MORTALITE ANNUELLE SUR 64,641 HABITANTS SUR 1,000 HABITANTS
Décès 0/0
Membres du clergé 556 8.05
Fermiers et cultivateurs 631 9.78
Ouvriers agricoles 701 11.86
Habitants des districts les plus
salubres 804 12.46
Charpentiers et menuisiers. .. 820 12.71
Houilleurs 891 13.81
Maçons et briqueliers 969 14.92
Mortalité générale des Anglais
mâles 1 .000 15.50
Plombiers, peintres et verriers. 1.202 18.63
Brasseurs 1.361 21.09
Aubergistes, cabaretiers 1 .521 23.57
Domestiques de cafés et d'hôtels 2.205 34.15
De l'inspection de ce tableau, résulte que le manque de bien-être, la dureté des travaux auxquels l'homme est obligé de demander son pain, exercent sur la mortalité, une influence infiniment moindre que l'ivrognerie et la débauche, qui en est une conséquence fatale. En effet, d'après ce relevé, les professions dans lesquelles les hommes sont souvent mal nourris, mal vêtus, mal logés et se trouvent, déplus, exposés à des accidents ou à une atmosphère viciée, présentent une mortalité beaucoup moins grande que celles qu'on constate chez les individus engagés dans le trafic des boissons alcooliques. Les métiers où l'ouvrier manie des substances minérales toxiques, comme c'est le cas des plombiers, des verriers et des peintres, fournissent une moyenne de mortalité bien inférieure, quoique très élevée déjà, à celle des
hommes que leur profession expose particulièrement aux dangers de l'alcoolisme.
Tout s'accorde, on le voit, à prouver l'extrême nocuité des alcools d'industrie, les seuls que consomme l'ouvrier français comme l'ouvrier anglais. Il est donc urgent, en attendant la réforme, lente, hélas ! que pourront amener les sociétés de tempérance dans les mœurs de la population, d'empêcher par des mesures énergiques la libre circulation des liquides alcooliques non purifiés. C'est l'une des conclusions admises, à l'unanimité, par la commission du Sénat, dans les termes suivants : « Interdiction de la circulation de tous les alcools, eaux-de-vie, liqueurs reconnus par l'analyse chimique nuisibles à la santé. Les alcools toxiques, dits supérieurs, devront être absolument éliminés dans la fabrication des spiritueux en général. » Il faut ajouter ici l'obligation d'éliminer aussi l'aldéhyde et autres produits de tête. Après avoir jeté un coup d'oeil sur la consommation de l'alcool en France, et sur les propriétés vénéneuses des liquides qui le constituent, examinons les voies et moyens propres à enrayer l'alcoolisme, au plus grand profit des intérêts de la santé publique et du Trésor, solidaires au cas particulier.
La suppression du privilège des bouilleurs de cru
Le remarquable rapport de M. N. Claude, a dévoilé, dans toute son étendue, le fléau de l'alcoolisme : il nous en fait toucher du doigt les conséquences formidables pour l'avenir du pays, si Ton n'y porte un remède héroïqne. Accroissement effrayant de la mortalité, de la folie et de la criminalité, voilà pour les conséquences sociales. Fraude colossale au préjudice du Trésor, diminution des ressources budgétaires, qu'une législation facile à établir peut enrayer, pour ainsi dire, du jour au lendemain, voilà pour le côté fiscal, dont l'intérêt ne saurait échapper à personne dans les circonstances présentes.
La commission du Sénat', dont l'œuvre constitue l'étude la plus complète qui ait jamais été faite de la question de l'alcool, ne s'est pas bornée à établir par sa volumineuse statistique, dressée pour servir de base à ses délibérations, les maux de toute sorte qu'entraînent la législation et l'état de choses actuels. Elle a résumé en dix articles les conclusions consa-
crant les principes dont elle considère l'application comme urgente. Ces conclusions], la commission d'enquête du Sénat les recommande au gouvernement « comme bases d'une réforme fiscale que sa connexité avec les règles de la morale et de l'hygiène publique rend chaque jour plus urgente. »
La commission a formulé, dans les termes suivants, la première conclusion, de l'adoption ou du rejet de laquelle dépend, à notre avis, d'une manière absolue, l'efficacité ou l'inanité de toutes les mesures législatives qu'on pourra édicter concernant la consommation de l'alcool : Suppression du privilège des bouilleurs de cru, c'est à dire abrogation pure et simple de la loi du 14 décembre 1 875.
Quelle est cette loi et pourquoi considérons-nous, avec la commission du Sénat, son abrogation comme le point de départ de toute réforme sérieuse, sous le double rapport de la santé publique et de l'intérêt du Trésor?
L'article unique de la loi de 1875 est ainsi conçu :
« Les propriétaires et les fermiers qui distillent les les vins, marcs, cidres, prunes et cerises provenant exclusivement de leurs récoltes, sont dispensés de toute déclaration préalable et sont affranchis de tout exercice. »
Les conséquences du privilège accordé par cette loi aux bouilleurs de cru sont de trois ordres, comme le constate Téminent rapporteur du Sénat : extension de la fraude, développement de l'alcoolisme et enfin, dominant ces deux ordres, violation du principe qui
doit être le plus cher à une démocratie : le principe d'égalité.
De cette dernière conséquence, évidente de soi, nous ne dirons qu'un mot : ne voit-on pas que la suppression du privilège des bouilleurs de cru ne saurait être combattue par aucun argument qui ne s'applique logiquement au planteur de tabac , et entraînerait, pour ce dernier, un droit égal à soustraire à l'impôt une quantité de ce produit destinée à sa consommation ? En élargissant encore cette interprétation, le planteur de betteraves sucrières devrait pouvoir tenir le même raisonnement. L'égalité devant la loi exigerait donc, à elle seule, l'abrogation du privilège des bouilleurs de cru. Mais, si regrettable que puisse être la violation, inscrite dans la loi, du principe d'égalité, le péril social de l'alcoolisme nous préoccupe plus encore. Or, rien n'est plus facile que d'établir l'inanité des mesures législatives, que ne précéderait pas l'abrogation de la loi de 1875.
L'objectif principal de la réforme réclamée si éloquemment par la commission du Sénat, c'est l'élimination radicale, dans la consommation et la vente de l'alcool, de tout liquide dangereux pour la santé, c'est-à-dire de tout produit de distillation qui ne serait pas exempt de ces poisons, que les chimistes désignent sous le nom d'aldéhydes et d'alcools à formules élevées et qui portent, dans l'industrie, ceux d'huiles essentielles, d'alcools de tête et de queue. Pour atteindre ce but, il est indispensable que les liquides livrés à la consommation aient tous, sans exception,
subi un contrôle chimique, à la suite duquel ils auront été reconnus exempts de substances nocives. Or, pour contrôler une matière, il faut pouvoir se la procurer ; la clandestinité qui résulte du privilège des bouilleurs de cru et qui se continue dans la vente de leurs produits, s'oppose d'une manière complète à ce contrôle. Mais, nous dira-t-on, le bouilleur de cru, dans le sens strict du mot, ne fabrique pas d'alcools nocifs : c'est un vigneron qui distille, pour son usage personnel, toutou partie du raisin de sa récolte, ou les marcs qui en proviennent. Si le produit qu'il obtient n'est pas de l'alcool vinique pur, c'est tout au moins un liquide venant du raisin et renfermant de très faibles quantités d'alcools étrangers. Remarquons d'abord qu'en ce qui concerne les alcools de marcs, cette objection porte à faux, ceux-ci devant être rangés au nombre des eaux-de-vie les plus malsaines. Il faut ne pas savoir, d'ailleurs, comment les choses se passent en réalité pour admettre un pareil raisonnement. Le privilège du bouilleur de cru, dans la pratique, quelque dénégation qu'il puisse plaire aux intéressés de nous opposer, s'applique à toutes autres substances que celles prévues dans la loi dont j'ai rappelé plus haut le texte.
Déjà la distillation des marcs de raisin et des cidres, explicitement autorisée par cette loi, donne naissance à des eaux-de-vie des plus dangereuses pour la santé publique; mais le bouilleur de cru distille, sans contrôle et en franchise, bien d'autres produits naturels que ceux prévus
par la loi : les fruits à noyau, les . pommes de terre, les topinambours, les betteraves, les grains, les navets, carottes, etc., sont autant de matières premières qui passent à l'alambic, sous lecouvertdela loi de 1875 et vont, sans compter le préjudice énorme causé au Trésor, sur lequel nous reviendrons plus loin, empoisonner le consommateur. Vendus de la main à la maîn, sans acquitter aucun droit, pas môme celui de circulation, ces liquides nocifs à des degrés divers, mais toujours élevés, sont un des appoints les plus certains du fléau de l'alcoolisme dans nos campagnes. Quoiqu'on fasse, il serait impossible de porter remède à cet état de choses, sans l'interdiction absolue de fabriquer de l'alcool librement, en franchise des droits élevés qui frappent ce produit, c'est-à-dire, sous l'empire d'une législation qui consacre le privilège des bouilleurs de cru.
Nous partageons donc, sauf la restriction relative aux marcs et aux cidres, l'opinion de l'honorable M. Claude, lorsqu'il dit : « Jusqu'à un certain point, le privilège n'aurait rien eu d'exhorbitant et aurait pu n'être considéré que comme un encouragement donné à une certaine catégorie d'agriculteurs, mais il aurait fallu alors pouvoir compter qu'il n'en sera fait qu'un honnête et scrupuleux usage. Il n'en a pas été ainsi. Les bouilleurs, loin de se contenter de brûler leurs propres récoltes, achètent des fruits, quelquefois même des graines et des racines, pour les brûler à l'abri de l'immunité qui leur a été octroyée. Les produits de cette distillation hâtive et incomplète, obtenue au moyen d'appareils impar-
faits, sont jetés clandestinement, affranchis de tous droits, dans la consommation, où ils font une concurrence redoutable aux eaux-de-vie de commerce soumises à l'impôt. Cette concurrence déloyale, cette fraude, aussi préjudiciable au Trésor, qu'à la santé publique, n'est pas une hypothèse. Elle ressort des statistiques, et les évaluations de la régie, en raison de la tendance du bouilleur de cru à dissimuler une notable partie de ses opérations, ne peuvent être considérées que comme des minima. »
Au point de vue hygiénique, le privilège du bouilleur de cru doit donc être supprimé radicalement comme le veut, d'ailleurs, le principe d'égalité inscrit en tête de notre Constitution. Sous le rapport fiscal, cette réforme ne s'impose pas d'une façon moins urgente. A toutes les constatations enregistrées à ce sujet, dans le rapport du Sénat, s'ajoute une considération <Tune grande importance et qui a échappé sans doute à la commission, puisque son éminent rapporteur n'en fait point mention.
Une loi excellente, promulguée le 20 juillet 1884 autorise la délivrance aux vignerons, avec une réduction de droits de 50 0/0, de sucre cristallisé destiné à servir à la fabrication des vins de seconde cuvée. En présence du fléau phylloxérique, qui a donné à la coupable industrie des vins artificiels un essor devenu, lui aussi, un danger pour la santé publique, la loi de 1884 a rendu de très grands services dans nos vignobles. Ajouté aux marcs de raisin, le sucre cristallisé, dissous dans un grand volume d'eau, permet d'obtenir à très bas prix, de fr. 15 à fr. 20 le
litre, un vin agréable, parfaitement sain et très supérieur, à tous égards, aux mélanges que certains fabricants éhontés livrent aux ouvriers de nos villes et de nos campagnes. Restreint à cet emploi, l'allégement de l'impôt que supporte le sucre est un bienfait que nos populations laborieuses ne sauraient trop favorablement accueillir. Mais, avec la loi de 1875, celle de 1884 ouvre la porte à une nouvelle fraude pratiquée en grand par nombre de bouilleurs de cru, à ma connaissance.
Il n'est pas difficile de comprendre comment s'exerce cette fraude, et quelle est son importance ptour le Trésor. La loi de 1884 a fixé à 20 francs par 100 kilos, au lieu de 40 francs, l'impôt sur le sucre dénaturé, en présence des employés de la régie, par son addition aux marcs de raisin. Or, théoriquement, 100 kilos de sucre donnent 64.3 volumes d'alcool pur. Dans la pratique, on peut retirer jusqu'à 58 litres d'alcool rectifié (à 100°) de 100 kilos de sucre de canne mis en fermentation (1). Admettons que les bouilleurs de cru n'en obtiennent que 40 à 45 litres, par suite de
(1) M. L. Pasteur a établi que la fermentation de sucre de canne pur donne, en poids, les produits suivants :
Alcool 51 . 11
Acide carbonique. 49.42
Acide succinique 0.67
Glycérine 3.16
Cellulose, grains, matières nutritives. .. 1.00
105.36 D'après cela, 100 parties de sucre cristallisables donnent théoriquement 64.3 volumes d'alcool absolu, la densité de l'alcool vinique absolu étant de 0.7945.
la conduite plus ou moins imparfaite, de l'opération. Si, au lieu de consommer en nature le liquide provenant de cette fermentation, le vigneron le passe à l'alambic, il obtient, pour un droit de 20 francs entrant dans les caisses du Trésor, 40 litres, au minimum, d'alcool pur, soit 80 litres d'eau-de-vie à 50°. Ces 40 litres d'alcool pur, livrés en fraude au commerce ou à la consommation, comme cela se voit tous les jours, dans les pays vignobles, devraient acquitter un droit de 62 fr. 50 (à raison de 156 fr. 25 par hectolitre). Dans ce cas, le Trésor perd donc, par chaque dénaturation de 100 kilos de sucre en vue de la fabrication du vin, 42 fr. 50 de droits que la fraude lui enlève. En 1885, le poids du sucre dégrevé en vue du sucrage des vendanges, s'est élevé à 4 millions de kilogrammes, correspondant, d'après ce que je viens de dire, à 1,600,000 litres d'alcool pur. Combien, sur cette quantité, a été consommé sous forme de vin ? Combien en a-t-îl été vendu, en fraude, à l'état d'eau-de-vie? C'est ce qu'il est impossible d'établir. Mais il n'est pas douteux qu'une partie de l'alcool de sucrage a été livré frauduleusement à la consommation par les bouilleurs de cru.
Nous parlerons plus loin de la fraude à laquelle donne lieu la fabrication du vinaigre et la transformation du raisin sec en alcool, sous l'empire de la loi existante. Pour toutes les raisons possibles, on ne saurait donc trop énergiquement réclamer, dans le double intérêt de la santé publique et du Trésor, l'abrogation de la loi de 1875 sur le privilège des bouilleurs de cru. C'est la préface indispensable de
toute réforme efficace en matière de législation sur l'alcool. Nous conjurons les sénateurs et les députés de ratifier les propositions du rapport de ia commission , en plaçant des intérêts généraux de premier ordre, la santé publique et la prospérité de nos finances, au-dessus des réclamations intéressées d'un groupe de citoyens.
Les remèdes a l'alcoolisme. — Mesures proposées par la commission du Sénat : leur justification et leur efficacité.
Si incomplet qu'il soit, le rapide exposé que nous avons fait des maux causés par l'alcoolisme suffit, je le pense, pour justifier l'expression de péril social qui revient à plusieurs reprises sous la plume de réminent rapporteur de la commission sénatoriale, à propos de ce fléau.
Les économistes et les philanthropes de tous les pays du Nord de l'Europe sont unanimes à constater, chiffres en mains, l'accroissement formidable de la mortalité, de la dégénérescence de la race, de la criminalité et de la folie, dans les populations adonnées aux abus de l'alcoolisme. L'accord sur l'interprétation des causes du fléau est presque aussi complet; c'est moins à la quantité d'alcool ingéré qu'à la nature vénéneuse des liquides consommés qu'il faut attribuer le mal ; les régions où il sévit le pius cruellement sont celles où l'eau-de-vie est fabriquée avec la
pomme de terre et les céréales (Danemark, Suède, Grande-Bretagne, etc.), les liquides provenant de ces matières premières étant particulièrement nocifs, en raison des alcools étrangers à l'eau-de-vie de vin, qu'ils renferment en proportions notables. L'augmentation considérable de l'alcoolisme en France, depuis l'invasion du phylloxéra, dont la conséquence a été la substitution d'alcools d'industrie au vin-, corrobore tout à fait cette manière de voir. Ainsi, sur le point fondamental, — origine de l'alcoolisme — - accord complet de tous ceux qui ont étudié de près la question : les produits vénéneux qu'on désigne sous les noms d'alcools de tête et de queue (aldéhyde et alcools à formules élevées), sont la . cause prépondérante de l'alcoolisme.
Quant aux remèdes essayés ou proposés pour combattre le fléau, qui remonte à un demi-siècle environ, mais dont l'intensité va croissant depuis vingt ans, suivant une progression effrayante, ils sont d'ordres divers (ligues de tempérance, diminution du nombre des débits, élévation de l'impôt sur l'alcool, etc.), et ne paraissent pas avoir eu, jusqu'ici, l'efficacité qu'on en attendait, if me semble facile d'en trouver la raison. Si Ton étudie les différentes mesures législatives appliquées depuis un certain temps dans les pays septentrionaux, si Ton examine l'organisation et le fonctionnement des sociétés de tempérance, on ne tarde pas à constater que l'objectif dominant, pour ainsi dire unique, du législateur et du philanthrope, est la restriction dans la consommation de l'alcool. On a bien eu, subsidiairement, en vue l'amélioration
dans les procédés de fabrication des alcools sous le rapport hygiénique, mais dans la pratique, ce remède, le seul vraiment efficace, reste au second plan, la réduction ou la suppression- de l'usage des boissons alcooliques demeurant 1 le point 1 de mire des sociétés de tempérance et la base des réformes édictées par les législations étrangères.
Tout autre est : la conception qui a dominé les travaux de la commission du Sénat; et qui a fait du remarquable rapport de M. Claude une œuvre absolument neuve, dont les conclusions ont une portée bien supérieure à toutes les mesures administratives ou législatives, auxquelles on s'est arrêté dans les pays voisins.
En effet, étant démontré, nous l'avons vu, par les constatations statistiques, les observations cliniques et des. expériences physiologiques que, dans la mauvaise qualité de l'alcool, réside la cause prépondérante du mal, c'est à l'impureté des boissons livrées à, la consommationi qu'il faut s'attaquer avant tout. C'est t l'idée» maîtresse du rapport de l'hènorable Mrf Glauxiev et l'on peut 'dire qu'au *point de vue législatif, le remède radical de l'alcoolisme est tout entier contenu dans le troisième paragraphe dés conclusions que la commission a soumises à la sanction du Sénat.., dé paragraphe^ on se le rappelle* est* ainsi conçu : Interdiction de la cireuldtwn de tous alcools, >eaux*daHvie> liqueurs reconnues par i l'analyse chimique nuisibles à la santé* Les alcools forniques, dits supérieurs (alcools à. formules élôvées)> devront être absolument éliminés dans la fabrication des spiritueux en géhérah
L'ALCOOL, LA SAiNTÉ PUBLIQUE ET LE BUDGET 35
Qu'un décret transforme cette conclusion en une prescription légale, que le gouvernement applique avec une fermeté inexorable, bien justifiée par la gravité du mal, les pénalités les plus rigoureuses à tout contrevenant, et avant peu, sans qu'il soit besoin de recourir au monopole ni à la concession d'aucun privilège pour la fabrication ou la rectification des alcools, le point de départ du fléau alcoolique sera anéanti. Je dis, qu'au point de vue législatif, le remède radical découle de la promulgation d'un décret s'appropriant les termes de la troisième conclusion de la commission sénatoriale; c'est qu'en effet le complément de la réforme est d'un ordrç tout différent, qui échappe en grande- partie au législateur. L'Etat, ayant assuré la disparition de la circulation du poison qui se débite journellement àl'heure qu'il est, — lesalcoolset liqueurs consommées échappant jusqu'ici à toute vérification sous le rapport de la nocivité — pourra bien, en outre, aider à la diminution dans la consommation par des mesures fiscales ou autres ; mais la sobriété ne s'édicte pas par voie législative. C'est surtout affaire de mœurs. Il faudra recourir à d'autres moyens pour amener une réforme si souhaitable dans les habitudes de la population. Nous y reviendrons à propos des sociétés de tempérance.
L'assertion que nous venons de formuler d'une manière si affirmative, touchant la nécessité impé* rieuse et l'efficacité de l'interdiction de laisser consommer ou circuler tout alcool impur, pourrait paraître hasardée, si nous ne nous croyions en mesure de le justifier aux yeux de nos lecteurs.
Sans quitter le terrain de l'hygiène et de la santé publique, sur lequel nous nous sommes exclusivement plabés pour formuler cette assertion — nous examinerons plus loin les avantages immenses que le Trésor retirera, par surcroît, de la législation en question — je vais entrer en quelques détails de nature à justifier la confiance absolue que m'inspire la mesure proposée par M. Claude et à montrer qu'elle peut être appliquée.
Pour que tout alcool nocif disparaisse complètement de la circulation, il faut que deux conditions fondamentales — sine quâ non — soient remplies :
1° .Toute fabrication d'alcool , quelle qu'en soit l'origine» doit être soumise à la surveillance rigoureuse de l'Etat ; la loi sur le privilège des bouilleurs de cru doit conséquemment être abrogée et tout distillateur doit être exercé. Que par une mesure, indiquée d'ailleurs par le rapport du Sénat, on traite le bouilleur de cru en entrepositaire, avec remise du droit sur une quantité de sa production à déterminer, passe encore ; mais qu'aucun bouilleur n'échappe à l'exercice : c'est là un point capital, le pivot de toute réforme, dont le législateur ne saurait se départir. La santé publique et le Trésor sont également intéressés, au premier chef, à l'abrogation de la loi de 1875 ;
2° Tout alcool d'industrie fabriqué en France ou importé de l'étranger doit être soumis, avant d'être livré à la circulation, à un examen chimique constatant qu'il est exempt de principes toxiques (alcools de tête ou de queue) ; conséquemment, tout alcool dans lequel l'analyse aura décelé la présence d'alcools
toxiques ne pourra être livré à la consommation. Nous verrons plus loin qu'il ne sera pas nécessaire de le détruire.
Ces deux conditions se justifient par leur énonce seul. En ce qui concerne l'abrogation du privilège des bouilleurs de cru, il n'est cependant pas inutile peut-être d'insister encore sur quelques considérations fort importantes indiquées sommairement plus haut.
Au temps où le phylloxéra n'avait pas encore fait sa désastreuse apparition dans notre pays, le privilège des bouilleurs de cru ne présentait, en réalité, d'inconvénient que pour le Trésor, privé par lui de res^ sources importantes ; la santé publique en souffrait médiocrement par la raison que, à de rares exceptions près, les fruits de la vigne étaient l'unique matière première soumise à la distillation. Aujourd'hui, on ne saurait trop y insister, les choses sont absolument changées. Les substances les plus diverses passent à l'alambic : les cidres et certains vins blancs, produits de fermentation en vases clos, donnent des eaux-de-vie nocives au premier chef, le cidre surtout, en raison de l'aldéhyde qu'ils renferment. Les grains des céréales, les navets, les carottes, les topinambours, le maïs, les poires, pommes, prunes, les betteraves fourragères ellesmêmes, servent à fabriquer des eaux-de-vie vénéneuses. Enfin, à un autre point de vue, comme je l'ai montré précédemment, le sucrage des vendanges a ouvert largement une nouvelle porte à la fraude. Si donc on veut supprimer, ainsi que le réclame impé-
rieusement la gravité du mal, tout alcool nocif, il est absolument indispensable d'abroger la loi de 1875 : toutes les mesures qui ne seraient pas précédées de celles-là échoueraient, il faut n'en pas douter, puisque l'alcool impur fabriquera l'abri du privilège du bouilleur de cru, échapperait au contrôle au lieu de pro" duction, où il est si facile de le saisir pour l'examiner.
La seconde condition n'est pas moins importante. On sait que les ravages du phylloxéra ont conduit les producteurs des eaux-de-vie de vin à des coupages avec des alcools d'industrie relativement bien rectifiés. A de rares exceptions près, les eaux-de-vie livrées au commerce — je parle des produits de bonne qualité, connus sous la dénomination de cognacs, — sont, en réalité, des mélanges d'eau-de-vie de vin et d'alcool de betterave. Il est donc indispensable de ne laisser circuler ou entrer en France que des alcools reconnus au préalable, par un examen chimique, exempts de tout produit nocif, les eaux-de-vie de vin devant être mélangées à ces alcools.
C'est donc en édictant l'interdiction de la circulation de tout alcool impur et la vérification de la pureté dés produits livrés au commerce qu'on arrivera à faire disparaître le poison débité sous les formes les plus diverses. Si, en effet, des eaux-de-vie propre^ ment dites, nous passons aux liquides qui se débitent couramment sous les rubriques d'absinthe, d'esprit de menthe, de bitter, etc., etc., c'est bien pis encore. Le parfum et la coloration, qu'on donne artificiellement à ces breuvages empoisonnés, permettent l'emploi des alcools de dernière catégorie. C'est
avec des produits chargés d'aldéhyde et d'alcools à formules élevées au point de répandre une odeur infecte avant que les essences qu'on y ajoute aient réussi à les masquer, au moins partiellement, que les cabarets absinthes, menthes, bitters et curaçaos de nos sont presque exclusivement fabriqués .
Interdire la circulation de tout alcool impur est le seul moyen de mettre une barrière à cet empoisonnement, dont les victimes vont peupler les prisons et les asiles d'aliénés. Les distillateurs honnêtes ne peuvent que s'associer aux vœux des hygiénistes sous ce rapport.
Les remèdes à l'alcoolisme. — Exposé sommaire de la situation présente de l'industrie des alcools.
Il est nécessaire, pour se rendre compte de l'importance et de rétendue de la réforme à laquelle conduirait la promulgation de l'interdiction proposée par la commission sénatoriale, concernant la circulation et la vente de tout alcool impur, de préciser la situation de l'industrie de l'alcool en France et celle qui en découle pour le consommateur.
Sans tenir compte de la fraude qui échappe à toute évaluation exacte, la production indigène de l'alcool, constatée par la régie, est annuellement, en chiffres ronds, de 1 million 900,000 hectolitres. Les importations montent à 200,000 hectolitres environ, soit, au total, des ressources en alcools s'élevant à 2 millions 100,000 hectolitres, dont il faut déduire l'exportation, soit 300,000 hectolitres, restent 1 million 800,000 hectolitres d'alcool. Si, pour fixer les idées,
on admet que la population française consomme cette quantité d'alcool, étendue de son volume d'eau seulement, c'est-à-dire sous forme de boisson à 50 0/0 d'alcool, c'est donc, au bas mot, 3 millions 600,000 hectolitres d'eau-de-vie et autres liqueurs, qui entrent dans la consommation.
Le nombre des distillateurs qui se livrent à des opérations industrielles proprement dites, n'atteint guère que le chiffre de 250 pour la France : encore faut-il ajouter que près des quatre cinquièmes de ces distillateurs fabriquent des quantités insignifiantes.
En 1884-1885, le nombre des usines dont la production annuelle dépasse 10,000 hectolitres a été de 47 : elles ont fabriqué ensemble 1 million 325,000 hectolitres, soit les trois quarts de la production totale de la France.
Nous avons vu précédemment que la production déclarée d'alcool de vin n'a pas atteint, en 1885, le chiffre de 25,000 hectolitres, quantité négligeable par rapport à la production des alcools d'industrie et que je laisserai de côté, dans tout ce qui va suivre, pour simplifier ce sujet assez complexe déjà et que je veux étudier en détail.
Les questions que je me propose d'examiner successivement sont les suivantes :
1° Sous le rapport de la qualité et, par suite, des propriétés nocives de l'alcool, comment dans l'état actuel, se répartissent les 1 million 800,000 hectolitres d'alcool d'industrie?
2° Quels sont les procédés proposés jusqu'à ce
jour pour augmenter la proportion d'alcool non vénéneux obtenue dans la distillerie ?
3° Dans quelle limite ces procédés sont-ils efficaces ?
4° Comment peut-on constater la pureté ou le
degré d'impureté des alcools d'industrie?
5° Enfin, comment peut -on, industriellement, débarrasser l'alcool de ces impuretés ?
La réponse que je me crois en mesure de faire aux deux dernières questions a une importance considérable, la suppression de la cause fondamentale de l'alcoolisme en dépendant. Il est évident, en effet, qu'une fois établie, d'une part, la possibilité de constater la pureté de l'alcool d'industrie, de l'autre, celle d'obtenir économiquement, pratiquement? de l'alcool d'industrie exempt de produits vénéneux, le rôle du législateur sera tout tracé; il devra adopter purement et simplement la proposition de M. Claude, transformée en prescription légale : Interdiction, sous les peines les plus sévères de toute circulation d'alcool impur.
On remarquera , d'ailleurs , qu'une semblable mesure pourrait être décrétée tout aussi justement que l'interdiction de la circulation du porc trichiné ou la vente des viandes et autres denrées avariées. L'analogie est complète, il s'agit de soustraire, dans un cas comme dans l'autre, le consommateur à un empoisonnement certain, bien qu'il soit plus lent et moins apparent dans le cas de l'alcool.
Pour être bien compris dans l'exposé de la
question technique, il me faut rappeler, en quelques mots, le mode de production des alcools industriels, les seuls que j'envisage.
L'alcool d'industrie provient de la distillation du produit de la fermentation de diverses matières sucrées ou riches en amidon : mélasses de betteraves, pommes de terrre, topinambours, maïs, graines de céréales, poires, pommes, cidres, etc. On désigne sous le nom de flegmes, le produit alcoolique obtenu en distillant une première fois les liquides provenant de ces fermentations. Le flegme est un alcool aqueux dont le titre varie de 45 à 75 0/0 ; il renferme, à côté de l'alcool éthylique (alcool de sucre ou de vin pur), une quantité variable de produits étrangers , très imparfaitement connus encore, tous plus ou moins vénéneux, qui ont pour origine la nature même des matières premières et surtout la conduite de la fermentation, la température à laquelle elle a eu lieu, le choix des levures, etc.
Ces matières étrangères nocives se rangent sous deux catégories principales : 1° Les aldéhydes ; 2° les alcools à formules élevées de la série homologue de l'alcool éthylique.
Les aldéhydes et leurs produits de condensation sont de plusieurs sortes, mais c'est l'aldéhyde acétylique, entrant en ébullition à 21°, qu'on rencontre le plus généralement.
On trouve aussi, en faible quantité, dans les flegmes, des produits vulgairement appelés éthers. Ce sont ces corps qui communiquent aux flegmes l'odeur sui generis spéciale à leur origine. Ces éthers sont
très mal connus, par la raison qu'ils existent en trop petites quantités pour qu'on ait pu les isoler et les étudier. L'action de la chaleur les modifie d'ailleurs pendant le travail des flegmes. Les aldéhydes et les éthers forment la partie qu'on désigne sous le nom de « mauvais goûts de tête ». C'est principalement à ces composés que les alcools de cidre doivent leurs propriétés toxiques au premier chef.
Les alcools si malencontreusement nommés supérieurs, et que j'ai désignés sous le nom d'alcools à formules élevées, qu'on rencontre dans les flegmes, sont également de diverses natures; les principaux sont : l'alcool isopropylique qui bout à 85°; l'alcool isobutylique qui bout à 112°; l'alcool isoamylique, bouillant à 120°; l'alcool amylique, qui bout à 132°, etc. Ils constituent les « mauvais goûts de queue » des distillateurs.
A côté de ces deux groupes de substances vénéneuses, il se trouve encore, dans les flegmes, de l'acétal qui bout à 104°; les éthers acétiques des alcools nommés plus haut, l'aldéhyde acrylique ou acroléine qui se forme dans certaines fermentations rapides à haut degré alcoolique et à température élevée.
De cette courte énumération, à laquelle se bornera l'indication des notions chimiques dont je ne puis me passer pour l'intelligence de la discussion, résulte que les flegmes sont des liquides très complexes contenant des corps dont le point d'ébullition varie dans d'énormes limites, de 21° à 132°. Cette constitution complexe rend facile h saisir la difficulté d'isoler
parla distillation, l'alcool éthylique à Tétat de pureté absolue. Presque impossible à réaliser dans le laboratoire, cette séparation ne peut s'opérer, môme imparfaitement, qu'à la condition de traiter de grandes masses de flegmes dans de puissants appareils de distillation, nommés rectificateurs. Mais, quel que soit le soin qu'on apporte à la conduite de ces appareils, quelle que soit leur disposition, on n'arrive à obtenir, en quantités rémunératrices, de l'alcool pur, désigné sous le . nom d'alcool neutre ou de cœur, qu'avec des flegmes très purs et de très bonne qualité, dont la quantité est minime, industriellement parlant, par rapport à celle des flegmes impurs.
De cette impossibilité de séparer complètement l'alcool de ses impuretés dans la distillation la plus perfectionnée, est résultée la production,' dans la raffinerie de l'alcool, de cinq liquides de valeurs hygiénique et marchande très différentes. On désigne ces produits sous les noms suivants : 1° le mauvais goût ; 2° le moyen goût; 3° l'alcool 'fin ou alcool au cours ; 4° l'alcool extra-fin; 5° l'alcool de cœur ou alcool neutre.
C'est en fractionnant la distillation, c'est-à-dire en recueillant par ordre de volatilité, à l'aide de dispositions spéciales (appareils à plateaux, à colonnes, etc.) les liquides bouillant à des températures différentes, qu'on arrive à produire les cinq qualités de liquides indiquées ci-dessus.
Voici, d'après les chiffres de M. Savalle, la marche générale d'une opération.
Nous supposons un rectiflcateur chargé avec des flegmes ordinaires, et un travail semblable à celui qui se fait dans la plupart des distilleries.
La rectification donnera successivement :
1° Des petites eaux A environ : p. 100 50
2° Des mauvais goûts de tête . . . B — — 2 50
3° Des moyens goûts de tète — G -— — 15 »
40 De Talcool bon goût D — — 71 58
5° Des moyens goûts de queue . . E — — 6 28
6° Des mauvais goûts de queue . P — — 2 »
7° Des huiles essentielles G — — 036
On fait généralement couler dans le même bac les petites eaux A et les huiles G : dans un autre bac, on réunit les mauvais goûts de tête et de queue B et F ; dans un troisième bac, les moyens goûts de tête et de queue G et E, et, enfin, on reçoit dans un bac à expéditions Talcool bon goût D (1). Ce dernier étant livré à la consommation, et sorti de l'usine, nous ne nous en occuperons plus.
(1) Ces 71 58 p. 100, sont de V alcool au cours, qu'il ne faut pas confondre, répétons-le, avec l'alcool de cœur ou neutre. L'alcool au cours contient presque toujours des alcools de queue et des aldéhydes en quantité notable. Les quantités d'alcool de cœur que Ton peut extraire de l'alcool au cours varient nécessairement avec les matières premières mises en traitement. Les chiffres ci-dessus ne sont qu'une donnée générale sur la marche du travail des distilleries qui ne font qu'une seule rectification des flegmes. — Je les indique à titre de renseignement.
Quand on a réuni une quantité suffisante de moyens goûts. C et E, on en charge un rectificateur. L'opération donne également sept produits, les mêmes que ci-dessus. Les mauvais goûts de tête et de queue sont envoyés dans le bac qui contenait les mêmes produits de l'opération initiale, et les moyens goûts sont également recueillis avec ceux de la première opération ; l'alcool bon goût ( alcool au cours) étant seul coulé dans le bac à expéditions, et sorti de l'usine.
De même, quand on a réuni une certaine quantité de mauvais goût, on les rectifie aussi.
Mais ceux-ci ne donnent jamais d'alcool à expédier; ils ne produisent que des mauvais goûts de tête et de queue qu'on vend pour le chauffage et le vernis, et des moyens goûts qui rentrent, avec leurs homologues des opérations précédentes , dans le traitement, pour être de nouveau passés au rectificateur.
Les petites eaux et les huiles récoltées dans toutes ces opérations sont également rectifiées une fois, mais uniquement pour les ramener au degré nécessaire à leur vente, en les débarassant de l'eau, et non pour en retirer de l'alcool qui serait toujours infect.
Malgré les progrès considérables réalisés depuis une vingtaine d'années dans l'outillage des distilleries, le rendement des alcools au cours en alcool pur, exempt ou à peu près exempt de substances vénéneuses, dit alcool de cœur, est relativement faible. Les chiffres suivants, qui représentent la moyenne de nombreuses opérations exécutées sur des quantités considérables d'alcool d'industrie, dans Tune des distilleries les plus importantes et les
mieux installées de France, en donnent la preuve : Par 100 litres d'alcool obtenu dans cette usine, on recueille :
Mauvais goût et moyen goût 17.50 litres.
Alcool au cours (dit alcool fin) 22.50 —
Alcool dit extra-fin 23.00 —
Alcool de cœur (neutre) 37.00 —
Total 100.00 litres.
Ce qui veut dire que 100 litres d'alcool réel mis en traitement, ne fournissent, à la consommation, que 3 7 litres d'alcool exempt de principes vénéneux. Encore verrons-nous, qu'il arrive que certains alcools dits de cœur renferment des alcools à formules élevées. De ces 100 litres d'alcool, 17 litres 5 rentrent dans la fabrication, c'est-à-dire sont ajoutés à des flegmes ou à des alcools bruts et soumis à un nouveau traitement par distillation. Les alcools au cours (1), qui contiennent toujours des aldéhydes et des alcools de queue, et les alcools extra-fins, qui sont parfois chargés à un point notable de ces deux poisons, sont livrés à la consommation, après dénaturation par l'addition de caramel, de fenouil, de menthe, de coriandre, etc., sous les noms de cognac, absinthe, bitter, curaçao, etc..
(1) Cet alcool se vend en bourse à un prix variable, actuellement 43 à 44 francs les 90 degrés. Gomme l'alcool au cours titre toujours 95° à 97°, on paye les degrés en plus des 90° conventionnels, et cela, d'après le prix de l'alcool au cours. A
44 francs les 100 titres, le degré vaut -^ = fr. 489.
En somme, dans l'état actuel de la distillerie, on obtient, commercialement parlant, 37 0/0 + 22.5 0/0 4. 23 0/0 = 82.50 0/0 de l'alcool mis en traitement et, hygiéniguement parlant, 37 0/0 seulement d'alcool exempt de produits vénéneux. Car nous avons dit que les alcools au cours ou à la cote contiennent toujours des produits de tête ou de queue, et quelquefois les deux.
Appliquons cette moyenne de 37 0/0; portons-là à 40 0/0, si Ton veut, chiffre que n'atteint, je crois, aucune distillerie, car les taux ci-dessus sont empruntés au travail d'une usine pourvue de l'outillage distillatoire le plus perfectionné; appliquons, dis-je, la moyenne de 40 0/0 d'alcool pur, inoffensif, à la production totale de la France et nous arrivons au résultat suivant : sur les 1 million 900,000 hectolitres d'alcools d'industrie livrés annuellement en France à la consommation, 760,000 hectolitres, au maximum, sont inoffensifs, et 1 million 140,000 hectolitres renferment, en proportions variables, les poisons de tête et de queue !
Ajoutons que les vins étrangers qui viennent combler une partie du déficit causé à nos récoltes par le phylloxéra, et notamment les vins d'Italie et d'Espagne (la France en achète pour 8 millions de francs), sont remontés en alcool avec des produits de distillation plus malsains souvent que les alcools dits fins ou extra-fins, et nous aurons une idée aussi exacte qu'effrayante de la cause principale des ravages croissants de l'alcoolisme.
Il nous faut voir maintenant les procédés autres que la distillation proposés pour l'épuration des
alcools, et, comme complément à cette étude, indiquer les découvertes récentes à l'aide desquelles on peut mettre désormais la santé publique à l'abri des dangers effroyables auxquels l'expose la nocivité des 60 0/0 d'alcool consommé.
L'ALCOOL, LA SANTÉ PUBLIQUE ET LE BUDGET 5i
Description sommaire des essais tentés pour ia rectification des alcools d'industrie* — Recherche des matières vénéneuses contenues dans les alcools d'industrie* — Réactions découvertes par M. Rang. — 8a méthode d'analyse.
Nous venons de dire que les procédés les plus perfectionnés de rectification des flegmes ne permettent pas d'obtenir, à l'état d'alcool vinique pur, plus de 37 0/0 de l'alcool qu'ils renferment» La différence, soit 63 0/0 de l'alcool contenu dans les flegmes, se partage, au point de vue de l'utilisation, en deux quantités de liquide inégales : 17.5 0/0 de mauvais goût et de moyen goût rentrent dans Topération suivante ; 45.5 0/0 sont livrés à la consommation, sous les noms d'alcool au cours et d'alcool extra-fin.
Ce faible rendement de 37 0/0 d'alcool de cœur a
suscité de nombreuses tentatives en vue d'enlever les alcools de tête et de queue dissous dans le reste des produits de la distillation.
Ces tentatives n'avaient, jusqu'à ces derniers temps, abouti qu'à des insuccès plus ou moins complets, dont je crois cependant utile de dire un mot, ne serait-ce que pour montrer la difficulté du problème et le mérite du savant qui Ta résolu d'une façon remarquable.
Je laisserai de côté les moyens plus ou moins empiriques proposés par des personnes dépourvues de connaissances théoriques suffisantes, tels que l'emploi de l'acide nitrique, du nitrate d'argent, des alcalis, d'oxydants, comme le peroxyde de plomb, le permanganate de potasse, le chlorure de chalix, etc., moyens qui ne pouvaient réussir et n'ont pas réussi.
Trois procédés plus rationnels ont été préconisés : 1° l'hydrogène naissant; 2° l'insufflation de l'air dans l'alcool à épurer; 3° la filtration sur le charbon.
Dans le premier (procédé Naudin), on produisait
l'hydrogène naissant par voie électrique, au sein
même du liquide. Théoriquement, on se proposait
de fixer l'hydrogène naissant sur les aldéhydes pour
les transformer en alcools correspondants, suivant
la formule — rrr^— -t , , ., — Cette réaction,
aMAyde «ydrog. alewl Tiniqoe
d'après les chimistes qui l'ont étudiée, s'effectue en réalité, mais avec accompagnement de formation de produits secondaires. Pour ce motif et pour d'autres, dont le plus saillant est que la réaction ne s'attaquait, en tous cas, qu'aux alcools de tête, lais-
sant intacts les mauvais goûts de queue, le procédé à l'hydrogène, après avoir été expérimenté dans plusieurs usines, a été complètement abandonné.
Le second procédé, imaginévers 1867, par Lair, et repris plus tard par de Beaurepaire et Essennemann, consiste à insuffler, pendant plus ou moins longtemps (15 à 36 heures), de l'air finement divisé dans des flegmes ramenés à bas titre d'alcool et chauffés à 70°. L'air, en traversant la masse du liquide, entraîne, sous forme de vapeurs, les produits volatils; mais, en même temps qu'eux, une grande quantité d'alcool éthylique, variant de 7 à 20 0/0 de la quantité mise en œuvre, suivant la durée de l'insufflation, est volatilisée. Il faut condenser cette vapeur à l'aide d'artifices divers et le produit de cette condensation constitue des alcools mauvais goûts, exigeant un travail nouveau et dont il est impossible de tirer un liquide propre à la consommation.
On voit que l'insufflation de Tair n'agit, elle aussi, que sur les produits de tête, aldéhydes et éthers ; c'est donc, également, un procédé incomplet, nécessitant un outillage considérable et laissant dans les flegmes traités, tous les alcools de queue. Aussi, la méthode analytique de M. I. Bang, que j'expose plus loin, décèle-t-elle, dans les alcools ainsi traités, des produits de queue et rarement de l'aldéhyde. Bien que le procédé à l'air constitue un des rares progrès accomplis dans l'industrie des alcools, il est loin d'être entré dans la pratique générale et n'es appliqué aujourd'hui, à ma connaissance, que dans trois distilleries.
Le pouvoir absorbant du charbon de bois, connu depuis longtemps et appliqué industriellement, a été également tenté pour l'épuration des flegmes. On l'emploie, à cet effet, dans quelques distilleries. Voici comment on opère : on fait passer les flegmes ramenés,, par addition d'eau, à 28? environ, sur une série de filtres de grande capacité, remplis de charbon de bois grossièrement concassé. Ce charbon absorbe peu à peu une petite quantité d'alcool amylique ; il a surtout pour effet de diminuer notablement l'odeur spéciale caractéristique des flegmes. Ce mode d'épuration n'a qu'une efficacité restreinte ; il n'enlève ni les aldéhydes, ni. les alcools isobutylique , propyliquè, aliylique, etc... Aussi la filtration au charbon donnent elle toujours à la rectification une proportion notable de mauvais goûts de .queue, alcools impurs et vénéneux, utilisables seulement pour le chauffage et pour la fabrication des vernis. De plus, le pouvoir absorbant du charbon est vite épuisé ; il faut le régénérer à l'aide de la vapeur d'eau et de fréquentes carbonisations. Le procédé est donc coûteux par son installation et par son fonctionnement ; de plus, il est absolument incomplet comme résultat d'épuration.
A ces quelques tentatives se bornent, à notre connaissance, les procédés qui ont été employés industriellement pour la rectification des flegmes ou des qlcools*.
Les conclusions de tout ce qui précède peuvent se formuler ainsi :
1° Ni les procédés physiques (distillation, pia-.
teaux, colonnes, etc.), ni les procédés chimiques n'ont permis, jusqu'alors, de retirer des produits de la fermentation connus sous le nom de flegmes et des alcools qu'on en extrait, plus de 37 à 40 0/0 d'alcool éthylique pur, inoffensif, le seul qui devrait être livré à la consommation. Aucun des systèmes proposés n'a rendu possible industriellement la séparation complète des produits plus volatils (aldéhydes, éthers, etc.), ni celle des produits plus fixes (alcools amyliques, butyliques, etc., que l'alcool éthylique (alcool de vin).
2° Malgré tous les progrès réalisés jusqu'à ce jour, 55 à 60 0/0, au moins, de l'alcool livré au consommateur contient les poisons connus sous le nom de têtes et de queue. En effet, les raffineries les mieux conduites produisent 82 0/0 d'alcool marchand, dont 37 d'alcool pur et 45 d'alcool plus ou moins souillé d aldéhydes et d'alcools vénéneux. L'alcool pur et l'alcool impur, livrés à la circulation, sont donc entre eux, dans les cas les plus favorables, dans le rapport de 37 à 82, soit de 45 0/0 d'alcool pur.
Pour terminer cet exposé de l'état actuel de l'industrie de l'alcool, je pourrais énumérer les procédés imaginés jusqu'ici en vue de déterminer, dans les alcools d'industrie et autres, la présence des produits de tête et de queue ; mais les chimistes qui se sont occupés de cette question étant, je crois, d'accord sur l'insuffisance de tous les procédés publiés jusqu'à ce jour, j'aime mieux me bornçr à la constater, comme l'a fait M. J. Sachs,, dans sa communication du 26 juillet 1886, à l'assem-
blée générale de l'Association des chimistes des sucreries et des distilleries. MM. Lunge, V. Meyer et Schulze, professeurs à l'École polytechnique de Zurich sont arrivés à la même conclusion, dans le rapport officiel qu'ils ont adressé au Conseil fédéral suisse, lors de l'enquête sur l'industrie des alcools. La dégustation est demeurée jusqu'ici le seul moyen de constatation de la qualité d'un alcool. C'est un procédé excellent qui nous a servi à contrôler les résultats du procédé Bang appliqué à l'analyse des alcools d'industrie. Pratiquée par des gens experts, la dégustation est un très bon moyen de vérification de la pureté d'un liquide alcoolique. Mais, il estimposlible de baser une législation uniquement sur l'impression produite sur nos organes par la saveur ou l'odeur d'un liquide. Dans le cas de l'examen de produits tout à fait mauvais, sans doute, la dégustation suffira toujours à le faire rejeter; mais il ne saurait être question seulement des liquides que leur odeur et leur saveur conduiraient à éliminer de la circulation. Il faut être certain de l'innocuité des alcools consommés.
Pour pouvoir interdire la vente d'alcools dangereux pour la santé publique, le gouvernement doit être en mesure de prescrire, aux agents chargés de la vérification, l'emploi, parallèle à la dégustation, d'une méthode analytique conduisant à des résultats appréciables à l'œil. La méthode doit, en outre, être simple et facile à appliquer. En effet, il y aurait danger d'admettre, pour la vente des alcools d'industrie, comme on le fait pour les sucres , par exemple ,
une tolérance de nocuité. Un sucre peut être plus ou moins blanc; son- prix variera, mais, dans une certaine limite, le degré de blancheur importe peu, la santé du consommateur n'étant nullement en jeu. Pour arriver à admettre une tolérance, il faudrait connaître exactement le pouvoir nocif de chacune des substances étrangères qui renferment les alcools d'industrie. Or, c'est à peine si nous en pduvons isoler quelques-uns, bien que tous soient solubles dans le réactif découvert par M. I. Bang dont nous allons parler. Pour l'alcool d'industrie, j'estime qu'on doit exiger qu'il soit radicalement exempt de produits de tête et de queue, car il s'agit ici, non de matières inofîensives, comme celles qui colorent les sucres bruts, mais de poisons dont aucune dose ne doit être autorisée dans les mélanges destinés à la consommation de l'homme. Il faut, en outre, que le procédé de vérification puisse être pratiqué, par des hommes que leurs études antérieures n'ont pas exercé aux manipulations chimiques. Ce procédé doit être, de plus, rapide et assez simple pour qu'on puisse le mettre entre les mains des employés de l'administration.
Nous pensons, d'après ce qu'on verra plus loin, que rien ne s'oppose désormais à l'interdiction absolue, réclamée par l'honorable M. Claude, de la mise en circulation et en vente de tout alcool qui ne serait pas rigoureusement exempt de produits nocifs.
Un chimiste distingué, M. Ivar Bang, Danois d'origine, et dont la France est devenue, depuis près de vingt-cinq ans, la patrie d'adoption, a fait récem-
ment une découverte qui permet de constater rapidement la pureté d'un alcool et d'extraire des flegmes, à l'état de pureté, l'alcool éthylique qu'ils contiennent.
M. Bang, après avoir pris ses grades à l'Université de Copenhague, sest préparé par de fortes études dans les laboratoires de Balard et de Wûrtz, aux applications de la chimie à l'industrie.
Les réactions si curieuses qu'il met en teuvre permettent à M. Bang de faire, comme nous le verrons tout à l'heure, avec les flegmes les plus impurs, de l'alcool entièrement pur, et suppriment radicalement, dans les usines où elles sont appliquées, les alcools dits au cours ou fin et extra-fin, pour ne livrer à la consommation qu'un liquide entièrement exempt de substances étrangères , c'est-à-dire de l'alcool éthylique pur.
Je décrirai d'abord la méthode analytique fondée par M. Bang sur les réactions que je vais faire connaître. Les indications suivantes résultent de son application à un très grand nombre d'alcools d'industrie faites dans le laboratoire de M. Bang, dans 1e mien ensuite, en prenant toujours, comme terme de comparaison la dégustation de ces liquides étendus, comme il convient de le faire, de deux fois leur volume d'eau.
Les réactions fondamentales sur lesquelles reposent la méthode analytique et le traitement des flegnres et des alcools pour découvrir, dans la première, et pour séparer, dans le second, les produits de tête et de queue sont les suivantes :
l*Lesalcoolsdequeue(aiïiylique,isobutyiique?etc.), sont entièrement solubles dans les hydrocarbures lourds ou légers (huile ou essence de pétrole), tandis que l'alcool ordinaire y est tout à fait insoluble, lorsqu'il est suffisamment étendu d'eau (flegme à 28 ou 30 0/0 d'alcool, par exemple) ;
2° L'aldéhyde et les autres produits de tête sont insolubles dans les hydrocarbures, mais les composés que les produits de tête forment, lorsqu'on les met en présence des alcalis (polymérisation des chimistes), se dissolvent intégralement dans les hydrocarbures. Ces combinaisons des aldéhydes avec les alcalis sont assez solubles dans l'alcool qu'elles colorent d'une manière plus ou moins intense, suivant leur quantité. Des traces de ces corps polymères sont décélées par la coloration qu'elles communiquent à l'alcool ;
3° L'acide sulfurique concentré enlève à l'hydrocarbure la totalité des alcools de tête et de queue qui s'y trouvent dissous, les premiers à la faveur de la soude ou de la potasse, les seconds spontanément, par leur contact avec l'hydrocarbure.
Voici comment M. Bang conseille de procéder, puis constater la présence ou l'absence de ces produits dans un alcool d'industrie.
1° Recherches des produits de tête
Dans 50 ou 60 centimètres cubes d'alcool à essayer, on verse une solution caustique de potasse ou de soude (150 grammes par litre). On mélange les deux
liquides et on porte la température de ce mélange vers 60° au bain-marie. Si l'alcool renferme des produits de tête, la liqueur prend, dans l'espace de quelques minutes, une teinte qui varie du jaune paille au noir, suivant la quantité des aldéhydes. A froid, la réaction s'opère également , mais elle exige un contact de vingt-quatre heures avec l'alcali pour être complète. Des traces de produits de tête ne colorant pas le mélange d'alcool et d'alcali dans les premières minutes, apparaissent toujours au bout d'un temps variable, un quart-d'heure , une demi-heure de séjour du tube dans le bain-marie ou après quelques heures à froid. Les alcools exempts de produits de tête demeurent absolument incolores, quelle que soit la durée de leur contact avec le soude ou la potasse dans le bain-marie ou à la température ordinaire.
Il est préférable de faire l'essai à froid, parce qu'au bout de vingt-quatre heures de contact avec la potasse, les moindres traces d'aldéhydes donnent une teinte jaune, appréciable à l'œil. Quand les alcools à essayer contiennent beaucoup d'aldéhyde, il se forme un précipité par l'addition du réactif alcalin.
Si l'alcool essayé contient des produits de tête il est inutile de pousser la recherehe plus loin, puisqu'il devra, par cela seul, être repoussé de la consommation.
2° Recherches des alcools de queue
On prend 100 centimètres cubes de l'alcool à essayer, on y verse, en l'agitant, de l'hydrocarbure léger,
jusqu'à ce que celui-ci cesse de s'y dissoudre instantanément. L'alcool a dissous alors 1/5 environ de son volume d'hydrocarbure. On étend le mélange de cinq à six fois son volume d'eau ordinaire (l'eau alcoolisée ne dissout pas trace d'hydrocarbure); l'hydrocarbure se sépare et surnage. On le sépare de l'eau alcoolisée en le décantant dans un entonnoir à robinet ; on soutire l'eau alcoolisée et Ton introduit ensuite l'hydrocarbure dans un flacon bouché à l'émeri, puis on y ajoute quelques centimètres cubes d'acide sulfurique pur à 66°; on agite et on laisse reposer. Il se forme alors deux couches nettement séparées : l'hydrocarbure incolore surnage l'acide sulfurique. D'après M. Bang, si l'acide sulfurique se colore en jaune, on a affaire à de l'alcool isobutylique; si la coloration est brune, ce sont les corps amyliques qui dominent. L'élévation de la température hâte la réaction. Tout alcool qui résiste à cette double recherche est de l'alcool éthylique pur et devrait seul être livré à la consommation. (1)
(1) Deux de mes amis, chimistes distingués, qui s'occupent en ce moment de la recherche des alcools nocifs dans les alcools d'industrie et des réactions de corps, dissous à l'état de pureté, dans l'alcool éthylique, me signalent aujourd'hui les premiers résultats de leurs recherches. D'après leurs constatations, il serait nécessaire de caractériser autrement que par les colorations jaune ou brune indiquées plus haut, la présence des divers produits nocifs enlevés aux alcools d'industrie par l'essence de pétrole. Cette essence qui dissout tous les alcools de tête ou de queue, comme l'a découvert M. Bang, dissout notamment certains alcools à formules élevées qui, soit naturellement, soit frauduleusement, peuvent se rencontrer dans les produits livrés aujourd'hui à la consommation.
Appliqué à l'alcool provenant de la distillation de vins remontés par des alcools d'industrie, ce procédé donne les mômes réactions qu'avec les alcools contenant des produits de tête et de queue.
L'hydrocarbure léger qu'emploi M. Bang, est de l'essence de pétrole rectifiée par l'agitation répétée avec de l'acide sulfurique fumant. On prolonge la rectification jusqu'à ce que le dernier acide sulfurique ajouté, ne se colore plus par son contact avec l'hydrocarbure.
Il est indispensable d'opérer avec de l'hydrocarbure entièrement rectifié : autrement l'on obtient des colorations de l'acide sulfurique qu'on attribuait à tort aux alcools étrangers , et qui sont dues aux impuretés de l'essence.
L'acide sulfurique, employé pour isoler les alcools à formules élevées, est de l'acide à 66 degrés. Il doit être chimiquement pur et tout à fait incolore. Il convient, d'ailleurs, de faire à blanc > un essai comparatif avec l'hydrocarbure et l'acide sulfurique seuls. On obtient quelquefois une teinte grisâtre de l'acide sulfurique, qui est dû à un défaut de rectification de
et qui ne sont pas doués de la propriété de colorer en brun l'acide sulfurique.
D'ici au moment où la loi concernant le contrôle des alcools sera votée et mise en vigueur, ces savants auront sans doute terminé leur étude et l'on devra alors modifier le procédé analytique, dans le sens qu'indiqueront les résultats qu'ils auront obtenus.
Les faits constatés par ces deux habiles chimistes ne modifient d'ailleurs en rien la méthode industrielle d'épuration des alcools de MM. Bang et Ruffin, qui conserve toute sa valeur. — (31 octobre 1887.)
l'hydrocarbure. (Carbonisation de matières organiques).
Pour la recherche des alcools de tête et de queue dans les vins, voici comment procède M. Bang. On distille un demi-litre ou un litre de vin à examiner. On recueille séparément les produits de la distillation en les fractionnant. Dans les premiers produits de la distillation, on recherche les aldéhydes; dans les derniers, les alcools de queue ; — l'alcool de cœur est généralement exempt de Tune et de l'autre. Le vin remonté en alcool d'industrie peut être distingué par cette méthode du vin naturel pur.
Afin d'éviter toute confusion dans l'esprit de mes lecteurs, et pour qu'on ne me prête pas des assertions que je n'ai point émises, je rappellerai que c'est uniquement sur des alcools d'industrie et sur des vins remontés avec ces alcools que j'ai expérimenté le procédé analytique Bang. Les résultats de ces essais, faits sur un grand nombre d'alcools industriels de provenances diverses, ont toujours été nets et concordants avec les appréciations de la dégustation , le plus sûr des réactifs , quand il est pratiqué par des gens experts. Reste à étudier l'application de la méthode à des mélanges artificiels d'alcool pur et de produits nocifs, préparés dans le laboratoire, ainsi qu'aux vins naturels et aux alcools de vin.
Je vais maintenant décrire le procédé industriel de rectification absolue des flegmes et des alcools fondé sur les réactions que je viens de faire connaître.
Épuration des alcools, procédé Bang et Ruffin.
On entend dire souvent qu'au hasard revient une grande part dans les découvertes scientifiques et dans les applications de la science à l'industrie. Cette assertion a un fond de vérité, la production d'un phénomène imprévu mettant souvent sur la voie d'une découverte le savant ou l'industriel. Il faut cependant reconnaître que les hasards heureux ne favorisent jamais les chercheurs ignorants, et moins encore ceux qui ne sont pas doués à la fois d'un véritable esprit scientifique et d'une grande ténacité dans l'étude des sujets qu'ils ont abordés. Seuls, les hommes instruits et pourvu s des qualités f ondamentales de l'inventeur — le bon sens et l'ingéniosité unis à des connaissances théoriques solides — savent tirer parti d'un heureux hasard et le féconder par des expériences bien conduites.
Ces réflexions se présentent naturellement sous ma plume à propos des faits découverts par M. I. Bang, et des applications qu'il a su en faire avec la collaboration de M. Alfred Ruffin. Comme
je l'ai dit dernièrement, il y a cinq ans que M. Bang a constaté l'action dissolvante des hydrocarbures sur les substances vénéneuses qui forment les mauvais goûts de tête et de queue des alcools d'industrie. Les chimistes savent de quelles difficultés est entourée la transformation d'une réaction de laboratoire en un procédé industriel, qui doit joindre aux conditions rigoureuses de la solution d'un problème chimique l'invention d'un dispositif pratique et économique. Il est, en effet, de nombreux exemples de faits scientifiques, faciles à mettre en lumière dans le laboratoire, et qui, transportés dans l'usine, ne conduisent qu'à des opérations incomplètes, en raison des masses sur lesquelles on doit opérer et du côté économique inséparable de toute solution industrielle.
Il n'a pas fallu, à MM. Bang et Ruffln, moins de quatre années d'un travail incessant, de tâtonnements, de difficultés nouvelles surgissant quand ils avaient vaincu celles qui les avaient longtemps arrêtés, pour arriver à la solution complète du difficile problème abordé sans succès, depuis plus d'un quart de siècle, par un nombre considérable de chercheurs.
On a vu que le point de départ de la méthode analytique que j'ai décrite réside, d'une part, dans la solubilité des aldéhydes polymérisées et des alcools à formules élevées, dans les hydrocarbures légers; de l'autre, dans la propriété que possède l'acide sulfurique concentré d'enlever entièrement ces substances à l'hydrocarbure. La première tentative
d'épuration des alcools, basée sur cette double réaction, a présenté de grandes difficultés pratiques, en raison de l'extrême volatilité des essences de pétrole, de leur inflammabilité, et, par suite, des pertes de matières premières et des dangers d'incendie qui en découlaient. Je ne parlerai pas des transformations successives de la forme des appareils, de la modification dans la marche des opérations, etc., pour triompher de ces difficultés, et j'arriverai tout de suite à la description du procédé industriel auquel MM. Bang et Ruffin se sont définitivement arrêtés, et qui fonctionne depuis dix-huit mois, en France, dans deux distilleries importantes. Et, dans une usine belge, sur une plus grande échelle encore.
Le principe fondamental du procédé industriel est de rompre l'équilibre de solubilité des produits divers qui se trouvent à l'état de dissolution dans les flegmes et dans les alcools bruts et de les mettre en contact, d'une manière intime, avec un corps qui, bien qu'insoluble dans les flegmes, ait la propriété de se méanger en toute proportion avec les impuretés, en exerçant un pouvoir dissolvant supérieur au leur. Ce principe, bien connu des chimistes, qui l'emploient fréquemment, est celui qu'on applique, par exemple, pour extraire, à l'aide de l'éther sulfurique, de faibles quantités de brome en dissolution dans une grande quantité d'eau. L'éther prend à la masse aqueuse tout le brome disséminé dans le liquide et le condense à la surface de l'eau.
Les hydrocarbures ne se mélangent ni avec l'eau ni avec l'alcool aqueux : ils ne sont pas attaqués par
l'acide sulfurique ; d'autre part, M. Bang a découvert qu'ils sont un excellent dissolvant des alcools supérieurs, des éthers, de l'aldéhyde acrylique et des parfums spéciaux à toute espèce de flegmes. L'action dissolvante des hydrocarbures ne s'exerce pas d'une manière aussi efficace sur l'aldéhyde acétylique, très abondant dans les alcools de tête; mais si, préalablement, on traite les flegmes par une base alcaline ou alcalino-terreuse, si on les polymérise, comme disent les chimistes, on obtient une résine renfermant tout l'aldéhyde des flegmes et dont l'hydrocarbure s'empare aussi facilement que des alcools à formules élevées.
Tous les hydrocarbures peuvent servir à l'épuraration des flegmes, mais MM. Bang et Ruffln emploient de préférence les hydrocarbures lourds, peu volatils, de la série grasse saturée (O H 2 * 1 + 2) qu'on trouve couramment dans l'industrie des pétroles. Le type dont ils se servent, spécialement fabriqué pour eux, a un poids spécifique de 810 à 820 ; il n'émet de vapeurs inflammables qu'à 140 degrés et ne présente dès lors aucun danger d'incendie ; aussi a-t-il été accepté sans surprime par toutes les Compagnies d'assurances. '
Les hydrocarbures des séries non saturées, les benzines par exemple, pourraient aussi être employés ; mais ils sont coûteux, assez volatils et sdlublés dans l'acide sulfurique, ce qui occasionnerait des pertes notables dans le traitement en grand."-
J'ai rappelé les principes qui précèdent pour indiquer la théorie du procédé que je vais faire connaître,
après en avoir étudié les détails dans les deux usines françaises, où MM. Bang et Ruffln m'ont autorisé à faire toutes les constatations nécessaires pour me rendre un compte parfait de la marche des opérations et de leurs résultats.
On comprend, d'après ce qui précède, que si Ton met des flegmes bruts en contact avec des hydrocarbures, ces derniers s'empareront aisément des principes étrangers, soit qu'ils se trouvent à l'état naturel, comme les alcools à formules élevées, soit qu'ils aient subi une transformation résineuse, comme les aldéhydes.
Voyons maintenant comment fonctionne une usine à rectification, installée d'après ces principes :
Dans un grand bac contenant les flegmes ou les alcools à épurer étendus d'eau pour les ramener au titre alcoolique de 28° à 30°, on ajoute, par petites quantités et en agitant, de la soude caustique que son prix peu élevé et sa solubilité font préférer à la potasse, à la chaux, à la strontiane et à la baryte, également efficaces. Le premier effet de la soude est de saturer l'acidité des flegmes qui, pour un instant, paraissent alcalins. Mais si Ton cesse d'ajouter de la soude, au bout d'une heure ou deux, on constate que toute alcalinité a disparu, signe évident que l'aldéhyde, en se dédoublant, a saturé la soude. On continue alors l'addition, en agitant la masse jusqu'à ce que les flegmes restent franchement alcalins. De cette première opération dépend la destruction de tous les . principes de tête dans l'alcool qu'on obtiendra ultérieurement ; il y a donc intérêt à la prolonger suffl-
samment. La durée du contact avec la soude dépendra du degré d'impureté des flegmes. En général, au bout de vingt-quatre heures, la transformation des adéhydes est complète (1).
Le liquide alcalin ainsi obtenu est amené par une pompe dans un grand réservoir A, d'une contenance variable de 400 à 800 hectolitres ou plus, et pourvu, à sa partie supérieure, d'un tube fixe H, dont l'orifice inférieur G est terminé par un robinet qui débouche au dehors du bac. Le bac étant rempli de flegmes jusqu'à l'orifice supérieur de ce tube, au moyen d'une pompe, aspirante et foulante P, on injecte en dessous des flegmes contenus dans le bac A, par un tuyau R, percé de petits trous en T, l'hydrocarbure qui se divise dans la masse, la traverse dans toute sa hauteur en fines gouttelettes, s'empare des impuretés de toute nature qu'elle ren" ferme, et arrive, en raison de sa moindre densité, à la partie supérieure du bac où elle se rassemble en une couche de quelques centimètres d'épaisseur, pour s'écouler par le robinet G, dont le débit règle le niveau des flegmes dans la cuve. L'hydrocarbure, ainsi saturé par les impuretés, n'a pas enlevé en une fois tous les produits de tête et de queue; il faut renouveler le contact des flegmes, déjà améliorés, avecune nouvelle quantité d'hydrocarbure.
(1) La planche représente en plan et coupe l'ensemble des appareils rectificateurs imaginés par MM. Bang et Ruffin, et qui fonctionnent depuis dix-huit mois, dans l'une des usines que j'ai visitées, et depuis un an dans d'autres.
Pour que le procédé soit économique, il importe de faire servir l'hydrocarbure à plusieurs lavages : mais avant de l'utiliser à nouveau, il est nécessaire de le purifier, en le débarassant des matières étrangères qu'il a enlevées aux flegmes.
La cuve B, munie d'une chicane B 1 (v. planche), est un décanteur dans lequel se déposent les impuretés solides qui ont pu passer des flegmes dans l'hydrocarbure. La cuve C, dans laquelle arrive, par le haut, l'hydrocarbure sortant de B, est remplied'eau. Son office est de retenir les traces d'alcool éthylique, mécaniquement émulsionées par l'hydrocarbure;
Les cuves suivantes servent à la régénération proprement dite de l'hydrocarbure.
C'est ici qu'intervient la seconde réaction découverte par M. Bang. Pour obtenir cette régénération, il suffit de faire passer à travers une couche d'acide sulfurique l'hydrocarbure souillé. Une série de caisses B D, remplies aux 3/4 ou fragments de verre imbibées d'acide à 66°, déversent leur liquide de l'une dans l v autre par différence de niveau. Ces caisses sont munies d'un entonnoir qui se prolonge par un tuyau J»:J, de façon que le liquide qui se déverse dans la caisse supérieure sorte par le fond de la caisse inférieure et soit obligé de remonter à travers toute la couche d'acide. L'hydrocarbure cède à l'acide sulfurique les alcools à formules élevées qui s'y dissolvent en formant des acides sulfo-conjugués et détruit également les impuretés moins stables que les alcools r ; tels que l'aldéhyde polymérisée, les éthers, etc.,
Ainsi purifié, l'hydrocarbure rentre immédiatement et automatiquement dans le travail et sert indéfiniment. Si Ton prolonge suffisamment l'injection de l'hydrocarbure dans les flegmes (vingt-quatre heures, trentesix heures ou quarante-huit heures, suivant le degré d'impureté de ces derniers), on arrive à l'enlèvement complet de tous les alcools de tête et de queue, et finalement, on peut retirer de 100 litres d'alcool impur 97 litres d'alcool totalement exempt de produits étrangers. Les 3 0/0 manquant représentent le déchet inévitable dans tout traitement industriel pratiqué sur une grande échelle.
La distillation des flegmes, ainsi débarrassés de leurs impuretés, s'effectue dans les appareils ordinaires.
J'ai dit précédemment qu'il est dans les usages de la distillerie de livrer au commerce trois sortes d'alcools : 1° alcool fin (alcool au cours) ; 2° alcool extrafin ; 3° alcool de cœur. La première sorte est celle qui sert, comme son nom l'indique, de type pour la fixation des prix ; supposons que l'alcool au cours yaille par exemple 44 francs l'hectolitre, l'alcool extra-fin, moins impur que le premier, se vendant à une petite prime, 4 à 6 francs pour fixer les idées, au-dessus du prix de l'alcool au cours, l'alcool de cœur fera prime de 15 à 30 fr. Ces écarts indiquent des variations, sinon proportionnelles, du moins correspond dantes au degré de pureté des alcools.
La comparaison de la marche de la production d'une distillerie bien outillée, d'après les anciens procédés, avec celle de l'une des usines où l'épu-
ration à l'hydrocarbure fonctionne depuis plus d'un an, mettra en relief la supériorité de la dernière, au point de vue des rendements.
Les chiffres suivants représentent la moyenne obtenue pendant quatre mois dans deux distilleries : ils sont relevés sur les livres de comptabilité des usines et rapportés à 100 litres d'alcool absolu contenus dans les flegmes traités :
PROCÎDÎ P&OODft
ir
Alcools à repasser 17.43 6.47
Alcool fin 22.42 10.15
Alcool extra-fin 23.15 14.19
Alcool de cœur 37.00 69.18
La différence considérable que révèle la comparaison des deux procédés réside moins dans les écarts entre la production d'alcools marchands, 82.57 0/0 dans le premier cas, 93.53 (dont 69 d'alcool de cœur), dans le second, que dans les faits déjà indiqués plus haut. Avec l'outillage le plus perfectionné, lesdistilleries de l'ancien système arrivent finalement, quoiqu'elles fassent, à une production de 17 à 20 0/0 d'alcools mauvais goût, qu'aucun traitement ne peut débarrasser de leurs impuretés. Le procédé à l'hydrocarbure permet, au contraire, si on le veut, de transformer la totalité de l'alcool des flegmes, sauf le déchet de 3 0/0 dont j'ai parlé plus haut, en alcool pur, dépouillé de tout principe vénéneux. En effet, tandis que les distillations fractionnées laissent, en fin de compte, subsister les 170/0 d'alcool mauvais
goût, le traitement des 6 à 7 0/0 des mômes produits, dans le procédé à l'hydrocarbure, leur enlève la totalité des alcools de tête et de queue.
La chimie qui, malheureusement, vient si souvent en aide aujourd'hui aux falsificateurs de substances de toutes sortes, aura cette fois rendu un immense service à l'hygiène et à la santé publique. Grâce à elle, nous sommes en possession d'un moyen certain d'isoler les poisons que renferment les alcools d'industrie et d'un procédé pratique pour les leur enlever radicalement. Rarement la découverte d'une réaction chimique aura abouti à d'aussi importants résultats.
Le commerce de l'alcool et le Trésor public
Tous ceux qui se sont occupés de la question de l'alcool, envisagé comme source de produits pour le Trésor, ont acquis la conviction que l'impôt sur les spiritueux est très loin de donner les ressources budgétaires que Ton serait en droit d'en attendre. Les deux causes capitales de ce déficit dans les recettes du Trésor, sont : l'absence de rigueur suffisante dans certaines perceptions de l'impôt, et la fraude proprement dite, qui soustrait aux droits une part énorme des alcools consommés. Cette dernière cause est de beaucoup la plus influente, bien que moins facile à chiffrer que la première. En effet, qui dit fraude, parle de résultats d'opérations clandestines, échappant par le fait môme à toute évaluation non seulement exacte, mais môme approchée. C'est seulement par des voies détournées qu'on peut arriver à se faire une idée de Ténormité des pertes infligées au Trésor public par la fraude dont le commerce de l'alcool est l'objet. C'est de cette manière que nous aborderons la question , sans autre visée que de
montrer la nécessité impérieuse de « boucher les trous par lesquels, suivant l'heureuse image de M. J. Roche, les produits de l'impôt s'écoulent comme de l'eau ». L'honorable député évalue à plus de 150 millions de francs, la somme qu'enlève au Trésor « la fraude sous ses formes diverses, par la mauvaise foi de certains contribuables, par les défectuosités administratives de certains systèmes de perception, par la faiblesse générale et l'insuffisance de Vaction gouvernementale (1). » Cette estimation est à coup sûr au-dessous de la réalité.
M. G. Hartmann, dans son remarquable travail sur Y Alcool et l'impôt des boissons (2), met en relief d'une façon saisissante, les défectuosités dont parle M. J. Roche. Je crois utile de reproduire quelquesunes des constatations numériques auxquelles il arrive. La quantité d'alcool pur, imposée en 1884, a été de 1 million 488,000 hectolitres. Un fait nous frappe, dit M. G. Hartmann : la quantité imposée est chaque année sensiblement inférieure à celle qui se consomme en France, et la proportion de la différence augmente d'année en année. Depuis 1870, voici les moyennes annuelles que ses calculs lui donnent : elles sont exprimées en milliers d'hectolitres :
QUAHTITÏS absorbées
QUANTITÉS dénaturées
QÏÏ1HTITIS
«posées coaie bon goAt
MÀHQUAJTS