LE CAR'BOU DES BOIS
portent. Sa patrie chérie, c'est l'extrême nord du continent, le pays glacé de la perdrix blanche et de l'Esquimaux. Les Indiens en font des massacres incroyables ; une seule famille en détruira jusqu'à deux ou trois cents, dans l’espace de quelques semaines, au moyen de fosses creusées, de lacets tendus, de flèches, quelquefois pour en déguster la langue seulement. Ilest bien moins farouche que son grand cousin du Canada. L’Indien, recouvert d’une peau de caribou, se traiînera à terre, imitant le beuglement de l'animal : le cerf indiscret approche pour examiner et recoit comme punition de sa curiosité, une flèche acérée. Ce ruminant passe l'hiver sur les hauteurs, où il subsiste de mousse et de jeunes arbustes ; au printemps, cinglant vers le nord, les femelles arrivent en mai, sur les rives de l’océan où elles déposent leurs petits ; les mâles les suivent plus tard : puis elles se replieront vers le sud en septembre. Voilà pour l'espèce arctique.
Le caribou des bois, deux fois la grosseur de son gracieux congenère le caribou des champs, muni de cornes plus trapues, plus fortes, habite le Labrador, le nord du Canada et atteint dans sa migration méridionale jusqu'à la Nouvelle-Ecosse. Le caribou des bois émigre vers le sud, tandis que l’autre gagne le nord à cette saison. Le parcours géographique du premier comprend Terre-Neuve, la Nouveïle-Ecosse, la partie septentrionale de l'état du Maine, les deux rives du Saint- Laurent dans la Province de Québec ; puis, en gagnant l’ouest; la région habitée au nord de Québec, en arrière du Lac Supérieur. Dans les Provinces maritimes et au Labrador, on le rencontre en bandes nombreuses au fond des grandes forêts solitaires, Moins élégant de forme que le chevreui!, c’est sa taille supérieure qui le fait distinguer du earibou des champs. Le pelage de cet animal est d’un brun ürant par endroits sur le blanc ; adulte, il mesure quatre pieds et demi de haut et pèse au-delà de 300livres, tandis que le chevreuiladulte atteint rarement 200 livres. Farouche et d'un accès impossible, ce caribou joint, à une merveilleuse agilité, une rapidité sans pareille danssa course. Ses bonds sont prodigieux : il sait également marcher, trotter, galopper avec grâce. L'hiver, il fréquente les savanes et les endroits marécageux, où abondent
les mousses et les arbustes tendres, sa nourriture de chaque jour. Poursuivi, il s'élance, coursier infatigable, de préférence vers un marécage qu’il côtoye, de temps à autre prenant l’eau, puis la terre ferme : quelquefois se dirigeant vers la montagne voisine, qu'il franchira en suivant la coulée creusée par un autre marécage. Veut-iléluder d'impitoyables ennemis qui le traquent depuis quatre à cinq jours ? il grimpera jusqu’à la cime du mont ; c'est alors que le chasseur haletant sentévanouir ses chances etabandonne la palme à l'agile bèle. Quelquefois, cependant, surpris pendant le sommeil, il succombera à une balle tirée de loin parl'{ndien, qui sait ramper sans bruit comme un serpent. Lorsqu'il ne peut plus fuir, il se rue sur son assaillant, L'automne, quand on le chasse dans le voisinage d'un lac pris à la glace vive, il s’aventurera sur celle surface polie, qu'il traversera avec la rapidité d’un trait, ocyor Euro : une fois lancé de la sorte, il lui est impossible de s'arrêter, même quand un objet l'effraie ; il prend alors le parti de se laisser cheoir sur ses hanches et de glisser, jusqu'à ce qu'il s'arrête ; puis il repart. Le chasseur rit du singulier spectacle qu'il présente et lui dit adieu pour ce jourlà. Question curieuse, savoir, si notre caribou, qui a lant de ressemblance par sa forme à la renne de Sibérie, pourrait entreprendre lestrajets extraordinaires de ce docile animal (1): mais
() Le col. Rhodes, de Sillery, grand chasseur, nous écrit :
‘ Ce que je puis gurantir, pour l'avoir vu, c’est que l’orignal mâle s’accouple avec la femelle du cheval. Un des fils de feu le shérif Sewell, de Québec, possédait un de ces mulets : il ressemblait en tout à un cheval, excepté que le contour de sa tête, son mufle et ses longues oreilles, dénotaient l’orignal : ce cheval-orignal a traîné une voiture pendant plusieurs années, dans les rues de cette ville : c'était une excellente bête, un bon cheval, pour la route. Les chasseurs sont d'opinion que l’orignal mâle recherche la jument, mais jamais la vache. La monture de M. Sewell devint plus tard la propriété du ‘“ roi des chasseurs ” de la côte nord, Olivier Cauchun.
Quant aux cariboux, nous en connaissons deux variétés autour de Québec : l’un le CariBou DES Bois (Turandus Hustilis ; ) l’autre le CARIBOU DES CHAMPS (Tarandus arcticus.) Le caribou des bois, est un cerf d'une plus forte taille, d’une couleur plus foncée que l’autre. Son bois est néanmoins plus petit. Il voyage par petites bandes de cinq ou de six, tandis que le Caribou des Champs, va par troupes de vingt à trois cents individus. La grosse bande proprement dite est rarement moindre que cent. Les auteurs ont beaucoup écrit sur l’agilité du caribou qui effleure, sans enfoncer, la surface de la neige avec la rapidité du vent.
Pour moi, j’en ai vu s’enfoncer dans la neige jusqu’au col, mais lorsque la neige est molle à ce point,le chasseur enfonce encore plus que le caribou, de sorte que
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