‹ L'album du touriste [microforme]Chapitre 74 sur 140 · CERVUS VIRGINIANUS · texte numérisé non relu

CERVUS VIRGINIANUS

Ce gracieux ruminan£ est encore fort nombreux dans les cantons d'Ontario, nouvellement établis. On le rencontre aussi, bien qu'en plus petit nombre, dans la partie sud-est et ouest de notre Province. De tous les cervidæ d'Amérique, c’est celui dont les formes sont les plus élégantes. Tête longue et effilée ; yeux grands, pleins d’éclats, de couleur bleu, iirani sur le noir ; jambes délicates, mais bein tournées el musculaires eu égard à leur volume ; corps, passablement robuste ef flexible. Ses cornes ne sont pas grandes. Dans leur première moitié, elles sont recourbées vers le dos, et, dans l'autre moitié, elles le sonten sens opposé, Généralement, le bois est cylindrique : mais on le rencontre quelquefois palmé, Il varie de forme et de volume, selon les individus.

les champs, où broutent des bandes de cariboux, dont il est l’ennemi mortel ; néanmoins, comme i} ne se montre rarement au grand jour, il doit préparer ses embüûthes la nuit, Près des frontières, au sud de Québec, le Daim de Virginie, connu ici sous le nom de chevreuil, se voit assez souvent. On en a rencontré dos individus isolés, au nord de Québec, mais ils appartiennent au Haut-Canada. Le carcajou n'attaque pas l’orignal, mais il se cramponnera au dos du caribou, lui ouvrira la jugulaire avec sos dents, et tiendra bon jusqu’à ce que l'animal tombe épuisé par la course et la perte du sang. Je n’ui jamais oui-dire qu'aucun carcajou à été vu au sud du Saint-Laurent. Je pense qu’il vient du nord, à la suite du Caribou des Champs (T. articus). Je ne crois pas que cette variété de caribou pénètre au sud du Saint-Laurent, comme il ne vient pas de belles cornes de cette localité,

‘ Ilse voit un bon nombre de cariboux (des Bois), dans les environs de la voie ferrée de Québec à Richmond, et aussi vers Rimouski, On abat de 30 à 40 cariboux chaque année et 60 orignaux, dans les environs de Québec. ”

‘e (Signé), W. Ruoprs.

‘ Benmore, Sillery, 4 février 1872. ”?

A APTE NII

Les extrémités sont de forme ronde, conique, aigüe, retroussée,. A la tête de presque tous, vers l'intérieur de chaque corne, il ya deux cornichons sur le front. Une paire de grandes cornes pèse jusqu'à six livres, mais il en est peu qui excèdent quatre ou cinq livres en pesanteur,

La couleur du chevreuil change avec la saison. En automne et en hiver, il est gris-bleuâtre ; au printemps, roussûtre ; il redevient bleuâtre en été, Sous le menton, la gorge, le veutre et sur le pelage intérieur des pattes et le des. 48 de la queue, le blanc prédomine, Les /aons sont d'abord d'un rouge-brun, lacheté de blanc, le long des côtés, Pendant l'automne de leur première année, ils perdent les taches blanches et revêtent la livrée des vieux. Longueur, du museau à la racine de la queue, cinq pieds quatre pouces : la queue, y compris le poil, peut avoir plus d'un pied en longueur!

La femelle donue naissance, en mai ou en juin, à un ou deux, rarement, à trois petits, qu'elle cache dans un taillis. En Canada, le chevreuil passe l'hiver au sein des savanes d'épinelte où de cèdre ; comme l'orignal, il y fait son « ravage » et s’y réunit en troupes. Le ravage est la partie de la savane ou la bande s’est établie et s’est tracée dans la neige une multi. tude de sentiers qui se croisent en tous sens ; à cette saison, rarement on découvre leurs traces dans les bois francs ; le printemps, à la fonte des neiges, ils gagnent les hauteurs jusqu'à l'automne et broutent dans les champs pendant la nuit, En hiver, dans les savanes, ils se nourriront des châtons du merisier, du cèdre, de l’épinette, ainsi que de mousses. En été, ils subsistent de feuilles, d'herbes tendres, de baies, de pois, de navets et attaquent même les champs de pommes de terre. Les pois et les navets sont préférés par eux, à tous les autres produits agricoles. Ils passent la journée entière dans le voisinage des champs. Le mâle, généralement, se construit un lit confortable de feuilles et d'herbes dans un fourré d'arbustes, et y repose la plus grande partie du jour. A la fin de mai et en juin, quand les mouches les tourmentent, ils sortent du bois et gagnent les champs environ une heure avant le coucher du soleil. Ils cherchent aussi, à cette saison, protection contre les moustiques dans l'eau des lacs, pendant la nuit.

Le chevreuil fréquente soir et matin, même pendant la puit, pour s’abreuver, les sources d'eau vive et certaines salines minérales. Un jeune chasseur grimpera dans un arbre avoisinant et, avec sa carabine, il logera une balle meurtrière dans les flancs du timide animal, lequel entendra le coup de fusil avant de voir son ennemi.

En octobre, en novembre et en décembre, ces cerfs parcourent avec impétuosilé les sentiers de la forêt. Les mâles se livrent à celle saison, avec leurs pieds et leur cornes, des combats furieux. Leurs bois alors quelquefois s'enlacent au point qu'ils re peuvent se séparer ; en ces occasions, ils succomberont de faim ou seront dévorés par les animaux carnassiers : le naturaliste Say atteste le fait pour l'avoir vu de ses yeux (1).

C’est en automne qu'ils sont le plus gras, mais les mâles deviennent maigres en décembre tandis, que les femelles conservent leur graisse jusqu'au milieu de l'hiver ; au printemps, les chevreuils sont maigres et faibles. Il est facile de les découvrir avec des chiens dans leur « ravage » à cette saison, Une fois poursuivis, ils s'élancent, se blessent et s’épuisent dans les épaisses couches de neige et dans le verglas. Le chasseur les rejoint, —les poignarde et les égorge comme des animaux de basse-cour amenés à l’abattoir ; ceci s'appelle une boucherie, dans les goûts de l'indien dégradé ; ce n’est pas la chasse : le noble art de la vénérie. Ces massacres, au moment où la mère va mettre bas, la loi les punit sans miséricorde., La chasse au chevreuil se fait d'ordinaire aux premières neiges ; pour celui qui est muni d’ane bonne carabine et de muscles d'acier, c'est un amusement plein d'attraits.

Un instinct inexplicable pousse le chevreuil à regarder fixement un flambeau pendant la nuit : sa curiosité le conduit à sa

On lit dans le Courrier d'Outaouais de novembre 1871 :

‘ La semaine dernière, wi chasseur de Gloucester, du nom de Paul Savreau, était dans le bois à la recherche de cerfs qu’il ne trouvait pas, quand, à sa grande surprise, en avançant, il trouva en son chemin deux chevreuils bien joints et liés par leurs bois et andouillers, l’un d'eux était mort et l’autre mourant. Le terrain autour démontrait que la lutte avait été désespérée entre les deux animaux, qui tous deux étaient pesants, forts et puissants, Le chasseur eut peu de trouble à trancher la difficulté entre les combattants, en tranchant la tête du survivant. ”

mn ets.

perte. Le chasseur expose, dans le devant de son canot, sur la lisière du lac, une torche d’écorce enflammée ; le chevreuil allant s'abreuver, s'arrête, s'approche, fixe l'objet : et une balle impitoyable l'atteint. On le leurre également aa moyen

’une ie ardente, fixée à l'intérieur de la cavité d' d'une bougie ardente, fixée à l'intérieur de la cavité d'un bonnet d’écorce de bouleau, qui dérobe la figure de celui qui le porte ; les veux du cerf reluisent dans l'obseurité comme des globes de feu, points de mire pour le chasseur qui peut difficilement mauquer le cible.

Daasles Etats du Sud, où le cerf fréquente de vastes plaines (1) on le pourchasse à cheval avec des lévriers (stag hounds.) Du golfe du Saint-Laurent, à travers le Canada et les Etats-Unis, jusqu'aux Montagnes Rocheuses, lel est le parcours du chevreuil. I n'habite pas à l'ouest des Montagnes Rocheuses, excepté au Mexique. On ne l'a pas remarqué au nord du Saint-Laurent, plus bas que Québec ; à l'ouest de Montréal il se rencontre ; dans toute la province d'Ontario, on le trouve au nord de l'Outaouais. Dans le district adjacent aux lacs Nip. pising et Témiscaming, on voit, de temps à autre, des bandes éparses de chevreuils. On J'a remarqué. ces années dernières, dans le comté de Renfrew, sur les rivières Madawaska et Bon-

) nechère. Il existe dans tous les Etats de l’Union. Fortcommun au Texas et à New Mexico, il ne se trouve pas dans les Etats d'Orégon ou de Californie.

Ceux qu'Audubon et Bachman rencontrèrent à Niagara etau

(1) “ Il vient de se produire un incident curieux sur la ligne du chemin de fer du Pacifique, à l’endroit où les premières ondulations du terrain, au sortir des prairies annoncent le voisinage des Montagnes-Noires, dans l’Amérique du Nord,

‘“ Au point du jour,” raconte le Matin, ‘ la locomotive entraînant une longue file de wagons, chargés de voyageurs et de colis, pénétrait dans une petite vallée où coule doucement une eau pure et fraîche venue de la montagne.

‘“ Sur les bords de ce ruisseau se tenait un nombraux troupeau de cerfs s’y désaltérant avec délices, loin de tout danger apparent. Les timides animaux, épouvantés par l'apparition de ce cheval de fer au milieu d’eux, s’élancèrent pour se dérober par une couse furieuse à cet ennemi inconnu.

‘ Le mécanicien, voulant ajouter à leur effroi, fit entendre le sifflement aigu et strident de ses jets de vapeur. C’en était trop pour les pauvres bêtes : toutes, afin d'échapper au monstre qui les menaçait et semblait suivi d’une armée, s’enfuirent dans la direction même que suivait le train,

“ La lutte commença entre la locomotive et les cerfs.

“ Lancée à toute vapeur, la formidable machine, dont les roues tournaient avec une rapidité vertigineuse, semblait dévorer l’espace, mais les cerfs, à qui la

Maine leur semblèrent deux fois aussi gros que ceux qu'ils avaient vus dans les îles de la Caroline du Sud, où l’on va chasser ce bel animal. si facile à apprivoiser.

Ovide nous a laissé une riante description des malheurs du chasseur Acteon, métamorphosé en cerf ; en voici une traduction libre.

« Au temps où l'ile de Délos flottait à la surface du bleu océan, une jolie dame grecque, du nom de Latone, y donna le jour à uo fils nommé Apollon et à une fille: jumeaux issus de son (légitime ?) mariage avec un grand seigneur des mieux posés de l’époque, le sieur Jupiter. Avec le temps, la petite devintune grande, une belle princesse, si gentille, si modeste, si rangée, que bientôt on la surnomma la chaste, la blauche Diane. Elle raffolait de la chasse et se fichait des amoureux: On la trouva, néanmoins, si adorable, que les fashionables d'Ephèse allaient l’adorer en un temple magnifique, qui passa pour une des sept merveilles. O0 la belle demoiselle ! Les mauvaises langues prétendaient que ces messieurs faisaient encore plus de cas de sa beauté que de sa chasteté !

Un jour où, avec ses chiens, mademoiselle avait lancé un cerf, l'animal prit l’eau et la chasseresse en fit de même.

« Passe un jeune fat, du nom d'Acteon, lequel ajusta son lorgnon pour voir quelle mine feraient sur l'onde unecrinoline flottante etun Grecian Bend (1). Sa curiosité fut bien punie, car

frayeur donnaient vraiment des ailes, touchaient à peine la terre et fendaient l’air avec des élans désespérés.

‘ Fer et vapeur contre poumons et muscles, qui l’emporterait? Le mécanicien chauffa à la plus haute pression, aux hourras des voyageurs qu’intéressait vivement ce singulier steeple-chasso.

‘ On estime que sur un parcours de plus de 6 milles (près de 10 kilomètres), les cerfs affolés tinrent constamment tête; mais ils faiblissaient et allaient succomber quand la gorge qu'ils suivaient, s’élargissant tout à coup, leur livra un espace ouvert de chaque côté. Ils s’y jetèrent et y achevèrent laur couse effrénée, ne s’arrêtant qu’à une distance qui défiait locomotive et carabine.

‘ Alors, tremblant sur leurs jambes flageolantes et aspirant par la boucho et par les naseaux l’oxigène qui manquait à leur poitrine, ils regardèrent avec leurs grands yeux dilatés l’étrango apparition qui semblait fuir en remplissant l’air de bruit et de fumée.

“ La force musculaire avait vaincu la puissance mécanique.”

(1) Caprice de mode, où des talons fort hauts jouaient le principal rôle : avis aux antiquaires, nos neveux, qui étudieront les modes changeantes du passé,

la chaste demoiselle, qui avait étudié la magie blanche, lui fit une passe magique ; et de suite on vit à la place de l'indiscret Acteon un cerf timide, que l’inhumaine laissa même croquer vif à ses chiens. »

Hélas !

I love to see the man of care

Take pleasure in a toy ;

I love to see him row or ride,

And tread the grass with joy,

Or throw the cireling salmon fly As lusty as a boy.

Ami, lecteur, aimez-vous la pêche à la ligne? Etes-vous homme à devancer l'aurore, muni de votre perche et de votre panier, pour voir, en pêchant, lever l’astre radieux du jour ? auriez-vous le courage et la patience de vous embusquer pendant des heures entières sur la rive d'un ruisseau, pour y tenter avec votre hameçon l'appétit de rusés poissons? Bref, vous sentez-vous capable de vous arracher aux pavots de Morphée, à l'heure où sortent les lutins, au temps où les sorciers commencent leur sabat, à minuit sonnant, puis d’avaler un hâtif repas ; cela fait, de vous aventurer, à la lueur des étoiles, dans les sombres sentiers des Laurentides, connus seulement aux descendants de Gabriel et de Sioui, ces guides amphibies du lie Saint-Charles (1), afin d'être prêt à jeter votre ligne à deux heures

CÆ) Extrait des PECHERIES DU CANADA, par J. M. LeMoine, Imprimerie du Canadien, 1863.

(1) LES CÉLÉBRITÉS DU LAC SAINT-CHARLES.—Co lac possède parmi ses habitants quelques célébrités locales, dont les curieux peuvent se procurer les Cartes de Visite aux ateliers de M. Ellison et de M. Livernois.

D’abord le fameux chasseur indien, Sioui, qui réside au Grand Lac, près la Baic de l’Echo, ainsi nommée à cause des échos que les montagnes voisines vous y redonnent, La Parque a épargné ses jours.

Le premier lac, ou lac Saint-Charles proprement dit, possédait aussi deux pêcheurs renommés au bon temps où le jovial colonel Alphonse DeSalaberry, et son vieil ami, M. Charles Panct, ex-député de Québec, y allaient faire leurs fructueuses parties de pêche.

Ces pêcheurs, types du genre, deux frères, resteront longtemps dans le souvenir des habitués de l'hôtel Verret, qui avoisinait leur modeste demeure, L'un, surnommé Le Pape, vit encore; l’autre frère, le plus célèbre des deux, succombait

et demi du matin ? Si vous ne vous sentez pas ce courage antique, je vous dis, moi, que loin d’oser vous croire capable de jamais capturer le monarque de nos rivières, le saumom argenté, ou même la truite saumonée, Isaac Walton (*), le père Isaac, comme le nomment tous les bons croyants, eut-il à distribuer les rôles parmi ses disciples, croirait vous honorer encore que trop, en vous préposant pour pêcher des goujons, des écrevisses ou de la barbotte dans un puits de six pieds de diamètre. Si, au contraire, vous avez bon bras, bon œil, bonne jambe ; si, vous ne craignez pas de vous plonger dans l'eau jusqu’à la ceinture en pèchant ; si, les moustiques ne vous inspirent aucun effroi ; si, même vous vous moquez des maringouins ; si, après une faligante course dans les bois, reposant sous votre alcôve de sapins, vous trouvez qu'une truite

à une courte maladie en octobre 1870, presqu’octogénaire. Aux amateurs, il ne fut jamais connu sous d’autre nom que celui de Gabriel.

Quel est le pêcheur de truites qui n’est allé s'asseoir au foyer du légendaire pêcheur, y écouter ses merveilleuses histoires

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