CONSÉQUENCES GÉNÉRALES
L'aJcoolisme nous doone des générations malingres et déprimées, des a^îolescents laiberculoux, den jeunes femmes névrosées et des conscrits marqués pour la réforme.
G*est pour se préserver de cette dégénérescence, et pour se donner une vigueur nouvelle, que les races an^lo-saxonncs et Scandinaves combattent Falcoolisme avec un redoublement d'ardeur*
Il faut reconnaître que, pour FAlIemagine au moins, ce nVst pas sans motif que cette lutte est engagée ; car notre voisine dépense en spiritueux 2 milliards 7t)0 millions, soit par tète de KO à 60 marks (le mark vaut 1 fr. 2;j) et, par famille» de 250 A 300 marks (1). Et, dans cette somme, ne sont pas comprises, les autres pertes qui sont dues h l'existence de l'alcoolisme lui-même.
Pour certaines réglons de la France, les conseils de réyision remarquent une diminution dans la taille des jeunes gens appelés au service militaire.
Ainsi, dans le département de rOrne, les cantons où Ton boit le plus d'eau-de-vie sont aussi ceux où la taille est le plus abaissée ; c*est dans ce département que les conseils de révision réforment 57 0/0 du contingent annuel.
Les syndicats agricoles devraient se donner pour mission d'inspirer à tons leurs adbérents Taversion des boissons alcooliques.
Il est regrettable de constater que l'augmentation des salaires, dans les campagnes, est le plus souvent la cause dWe augmentation d'alcoolisme, et cpie les laboureurs, notamment en Normandie, sont disposés h dépenser au cabaret les bénéfices imprévus qu'ils réalisent. C'est sous la forme de ralcoolisme agraire que le fléau exerce de très sensibles ravages.
Ce vice est aussi Tun de principaux facteurs de l'anarchie, du dé* sordre, et des grèves révolutionnaires.
Devant le spectacle des richesses et du luxe, l'ouvrier murmure et s^irrite contre les inégalités de la fortune. Des ambitieux viennent attiser ces colères et soufrent le feu de la révolte, sans faire la part des nécessités inéluctables que les utopistes ne pourront jamais supprimer. Il est bon d'adoucir les souffrances de la classe laborieuse ; mais pour que cette entreprise si légitime ait quelque chance de succès, pour que le sort des travailleurs soit utilement amélioré, il faut commencer par enrayer la marche de l'alcoolisme qui fait de l'ouvrier un mauvais producteur.
Lorsque par la grève, il arrive, malgré rinfériorité de son travail,
I (1) Wilhelm Bade, Kurze Gesehiehte der Trînksitlen in Detttëûhland. — iDnich, 1896.
70 EFFETS DE l'âLCOOUSME SUR LA aOCDÊTÉ
à se faire attribuer une augmentation de salaire, cet avantage factice ne sera qu'uu leurre passager. Si ce i-elevenient n'a pas pour base et pour garantie un accroissement équivalent de bénéfices, il n'abou- . tira qu'à un désastre et enveloppera dans une commune ruine le ' capital et ïe travail, le patron et les ouvriers. La facilite des échanges et le développement illimité de findustrie ayant déchaîné sur tous les marchés du lii^lobe une concurrence sans frein, des bénéfices ne sont assurés qu'à ceux dont i' Intel li^^ence et l'activité réalisent à la fois, dans la production^ des progrès et des économies.
Or, avec des ouvriers alcooliques, rindustriel marche k une ruine inévitable. Il faut donc, avant tout, terrasser l'alcool, si Ton veut arriver à des transformations utiles. En vain on augmentera le salaire en allégeant le travail des ouvriers ; les débitants de boissons s'enrichiront seuls de cette réforme ; mais la famille, râtelier, l'usine, resteront un foyer de désordre et de haine.
Un ministre belge, M, Lejeune, qui connaît bien les problèmes économiques, a dit avec grande raison :
« Les questions sociales dont la solution inquiète notre époque / nous enveloppent: vous ne réussirez pas à les résoudre avant d'avoir ( Yaincu l'alcoolisme ; par lui, toutes les réformes sont vouées d'avance V à la stérilité, n
B, — Héréclîté,
L*alcoolique, qu'il soit on non ivrogne, s'avilit moralement et physiquement : tout en déplorant le triste état où Ta réduit cette passion mauvaise, on peut dire qu'il subit le juste châtiment de ses excès; mais la malheureuse victime d'une intoxication volontaire n'a pas le pouvoir de limiter à sa personne les elîets du poison. Le virus se i^lisse dans les veines de ses descendants. Tout le hideux cortège de iTalcoolisme, faiblesse de constitution, rachitisme, idiotie, tuberculose, I affaibhssement de TînteUigence et de la mémoire, est transmis à la progéniture du buveur, et les enfants portent la peine des fautes de leur père. Terrible punition qui devrait faire réfléchir les intempérants I
L'alcoolique tombe à la charge de îa société et laisse des enfants scrofuleux qui vont peupler les hôpitaux ; car les maladies trouvent chez ces pauvres êtres un terrain de culture fécondé et comme ensemencé par le venin. Cette génération abâtardie donnera naissance à une génération plus viciée encore,jusqu'au jour oii la nature refusera de transmettre la vie i\ ceux qui ont paralysé ses forces.
Et non seulement la postérité de l'alcoolique charrie dans soi
ig le germe de toutes ces maladies, mais elle hérite du iatal peo* chant qui l'a perdu lui-ui6rae»
En effet Je buveur devenu alcoolique acquiert une seconde nature ; il est transformé, ou plutôt déformé. Cette nature nouvelle se transmet à SCS enfants des deux sexes, et leur inocule d'emblée l'instinct spécial de rivro^^nerie.
Le célèbre Groll vit, dans une famille russe, le père et le grand-père devenir de bonne heure victimes de leur passion pour Tivresse, et le petit-fils manifester dès l'Age de cinq ans un goût extraordinaire pour les Hqneurs fortes. Sans doute, la mère vigilante, qui se rappelle les jours de larmes et do violences soutîertes, ne négligera rien pour épargner à ses enfants l'opprobre de falcoolisme. Au souvenir et h Texemple d'un père indij^^ne, elle saura opposer de sages leçons. Ce sera le salut moral pour ces pauvres petits êtres ; mais leur santé restera toujours menacée.
Un jour, au collège, sur les bancs de Tétude ou dans la cour de récréation, on voit un écoher pjUir, perdre connaissance, s'afïaisser 'pendant que sa bouche est frangée d'écume... C'est Tépilepsie qui apparaît foudroyante.
On appelle la mère qui accourt en toute hâte; elle regarde son fils et retrouve Tattaque qui terrassait le père. A partir de ce jour la malheureuse, torturée par des angoisses continuelles, ne connaîtra plus le repos.
L'hérédité alcoolique est donc une des plus terribles conséquences du fléau que nous combattons.
Le plus souvent les enfants d'alcooliques naissent soulfreteux et gbétifs ; leur teint est pâle, leur peau est ridée ; ils ont Tair de petits [ieux et ils contractent des maladies avec la plus grande facilité* Ce ont des clients pour les convulsions et (toutes les maladies du jeune je. La mortalité do ces pauvres êtres est eiîrayante. Une autre conséquence de Thérédité alcoolique c'est la malformation des organes chez les descendants; les lésions consistent dans un |rrèt de développement de certaines parties vitales, notamment des émisphères cérébraui\Tdintètnïis^ul de ces hémisplières est atteint^ la déformation n'existe que d'un seul côté, tantôt elle est générale se manifeste par la microc&phalie. Le résultat des altérations du cerveau est 1 epilepsie, qui, Irais fois sur quatre cas, est due à Tintempérance des parents.
Dès la plus haute antiquité, les auteurs signalaient le danger de
rivrognerie au point de vue de la race. « EOrii gignunt ebrios »,
srivait Plutûrque,et le vieil Amyot lui faisait dire, dans sa langue pit-
EFFETS 0^ l'alcoolisme SUR LA SOGCÉTÉ
toresque : « Uivro^e n^engendre jamais rien qui vaille ».— « A. père iyrogne, fils idiot » : ainsi s'exprime un vieux diction populaire*
Hippocrate mentionnait les lunestes effets de T ivresse sur les produits de la conceplioR (1),
Ruer a fait la stolistique de la Westphalie ; il a signalé la très grande fréquence de Fidiotie chez les enfants des ouvriers mineurs- Ur, il faut dire que ces hommes vivent éloignés de leurs femmes pendant la semaine entière, et qu'ils n'ont généralement de rapports avec elles que le dimanche, jour consacré par eux aux excès de boissons. « On a trouvé en Amérique, dit M, Dumesoil, que les enfants issus de parents ivrognes sont dix fois plus que d'autres exposés au crime, à l'emprisonnement et à féchaufaud ; tristes conséquences de la misère, de rentra înement, de l'exemple, de Fabandon, de la naissance même. »
L'individu qui hérite de Falcoolisme est en général marqué du sceau d'une dégénérescence qui se manifeste tout particulièrement par des troubles des fonctions nerveuses. Sa physionomie est hébétée, son regard sans expression oustupide. Une susceptibilité ou une mobilité nerveuse plus ou moins accentuée, un état névropathique voisin de Thystérie, des convulsions épilepti formes, des idées tristes, de la mélancolie ou de l'hypocondrie, tels sont ses attributs, La tendance à rimmoralité, h la dépravation, au cynisme, tel est en somme le triste hérita^s^e (juc laissent à leurs descendants un nombre malheureusement trop ^Tand d'individus adonnés aux boissons alcooliques.
Une statistique fournie par le docteur Lonnet, pour la Bretagne, prouve rinfluence du fléau sur la maternité. Ce praticien a observé que sur 107 jeunes femmes mortes avant 29 ans des suites de l'alcoolisme, 8 ont été stériles. Des 99 autres, il ne reste comme postérité que B enfants maladifs et estropiés. Et la contrepartie est vraiment remarquable, car ces mêmes femmes avaient eu 28 enfants avant de s'adonner à des excès alcooliques. Ces enfants sont très vigoureux et montrent ce qu eussent été les autres si les parents ne s'étaient pas livrés à la boisson.
Ajoutons que rallaitement amène souvent pour les enfants l'alcoolisme i??È?/>ec^ L'alcool ingéré passe dans îe lait de la nourrice un quart d'heure après l'absorption, trois quarts d'heure au maximum.
On entend encore soutenir qu'il faut donner aux nourrices le vin et la bière à discrétion, pour que le lait soit plus abondant et plus tonique. Parce que le Béarnais a bu à sa naissance une goutte de
(1) 2. 8, p. SOI. Traduction da Littré»
vin de Jarauçonjl semble que les riouveau-aés doivent Atre abreuvés du produit de nos vignol>le.s I Or, ht ^»ratîqoo niL'clicali3 dornotitre que des entants atteints de dartres^ de convulsions, de vomissements, ont repris leur sauté normale aussitôt que leur nourrice a été soumise à un régime antialcoolique.
Que les femmes ayant la charge d\in nourrisson ne prennent donc jamais de boissons spîritiieuses sous prétexte de se donner des forces.
Les classes élevées n'étant pas à labri de la tentation, Talcoolisrae infantile tend à se généraliser.
C'est une plaie dont il miporte d'arrêter Textension,
Interrogeons les statistiques et nous seront frappés des ravages que Talcoolisme exerce sur la race,
« Un interne de la Salpôtrière étudie quatre-vingt-trois enfants idiots ou épileptiques ; soixante étaient fils d'alcooliques. Le docteur anglais Kerr recueille, dans sa clientèle» cette observation : un bomme bien portant, sobre, avait eu successivement deux enfanta » un fils et une fille, bien portants aussi tous deux. Le père tombe ensuite dans rivrognerie; il a encore quatre enfants : le premier est faible d'esfirit, les trois autres idiots .» Douze ménages d'intempérants, étudiés aux États Unis, ont donné le jour à cinquante-sept enfants : vingt-cinq sont morts dès la première semaine, six sont idiots, cinq mal conformés, cinq épileptiques, cinq malades, deux alcooliques; neuf seulement, soit un sixième, échappent à la malédiction, n
Le docteur Legrain a suivi la descendance de quelques familles de buveurs pendant deux et même trois générations, A la première génération, il a fait des observations sur deux cent-quinze familles comptant cinq cent-huit individus malades. II a trouvé cent soixantehuit dégénéréSy se subdivisant comme suit :
63 déséquilibrés, névropathes, etc. ;
88 faibles d'esprit ;
32 cas de folie morale ;
13 cas d'impulsions dangereuses : instinct do rébellion, d'agression, de meurtre.
Au point de vue physique^ un grand nombre de ces dégénérés sont atteints de déformations crâniennes, de strabisme, de blésité, de surdité, de surdi-mutité, de tuberculose, etc. Sur les deux centquinze familles observées, Legrain a pu noter cinquante-deux cas où il y avait des épileptiques, seize des hystériques et cinq des individus atteints de méningite. Un autre fait capital, c'est le nombre dfts ivrognes, des fous et des tuberculeux. Dans cent-huit familles sur deux cent-quinze, la tendance h Vivrognerie a été bien constatée ; la folie dans cent-six» et la tuberculose dans trente-deux.
74 EFFETS DE L*AiG0OLlSME SUR LA SOClÉTi ™
Eu résaitié, à la première génération, les fils de baveurs sont dêgénéi'és, épilepliques, ivrognes^ fous^ tuberculeux, dans une forte proportion»
Le docteur Legraiu a pu poursuivre ses études sur la deuxième génération de qaatre-vin^t seize de ces familles, représentant deux cent quatre-vingt-quatorze personnes atteintes par le maK
Les états dêgénéralifs tiennent encore le premier rang : il nij a presque pas de famille qui ne compte des aliénés ; les imbéciles et les idiots proprement dits sont beaucoup plas nombreux qnk la première génération. Le taux de la moralité a également baissé, dans vingt-trois familles : sur quatre-vingt-seize, il y a des membres affli* gés de /b/j'f? morale ayant apparu dès !e jeune âge ; la dégénérescence phifsique est très prononcée et la mortinatalité, ainsi que la mortalité précoce, est extrêmement fréquente. Dans quarante-deux farail* les les enfants ont été atteints de convulsions ; dans quarante,c^est-àdiredans près de la moitié^ Tépilepsie s'est manifestée, tandis qu'à la première génération elle atteignait à peine un quart ; dans soixantetrois, les prédispositions k Tivrognerie étaient très marcjuées ; l'observateur a compté quatorze cas de méningite sur quatre-vingt-seize familles, contre cinq sur deux cent-quinze à la première génération ; enfin, vingt-trois cas d'aliénation, onze de paralysie générale et neuf de suicides.
A la troisième génération, les observations n'ont pu porter que sur sept familles ayant un total de dix-sept enfants. 7ous ces enfants, sans exception, sont plus ou inoins 7narqués de la tare héréditaire.
Tous sont arriérés, faibles d'esprit; quelques-uns sont complètement imbéciles ou idiots :
2 (l'un de quatre et Tautre de onze ans) sont atteints de folie morale : instincts du vol, de mensonge, de Tivrognerie, des passions bestiales, etc. ;
2 sont hystériques ;
2 épileptiques ; ^Ê Â ont des convulsions ; ^Ê 1 a eu une méningite ; <M
3 sont scrofuleux. ^Ê Sur ces 215 familles de buveurs, nous trouvons, au total : ^Ê
427 alcooliques . SO 0/0 ■
Dégénérés , . . , 60 0/0 ■
Fous moraux, criminels 14 0/0 ■
Enfauts atteints de convulsiout^ 22 0/0 ■
Épileptiques .... ... 21 0/0 fl
Aliéoéa . , , , i9 0/0 fl
nEPOPUtATION
iosi lalcaolisme èteroise sou raal en faisant saucbe de buveurs, cfidiots, de malades et de uon*vaIeurs de toute espèce*
Mais jetons un coup d*œil sur les victimes héréditaires qui, fort
Iureusement, ne vivent pas. Nous trouvons, sur 814 descendants : Morl-nés 16 Nés avant termti 37
Morts prématurémeni 121
l74 Soit i/5 environ.
Par ces études, le docteur Legrain a prouvé V influence néfaste de Vhérédité alcoolique.
Nous ne saurions nous étonner maintenant du nombre croissant des criminels à peine sortis de Tenfance, intelligences déprimées par Vabus des alcools, souvent aflectées d'une tare originelle, mal armées pour combattre leurs détestables penchants*
Le père de famille est justement comparé au tronc d'un arbre dont la sève produit une abondante frondaison. Les enfants et les petitsenfants en sont les rameaux et les fruits* Gboz l'alcoolique il en est tout autrement. L'arbre est altéré daus sa moelle, et la postérité du buveur, semblable à des branches desséchées et à des feuilles mortes, dégénère, tombe dans le marasme et ne tarde pas k périr.
L* alcoolisme diminue la natalité et doit être rangé parmi les causes les plus directes de la dépopulation qui menace la France de descea-
Rau rang d'une puissance do troisième ordre, e rapport sur le mouvement de la population de la France en I, adressé par la Direction de la statistique au ministère du commerce {Officiel du lt> novembre 1905) le prouve une fois de plus» le nombre des naissances baisse sans discontinuer dans notre pays. ' « En 1904, Taccroissement proportionnel de la population calculé en rapportant Texcédent des naissances au chilTre de la population légale est de 0,15 0/0, taux inférieur à ceux de 1903, 0, 19 0/0 ] de 1902, 0, 22 0/0 et de 1901, 0, 19 0/0. « La balance des naissances et des décès s'est soldée en 1804 par un excédent de 57.020 naissances, inférieur d*uji quart h celui de 1903, 73.10B, La diminution du nombre des naissances est donc un fait constant et a pu être observée dans cinquante-six départements.
Pour apprécier ù quel point ces chiffres sont navrants, il suffit de les comparer aux statistiques de rétran^er.
L'Angleterre a enregistré en 1903 plus d'un million de naissances