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QUELQUES SPÉCIALITÉS DE L'AUTOMOBILE ET DE LA VOITURE

Nous grouperons dans ce chapitre plusieurs corps de métiers collaborant dans cette vaste branche de l’industrie française qu'est devenue l’automobile. Les professions qui suivent se rapportent principalement à la carrosserie. L'accès des usines où se fabriquent les moteurs et les chassis est en effet extrémement difficile et nous n’avons pu obtenir des renseignements suffisants.

Les selliers, forment une profession assez recherchée par les établissements. Ils s'occupent, comme leur nom l'indique, de toutes les parties de la carrosserie où entrent du cuir et du drap. Ils gagnent bien leur vie, 10 à 12 francs pour dix heures de travail.

Voici très certainement le bilan de l’alcoolisation de 60 oo d’entre eux. Ouvrons cependant une parenthèse pour dire que la consommation de lalcool varie suivant que l’ouvrier est à la journée ou aux pièces. Dans ce derniers cas, il boira bien davantage, car il jouit de plus de liberté; il peut sortir de l’usine tout à son aise et enfin il aura la facilité, que l’on nous pardonne l'expression, de

«carotter» sa femme sur son salaire. Celle-ci ignorant ce que son mari aura gagné à la fin de la semaine, alors qu’elle le sait d’une façon précise, auAnd au contraire, il est à la journée.

Donc, le matin, un marc; pour plusieurs c’est la seule nourriture qu'ils absorbent avant d’aller au travail. De plus, l’ouvrier introduit dans l’usine, ou envoie chercher un litre de vin pour sa matinée, et même de petits conflits ont parfois surgi entre patrons et ouvriers quand les premiers ont voulu interdire cette licence. Il est vrai que dans ce cas là le personnel parvenait à tourner la question. Nous connaissons un grand atelier au fond duquel une ouverture dissimulée permettait d'introduire des bouteilles en cacaette.

A midi l’apéritif, Pendant le repas, la moitié à trois quarts de litre de vin, puis café marc, après quoi l’on rentrera à l'usine avec l’inséparablelitre. À 6 heures un ou deux apéritifs, assez souvent de l’absinthe. Total, à la fin de la journée, 2 fr. 50 d'alcool.

Avec le travail à l'heure cette dépense se réduit à 1 fr. 50, car alors'la paie est moins élevée, la discipline plus sévère et /a femme sail ce que gagne son mari.

Nous avons d’ailleurs presque toujours remarqué cette mauvaise influence du travail aux pièces. De plus, dans les usines, on surveille beaucoup plus la sortie des marchandises que l'introduction de l’alcool.

Les peintres.— Tuit francs cinquante par jour en

moyenne avec un régime d’alcoolisation analogue aux précédents, et toujours les mêmes oscillations minima et maxima, suivant que le travail est à l’heure ou aux pièces.

Tous ces corps de métiers sont convaincus que le travail intensif aux pièces les condamne à la boisson forcée. Sans l’alcool ils n’auraient jamais assez de vigueur pour accomplir le labeur exigé et ils succomberaient certainement à la peine.

Nous avons, en passant, remarqué la mauvaise habitude suivante. Les peintres font rafraichir les bouteilles de vin dans des seaux où ils expriment ensuite leurs éponges chargées de poussières de céruse. Comme ils boivent sans façon à même le goulot, nous pourrions bien avoir découvert là une cause grave d'intoxication saturnine, les deux substances dangereuses, alcool et plomb, pénétrant ensemble dans l’organisme.

Les forgerons. — Toujours même régime alcoolique. Évitons donc une répétition fastidieuse. Signalons cependant que cette profession buvait autrefois plus que les autres. C’est tout au moins la réputauüon qu'on lui a fait. Faut-il admettre que véritablement l’alcoolisation aurait diminué chez les forgerons ou tout simplement augmenté chez les autres corps d'état ? Les deux hypothèses sont admissibles.

Les menuisiers et ébénistes. — Pour un salaire de 10 à 11 francs, ont une consommation analogue à celle des selliers.

Les tôliers. — Cette spécialité a vu ces dernières

années sa situation s'améliorer considérablement par suite de la vogue dont on s’est engoué pour la carrosserie d'automobile dite « torpedo ». Les industriels se sont disputés les ouvriers tôliers dont le salaire moyen peut atteindre 12 et 13 francs. Et toujours notre leit motiv... même taux d’alcoolisa- 110) AE

Quant aux hommes de peine, dépourvus de spécialisations professionnelles, ils boivent proportionnellement à leur salaire (6 fr.) plus que les catégories précédentes, mais moins cependant si Pon adopte pour base de comparaison la quantité d'alcool,

Dans les garages, lalcoolisation est assez intense, car on a la facilité de pouvoir sortir et consommer sans contrainte aucune. La clientèle riche ÿ aide inconsciemment en promettant de gros pourboires, à seule fin d'activer les réparations d'autos, impatiemment attendues.

. Un industriel, à la tête d’une importante fabrique de phares d’automobiles,nous a déclaré que la grande usine bien disciplinée, bien surveillée, est infiniment plus moralisatrice au point de vue de l’alcoolisation que le petit atelier où clients et patrons emmènent boire sans façon les quelques ouvriers qui travaillent et il nous signalait que les lanterniers (lampes à pétroles) étaient beaucoup plus difficiles à tenir sous le rapport de la boisson, justement parce

qu'ils ont travaillé en relit atelier.

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