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«On avait espéré, dit Bancroft, que son caractère servirait « à tempérer l'opposition du clergé canadien. »
Malgré les défections que l’on voyait parmi les Anglais eties Canadiens, causées tantôt par de séduisantes promesses, tantôt par les menaces, le pillage et les exactions.du (1) doubletraitre, Arnold, et de ses sans-culottes, la majorité du peuple se déclara pour la monarchie el non pour la république, pour défendre ses foyers et non pour accepter le joug de la démocratie.
En l'absence d'autres chefs politiques, les paysans canadiens se rangèrent en grande partie sous la bannière de leurs seigneurs, dociles à la voix de l'évèque Briand. Au combat de Saint-Pierre, connu des anciens Canadiens sous le nom de l'affaire de Michel Blais, on trouve au moins trois seigneurs canadiens ; d’abord le capitaine Louis Liénard de Beaujeu, qui avait servi à Michellimakinac, vers 1759, et qui, en l'automne de 1775, conduisit un nombreux détachement de volontaires au secours de Carleton à Montréal, alors aux mains de Montgomery. Dévouement inutile, il traversa le fleuve vis-à-vis Montréal et fut contraint de fuir devant les nombreuses hordes des envahisseurs. Plus tard, il retourna dans :on manoir, à l’Ile-aux-Grues, et mourut en 4797. Notre ami, M. P. A. DeGaspé, nous a dit avoir assisté à son lit de mort. Notcns au susdit combat la présence d'un autre seigneur canadien, Jean-Baptiste Couillard, seigneur du fief l'Epinay et de la Rivière-du-Sud, à Montmagny ; puis un troisième, Ignace A. DeGaspé, le grand-père de l’auteur des Anciens Canadiens, seigneur de Saint-Jean- Port-Joli. Ils étaient en bonne compagnie, ces braves chefs royalistes, ayant à leur côté Messire Chs.-Frs. Bailly, alors directeur du séminaire de Québec, mort coadjuteur du diocèse.
N'allez pas croire, pour tout cela, que les royalistes de 1776 n'avaient pas, de temps à autre, des mécomples, aussi bien que les congréganistes (2). Ainsi, non-seulement Le
(1) Benedict Arnold fut un double traître. D'abord à l'Angleterre; plus tard aux provinces de l'Amérique, en offrant de livrer West Point aux Anglais, moyennant £33,000 et la retention de son grade d’alors, dans l’armée anglaise. Méprisé de tous, il mourut près de Brampton, Angleterre, 18 juin 1801.
(2) Le parti que nous nommons maintenant Annexioniste passait en 1775 sous lo nom de congréganiate : c'était des émissaires du Congrès révolutionnaire.
combat de Saint-Pierre se termina par un sauve-qui-peut général, où les vaincus faillirent être scalpés jusqu'au dernier, mais le capitaine de Beaujeu, frère du héros de la Monongahela, sauva ses jours par un expédient assez burlesque, Lise blottit dans un ratelier d'écurie, dit-on. La fortune des plus grands cœurs, tourne quelquefois au comique. Le féroce Marius, envasé jusqu'au menton dans les marais de Minturne, (2) « avec un mouchoir de poche sur le chef » pour le garantir des courants d'air ; le courageux sefferson Davis, exprésident des confédérés du sud, dans sa frite, enjambant quatre à quatre, les clôtures de la Georgie, vètu d'une ample crinoline ; le frère de l'héroïque vainqueur de Braddock, de Beaujeu, tapi sous une botte de foin dans nn ralelier, voilà bien de tes coups, inconstante Déesse, que les pauvres mortels nomment La Fortune. Plus tard, le 6 mai, à l’arrivée des frégates sis, Surprise et Martin, c'était le tour des *anexionnistes de se cacher ; la tradition nous laisse ignorer cü se }.'iuirent ces patriotes en détresse.
Que d’autres -inguliers incidents pour la chronique dans cette mémorable invasion projetée par Washington, et par notre ancien maître-de-poste, Benjamin Franklin!
Il est curieux de noter combien de circonstances, peu im-
. portantes en elles-mêmes, mais propres à peindre les hommes
et les temps de 1775, se dévoilent chaque jour, grâce aux Sociétés Historiques du Massachusetts, du Rhode-Island, de New-York, du Wisconsin, aussi bien qu’à celles du Canada, qui, toutes, ont rivalisé, depuis un certain temps, à éclaircir par des documents historiques les palpitantes périodes de 1759 et 1775-6.
Jared Sparks et Bancroft, tous deux parlent de la terreur que la simple méprise d'un mot causa parmi nos paisibles campagnards. Plusieurs des guerriers du «trafiquant de chevaux, » Arnold, portaient, comme par-dessus, des blouses de toile (2) : on fit cireuler qu'ils étaient vêtus en tôle, et l'Attila de 1775, Arnold, passa bientôt pour le chef d'une bande féroce, bardée de fer, à l'épreuve des balles.
(1) Beckett’s Comic History of Rome.
(2) Lossing's Field Book.
Ce qui, pourtant, dit la tradition, ne l’empêècha pas de laisser en chemin, dans la rivière, à un endroit appelé Jersey, dans Saint-George de la Beauce, le coffre-fort de l'armée, contenant les finances fournies par le Congrès. Malgré les tentatives réitérées qui ont élé faites, ces années dernières, pour recouvrer le susdit coffre en fer, plongeurs, clairvoyance, magie blanche, magie noire, on le cherche encore. Dernièrement, un plongeur ramenait à la surface, après de grands efforts, un bloc de pierre, en guise du coffre-fort tant convoilé ! Voilà tout.
Au moyen des relations de témoins oculaires du blocus de Québec, en 1775-60, on peut suivre pas à pas les acteurs dans cette lutte mémorable ; on recueille leurs sentiments intimes, leurs discours ; on leur arrache, pour ainsi dire, le secret de toutes leurs démarches ; on touche du doigt le ressort de leurs actions.
Il appert (1) que la batterie des Bostonnais à la Pointe-Lévis se composait de three light quns and one, et celle à la traverse, que nous croyons vouloir désigner la Pointe Argentenay, à l'Ile d'Orleans, l'ancienne traverse, n'était que de deux canons.
L'officier qui commandait la batterie à la Pointe-Lévis, était le coionel Clinton (plus lard le général Clinton), père du célèbre DeWitt Clinton (2).
Au dire du docteur Isaac Senter, le nom de l'officier qui défit les royalistes du curé Bailly, serait Dubois ; il était major.
Le journal de Meigs décrit l'Hôpital-Général, où le cha- : pelain des Bostonnais, le révérend Samuel Spring, prècha un sermon le jour de Noël 1775, «comme étant fort élégant à l'intérieur et richement décoré de ciselures et de dorures (3). »
La relation de Henry (plus tard devenu juge) dit que les marchands de Québec obtinrent la permission du gouverneur Carleton, de faire aux Bostonnais prisonniers, le jour de l'an, 1776, cadeau d’une tonne de porter avec du fromage et du pain.
(1) Senter’s Journal.
(2) The Sexagenery, p. 44.
(3) ‘ Exceedingly elegant inside and richly decorated with carvings and gilt
work.”
Le sieur Melvin peint avec entrain le dépit etles diablebleus des prisonniers (1).
En d’autres temps, le susdit Melvin se moque de ses compatriotes trop amateurs de la bonne chair (2).
L'officier Bostonnais, qui commandait à l'Ile d'Orléans, au rapport du juge Henry, était le lieutenant William Cross, «un joli petit français, toujours bien mis ; il avait sous lui un détachement d'à peu près vingt hommes (3).» Ailleurs, il donne le nom de l'officier qui commandait les pionniers chargés de blaiser les arbres pour guider l'armée d'invasion comme étant le capitaine Ayres.
Je n’en finirais point, si je prétendais extraire de toutes ces relations leurs piquants détails sur le blocus de Québec, en 1775. En voici un qui me paraît si improbable que je le signale en préférence à d'autres. L’armée d'invasion est à la Beauce :
«Nous entrâmes dans la demeure d’un vieux paysan, où il y avait une fort vieille femme à son métier et deux ou trois jolies jeunes filles; notre présence leur causa beaucoup de joie,
Nous achetâmes des œufs, du rhum, du sucre, des bonbons et nous nous mimes à l'aise. Lorsque la vieille sut d'où nous venions, elle se mit à chanter et à danser «Yankee Doodle » avec beaucoup d'entrain {4).»
Cette gaillarde Pénélope, avec ses belles fileuses, chantant un «Yankee Doodle» pour regaillardir les féroces guerriers vètus en tôle, nous intrigue fort. Qui done élait-elle? Qui
(1) “ March 17th. The guard set over us are old frenchmen and boys, who are very saucy, telling us we shall be hanged, pointing their bayonets at us : threatening to shoot us for opening any window, or such trifle.” (Welrin's Journal—1775.)
(2) “ Same day, (10th May 1776), two Jersey dumpling eaters were brought in ; they were found among the bushes, not having tried to make their escape, being too heavy laden with dumplings and pork, having forty pounds of pork, a knapsack full of dumplings and a quantity of flour.”"—(Melrin's Journal, 1775.)
(3) “A handsome little frenchman, always neatly dressed, commanded a detachement of about twenty men.’?
(4) ‘ We visited an old peasant’s house, where was a very old woman at her loom, and two or three fine young girls. They were exceedingly rejoiced with our company. Bought some eggs, rum, sugar, sweetmeats, &c., where we made ourselves very happy. Upon the old woman being acquainted from whence we came, she immediately fell singing and dancing ‘Yankee Doodle” with the greatest air of good humor.”—(Senter’s Journal).
nous donnera son nom, sa parenté? Etait-elle alliée, parente où amie de ces Pamerleau, ces Rodrigue, ces Goulest, ces Barbeau, ces Parent, ces Patry qui achetaient à si bonne composition les vaches, les porcs, les poules et les moutons du capitaine Gabriel À. Taschereau, leur loyal seigneur, vers le même temps ? Voici le procès-verbal de ce curieux encan.
Inventaire des effets appartenant au seigneur Gabriel-Elzéar Taschereau, grand-père de l'honorable Juge J. T. Taschereau,
vendus à la criée publique à la Beauce, en 1776, par les Bostonnais.
« Etat des effets qui ont été criés et vendus au domaine de monsieur Taschereau, à Santigan, et appartenant à mon dit sieur Taschereau, par le nommé John Mack, revêtu de l'ordre de monsieur le colonel Arnold, qu'il a fait interpréter à Etienne Barbeau, fermier et meunier de mon dit sieur Taschereau et son dépositaire, par le nommé Robertson, interprète.