‹ L'alchimie et les alchimistesChapitre 6 sur 22 · DÉCOUVERTES CHIMIQUES DES PHILOSOPHES HERMÉTIQUES · texte numérisé non relu

DÉCOUVERTES CHIMIQUES DES PHILOSOPHES HERMÉTIQUES

Il est juste maintenant de considérer à un autre point de vue les travaux des alchimistes. Si la science hermétique n’avait eu d’autre résultat que de faire tourner les esprits dans le même cercle d’aberrations et de folies que nous avons décrit plus haut, elle n’eût poit mérité d’attirer sur elle les souvenirs de l’histoire et de la philosophie. Mais, malgré les longues erreurs dont elle a subi la triste influence, elle s’est acquis à notre reconnaissance des droits incontestables. 11 est en effet impossible de méconnaître que l’alchimie a trèsdirectement contribué à la création et aux progrès des sciences physiques modernes. Les alchimistes ont les premiers mis 'en pratique la méthode expérimentale, c’est-à-dire l’observation et l’induction appliquées aux recherches scientifiques ; de plus, en réunissant un nombre considérable de faits et de découvertes dans l’ordre des actions moléculaires des corps, ils ont amené d’une manière nécessaire la création de la chimie.

Ce fait, que les alchimistes ont été les premiers inventeurs de la méthode expérimentale, c’est-à-dire de l’art d’observer et d’induire, dans le but de parvenir à la solution d’un pro-

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blême scientifique, est à l’abri de tous les douU'S. Dès le buitième siècle, l’Arabe Geber mettait en pratique les règles de l’école expérimentale dont Galilée et François Bacon ne devaient promulguer que huit siècles plus tard le code pratique (H les préceptes généraux. Les ouvrages de Geber, la Somme de perfection et le Traité des foimieaux, renferment la description de procédés et d’opérations en tout conformes aux moyens dont nous faisons usage aujourd’hui pour les recherches chimiques; et Roger Bacon, au treizième siècle, appliquant le même ordre d’idées à l'étude de la physique, était conduit à des découvertes étonnantes pour son temps. On ne peut donc nier que les alchimistes aient les premiers inauguré l’art de l’expérience. Ils ont préparé l’avéneinent des sciences positives en faisant reposer l’interprétation des phénomènes sur l’examen des faits, et rompant ainsi d’une manière ouverte avec les traditions métaphysiques qui depuis si longtemps enchaînaient l’essor des esprits. Mais faut-il conclure de là que c’est aux alchimistes que revient le mérite de la révolution scientifique accomplie au dix-septième siècle, et dont l’opinion générale rapporte l’initiative et l’honneur à Galilée, à Bacon et à Descartes'? Faut-il dépouiller ces grands hommes de la haute reconnaissance dont la postérité environne leurs noms, et déclarer, par exemple, avec un écrivain qui s’est tout récemment occupé de cette question que le point de départ de la méthode expérimentale, et par conséquent la véritable création des sciences modernes, appartient à Albert le Grand et à son époque, c’est-à-dire au petit nombre d’hommes qui se consacraient, au treizème siècle, à l’étude des sciences naturelles? Nous ne le pensons point. Les recherches des alchimistes, dirigées dans un but unique, n’embrassaient qu’un champ des plus étroits. Leurs tentatives, toujours isolées, restèrent sans retentissement,

’ Poucbet, Histoire des sciences naturelles au moyen âge, ou Albert le Grand et son époque, considérés comme point de départ de l’école expérimentale. 1853.

sans imitation au dehors, et ne donnèrent naissance à rien qui rfessemblât, même de loin, à une école philosophique. Ils firent des expériences, mais la méthode expérimentale demeura pour eux un mystère. 11 faut donc se tenir en garde ici contre les dangers de l’exagération. On tombe, selon nous, dans une grave erreur de critique, quand on prétend réclamer l’honneur tout entier d’une idée philosophique pour quelques hommes qui n’ont entrevu cette idée qu’à la faveur de quelque accident et sans pressentir en rien ses conséquences ni sa portée. Reconnaissons aux alchimistes le mérite d’avoir les premiers eu recours à l’observation dans l’étude des faits physiques, mais n’essayons pas de les présenter comme les créateurs de la méthode philosophique dont l’application devait, plusieurs siècles après eux, métamorphoser le monde.

Si les titres des alchimistes à la création de la méthode expérimentale ne peuvent être sérieusement soutenus, il en est tout autrement quand on considère les services qu’ils nous ont rendus en préparant les éléments qui étaient nécessaires à la création de la chimie. Ici, rien ne peut devenir l’objet d’un doute. Obligés, par la nature de leurs explorations, de soumettre à une étude attentive toutes les actions moléculaires des corps simples ou composés, ils ont été naturellement conduits à rassembler un nombre considérable de faits ; et ces observations, fruit de quinze cents ans de travaux opiniâtres, constituent les matériaux de l’imposant édifice dont nous admirons aujourd’hui la force et l’harmonie.

Un coup d’œil rapide jeté sur les travaux des maîtres les plus célèbres de l’art hermétique va nous montrer que c’est à eux qu’appartiennent une grande partie des découvertes qui ont servi à constituer la chimie.

Geber, l’un des écrivains les plus anciens de l’école hermétique, a présenté le premier des descriptions précises de nos métaux usuels ; du mercure, de l’argent, du plomb, du cuivre et du fer; il a laissé sur le soufre et l’arsenic des ren-

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seignements pleins d’exactitude. Dans son traité de Alchimiâ, on trouve des observations de la plus haute importance pour la chimie. Geber enseigne la préparation de l’eau forte, celle de l’eau régale; il signale l’action dissolvante que l’eau-forte exerce sur les métaux, et celle de l’eau régale sur l’or, l’argent et le soufre. Dans le même ouvrage, on trouve décrits, pour la première fois, plusieurs composés chimiques qui, depuis des siècles, sont en usage dans les laboratoires et les pharmacies : la pierre infernale, le sublimé corrosif, le précipité rouge, le foie de soufre, le lait de soufre, etc. V Pendant le siècle suivant, l’Arabe Rhasès découvrit la préparation de l’eau-de-vie et recommanda plusieurs préparations pharmaceutiques dont l’excipient est l’alcool. Parmi les composés nouveaux dont parle Rhasès, on peut citer l’orpiment, le réalgar, le borax, certaines combinaisons du soufre avec le fer et le cuivre, certains sels de mercure formés indirectement, plusieurs composés d’arsenic, etc.

La matière médicale d’Aben-Guefitb et le Hawi de Rhasès donnent une idée juste des ressources considérables que la médecine retirait déjà de la chimie naissante. Rhasès, qui dirigeait les études scientifiques à Ragdad et à Ray, avait fait tous ses efforts pour diriger ces dernières dans la voie expérimentale. « L’art secret de la chimie, disait-il, est plutôt pos- « sible qu’impossible. Ses mystères ne .se révèlent qu’à force (( de travail et de ténacité ; mais quel triomphe quand l’homme « peut lever un coin du voile dont .se couvre la nature! »

On doit à Albert le Grand la préparation de la potasse

' Pour faire usage des substances nouvelles découvertes par la chimie, la médecine et les arts avaient besoin, chez les Arabes, d’obtenir l’autorisation du gouvernement. Les kalifs faisaient dresser, à cet effet, une liste des Ihédicaments autorisés et un tableau des substances reconnues vénéneuses. Lorsqu’au neuvième siècle Sabot-Ebn-Sahel, directeur de l’école de Dschondisabour, publia sur Krabadin ou Dispensaire magistrat, il ne fit qu’enregistrer méthodiquement ce que les lois antérieures avaient arrêté.

caustique à la cliaux telle qu’on la met en pratique dans nos laboratoires \ Le même auteur décrit avec exactitude la coupellation de l’argent et de l’or, c’est-à-dire la purification de ces deux métaux au moyen du plomb. 11 établit, le premier, la composition du cinabre en le formantple toutes pièces au moyen du soufre et du mercure. Il signale l’effet de la chaleur sur les propriétés physiques du soufre, et décrit avec exactitude la préparation de la céruse et du minium, celles de l’acétate de cuivre et de l’acétate de plomb. Exposant avec soin les propriétés de l’eau-forte et son action sur les métaux, il nous signale, le premier, le parti que l’on peut en tirer dans l’opération du départ pour effectuer la séparation de l’or et de l’argent dans les alliages précieux.

Roger Bacon, la plus vaste intelligence que l’Angleterri' ait possédée, étudia la nature plutôt en phy.sicien qu’en chimiste, et l’on sait quelles découvertes extraordinaires il exécuta dans cette partie de la science : La rectification d<‘ l’erreur commise sur le calendrier Julien, relativement à l’année solaire, — l’analyse physique de l’action des lentilles et celle des verres convexes, — l’invention des lunettes à l’usage des presbytes^ — celle des lentilles achromatiques, —

1 Dans son ouvrage sur Albert le Grand, M. Pouchel semble vouloir disculper « l’Aristote du moyen âge » du reproche d’avoir pratiqué l’alchimie. La proposition paraît difficile à établir, quand on se souvient qu’il existe deux ouvrages d’Albert le Grand traitant de l’alcbimie [de Alchimid et de Philosophorum lapide). La citation suivante, empruntée au premier de ces ouvrages, montre suffisamment que 1e grand Albert partageait, sur ce point, les croyances de ses contemporains : « J’ai connu, nous dit-il,- « de riches savants, des abbés, des directeurs, des chanoines, des physi- « ciens et des illettrés qui avaient perdu leur argent etleur temps dans les « recherches de cet art. Néanmoins cet exemple ne m’a pas découragé. Je « travaillai sans relâche, je voyageai de pays en pays, en me demandant . « Si la chose est, comment est-elle? et si elle n’est pas, comment ne l’est- « elle pas? Enfin, j’ai persévéré jusqu’à ce que je sois arrivé à connaître « que la transmutation des métaux en argent et en or est possible. Donec a inveni esse possihilem Iransmutationem in solem et lunam. »

la théorie, et peut-êtr(‘ la première construction du télescope, etc. Des principes et des lois qu’il avait posés ou entrevus, devait sortir, comme il le disait lui-même, un ensemble de faits inattendus. Cependant ses investigations dans l’ordn' des phénomènes chimiques ne sont pas restées sans profit pour nous. Roger Bacon étudia avec soin les propriétés du salpêtre, et si, contrairement à l’opinion commune, il ne fit I point la découverte de la poudre à canon, décrite en termes I explicites par Marcus Græcus cinquante ans avant lui, au 1 moins contribua-t-il à perfectionner sa préparation, en enseignant à purifier le salpêtre au moyen de la dissolution dans l’eau et de la cristallisation de ce sel. Il appela aussi l’attention sur le rôle chimique de l’air dans la combustion.

Raymond Lulle , dont le génie s’exerça dans toutes les branches des connaissances humaines, et qui exposa dans son livre, Ars magna, tout un vaste système de philosophie résumant les principes encyclopédiques de la science de son temps, ne pouvait manquer de laisser aux chimistes un utile héritage. Il perfectionna et décrivit avec soin divers composés qui sont très en usage en chimie, telles que la préparation du carbonate de potasse au moyen du tartre et au moyen des cendres du bois, la rectification de l’esprit-de-vin, la préparation des huiles essentielles, la coupellation de l’argent et la préparation du mercure doux.

Les ouvrages qui portent le nom d’isaac le Hollandais, si estimés de Boyle et de Kunckel, renferment la description d’un très-grand nombre de procédés de chimie, qui, bien que dirigés d’après des vues alchimiques, sont restés dans la science comme la suite des travaux de Geber. Habile fabricant d’émaux et de pierres gemmes artificielles, Isaac le Hollandais décrivit sans arrière-pensée ses ingénieux procédés pour la préparation de ces produits artificiels.

Tout le monde connaît la découverte remarquable que renferme, relativement à l’antimoine, l’ouvrage célèbre de Basile Valentin, Currus triumphalü antimonii. L’alchimiste

j; ALCHIMIE ET LES ALCHIMISTES.

allemand avait si bien sbruté les propriétés de ce métal, à peine indiqué avant lui, que' l’on trouve consignés dans son ouvrage plusieurs faits qui ont été considérés de nos jours comme des découvertes nouvelles. Basile Valentin décrit, dans lemôme traité, plusieurs préparations chiraiquesd’une grande importance, telles que V esprit de sel, ou notre acide chlorhydrique, qu’il obtenait comme on le fait aujourd’hui, au moyen du sel marin et de l’huile de vitriol (acide sulfurique). 11 donne le moyen d’obtenir de l’eau-de-vie en distillant le vin et la bière, et rectifiant le produit de la distillation sur du tartre calciné (carbonate de potasse). Il enseigne même à retirer le cuivre de sa pyrite (sulfure), en la transformant d’abord en vitriol de cuivre (sulfate de cuivre), par l’action de l’air humide, et plongeant ensuite une lame de fer dans la dissolution aqueuse de ce produit. Cette opération, que Basile Valentin indique le premier, fut souvent mise h profit plus tard par les alchimistes, qui, ne pouvant comprendre le fait de la précipitation du cuivre métallique, s’imaginaient y voir une transmutation du fer en cuivre, ou du moins un commencement de transmutation que l’art pouvait perfectionner. Le Traité sur les sels du même auteur (Haliographia) contient la description de beaucoup de faits chimiques intéressants à propos des composés salins. On y trouve encore décrites la préparation et les propriétés explosives de l’or fulminant. En calcinant différentes parties du corps de l’homme et des animaux, et traitant le produit incinéré par de l’esprit-de-vin, Basile Valentin obtenait plusieurs sels à réaction alcaline. On peut considérer cet alchimiste comme ayant le premier obtenu l’éther sulfurique, produit qu’il préparait en distillant un mélange d’esprit-de-vin et d’huile de vitriol. En un mot, parmi les préparations chimiques connues de son temps, il en est peu sur lesquelles Basile Valentin n’ait observé des faits utiles à enregistrer.

Ainsi, avant la renaissance, du creuset des alchimistes étaient déjà sortis l’antimoine métallique, le bismuth, le

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foiecle soufre, l’alcali volatil et les divers composés mercuriels, c’est-à-dire les composés chimiques les plus actifs de la matière médicale. Les alchimistes savaient volatiliser le mercure, purifier et concentrer l’alcool ; ils obtenaient l’acide sulfuri([ue; ils préparaient l’eau n'gale et différentes sorte.-, d’éthers; ils purifiaient les alcalis fixes et carbonates; ils avaient d('Couvert le moyen de teindre en écarlate mieux (jue ne le font les modernes. L’oxygène, dont Priestley ne démontra l’existence qu’à la fin du siècle dernier, avait été deviné au ([uinzième siècle par un alchimiste allemand, Eck de Sulzbach .

Paracelse, qui a le ])remier fait connaître le zinc, s’est attiré une réputation immense et méritée en introduisant dans la médecine l’usage des composés chimi({ues fournis par les métaux. A la vieille thérapeutique des galénistes, surchargée d(> préparations compliquées et souvent inertes, il substitua l’usage des médicaments simples fournis par les opérations chimiques, et ouvrit le premier la voie audacieuse des a[)plications de la chimie à la physiologie de l’homme et à la pathologie.

Van Helmont, qu’il est permis de ranger parmi les alchimistes, non qu’il se soit livré aux pratiques du grand œuvre, mais ])arce (ju’il no dissimulait pas sa croyance à la possibilité des transmutations métalliques, est l’auteur de la découverte chimi(jue la plus importante de son siècle, la découverte de l’existence des gaz, fait capital sur lequel devaient s’élever plus tard les théories de la chimie positive.

Rudolphc Glauher, qui, à l’exemple de Van Helmont, crut à la v(‘rité de l’alchimie sans s’adonner à ses pratiques, est un des écrivains que l’ancienne chimie doit citer avec le plus d’orgueil. Scs ouvrages sont remplis de descriptions remarquables par leurs détails pratiques. Il est peu de points de la science sur les([uels l’auteur de la découverte du sel admirable, celui (}ui a le premier posé le précepte de ne point rejeter comme inutile, comme caput ynortuum, le résidu des opérations chimi([ues, n’ait apporté le tribut de son expérience et de sa sagacité.

Le dernier auteur célèbre qui ait professé l’alcliimie, est Becher, qui, en coordonnant les faits épars dans la science, en créant un essai de système ou de théorie pour l’explication des phénomènes, prépara la révolution scientifique accomplie dans la chimie par l’illustre Georges Stahl.

Nous aurions pu étendre beaucoup cette liste des découvertes chimiques émanées des alchimistes, en rappelant des noms moins célèbres que les précédents dans les fastes de l’art. Nous aurions pu signaler, par exemple : J. -B. Porta, découvrant la manière de réduire les oxydes métalliques, décrivant la préparation des fleurs (oxyde) d’étain, et la manière de colorer l’argent, obtenant enfin, après Eck de Sulzhach, l’arbre de Diane; — l’alchimiste Brandt, découvrant le phosphore pendant qu’il cherchait la pierre philosophale dans un produit du corps humain ; — Alexandre Sethon et Michel Sendivogius, s’attachant, tout en cultivant l’alchimie, à l’étude des procédés chimiques applicables à l’industrie, perfectionnant la teinture des étoffes et la confection des couleurs minérales et végétales; — enfin Botticher, enfermé comme alchimiste rebelle dans une forteresse de la .Saxe, et découvrant le secret de la préparation de la porcelaine. Mais l’énumération qui précède suffit à l’objet que nous avions en vue.

C’est donc avec le secours des découvertes nombreuses effectuées par les alchimistes, que la chimie moderne a pu se constituer. Sans doute tous ces faits ne se rattachaient entre eux par aucun lien commun, ils ne composaient point un ensemble systématique, et ne pouvaient en conséquence offrir les caractères d’une science; mais ils apportaient les éléments indispensables à la création d’un système scientifique. C’est grâce au puissant empire qu’exerça sur les esprits, pendant quinze cents ans, la grande idée de la transmutation métallique, qu’ont pu s’accomplir les travaux préparatoires qu’il fallait rassembler pour asseoir sur une large base le monument de la chimie moderne. Avant d’arriver à se con-

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vaincre que la pierre philosophale était décidément une chimère, il fallut passer en revue tous les faits accesssibles à l’observation, et lorsque, après quinze siècles de travaux, il vint un jour où il fallut reconnaître l’erreur dans laquelle on était tombé, il se trouva ce jour-là même que la chimie était faite.

Chimistes de nos jours, ne portons pas un jugement trop sévère sur les philosophes hermétiques; ne nous dépouillons pas de tout respect envers leur antique héritage : insensés ou sublimes, ils sont nos véritables aïeux. Si l’alchimie n’a [las trouvé ce qu’elle cherchait, elle a trouvé ce qu’elle ne cherchait pas. Si elle a échoué dans ses longs efforts pour la découverte de la pierre philosophale, elle a trouvé la chimie, et cette conquête est autrement précieuse que le vain arcane tant poursuivi par la passion de nos pères. La chimie a transformé en sources inépuisables de richesses des présents de Dieu jusque-là sans valeur; elle a allégé le pénible poids des maux qui pèsent sur l’humanité, perfectionné les conditions matérielles de notre existence et agrandi les limites de notre activité morale; et si elle ne renferme pas la pierre philosophale des anciens adeptes, elle constitue, on peut le dire, la pierre philosophale des nations.

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