa martale ardeur pendant l'hiver de 1775-6. Messir : Bailly étaitil le curé de Saint-Pierre pour cette année, me dis-je? Allons compulser les registres de la paroisse ? Je m'adressai de suite à mon excellent ami, Messire Narcisse Beaubien, prêtre desservant, lui expliquant l'objet de ma recherche, Mon aimable hôte, non-seulement me produisit sans délai de vénérables folius étiquetés «1775-6,» etc., mais il mit encore à ma dis-
position un petit tableau chronologique des prêtres desservant Saint-Pierre depuis la fondation de l'église, de 1727 à 1869, imprimé à ses fraiset distribué en don à ses paroissiens. Grande fut ma surprise de n’y pas voir figurer le nom du belliqueux Messire Baïlly. Néanmoins, en eompulsant le registre des MARIAGES, BAPTÈMES ET SÉPULTURES, nous trouvâmes, sous la date du 31 janvier 1776, une entrée signée «Chs. Frs. Bailly, prêtre, » constatant que «ce jour, lui, le dit Chs. Frs. Bæily, Directeur du Séminaire de (Québec, avait baptisé, Marie-Charlotte Bernache.» ÆEureka ! Eureka! m'écriai-je, Mon hôte me fit promettre de lui donner connaissance des faits d'armes du patriotique eure.…......el voici.
À part quelques détails que l'on trouve dans nos histoires du Canada, sur l'affaire de Michel Blais (4), tel estle nom qu'on donne à ce combat, les renseignements suivants, puisés à des sources peu connues, pourront intéresser,
'armi les manuserits, présentés par son président, G, B. Faribaull, à la Société Littéraire et Historique, il en est un sur l'invasion de 1775-6. M. Faribault dit tenir ce document de feu l'honorable J. M. Fraser, mort vers 1860, dont l’ancêtre servait en Canada à l'époque de 1775, lequel semble l'avoir reçu soit de M. Hugh Finlay ou du capitaine Pat, Daly, du régiment Royal Emigrant (84th), commandé en 1775, par le colonel McLean. Ce journal est assez æeirconstancié, mais à chaque ligne, il y perce une haine si marquée contre les Canadiens, que la lecture en devient ennuveuse (2).
Le dernier trait n'a que faire de commentaire : l'histoire
(1) Michel Blais, si mes renseignements “ont exacts, est l’ancôtre de l'ex-
député pour Montmagny, Louis Blais, écuyer, de saint-Thomas, avocat et grand chasseur.
(2; Sous la date du 6 avril 1776, on lit: ‘“ À deserter came in says : That general Lee is on his way to this place (Quebec), wiih 4,000, About 100 Canadians were got together by one William Ross, who formerly served inthe 78th (colonel Fraser’s) and one Mr. Beaujeu and Mr, Gaspé, to whom our Governor had sent secret orders by the Beaumont men, and with these they intended to seize the rebel battery at Point Levy, and open a communication with the town, but the other Canadians betrayed them, and a great body of them having joined 160 Bostonians, they all marched and attacked the gmall party of Royalists whom they routed, after killing four or five : amongst the rest, one Mr. Bailly, a priest, who was a zenlous Royalist was much wouuded. Though the Canadians in general are treacherous, yet there are a few honest amongst them.”
est là pour prouver que, sans les Canadiens-Français, en 1775 et en 1812, le Canada était perdu pour l'Angleterre, Les Anglais de 1775 auraient dû être les derniers à jeter aux Canadiens le mot de traîtres, quand le chef de l'armée d'invasion, le général Montgomery, était un de leurs officiers, qui, avec Wolfe, vint en Canada en 1759 ; on trouve deux officiers anglais, le major Moses Ilazen (1), et le capitaine Donald Campbell, parmi les « rebelles » et plusieurs des principaux marchands anglais de Québec et de Montréal, sympathisaient ouvertement ou secrètement avec les hordes de Montgomery et d'Arnold : les Lymburner, les Wells, les Bonfield, Zacharias McCauly, Murdoch Stewart, ele. Le colonel Henry Caldwell, le grand-père de Sir Henry Caldwell, qui est mort ces années dernières, écrivant en juin 1776, à son ancien chef et ami, le général Murray, mentionne avantageusement le fait d'armes de Messire Bailly (2).
Les curés de campagne ayant, comme le dit le colonel Caldwell, refusé de confesser les annexionnistes, pendant l'hiver de 1776, il est à présumer que plusieurs ne firent pas leurs pâques. C’est aussi ce que le brigadier-général Wooster écrivait au colonel Warner, le 6 janvier 1776: «The clergy refuse absolution to all who have shown themselves our friends
() Histoire du Canada—Smith : Vol. II, P. 112, 113 et 124.
(2) “I forgot to mention à cireumstanee in favor of the Canadiaus (I would willingly say as much in their favour, consistent with truth, as I could.) A habitant from Beaumont (the only one that crossed to town during the winter from that side) came to Quebec in a canoe, with some fresh provisions, and mentioned that many of the inhabitants of the south side were inclined to serve the government, if they knew how. The general, by this man, wrote Mr. de Beaujeu (Frère du héros de la Monongahela ; il mourut vers 1811), who lived in obscurity on the Isle aux Grues, to try and endeavour to assemble the Canadians, and eut tho guard they then had at Point Levy. He engaged about 150 Canadians in that design ; but they were betrayed by others of the disaftected Canadians. Some of them assembled in a house together, were surrounded, and about thirty taken prisoners. Messire Bailly, à priest, was shot through the body, and also taken ; he, however has soon been released, and recovered of his wounds. The priests, in general, behaved well and refused to confess the Canadians in the rebel interest, for which they suffered persecution. Messire de Lotbinière, alone excepted, he they proposed to make Bishop. Monsieur De.s.ssssss sosoooses was almostthe only person of the noblesse, that did not every thing he could for the public service. (Lettre du colonel Caldwell au général James Murray, publiée en 1867, par la Socicté Littéraire et Historique.)
and preach damnation to all who will not take up arms against us. » Il faut avouer que les temps étaient durs pour nos amis les ennemis, au spirituel et au temporel. Les journaux tenus à l’armée d'invasion, avant son arrivée à la Beauce, mentionnent entre, autres friandises, un potage confectionné d’un gras terre-neuve, appartenant au capitaine Dearborn, pour le goûter de ces messieurs ; potage et bouillon, entrailles ÿ comprises, tout fat dévoré avec avidité ; on avait d'abord prétendu que c’élait de la viande d'ours, attendu que ce potage avait une teinte verdâtre. (1)
Enfin, pour varier les mets, on faisait bouillir, pour les rendre tendres, et ensuite frire, des pantalons de peau d’orignal, comme nourriture ; l'attirail d'un barbier se transforma en une soupe (2). Tout changea de face, une fois entrés dans la terre promise de la vallée de la Chaudière, Les cultivateurs de ces endroits n’eurent pas la peine de remettre aux fêtes de Noël ou de Pâques à faire leurs boucheries, les yankees les firent pour eux. Les volailles et les pores de la Beauce contribuèrent beaucoup au soutien de ces désintéressés patriotes, la plupart Irlandais, dit Caldwell, et qui prétendaient par leur courageuse initiative régénérer le monde. Mais ceci nous éloigne de l'incident principal de cet éenit: le fait d'armes de Messire Bailly. Ouvrons donc un mémoire du temps: la Relation de Simon Sanguinet, avocat de Montréal, dont l'intéressant récit sera, sous peu, nous l’espérons, livré à la publicité. Nous y trouverons au moins un historien sympathique.
«Le 25 mars,» dif Sanguinet, «il se forma un parti de Canadiens royali :. «ans les campagnes du sud, en bas de Québec, au nombre d'environ trois cent cinquante hommes, commandés par M. Beaujeu, ancien capitaine canadien. I fit avancer une avant-garde de cinquante hommes jusque dans la paroisse de Saint-Pierre, commandée par le sieur Couillard, pour favoriser sa marche, jusqu’à la Pointe-Lévis, vis-à-vis, pour entrer dans la ville, s’il était possible, afin de donner du
(1) Journal de Ware.
(2) ‘“ Old moose hide breeches were boiled, and then broiled on the coals and eaten; à barber’s powder bag made a soup in the course of the last three or four days before we reached the first settlement in Canada.”
secours, Maisil s'assembla un autre parti d'habitants de différentes paroisses, avec environ cent cinquante Bostonnais, qui cernèrent la maison où était l'avant-garde des royalistes, les attaquèrent vivement et les firent prisonniers dans le combat, Ily a eu trois habitants royalistes tués, dix de blessés, avec M. Bailly, prêtre, qui était avec eux; ils auraient tous été tués après s'être rendus prisonniers si les Bostonnais ne Peussent empêché. Il fut envoyé dix-huit prisonniers à Montréal, et le reste renvoyé chez eux avec promesse de ne plus prendre les armes. M. Beaujeu fut obligé de congédier sa petite armée et de se cacher, de crainte d'être fait prisonnier. L'on vit dans cette affaire des pères se battre contre leurs enfants, et les enfants contre leurs pères, ce qui paraîtra sans doute bien étrange. »
De quels autres faits d'armes, Saint-Pierre et les autres paroisses de la côte sud, furent-elles le théâtre pendant l'hiver de 1776 ? L'histoire ne dit mot.
Le brave seigneur de lfsle-aux-Grues retourna à son île fortunée, et Messire Chs. Frs. Bailly (1), revint probablement au séminaire de Québec, dont 1] paraît avoir été le directeur. Enfin, les braves habitants de Saint-Pierre, et des paroisses circonvoisines, n’eurent pas à attendre bien longtemps pour un changement de fortune ; le 6 mai, tous les Yankees échappés à la picotte, ou à la mitraille, tous ceux qui survécurent aux suites des indigestions que durent leur causer les grasses volailles de la Beauce; tous ceux enfin dont l'estomac fut assez robuste pour digérer les fragments de pantalons de peaux d'orignal bouillis, puis rôtis, ou du potage d’entrailles de terreneuves, «au jus verdâtre ; » tout ce qui avait encore vie parmi cette bande de tanneurs, de chapeliers, de forgerons, de cordonniers, d’aubergistes, la plupart irlandais de naissance, «hatters, tanners, blacksmiths, shoemalers, tavern-keepers, chiefly Lrish, » —dit le colonel Caldwell, qui les avait étrillés
(1) Mgr. Charles-François Bailly de Messien, coadjuteur de Mgr. Hubert, né à Varennes, district de Montréal, 4 novembre 1740, ordonné prêtre à Québec, 10 mai 1767, nommé curé à la Pointe-aux-Trembles en 1777, coadjuteur, 30 juin 1788, nommé à Rome évêque de Capse, in partibus, 26 septembre 1788.
Mort à l'Hôpital-Général, 20 mai 1794, et inhumé à la Pointe-aux-Trembles, dont il était curé depuis 16 ans.—(L’abbé Tanguay.)
d'importance; tous prirent la clef deschamps. Maintenant leur mémoire est immortalisée en belle prose, par le grand historien des Etats-Unis ; d'un coup de baguette, Bancroft transforme 1: tout en héros dignes de la Grèce antique !
Je dois dire que ces traditions de combats sont vivaces parmi les bons habitants de ces paroisses et que l'esprit militaire paraît y avoir de fortes racines. Au moment de mon arrivée dans le village de Saint-Pierre, une escouade d'alertes volontaires, en luniques brillantes, revenaient de chez leur commandant, le capitaine Landry, où l’onse disposait, après un examen préparatoire, à passer en revue devant le major de brigade, le colonel Duchesnay, qui y était attendu ce soir-là même,
Le lecteur a pu voir, par les pièces précédentes, combien de détails intimes, de la palpitante période de 1775, existent, enfouis, peu connus, dans les vieux cartons et les traditions du passé : que de beaux faits d'armes, que d’actes de dévouement à la patrie pendant ce terrible blocus de Québec en 4775-6 ! Qui donc nous retracera les angoisses de nos pères dans toute leur nâvrante réalité pendant le douloureux hiver où les hordes d’Arnold, plus féroces que les féniens de Ridgeway, promenaient la torche et la dévastation au sein de nos campagnes, jusque dans les faubourgs de nos villes ? A Montréal, au fort Saint-Jean, Montgomery régnait en maître, Québec seul tenait bon.
Les annexionnistes du temps, esquissés par le colonel Caldwell et l'avocat Sanguinet, posent, comme on a dù le remarquer, peu avantageusement. Maltraités quant au temporel, leur sort était peu enviable au spirituel. Les morts, enterrés sans façon dans les champs, près des clôtures, avec les bêtes de ferme atteintes du charbon ; les vivants, privés de sacrements, heureux de pouvoir faire même des pâques de renard par le ministère du jésuite Charles Carroll, plus tard archevêque de Baltimore, lequel accompagnait à Montréal son frère, John Carroll, un des envoyés du Congrès.
Ca Lo Le Y a Ve, A e ue LE 2 NX e & 4 € D Ÿ 72