LE CARIBOU DES BOIS
la renne européenne est facile à apprivoiser : tandis que son congenère du Canada, est toute férocité, sauvagerie, agilité et vigueur. L'indien par sa sagacité, son instinct forestier, peut seul Jutter avec lui. Encore doit-il marcher à sa rencontre sous le vent, car à deux milles de distance en sens opposé, le flaire du rusé caribou lui découvre un ennemi, Une fois relancé, autant essayer suivre les vents.
Mais le chasseur dans la neige profonde a l'avantage de ses raquettes ? La nature n'a-t-elle done pas donné à l'agile roi des bois, des raquettes bien plus commodes, plus durables, de larges sabots, fendus et sonores ? Pour lui, c’est un jeu que la couche de neige épaisse où le colossal orignal s'enfonce péniblément à chaque pas jusqu'à l'épaule, où le chevreuil s'épuise en vains efforts et tombe, avec le râle de la mort, implorant merci de l’inexorable chasseur qui lui plouge le coùleau dans la gorge.
Le caribou des bois, c'est une légère nacelle, au sein des océans glacés du Canada : rapide comme l'ouragan qui saisit à la chevelure les grands pins et courbe le front des chènes : infatigable, comme cet autre navire qui sillonne les sables du Saharas, sous l'haleine du terrible Simoou, le chameau du désert, la providence de l'Arabe.
Les pas de l'homme ne sauraient l’atteindre, le suivit-il chaque jour, chaque nuit, toute une semaine, tout un mois ! Une nouvelle tombée de neige effacera toute trace du fuyard
l'animal a généralement l’avantage. Les plus grosses cornes exposées en vente, à Québec, viennent de Terre-Neuve. Le plus grand nombre de cariboux que j'ai vus abattus en un jour de chasse est de cinq ; et de vingt, dans une partie de chasse qui dura trois semaines. Le chasseur d’orignal qui abat une pièce par jour se croit heureux. Le caribou ne me.:semble pas plus sauvage qu'aucune autre bête des bois. Il existe en plus grand nombre parce qu’on ne réussit pas à l’atteindre en le poursuivant en raquettes comme c’est le cas pour l’orignalet le chevreuil. Les paysons parviennent néanmoins à lo rejoindre après une course de deux ou trois jours : ils le prennent aussi au lacet : la carcasse se vend $5 chaque année. La capture du caribou, est à l'amateur ce que celle du saumon l’est au pêcheur à la mouche : une lutte d’adresse et de fatigue physique. Les Indiens, armés de fusils inférieurs, sont peu heureux dans leur chasse au caribou; d’ailleurs l’animal, mort, ne leur fournit qu’un mince repas de viande maigre, etsa peau du cuir pour une seule paire de raquettes, au plus.
‘ Le CARIBOU DES CHawps, a le pelage moins foncé, que celui du CARIBOU DES Bois : son muffle, est plus recourbé, il a plus la forme d’un nez romain. Il égale presque ce dernier par Le poids. Le carcajou (Gulo}, est toujours aux aguets dans
et le chasseur, de guerre-lasse, aura réalisé un seul résultat : fatigue, épuisement, le sentiment de l'impuissance.
Malgré tout, quelles belles chasses au caribou, nos alertes Nemrod ne font-ils pas chaque hiver ! quels glorieux coups de fusils! Continuez, chasseurs, nos amis! Que saint Hubert vous ait en sa sainte garde !