L'OISEAU LE BLUS BEAU.—L'OISEAU-MOUCHE
Voici un tableau de la main du Frère Gabriel Sagard :
« Premièrement, ie commenceray par l'Oyseau le plus beau, le plus rare et le plus petit qui soit peut-estre au monde, qui est le Vicilin, ou Ovseaumousche, que les Indiens appelient en leur langue Ressuscilé. Cet oyseau, en corps, n'est pas plus gros qu'vn grillon, il a le bec long et très-délié, de la grosseur de la poincte d’vne aiguille, et ses cuisses et ses pieds aussi menus que la ligne d’vne escriture L'on a autrefois pezé son nid auec les oyseaux et trouué qu'il ne pèse d’auantage de vingt-quatre grains : il se nourrist de la rosée et de l'odeur des fleurs sans se poser sur icelles : mais seulement en voltigeant par dessus. Sa plume est aussi déliée que le duuet et est très-plaisante et belle à voir pour la diuersité de ses couleurs,
« Get oyseau (à ce qu'on dit) se meurt, où pour mieux dire s'endort au mois d'octobre, demeurant attaché à quelque petite branchette d'arbre par les pieds, et se réveille au mois d’Auril, que les fleurs sont en abondance, et quelquefois plus tard, et pour cette cause est appelé en langue mexicaine, Ressuscilé. Il en uient quantité en nostre jardin de Kebec, lorsque les fleurs et les pois y sont fleuris, et prenois plaisir de les y voir: mais ils vont si vite, que n’estoit qu'on en peut parfois approcher de fort près, à peine les prendroit-on pour oyseaux, ains pour papillons : mais y prenant garde de prèz, on les discerne et recognoist-on à leur bec, à leurs aisles, plumes, et à tout le reste de leur petit corps bien formé. Ils sont fort difficiles à prendre à cause de leur petitesse, et pour n'auoir aucun repos.
(1) Aristophane.—Les Oiseaux,
218 MIGmATION DES OISEAUX.
« Mais quand on les veut auoir, il faut s'approcher des fleurs et se tenir coy, auec vne longue poignée de verges, de laquelle il les laut frapper, $; on peut, et c'est l'inuention et la manière la plus aysée pour les prendre, Nos Religieux en auoient vn en vie, enfermé dans vn coffre ; mais il ne foisoit que bourdonner là dedans, et quelques jours après il mourut, n'y ayant moyen aucun d'en pouuoir nourrir ni conseruer longtemps en vie,»
—(Le Grand Voyage du pays des Hurons.)