‹ L'alchimie et les alchimistesChapitre 10 sur 22 · I.’ALCHIMIE AU MOYEN AGE · texte numérisé non relu

I.’ALCHIMIE AU MOYEN AGE

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procédés de Ultalien, ne donnèrent qu’une poudre tout à fait sans vertu. De la quantité d’or et d’argent qu’il avait employée, Zachaire ne put recouvrer ([u’uu demimarc ; aussi nous dit-il : « Tout Vaugment que je reçus, « ce fut <à la façon de la livre diminuante. » Ses quatre cents écus se trouvèrent ainsi n'duits à deux cent trente, et comme l’Italien offrait de se rendre à Milan, où se trouvait l’auteui' de cette recette, pour obtenir de lui des éclaircissements complets, Zachaire lui remit vingt écus, et demeura tout l’hiver à Toulouse pour attendre son retour. « Mais, ajoute-t-il , j’y serais encore si je l’eusse voulu at- « tendr(‘, car je ne le vis depuis. «

Une grande épidémie s’étant déclarée à Toulouse, Zachaire se décida à ahandonner la ville ; mais, ne voulant pas se séparer de ses amis , compagnons de ses recherches, il les suivit dans leur pays, à Cahors. Parmi eux se trouvait un bon vieillard, adepte blanchi sous le poids du travail et des années, et que l’on ne connaissait à Toulouse que sous le nom du Philosophe. Zachaire lui communiqua la collection de ses recettes, et demanda ses conseils, heureux de s’en rapporter à l’expérience et au savoir d’un homme qui avait manié tant de simples en sa vie. Le philosophe en nota dix comme les meilleures; et, six mois après, à la cessation de l’épidémie, noti e jeune adepte étant revenu à Toulouse, s’empressa de les soumettre à l’expérience. Ainsi se passa l’hiver entier : mais aucune des recettes rni.ses on pratique ne fournit de résultat ; de telle sorte qu’à la .Saint-Jean ses écus se trouvèrent réduits au nombre de cent soixante-dix.

Cet échec, éprouvé en dépit des conseils du vieux philosophe, aurait sans doute découragé le jeune alchimiste, si une circonstance heureuse n’était fort à propos venue lui rendre la confiance et l’espoir. Zachaire avait fait à Cahors la connaissance d’un jeune abbé qui, possesseur, aux environs de Toulouse, d’une riche prébende, consacrait honora-

blement ses loisirs et ses revenus à la recherche du grand œuvre. Cette conformité de goûts avait fait naître entre eux une vive sympathie. De retour à Toulouse, l’ahhé reçut de l’un de ses amis, attaché à Rome au cardinal d’Armagnac, la communication d’une recette excellente pour l’oeuvre hermétique. Ce procédé consistait à chauffer pendant un an de la poudre d’or calcinée avec de l’eau-de-vie distillée un grand nombre de fois; son exécution ne devait entraîner qu’une dépense de deux cents écus. Les deux amis résolurent de réunir, pour cet important travail, leurs efforts ainsi que leur bourse, et, les termes de cette petite association bien arrêtés entre eux, ils se mirent aussitôt à l’œuvre.

Il importait d’abord de se procurer une eau-de-vie trèspure. Ils achetèrent donc une bonne pièce de vin de Gaillac, qu’ils placèrent, pour en retirer l’eau-de-vie, dans un vaste alambic. On employa un mois à distiller plusieurs fois cette eau-de-vie dans le pélican; on la rectifia ensuite dans des vai.sseaux de verre. Ainsi amenée à un haut degré de concentration, l’eau-de-vie leur parut propre tà la dissolution de l’or. Ils prirent quatre marcs de ce liquide, qu’ils placèrent dans une cornue de verre contenant un marc d’or, que l’on avait préalablement soumis, pendant un mois, à une forte calcination. Cette cornue, placée dans une seconde plus grande, et tout l’appareil étant bien clos, on l’installa sur un grand fourneau, et l’on se disposa à entretenir au-dessous le feu pendant une année entière. L’abbé acheta, dans ce but, pour trente écus de menu charbon.

En attendant l’expiration de ce long intervalle, les deux opérateurs occupaient leurs loisirs à essayer quelques petits procédés qui ne donnèrent pas d’ailleurs de meilleur résultat que ne devait en fournir la grande opération.

Au bout d’un an, en effet, les deux amis reconnurent avec douleur que l’eau-de-vie n’avait pas dissous un atome d’or. Le métal était demeuré au fond de la cornue dans l’état même où il y avait été placé. On essaya de s’en servir comme

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poudre de projection, en opérant sur du mercure chauffé dans un creuset, comme l’indiquait la recette; mais ce fut en vain.

Ou comprend le désappointement des deux alchimistes. Le plus contrarié était l’abbé, qui, se croyant sûr du résultat, l’avait annoncé d’avance aux moines de son couvent, et avait écrit à la confrérie, la veille même de l’opération, qu’il ne restait plus qu’à fondre la belle fontaine de plomb qui ornait la cour du monastère pour en tirer des lingots d’or. La belle fontaine fut donc réservée pour une autre occasion:, elle ne faillit point, du reste, à sa destinée, car quelques années après, on la fit passer au creuset d’un alchimiste ambulant qui était venu montrer son savoir dans l’abbaye.

Cependant, loin de décourager l’abbé, cet échec ne fit que redoubler son ardeur. Pour tenter un grand coup, il proposa à Zacbaire de se rendre à Paris avec huit cents écus, dont ils fourniraient chacun la moitié, et d’y continuer l’œuvre, commune en profitant des lumières des innombrables artistes hermétiques c[ui remplissaient alors la capitale de la France. Ayant accepté la proposition de son ami, et trouvé, en affermant ses biens, la somme nécessaire, Zacbaire se disposa à se rendre à Paris, décidé à perdre tout ou à découvrir la pierre philosophale.

En vain ses parents essayèrent-ils de le dissuader de ce projet. Pour éviter leurs remontrances, il prétexta que son voyage n’aurait d’autre but que d’acheter à la cour une charge de conseiller. Dès lors sa famille, qui avait toujours reconnu en lui l’étoffe d’un grand légiste, ne s’opposa plus à son dessein. Zacbaire partit de sa province le lendemain de Noël; il arriva à Paris le jour des Rois de l’année 1539.

De toutes les villes de l’Europe, Paris était alors la plus fréquentée par les alchimistes. Aussi l’adepte de Guyenne y demeurait-il tout un mois inconnu, perdu dans cette foule immense d’artistes de tout genre qui s’adonnaient en commun ou en particulier à la recherche du grand œuvre. Mais.

au bout de ce temps, il s’était mis en rapport avec un si grand nombre d’ouvriers de toute profession, tels que fondeurs, orfèvres, artisans de divers métaux, fabricants de verre et de fourneaux, etc., qu’il avait fait, grâce à leur intermédiaire, la connaissance de plus de cent adeptes. Il trouva des enseignements utiles à être témoin des diverses opérations qu’exécutaient ces derniers : « Les uns, nous « dit-il, travaillaient aux teintures des métaux par projec- « tion, les autres par cimentation, les autres par dissolution, a les autres par conjonction de l’essence (comme ils disaient)

(( de l’émeri, les autres par longues décoctions; les autres « travaillaient à l’extraction du mercure des métaux, les « autres à la fixation d’iceux. »

Au moyen âge les alchimistes qui habitaient les grandes villes avaient l’habitude de se réunir tous les jours sous le péristyle des cathédrales, afin de se communiquer réciproquement le résultat et l’état d’avancement de leurs travaux. L’église de Notre-Dame-la-Grande, à Paris, était le rendezvous des gens de cet état, et chaque jour, môme les dimanches et les fêtes, ils se rencontraient sous les voûtes de la vieille basilique, « pour parlementer des besognes qui « s’étaient passées aux jours précédents. » On s’assemblait aussi au logis de l’un d’entre eux. La maison de Zachaire fut quelquefois le lieu de leurs réunions, et c’est là ([ue l’on pouvait entendre s’exhaler à l’envi les plaintes, les espérances et les regrets de tous ces hommes ardents desséchés au feu d’une passion commune, courbés sous le poids d’un même joug. Cependant ces entretiens ne brillaient point par la variété, car les paroles qu’on y entendait étaient toujours les mômes ; « Les uns, nous dit Za- « chaire, disaient : Si nous avions le moyen de recommen- « cer, nous ferions quelque chose de bon. Les autres : Si « notre vaisseau eût tenu, nous étions dedans. Les autres : « Si nous eussions eu notre vaisseau de cuivre bien rond et « bien fermé, nous aurions fixé le mercure avec la lune;

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« tellement qu’il n’y en avait pas un (jui fit rien de bon, et « qui ne fût accompagné d’excuse. »

Il fallait cependant faire un choix parmi un si grand nombre d’opérateurs. Zacbaire se décida à accorder sa confiance à un Grec arrivé pendant l’été, et qui prétendait savoir changer en argent le cinabre mis en forme de clous. Il réduisait en poudre trois marcs d’argent, et, avec un peu d’eau, faisait de cette poudre une pâte à laquelle il donnait la forme de clous ; mêlant ensuite ces clous avec du cinabre pulvéï’isé, il les faisait sécher dans un vase bien couvert. Ensuite il fondait le tout et soumettait à la coupelle le produit de cette fusion. Il restait alors dans la coupelle plus de trois marcs d’argent, c’est-à-dire un poids supérieur à celui du métal employé. Dans cette opération, il y avait donc, au dire de l’artiste, production artificielle d’une certaine quantité d’argent. Selon lui, l’argent que l’opérateur avait mêlé au cinabre s’était envolé en fumée, et celui qui restait provenait de la transmutation du cinabre. Mais on devine quelle était la véritable nature de cette opération. Le cinabre (sulfure de mercure) étant volatil, disparaissait au feu du fourneau de coupelle, et s’il y avait dans certains cas une faible augmentation du poids primitif de l’argent mis en expérience, ce résultat tenait à la présence accidentelle d’une certaine quantité d’argent dans le cinabre dont on avait fait usage. C’est ce que Zacbaire dut reconnaître, mais un peu tard ; car, nous dit-il, « si c’était profit. Dieu le sait, et moi aussi « qui dépendis des écus plus de trente. »

Cette affaire de la transmutation du cinabre fit cependant beaucoup de bruit parmi les alchimistes parisiens. « Cela fut « tant connu en Paris, nous dit Zacbaire, qu’avant le Noël « suivant, il n’était fils de bonne mère, s’entremêlant de « travailler en la science, qui ne savait, ou n’avait entendu « parler des clous de cinabre ; comme un autre temps après (( il fut parlé des pommes de cuivre, pour fixer là dedans le « mercure avec la lune. »

Zachaire, qui n’avait fréquenté jusque-là que des opérateurs honnêtes, et comme lui, travaillant de* bonne foi, eut bientôt l’occasion d’être initié aux fraudes des faux adeptes. Un gentilhomme étranger, venant du Nord, et qui était peutêtre Venceslas La vin, arriva à cette époque à Paris. 11 n’était expert qu’aux sophistications hermétiques, et vivait de ce genre de ressources, vendant aux orfèvres les produits de ses opérations suspectes. Zachaire suivit quelque temps la fortune de cet aventurier, sans vouloir cependant s’associer à ses manœuvres. Possesseur d’une fortune encore assez belle, et ne perdant jamais de vue sa dignité de gentilhomme, Zachaire, loin de chercher à s’enrichir du commerce de cet étranger, dépensait largement avec lui sou argent en expériences. Au bout d’un an, son compagnon consentit enfin à lui révéler son secret; mais, comme Zachaire s’en était bien douté, ce secret n’était qu’un leurre.

Cependant il entretenait toujours une correspondance avec son cher abbé, le tenant au courant de ses succès et des progrès de son entreprise. Il passa de cette manière trois années dans la capitale; au bout de ce temps, les huit cents écus et d’autres sommes que lui avait envoyés l’abbé étaient entièrement dissipés.

Sur ces entrefaites, Zachaire reçut une lettre de son ami, qui l’engageait à revenir sans retard à Toulouse. Il partit aussitôt, et dès son arrivée, il fut mis au fait de la circonstance importante qui avait nécessité son départ. Le roi de Navarre, Henri II, grand-père de Henri IV, aimait à s’occuper d’alchimie. Le bruit des merveilles réalisées par le gentilhomme étranger, compagnon de Zachaire, avait pénétré de Paris jusqu’au fond du Béarn, et le .roi Henri s’était empressé d’écrire à l’abbé toulousain, le priant d’envoyer Zachaire dans ses États, avec la promesse d’une récompense de quatre mille écus en cas de succès. Ce mot de quatre mille écus avait tellement chatouillé les oreilles de l abbé, qu’il croyait déjà tenir la somme dans son escarcelle. 11 n’eut

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point de ivpos(|ue son çlier Zacliaire ne si' Int mis en l’oute pour la Navarre. Notre ade[)te arriva à l’au au mois de mai 154'i, et fut parfaitement accueilli par le roi. Il fut ce- })endant obligé de demeurm’ six semaines avant de se metti i' an travail, parce que les simples (pi’il fallait cueillir pour le commencement des opérations ne croissaient point au pays de Navarre. Au bout de ce temps, il se mit à l’œuvre. Mai'< le succès répondit mal aux es[)érances duroi, (jui, nuicontent de l’artiste, le lenvoya avec un grand merci ])oui' récompens'.'. Et comme Zachaii’c, se plaignant d’un tel procédé, nudamait rex(A-ution des |)romesses (ju’on lui avait faites, le roi lui lit cette ré'ponse : «Advisez, messire, s’il n’y H a rien en mes terres (jui vous [misse convenir, tel ()iie « confiscation, prison ou autre chose semblable; je vous les « donmu'ais volontiers. « Zacliaire et le roi de Navarre ne liouvaient s’entendre : l’nn demandait un alchimiste ijui le mît promptement en [lossession du secretde fairédel’or; l’autre cliercbait un roi aux frais duijiiel il pût continuer ses expériences tout à son aise. Aussi l’adepte reprit-il incontinent le chemin de la Gascogne.

C’est pendant ce retour ipje Zacliaire eut la fortune de rencontrer le bienheureux conseiller qui devait le mettre sur la route de la vérité qu’il poursuivait de[iuis si longtenqis. C’était un moine très-savant, versé dînis toutes les connaissances de la philoso[ihie naturelle, et qui avait pass(‘ sa vie entière sur les écrits des ancimis maîtres. Zachaire l’ayant mis au courant de tous les travaux qu’il avait exiumtésjuscjue-là, le savant religieux le plaignitgrandement d’avoir dé[iensé tant d’argent et de fatigues en des recherches mal inspiri'cs. Il lui conseilla de s’en tenir désormais à la méditation des anciens philosophes, ajoutant qu’il était fâcheux qu’un gentilhomme aussi instruit que lui, qui avait fait à Bord(‘aux ses actes de philoso[ihie, et avait été reçu maître en cette science, se fût toujours privé des hautes lumières que nous ont transmises sur cette question les sages

des lemp.s passes. Ainsi lainené, par les conseils du bon religieux, dans une voie certaine, Zacliaire s’empressa d’aller rejoindre son ami pour régler définitivement avec lui les comptes de cette association qui avait si tristement écliom'.

Tout bien calculé, il restait une somme de cent quatrevingts écus, qu’ils partagèrent loyalement; après (juoi l’association fut déclarée rompue, à la grande tristesse de l’abbi', qui aurait voulu pousser plus loin l’entreprise, et n’approuvait point le changement de système qui s’était opéré dans l’esprit de son compagnon. Lui, cependant, décidé à s’en tenir désormais à la méditation et à la comparaison des écrits des anciens philosophes , il prit la résolution de revenii' à Paris pour mettre son projet à exécution.

Le jour de la Toussaint de l’année 154(3, Zacliaire rentra dans la capitale, où son premier soin fut d’acheter, moyennant dix écus, divers traités philosophiques, tels que la Tourbe des philosophes, la Complainte de Nature, le bon Trévisan et les OEuvres de Raymond Lidle. Ayant loué une petite chambre au faubourg Saint-Marceau, il s’y enferma, n’ayant auprès de lui qu'un petit garçon pour le servir. Puis, sans vouloir fréquenter aucun des adeptes dont fourmillait encore la capitale, il s’appliqua jour et nuit à méditer sur ses auteurs. Il employa dix-huit mois à ce travail péniblC) sans réussir néanmoins à s’arrêter définitivement au choix d’aucun procédé. 11 crut alors nécessaire de se mettre en rapport, non avec les artistes empiriques qu’il avait fréquentés sept ans auparavant dans les réunions tenues sous les voûtes de Notre-Dame, mais avec de véritables philosophes . qui opéraient d’après les recommandations dés ancicnsv''(]ependant leur commerce ne lui fut que d’une faible utililé, en raison de la diversité extrême des procédés dont ils faisaient usage. Ces opéiateurs em[)loyaient en effet des moyens si nombreux et si opposés que res|)rit courait le risque de s’égarer dans leur infinie diversité. « Si l’un, nous dit Za- « chaire, travaillait avec l’or seul, l’autre travaillait avec or

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« et mercure ensemble; l’autre y mêlait rlu plomb qu’il ap- « pelait sonnant, parce qu’il avait passé par la cornue avec.

(( (le l’argent vif ; l’autre convertissait aucuns métaux enar- (( g(‘iit vif avec (.liversité Je simples parla sublimation; l’au- « tre travaillait avec un atramerrt noir artiüciel, qu’il disait « être la vraie matière, de laquelle Raymond bulle usa, pour « la composition de cette grande œuvre. Si l’un travaillait a en un alambic, l’autre travaillait en plusieurs autres (H (( divers vaisseaux de verre, et l’autre d’airain, et l’autre de « cuivre, l’autre de plomb, l’autre d’argent, et aucun en (( vaisseaux d’or. Puis l’un faisait sa décoction en feu fait de (( gros charbons, l’autre de bois, l’autre de raisins, l’autre de (( cbaleur de soleil, et d’autres au bain-marie. »

Cette variété d’opérations, jointe aux contradictions continuelles qu’il découvrait dans les anciens auteurs, avait fini par laaluire au désespoir le malheureux alchimiste, lorsque le Saint-Esprit lui inspira, nous dit-il, la pensée d’étudier les œuvres de Raymond bulle, et en particulier le Testament et 1(‘ Codicile de cet auteur. Il réussit à ada])t(?r si parfaitenumt ces deux ouvrages avec une épître de Raymond bulle au roi Robert, et avec un manuscrit du même auteur, qu’il tenait du bon religieux, son conseiller, qu’il fut dès ce moment certain d’avoir mis la main sur le secret tant poursuivi. Tous les livres qu’il consultait étaient en concordance parfaite avec son système, et tel était, par exemple, le procédé ou résolution que donne, à la fin de son Rosarium, Ar-, nauld de Villeneuve, qui fut, comme on le sait, le maître de Raymond bulle. Zacliaire passa un an entier à méditer jour et nuit sur son procédé; au bout de ce temps, il revint ;'i Toulouse pour le soumettre à l’expérience. 11 arriva dans sa province pendant le carême de 1549; son premier soin fut de s’approvisionner de fourneaux et d(;s appareils nécessaires, et, le lendemain de Pâques, il commença sa grande opéralion.

Cependant sa famille et ses amis ne voyaient pas sans un

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profond chagrin tonte cette ardeur appoiAée à nn travail inutile, et les folles dépenses auxquelles une niallieiirense ]»assion l’avait entraîné depuis sa jeunesse. 11 eut à endurer de leur part plus d’un reproche amer ; « Que prétendez-vous « laire? lui disait un voisin, et n’avez-vous pas dépensé as- « sez d’argent en de telles folies? Prenez garde qu’eà vous « voir acheter ainsi tant de menu charbon, on ne vous ac- « dise, comme on l’a fait déjà, d’être auteur de fausses « monnaies. » — « N’est-il pas étrange, reprenait un autre,

« qu’étant docte comme vous l’êtes, et déjà licencié ès droit,

« vous refusiez encore de faire profession de la robe longue,

« afin de parvenir à quelque office honorable en la ville? » Survenaient des parents, à qui l’autorité de la famille permettait des remontrances plus sévères ; « Pourquoi, lui di- « sait-on, ne pas mettre un terme à tant d’inutiles dépenses? « Ne vaudrait-il pas mieux payer vos créanciers ou acheter « quelque bonne charge? 11 ne tient à rien, si vous ne vous « arrêtez, que nous n’envoyions en votre logis des gens do « justice pour y briser tout votre attirail d’ustensiles mau- « dits. » — « Hélas! reprenait un autre, faisant appel à des (( sentiments plus doux, si pour vos parents vous ne voulez « rien faire, ayez au moins égard à vous-même. Considérez- « vous. A peine âgé de trente ans, vous semblez en avoir « cinquante, tant commence à blanchir votre barbe, qui vous « représente tout envieilli des longues fatigues que vous avez , 8 endurées en la poursuite de vos jeunes folies. »

Tous ces discours ne faisaient qu’ajouter à l’impatience de Zacbaire; il les supportait avec d’autant plus de déplaisir, qu’il voyait de jour en jour se perfectionner son œuvre et s’approcber l’heure décisive qui devait le payer de tant de travaux et d’ennuis. Aussi tout demeura impuissant à l’écarter de sou but. La peste, qui éclata à Toulouse pendant l’été , et qui fut si terrible, « que tout marebé, tout trafic en fut interrompu, » ne put l’arracher du feu de ses fourneaux. 11 y demeurait jour et nuit occupé à attendre « d’nne fort grande diligence l’ap-

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parition d(\«; trois couleurs (lue les philosophes ont écrit di'voir apparaître avant la jierl'ection de la divine œuvre. » Ces trois couleurs attendues se montrèrent enfin aux yeux ravis du philosophe, indiquant la |)crfection définitive de la pierre philosophale. Si hieii que le jour de Pâques de l’année 1550, avec un peu de cette divine jiierre, il convertit, ainsi qu’il nous assure, du mercure en très-bon or.

« Si j’en fus aise, ajoiite-t-il, Dieu lésait. Si ne m’en vantais-jc pas pour cela ; mais je rendis grâce à notre bon Dieu ipii m'avait tant fait (le faveurs et de grâces par son Fils notre rédempteur Jksus-Ciiiust, et le priai qu'il m'illuminât par son Saint-Esprit, pour en pouvoir user à son honneur et louange. «

Dès le lendemain, Zachaire se mit en route pour aller annoncer sou triomphe à son ami et partager avec lui le trésor après lequel ils avaient si longtemps soupiré d’un commun accord. 11 franchit d’un pas joyeux le seuil du monastère, et jeta en entrant un coup d’œil de regret sur l’emplacement vide de cette fontaine de plomb i[ui aurait si bien servi à témoigner sa science aux pieux habitants de la maison. Mais une triste nouvelle l’attendait. Le pauvre abbé était mort six mois auparavant, sans avoir éppouvé la consolation suprême ([ue lui apportait son ami. Zachaire voulait au moins aller témoigner sa reconnaissance au docte religieux dont les conseils lui avaient été si profitables; mais le hou religieux venait aussi de mourir dans un autre couvent où il s’(‘tait retinb

Zachaire se décida alors à passer à l’étranger pour y terminer en paix une carrière qui avait été semée de tant de Iravimses. Il envoya à Toulouse un de ses cousins pour y vendre tous ses biens, et payer ses créanciers avec les sommes provenant de cette vente. Son désir fut accompli, mais nou sans exciter beaucoup de lamentations et de plaintes de la part de ses parents, qui avaient depuis longtemps prévu la ruine de cet obstiné dissipateur.

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Ce dernier note exccnte, Zacliaire quitta la France en compagnie de son jeune cousin, et se rendit à Lausanne pour y vivre, nous dit-il, « avec fort petit train, » ce qui ne plaide pas en faveur de la vérité de son affirmation relative à la découverte de la pierre philosophale.

Nous pourrions terminer là l’histoire de l’adepte Zacliaire, que nous n’avons racontée avec tant de détails qu’afin de montrer par un frappant exemple à quel degré les chercheurs alchimistes poussaient la patience, leur apanage e.ssentiel. D’ailleurs, dans la dernière partie de sa vie, notre héros se montrerait moins digne de l’intérêt qu’il a pu inspirer à nos lecteurs. La possession de ce trésor prétendu semblait troubler ses sens et égarer sa raison. Il devint infidèle à la promesse qu’il s’était faite de faire tourner à l’honneur et à la louange de Dieu le nouveau pouvoir qu’il avait acquis. S’abandonnant au courant de tous les plaisirs, il donna un libre essor à ses passions, comprimées par l’âpreté du travail pendant les années de sa jeunesse. Épris à Lausanne d’une belle jeune fille, il quitta avec elle la Siikse pour aller mener en Allemagne une vie de dissipation et de folies. Après avoir suivi les bords du Rhin, il s’arrêta à Cologne en 1550. C’est là que l’attendait nn triste sort. Amoureux à la fois do la jeune compagne de Zacliaire et des trésors qu’il lui supposait, le traître cousin l’étrangla pendant qu’il était plongé dans un lourd .sommeil occasionné par l’ivresse. Chargé des dépouilles de sa victime, il s’enfuit avec sa complice. Cet l'vénement fit beaucoup de bruit en Allemagne; mais on ne juit retrouver les traces de l’assassin. Mardochée de Belle, le poète de la cour de Rodolphe II, composa plus tard sur ce sujet une pièce devers que nous rapporterions ici, si nous lie craignions de donner une idée peu favorable des mérites fie la poésie hermétique.

En énumérant les conditions que doit remplir nn alchi-

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tniste, Albort le Grand nons dit qu’il doit avant tout posséder de la forinne. L’ntilitc de cette recommandation du maître pourrait déjà ressortir de ce fait, tpie, de l’aveu même lies adeptes, l’or obtenu par la transmutation revenait à un pris plus élevé que l’or ordinaire. Mais le sens de ce précepte et sa signification viuitable jiai’aîtront encore plus clairs ])our nos lecteurs, si nous rappelons ici la série de travaux accomplis par un alcbimiste très-connu dans les fastes de l’art, Bernard le Trévisan, qui employa soixante ans à s’occuper sans interruption de la rechercbe du grand œuvre. La conclusion à laquelle arrive cet adepte, quant aux moyens qu’il a reconnus les seuls propres à faire de l’or, nous donnera une exjdication satisfaisante du précepte d’Albei t le Grand.

L’adepte que l’on désigne dans la bibliographie alcbimique sous le nom de Bernard le Trévisan ou du bon Trévisan, appartenait à une famille noble de Padone. Né en cette ville en 1406, il était comte de Trévigo, petit comté de la marcbe de Trévise dans les États vénitiens. Dès l’àge de quatorze ans, il s’occupait d’alchimie sous la direction et avec les conseils de sa famille, et à dater de ce moment jusqu’à la fin de ses jours, cette étude constitua l’unique occupation de sa vie. Une chronique allemande dit , à propos du sire de Sultzbourg, mort à Nuremberg en 1286 : « Il a beaucoup « alclnjmié et beaucoup dissipé. » Le sire de Sultzbourg devait être bien dépassé par son émule d’Italie.

Encore sous l’aile paternelle, le jeune comte Bernard étudia, pour s’initier aux premiers principes de Part, Geber et Bbasès. Les travaux qu’il exécuta sous l’inspiration de ces auteurs, lui occasionnèrent une dépense d’environ trois mille l'cns. Arcbelaüs et Bupescis.sa occupèrent ensuite .son attention, et quinze années furent employées à ces (dudes préliminaires, pendant lesquelles « je dépendis, nous as- « sure-t-il, tant par trompeurs que par moi pour les connaî- « tre, l'uviron .six mille écus. »

Comme il commençait à perdre courage, un bailli de son paj^s lui enseigna à faire la pierre philosophale avec le sel marin; mais c'est en vain qu’il s’appliqua pendant un an et demi à ce procédé. Après l’avoir essayé quinze fois, il .so décida à l’ahandonner pour un autre moyen enseigné par le bailli. Ce moyen consistait à dissoudre séparément dans de reau-fortc de l’argent et du mercure. Ces dissolutions, après avoir été abandonnées pendant un an à elles-mêmes, étaient ensuite mélangées et concentrées sur des cendres chaudes, de manière à être réduites aux deux tiers de leur volume primitif. Le résidu de cette opération, placé dans une cucurbite fort étroite, était exposé à l’action des rayons solaires; ensuite on l’abandonnait à l’air, afin qu’il s’y produisît de petits cristaux : on avait rempli de ce mélange vingt-deux fioles. On attendit patiemment la formation de ces cristaux. Cette attente dura cinq ans ; « Nous atten- « dîmes cinq ans que ces pierres cristallines se créassent au « fond des fioles. « Mais, au bout de cet intervalle, rien ne s’était produit, et le comte Bernard, que toutes ces recherches avaient conduit à l’àge de quarante-six ans, dut songer à essayer un autre procédé.

Ce' nouveau procédé lui fut révélé par un moine de Cîtcaux, maître Geofroi le Leuvrier, qui en fit avec lui l’expérience. Ils achetèrent deux mille œufs de poule ; les firent durcir dans l’eau bouillante, et enlevèrent les coquilles qui furent calcinées au feu. On sépara le blanc et le jaune de ces œufs durcis, et on les fit pourrir séparément dans du fumier de cheval. Ensuite on distilla trente fois le produit pour en retirer en définitive une eau blanche et une rouge. Mais toutes ces opérations, bien que répétées un trèsgrand nombre de fois et variées de plusieurs manières, n’aboutirent <à rien, et le Trévisan se décida enfin à abandonner un travail qui lui avait coûté huit années de sa vie.

Le Trévisan besogna ensuite avec un grand théologien, protonotairo de Bergues, qui prétendait retirer la pierre phi-

i;alchimie au moye.\ âge.

losopliale (.le la couperose, c’est-à-dire du sulfate de fer. Ou coiumeuçait par calciner pendant trois mois la couperose, fine l’on plaçait alors dans dn vinaigre distillé huit fois. Ce nu'lange de couperose et de vinaigre était ensuite introduit dans un alambic, et l’on distillait ce produit quinze fois par jom . Ces quinze distillations devaient être répétées chaque jour pendant un an.

On n’est pas surpris quand le Trévisan nous apprend qu’à la suite de ce nouveau travail des Danaïdes, il fut pris d’une fièvre quarte qui dura quatorze mois et dont il faillit mourir.

A peine rétabli, le comte Bernard apprit d’un clerc de son pays que le confesseur de l’empereur, maître Henri, savait préparer la pierre philosophale. Il s’achemina donc vers l’Allemagne, et étant parvenu « par grands moyens et grands amis )) à se mettre en rapport avec maître Henri, il fut admis à la connaissance de son procédé moyennant dix marcs d’argent, qu’il apporta comme ingrédient indispensable de l’œuvre. Voici en quoi consistait le procédé du confesseur impérial.

On mêlait ensemble du mercure, de l’argent, de l’huile d’olive et du soufre. On fondait le tout à un feu modéré, et l’on faisait cuire lentement ce mélange au pélican, en remuant sans cesse. Après deux mois, le tout futséché dans une fiole de verre recouverte d’argile, et le produit placé pendant trois semaines sur des cendres chaudes. Alors on ajouta du plomb au mélange, que l’on fondit dans un creuset, et le produit de cette fusion fut soumis à l’affinage. Selon maître Henri, les dix marcs d’argent que l’on avait employés devaient, à la suite de ces opérations, augmenter d’un tiers; mais le fait ne répondit point à cette attente, car l’affinage terminé, les dix marcs d’argent se trouvèrent réduits à quatre.

Cet échec fut si douloureux pour le Trévisan, que, pendant deux mois, il abandonna tous ses travaux, et jura d’y renoncer à l’avenir. Ses parents s’applaudissaient de

L’ALCniMIE ET LES ALCHIMISTES.

cette lieureuse résolution, mais leur joie fut de courte durée, car l’adepte obstiné ne tarda pas à reprendre sa chaîne. Désespérant néanmoins de trouver le secret qu'il ambitionnait s’il demeurait livré aux seuls conseils des savants de son pays, il se décida à aller chercher des leçons auprès des docteurs étrangers. Le comte Bernard parcourut successivement l’Espagne, l’Angieterre, l’Écosse, la Hollande, l’Allemagne et la France. Enfin, désirant approfondir sur cette question la science de l’Orient, il passa plusieurs années en Égypte, en Perse et en Palestine. Il séjourna particulièrement dans la Grèce méridionale, parce que les autres parties de ce pays était continuellement inquiétées par l’invasion des troupes turques. S’attachant surtout à visiter les couvents, il travaillait à la préparation de l’œuvre avec les moines que leur renommée désignait à son attention. Il ne dédaignait pas cependant le savoir des la'iques. Mais tous ses efforts, toutes ses investigations incessantes n’aboutirent à rien. Il avait ainsi atteint l’âge de soixante-deux ans et dissipé la plus grande partie des sommes résultant de la vente de ses biens. En 1472, il arriva à Pihodes sans argent, mais conservant toujours, dans toute sa vivacité, sa foi dans l'agent merveilleux qu’il poursuivait depuis les premières années de sa jeunesse.

A Rhodes habitait un « grand ch'rc et religieux » que l’on reconnaissait dans tout l’Orient, comme ayant le bonheur d’être en possession de la pierre philosophale. C’est pour se mettre en rapport avec lui que Bernard s’était arrêté dans cette île. Mais, privé de ressources, il aurait rencontré beaucoup de difficultés pour aborder le savant adepte, auprès duquel on n’était j)as admis les mains vides. La générosité d’un marchand, ami de sa famille, qui consentit à lui prêter S, 000 florins, lui facilita l’accès de ce savant homme. Jamais d’ailleurs son argent n’avvait reçu un meilleur emploi, car c’est le religieux deRhodes qui devait fixer les doutes du bon Tri'vi.san et oiivrii' ('ufin scs veux à la véritable lumière.

L’ALCillMIE AU MOYEiN AGE.

Après l’avoir imluil, trois amièes doruiit, eu dopcasos cl travaux inutiles pour l’exécution d’un procédé tic la préparation du magistère, au moyen de l’or et de l’argent mêlés à du mercure, le vieux précepteur de ce vieil (dève lui révéla le grand secret de toute la science liermétiiiue. (l’est en effet par ses conseils que le Trévisan, abandonnant enlin tout travail prati([ue, trouva dans le Code de la vérité (la Tourbe des philosophes) cette maxime (|ui donne à tous la clef des mystères alchimiques :

« Nature .s’éjoijit de N'aluic.

Et Nature contient Nature. »

En St) le commun, cette maxime veut dire ([tie [totir faii'e de Fol* il faut de For, et que les [trocédés hermétiques ne fournissent jamais de ce métal précieux (|uo la quantité qu’on a hien voulu en introduire dans les opérations.

Ainsi se trouve justifié et expliqué l’avis donné par Albert le Grand à l’alchimiste, que, pour se livrer à la recherche de là pierre philosophale, il faut commencer par posséder de grands hiens.

Lorsque, dans l’année 1485, le comte Bernard, à Fàge dé soixante-dix-sept ans, se trouva de cette manière initie- au véritable secret de la science hermétique, il voulut se rendre utile aux innombrables adeptes engagés dans la même carrière où il avait si tristement usé sa pro|ire existence, et c’est dans Ce Init qu’il cohsacra les sept dernières années de sa vie à écrire; sur les principes de Fart, ses divers traités dont le plus Célèbre a pour titre : Le Livre de la philosophie naturelle des métaux ’. Les alchimistes, qui ont si souvent invoqué les paroles du bon Trévisan et cherché dans ses écrits la confirmation de leurs vues, n’ont pas compris cjue le but de Fau-

' Le Livre de la philosophie naturelle des métaux, de nicssire Bcniaid, cuiiitc de lu Mai'cbe Trévisaniie. — Dans la Bibliothèque des philosophes chimiques, tome II.

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L’ALCÜlMiE ET LES ALEllliVllSTES.

leur était seulement de mettre en relief l'inutilité de tous leurs efforts. Mais, en dépit des voiles dont le Trévisan enveloppe sa pensée pour rester fidèle aux traditions de son école, il est souvent facile de comprendre qu’il n’a rien autre chose en vue que de convaincre le lecteur de la vérité de la fameuse maxime qui révèle ses convictions tardives :

« Nature s'éjouit de Nalure,

Nalure contient Nature. »

Cette idée est clairement reconnaissable dans le passage suivant de la Philosophie naturelle des métaux, où l’auteur conclut que toutes les opérations des alchimistes ne peuvent aboutir à rien, et que pour faire de l’or il n’y a rien autre chose à faire qu’à prendre de For.

« Par quoi je conclus, nous dit-il, et me croyez. Laissez sophistications et tous ceux qui y croient ; fuyez leurs sublimations, conjonctions, séparations, congélations, préparations, disjonctions, connexions et autres déceptions. Et se taisent ceux qui affirment autre teinture que la nôtre, non vraie, ne portant quelque profit. Et se taisent ceux qui vont disant et sermonnant autre soufre que le nôtre, qui est caché dedans la magnésie, et qui veulent tirer autre argent vif que du serviteur rouge, et autre eau que la notre, qui est permanente, qui nullement ne se conjoint qu’à sa nature, et ne mouille autre chose, sinon chose qui soit la propre unité do sa nature. Car il n'y a autre vinaigre que le nôtre, ni autre régime que le nôtre, ni autres couleurs que les nôtres, ni autre sublimation que la nôtre, ni autre solution que la nôtre, ni autre putréfaction que la nôtre. »

Dans le dernier des préceptes d’Albert le Grand, sur lequel nous appellerons l'attention, Fauteur nous dit que l’adepte devra surtout éviter toute espèce de rapport avec les seigneurs et les princes. Albert le Grand développe en ces termes cette pensée :

« Si tu as le malheur, dit-il à l’adepte, de fintroduirc auprès des princes et des rois, ils ne cesseront pas de te demander ; « Eh bien,

L’ALClllMlË AU MOYëN AUK.

« iiiaitn.', coiimicnt va l’œuvre? Quand verrons-nous enfin quoique « chose de bon ? » Et, dans leur impatience d’en attendre la fin, ils t’appelleront filou, vaurien, etc., et te causeront toutes sortes de désagréments*. Et si tu n’arrives pas à bonne fin, tu ressentiras tout l’effet de leur colère. Si tu réussi, au contraire, ils te garderont chez eu.v dans une captivité perpétuelle dans l’intention de te faire travailler à leur profit. »

Alb(‘i't le Grand a parfaitement rdsiunc dans les lignes qui précèdent les dangers qui attendaient les alchimistes à la cour des rois. Tous les souverains, en effet, ne se sont pas contentés de traiter les faiseurs d’or avec le spirituel mépris (|ue montra envers l’un d’eux le pape Léon X, à qui Aurélius Augurelle avait dédié son poème latin Clinjsopoïa. L’adepte poète reçut pour récompense du souverain pontife une bourse vide, attendu, disait le pape, qu’à un homme ayant le pouvoir de fairedel’or, on ne peut offrir autre chose qu’une liüur.se pourleserrer. Les souverains du moyen àgefurent loin de s’en tenir à cette critique innocente. Leurs rajqiorts avec les artistes hermétiques furent toujours compris entre les deux termes suivants ; Si l’adepte se présentait à la cour, avouant avec sincérité qu’il n’avait pas encore parfaitement tiré au clair la préparation de la pierre philosophale, on le ‘bannissait avec mépris. S’il témoignait, au contraire, par des “ preuves plus ou moins satisfaisantes, que le grand secret ! lui était connu, on le soumettait à un examen plus séj vère, qui aboutissait toujours au même résultat: des peines très-cruelles et quelquefois la mort, si l’on découvrait les moyens frauduleux dont l’artiste avait fait usage ; la torture, un emprisonnement perpétuel, s’il refusait de dévoiler son secret.

Un grand nombre d’adeptes ont eu l’occasion de faire la triste expérience de cette vérité, et l’iiistoire a enregistré sous ce rapport des témoignages déplorables de la cruaub'

I * « Magisler, quoniodo succedit tibi?Qaando vidcbimiis aliqiiid Ijoni?» ta ! nonvolentes cxpcclare fmemoperis, du'cnl; «Nihilcst, IridTam cssp,clc.»

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L’ÂLCIllMlE ET LES ALCHIMISTES,

(It'y .souverains. C’est ainsi qu’en 1575, le duc Jules de Brunswick de Luxembourg fit brûler dans une cage de fer une femme alchimiste, Marie Ziglerin, convaincue d’avoir trompé ce prince en lui promettant la recette de la préparation de l’or, Au moyen âge, beaucoup d’artistes ambulants allaient de ville en ville et souvent de foire en foire, pour montrer leurs tours d’adresse, luttant d’habileté et de tromperies avec les bohémiens et les bateleurs, et cherchant à voler à de crédules spectateurs l’argent qu’ils ne pouvaient honorablement gagner. Beaucoup d'entre eux. qui osèrent s’aventurer à la cour des princes, y trouvèrent des punitions souvent terribles.

Nous avons rapporté plus haut la triste fin de Bragadino, pendu à Munich en 1590. George Honauer (*ut le môme sort en 1597, et le duc.Frédéric de Wurtemberg ordonna de laisser debout pendant plusieurs années l’instrument du supplice de cet adepte pour servir d’avertissement à ses confrères. Guillaume de Krobnemann, vers 1680, avait trompé, en fabriquant de l’or faux, la cour du margrave George Guillaume de Beireutli. Lorsqu’on reconnut que l’or qu’il avait vendu comme ])ur n’était qu’un alliage, et que l’argent (ju’il avait obtenu de la prétendue transmutation du mercure n’était qu’un amalgame, il fut pendu par l’ordre du margl'ave, et cette ironique inscription fut placée sur son gibet : « Je savais anttrfois fixer le mercure, et c'est moi « maintenant qui s^lis fixé. » On trouvera plus loin le récit de la carrière extraordinaire de l’avéïituncr Caëtano, supplicié en 1709 par l’ordre du roi de Prusse, Frédéric Pk Un rival de cet aventurier célèbre fut Hector de Klettenberg de Francfort, quij obligé de (juitter son [lays à la suite d’un duel malheureux, essayait de gagner sa vie par les touLs d’adresse hermétiques, et avait réussi à faire, à Mayence, à Prague et à Brème, un grand nombre de diipes. Après avoir exploité de la même manière la confiance du duc de Weymar, il se ]U'ésenta en 1720 au roi de Pologne, Auguste H, promettant de

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l’enrichir du secret de la pierre philosophale. Sur cette promesse, le roi de Pologne le nomma gentilhomme de la chambre ; mais comme il demeurait impuissant à rien produire des merveilleux résultats qu’il avait annoncés, le roi, outré fie fureur, le fit conduire à Kœnigstein, où il fut décapité. Les aventures de l’Écos.'fais Alexandre Sethon, rapportées dans une autre partie de cet ouvrage, nous montreront un autre exemple des vengeances terribles que les souverains allemands .savaient tirer des adeptes rebelles à leurs («igences. Pour en finir avec ce genre de faits, nous rapporterons la mort d’un adepte non moins célèbre, David Beuther. qui fut, à la même épo([ue, victime de la vengeance d’un autre petit souverain d’Allemagne.

Dans son Laboratonum chymicum, Kunckel, dont l’autorité est si digne de foi, donne le récit suivant des faits relatifs à cet alchimiste.

David Beuther, né en Saxe, avait été élevé sons les yeux mêmes de l’électeur Auguste de Saxe, qui passa une partie de sa vie à s’occuper avec Anne de Danemark, sa femme, d(^ la recherche du grand œuvre. Le prince travaillait dans un lahoratoire magnifique ([ui faisait partie du château électoral. Devenu habile en cette science, Beuther fut admis, en 157Ù, à l’honneur de travailler avec son prince.

Un jour ([u’il se trouvait seul dans le lahoratoire, David Beuther découvrit, par hasard, cachée dans un coin, une certaine quantité d’une poudre grise que son étiquette désignait comme la pierre philosophah'. Telle n’était point cependant la nature de l’objet découvert par l’adepte; c’était .sans doute un amalgame d’or ou un composé aurifère qui pofivait jouer le rôle de cet agent précieux, puisque, en se détruisant par l’action de la chaleur, il laissait a|)paraître l’or. Mais, comme la quantité de cette poudre était considérahle, à quehjue titre que ce fût, elle constituait un trésor. L’est là ce que dut penser Beuther lorsque, après avoir lu sur une feuille d(‘ parclumiin qui enveloppait sa trouvaille, la ma-

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iiiAre d’on rnire usage, il vil le métal précieux sc multiplier entre ses heureuses mains. Il communiqua sa découverte à deux jeunes compagnons de ses travaux, Vertel et Heidler; et ils se mirent bientôt à mener ensemble joyeuse vie, grâce au produit de leur facile industrie. Cependant, l’électeur de Saxe, ayant quitté Dresde, amena avec lui Beutber. Privés des ressources auxquelles les avait habitués la commune exploitation du trésor de Beuther, ceux-ci lui écrivirent pour réclamer de lui une part dans ses ricbesses. Mais Beuther, dont la précieuse provision s’était sans doute épui- .sée, se trouvait hors d’état de répondre h leur demande. Outrés de ce refus, et pour se venger de sa conduite, ses ingrats compagnons écrivirent au prince pour lui tout dénoncer. Pressé de questions et obligé de se rendre à l’évidence, Beutber avoua les faits.

L’électeur déclara qu’il pourrait à la rigueur contraindre le coupable à lui dévoiler son secret, mais qu’il consentait à lui pardonner, exigeant seulement qu’il lui remît le dixième des quantités d’or et d’argent qu’il fabriquerait. Beutber avait d’excellentes raisons pour ne pas accepter la condition imposée par l’électeur. Sur la déclaration de son refus, il fut arrêté. 11 entra dans sa prison, maudissant l'alcbimie et jurant d’y renoncer à jamais. Mais le terme de ses infortunes n’était pas arrivé. Le prince espéra d’abord obtenir do lui quelque chose avec des promesses et de flatteuses paroles; il assura l’adepte de toute sa faveur s’il voulait consentir à céder à ses prières. Mais tout fut inutile, et le prince, irriU' de sa résistance, ordonna de le traiter avec la dernière rigueur.

Beutber, qui avait été laissé libre par intervalles, fut réintégré dans sa prison, sur l’avis qui fut transmis à l’électeur que l’adepte prenait ses dispositions pour gagner rAngleterre. En même temps, l’électeur demanda à la cour de Leipsick un jugement contre la félonie de son élève. En Î580, la conr |u’u.ssienne rendit un jugement contre Beu-

L’ALCHIMIE AU MOYEN ACE

llior, sur le double griel' d’avoir manqué à sa parole et d’avoir rempli avec négligence ses fonctions d’alcbimiste auprès de l’électeur. Ce jugement portait que Beuther devait être considéré comme possesseur de la pierre philosophale, et, qu’en conséquence, son secret lui serait arraché par la torture; que, pour s’être montré infidèle à son prince, il serait battu de verges, perdrait deux doigts et passerait en prison le reste de ses jouis, afin de l’empêcher d’enrichir de son secret quelque souverain étranger.

Cependant l’électeur hésitait à faire exécuter un arrêt si sévère. Un reste de tendresse pour le jeune homme qui avait grandi sous ses yeux, un .vague espoir de conquérir son précieux secret, faisaient chanceler sa résolution. C’est un samedi soir que le condamné avait reçu signification de l’arrêt de Leipsick, le lundi matin il recevait du prince une lettre ainsi conçue :

« Beuther 1 rends-moi ce que tu m’as pris, rends-moi ce que Dieu et la justice m’ont donné; sans cela je prononcerai lundi sur ton sort, et peut-être m’en repentirai-je plus tard. Ne me force point, je t’en conjure, à pousser les choses à cette extrémité. »

En réponse à cet appel du prince, Beuther traça en gros caractères, sur les murs de sa prison : « Chat enfermé not- « trape pas de souris! » En même temps il écrivit au prince, lui promettant de tout dévoiler si on le rendait libre. Ayant écouté cette proposition, l’électeur fit sortir Beuther de prison, et on le réintégra dans le laboratoire de Dresde, dans la Maison d'or, ainsi qu’on l’appelait. On lui rendit tous les privilèges, tous les honneurs, dont il avait jirécédemment joui ; seulement l’électeur exigea qu’un homme de sa maison, chargé de le surveiller, demeurât constamment près de lui, assistant à toutes ses opérations et ne le perdant jamais de vue.

C’est dans ces conditions nouvelles que Beuther fut contraint de se remettre à l’œuvre. Le désespoir lui inspirait des

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forces surhumaines pour parvenir à trouver le secret terrible d’où son existence dépendait, 11 essaya un grand nombre de moyens divers, cherchant chaque fois à persuader de son succès imaginaire l’inllexible gardien toujours attaché à ses pas. Mais celui-ci, difficile à convaincre, ne pouvait que transmettre au prince le résultat négatif des expériences.

Un jour, le gardien, s’étant éloigné pour quelques in- .stants, laissa Beuther seul dans le laboratoire. A son retour, il trouva le malheureux adepte étendu sans vie sur le plancher : David Beuther s’était dérobé, par le suicide aux tortures de sa situation.

Après avoir vu tant de leurs malheureux confrères tomber victimes de l’avarice des souverains, périr par le glaive, être soumis aux plus affreux tourments, ou terminer leurs jours dans l’ombre éternelle d’un cachot, les adeptes avaient compris toute l’étendue des périls, attachés à l’exercice de leur art, et beaucoup d’entre eux, éclairés par l’infortune de leurs prédécesseurs, ou par leurs propres adversités, avaient fini par perdre toute croyance à l’alchimie. Ils n’hésitaient plus alors à redire, pour caractériser cette dangereuse science, les énergiques paroles de l’abbé de Wiezenberg, Jean Clytemius, qui écrivait au seizième siècle : Vanitas, fraus, dolus, sopfiisticatio, cupiditas, falsitas, mendacium,stultitia, paupertas, desesperatio, fuga, proscriptio et mendicitas, perdisæque sunt cheniiæ. Parvenus au bout de leur carrière, ayant perdu biens et repos dans cette inutile et décevante poursuite, ils pouvaient tristement répéter l’adage bien connu de l’Allemagne au seizième siècle ; Propter lapidem istam dilapidavi bona mea.

Gabriel Pénot, alchimiste français, né dans la province de Guyenne, avait passé sa vie entière et dissipé une fortune considérable à défendre les idées de Paracelse et les principes de l’hermétisme. Il avait écrit dix ouvrages sur ces questions, et voyagé dans une partie de l’Europe comme le champion

L’ALCHIMIE AU MOYEN AGE

dévoué (le CPS doctrines. En 1617, réduit à la dernière misère, dalla mourir, rongé de vermine, en Suisse, à l'hôpital d’YVerdun. Beaucoup de personnes cpii, sur le bruit de son nom, étaient accourues pour le voir à l’hospice, se pre.ssaient autour de son lit à ses derniers moments, et le conjuraient, les mains jointes et la prière aux havres, de leur laisser en héritage le secret précieux dont il était possesseur. Le malheureux aurait bien voulu satisfaire à un tel désir, mais, il ne pouvait que protester de son ignorance sur ce sujet, et verser des larmes amères sur le triste état où l’avait réduit sa passion funeste pour une fausse science qu’il lU' devait [dus que maudire et détester. Son refus exaspéra les témoins impitoyables de cette sc(ùie déchirante qui aurait dû attendrir leurs cœurs. Les injures et la menace succédèrent aux sujiplications ; enfin on l’abandonna avec colèie ; (( Meurs, (( avaricieux et méchant, qui veux emporter dans la mort un (( secret inutile à la tombe! » Alors, à demi e?vpirant, Gabriel Pénot, se dressant sur son lit, envoya, comme mahaliction suprême à ses persécuteurs, le vœu que, pour sa vengeance, Dieu leur inspirât un jour la résolution de se faire alchimistes.

Une scène à peu près de ce genre se passa au lit de mort du célèbre nécromancien théosophe Corneille Agrippa, qui, à ses derniers moments, déplora avec amertume les folies de sa carrière, et condamna solennellement les erreurs et h's mensonges de ses confrères. Au reste. Agrippa n’avait [las attendu ce moment pour condamner l’alchimie, (ù, dans ce magnifique pamphlet, Déclamation sw' V incertitude, vanité et abus des sciences, l’une des œuvres littéraires les plus étranges du seizième siècle, il avait tracé une peinture très-expressive des conditions misérables réservées aux alchimistes de son temps. Les traits suivants sont particulièrement dignes d’être reproduits pour caractériser les tristes déconvenues qui attendaient les adepte-s ;

« Les {loinmageables charbons, dit Corneille Agrippa, le soufre, la fiente, les poisons, et tout dur travail vous semblent plus doux cpie le miel, tant que vous ayez consommé tous vos héritages, meubles et patrimoines, et iceux réduits en cendre et fumée, pourvu que vous vous promettiez avec patience de voir, pour récompense de vos longs labeurs, ces beaux enfantements d’or, perpétuelle santé et retour à jeunesse. Enfin, ayant perdu le temps et l’argent que vous y aurez mis, vous vous trouvez vieux, chargés d’ans, vêtus de haillons, affamés, toujours sentant le soufre, teints et souillés de zinc et de charbon, et par le fréquent maniement de l’argent vif devenus paralytiques, et n’ayant retenu que du nez toujours distillant ; au reste, si malheureux, que vous vendriez vos vies et vos âmes mêmes. En somme, ces sounieurs cxpériVnontent en eux-mêmes la métamorphose et changement qu’ils entreprennent de fiiire sur les métaux ; car, de chimiques ils deviennent cacochymes, de médecins mendiants, de savonniers taverniers, la farce du peuple, fous manifestes, et le passe-temps d’un chacun. Et n’ayant pu se contenter en leurs jeunes ans de vivre en médiocrité, ains s’étant abandonnés aux fraudes et tromperies des alchimistes toute leur vie, ils sont contraints, étant devenus vieux, de bélistrer en grande pauvreté ; en sorte que, au lieu de trouver faveur et miséricorde, en l’état calamiteux et misérable où ils se trouvent, ils n’ont que le ris et la moquerie d’un chacun. »

Ce tableau, tout à fait pris sur nature, rend inutile tout autre développement dans lequel nous pourrions entrer au sujet de la vie des alchimistes; il complète la curieuse physionomie de ces hommes dont nous avons essayé de retracer (|uelques traits peu connus.

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