‹ L'alcoolisme: fléau socialChapitre 13 sur 60 · C. — Dépopulalion · texte numérisé non relu

C. — Dépopulalion

EFFETS DE l'alCOOLTSMB SUR LA SOGléxè

{1,183.001) Gt a grandi par l'excédent des naissances sur les décès de 515.642 habitants, soit im chiffre dix Ibis phis fort que le nôtre, L'A-Otriche-Hongrie k peu près d'autaot : 5J4,4i2.

VAUcmagne Gnfîn avec deux milUo7ift de namances (J .983.07 S) et un mUHon de décès (i ,f 70,905) s'est avgimntée de S12J03 habitants. En deuxans^ vepaijs ^'accroU pacifiquement d'une population égale à celle de F Alsace-Lorraine.

En 1850, la population de la France et celle de l'Allemagne étaient à peu près égaies : 35 millions environ pour chacun de ces deui pays. Aujourd'hui ^ TEmpire d'Allemagne compte 60 raillions de sujets ; la France n'a encore que 39 millions de citoyens 1 C'est qu*en Allemagne la fécondité des mariages est à peu près te douhîe de celle des unions françaises. Tandis qu'eu France on ne compté pas en moyenne trois naissances par couple, en Allemagne, chaque mariage produit plus de quatre enfants, presque, cinq (exactement 4,4). «t Dans vingt ans, dit Rommel, les trois robustes garçons de la famille allemande attaqueront le fils de la famille fran<;.aise et ils en viendront facilement à bout. » Pniese cette prédiction demeurer un mauvais rêve, mais re n'est pas en nous admirant mutuellement, que nous servirons le mieux notre Patrie* C'est en apprenant à connaître le danger et en étudiant les moyens de l'éviter.

Disons-le sans hésiter, notre infériorité vient de la ^^uerre déclaré^ au Christianisme qui est au contraire honoré chez nos voisins. ^H

Les projets des commissions seront impuissants à guérir une plâ^^ qui ravage de plus en plus notre état sociaL

Il n'y a qu'un remède efficace. C'est l'observation des lois du Décalogue. Nous reconnaissons bien que la dépopulation tient à d'autres causes que Tusage des spiritueux, et que ie malthusianisme, si répandu même dans les campagnes^ en est un important facteur ; mais de ce que Talcoolisme n'est pas le seul coupable» ce n'est pas une raison pour lui décerner, sous ce rapport, un hill d'indemnité.

Si l'on considère par exemple la Normandie, où s'est introduite la funeste habitude de mêler Vaîcool il ralimentation des enfants, on peut dire que c'est là une des principales sources de la dépopulation dans cette riche province, La Manche, depuis un quart de siècle, a perdu 75.000 haïiitants,

11 est prouvé que le nombre des naissances diminue rapidement dans les familles qui comptent plusieurs générations d*alcooliques. Les géographes ont observé que de nombreuses peuplades d'Afrique sont en train de disparaitrCj empoisonnées par les alcools de tout genre qu'on leur livre {!). Ce fait est une expérience qui montre avec quelle rapidité un peuple entier est tué par TalcooL

(i) Sérieux ei MafMou, p. 101 .

FOLIB

Des statistiques que nous avons dtées plus haut il résulte que^ parmi les familles d'alcooliques^ plus d'un cinquième ont disparu avant de vivre ou de déliasser Tâge de Tenfance. Vainement nous objectera*t-on que les alcooliques ont des enfiiuts, et môme eu assez grand nombre ; mais qu'importe s'ils ne sont pas viables?

Quand on médite sur ces tristes constatations^ on se demande comment de malheureux égarés peuvent sacrifier Tavenir de leur Patrie

liVl*

pour une grossière jouissance

D- — Folie.

Nous avons signale plus haut, parmi les plus funestes effets de Talcoolisme, Taltération des facultés mentales chez ceux qui abusent des spiritueux. On ne saurait trop insister sur cette conséquence terrible du fléau, en se plaçant au point de vue social.

Rappelons d abord que les alcooliques sont eu proie à des hallucinations terrifiantes. Presque tous se croient en butte aux persécutions d'ennemis imaginaires»

Tant(St ce sont des hommes armés de piques que le malheureux aliéné redoute ; il entend des cris de mort qu*ou profère contre lui ; il est suivi par des euneoiis qui rinsultent.

Bien souvent Talcooliquc est atteint par la fohe des grandeurs ; il se croit roi, empereur ou Dieu ; ou bien il a l'idée fixe de Thomicide et veut tuer quelqu'un.

Souvent ces malades, soumis à Tasile à un régime d'où l'alcool est exclu» se guérissent assez rapidement. Mais leur volonté est diminuée par Taction de TalcooL Ils se laissent aller à la première tentation, retombent dans leur funeste habitude, et reviennent à l'asile.

Il est donc indéniable que Tahus des boissons spiritueuses est une cause directe de perturbations cérébrales : et les désordres qui se rattachent à la sphère intellectuelle sont nombreux et de nature diverse.

Mais néanmoins, malgré leur grande Tariété, ces troubles, lorsqu'on vient à les comparer entre eux, peuvent être rapportés à certains types et rentrer dans quelques-unes des formes morbides connues, la manie, la lypémanie, rimbccillité et la démence.

L'alcoobque est bientôt réduit k cet état auquel lexpressiou populaire d'aùrulissement convient mieux que toutes les dénomiuations scientifiques ; la tristesse, la stupidité, sont peintes sur la physionomie du malheureux malade ; chez lui les conceptions sont lentes, les idées dilliciles, la conversation traînante, incertaine, ou souvent monosyllabique. Irritable, querelleur, bientôt impatient, il frappe sans

EFFETS »B l'alcoolisme SUR LA SOGtèré

le vouloir, et pourtant il a encore conscience de son infériorité, il se rend en partie compte des choses qui Fentourent ; sa mémoire et son attention ne sont pas notalilenienl altêr(5cs, il conserve encore des désirs et des sympathies, il reste obtus sans devenir indilTérent. Cependant son peu d^énergie disparaît bientôt ; il tombe dans un état de profonde hébétude.

On a vu, à propos de lliérédité alcoolique, combien étaient fréquents les cas de folie morale : perte de tout sentiment, aberration de la conscience, impulsions quasi^irrcsistlbles vers le mensonge, le vol, le meurtre, le suicide, le vagabondage, la perversion des moeurs, et cela dès le jeune Age.

Ce sont surtout les buveurs d'absinthe qui sont prédisposés à la folie. Chez eux le délire furieux débute souvent par un coup de foudre ; leurs convulsions épileptiques dégénèrent très rapidement en troubles cérébraux qui détruisent le sens moral et l'intelligence.

Les poètes et les peintres nous ont souvent représenté, sous la forme d'une sirène, cette » fée verte » qui ofl're au malheureux halluciné le suc vénéneux de la plante cueillie pour sa mort. « Viens, lui dît-elle, je le donnerai des langueurs délicieuses en échange de tes forces, de ton libre arbitre, des ardeurs éteintes de ta jeunesse I «

Un brillant officier d'Atrique en était arrivé, par Tahus de l'absinthe, à une dégradation invraisemblable. Ne pouvant plus parler, réduit à émettre quelques sons rauques en murmurant des mots incoraprébensibles, i! marchait h quatre pattes pour aller chercher sa nourriture, et^ dans une écuetle qu'il voulait placée sur le sol, allait laper sa soupe comme un chien poussant des grognements sourds. Et cet homme de 25 ans, qui avait tenu Tépée, était descendu audessous de la brute l

Le peuple connaît bien l'effet de î 'absinthe sur le cerveau ; il appelle ce breuvage fatal « uue grande vitesse pour Gharentonw.

Le 27 juin 18i>l, un rapporteur du Sénat se déclarait déjà « effrayé des progrès de la consommation de Tabsinthe, dont l'abus a pour résultat d'altérer la santé publique et de peupler nos maisons d'aliénés î).

Au commencement du siècle dernier, la proportion des alcooliques dans les maisons d'aliénés était de 20 0/0 environ ; en 1862, d'après !m. Contesse, elle s'élevait à ^5, 24 0/0.

En 1840, les départements n'entretenaient que ll.?>00 aliénés. Il existe en France à Theure actuelle, 80,000 aliénés reconnus et traités dans les asiles.

Sur ce nombre, un quart, c'est-à-dire 20.000 environ, ont dû leur folie soit directement, soit indirectement, à Tinfluence de Takool*

FOUE

Dans la seconde moitié du xix« siècle, le chiffre des aliénés s'est constamnienl accru, et partout la courbe de raliénatioa mentale est parallèle à celle de Takoolisme. D*où il suit qu'il faut altrilmer Taccroissement du nouibre des fous h fusage de plus en plus génénvliisé que Ton fait des boissons alcooliques (I). Dans la Seine, le tiers de la population qui devient follu le devient parce qu'elle a Lu. En Normandie, on a compté, en 1894, jusqu^à 40 0/0 d'aliénés séquestrés pour cause d'alcoolisme. Dans certains départements où le fléau fait des ravages peu sensibles, le mouvement de raliénation n'a presque pas changé (augmentation d*un quart s g nie ment en !20 ans dans la Charente Inférieure).

Pour son propre compte, la Seine entretenait, fin 1894, 12.000 aliénés.

Dans la province d'Alger, où la population arabe est de L2o8.000 et la population française seulenieut de IKiOOO, la moyenne des Arabes devenus fous est de deux contre (quatorze Français (2),

Nous savons que la folie se produit souvent chez des enfants d'alcooliques» eux-mêmes buveurs très précoces. Les admissions de iri à 25 ans représentent k Marseille le ijuarl du contingent annuel des asiles.

Ces observations sont confirmées par les études minutieuses de la commission sénatoi'iale chargée de faire un rapport sur la consommation de Talcool en FranceT^ Ce qui ressort d*une façon très nette de ces recherches, dit le rapporteur, c'est lu marche ascendante de l'aliénation alcoolique» pendant les vingt-cinq dernières années. Au début de cette période, la proportion des malades hospitalisés dont Taflection venait de Falcoolisme était de 8 à y 0/0 entrées ; elle a atteint 16 0/0 depuis. Mais ces chiffres ne sont que des moyennes d'ensemble. Si nous considérons en particulier les proportions afîérentes à chacun des quarante-six asiles sur lesquels ont porté nos recherches, nous distinguerons imniédiatenient des asiles qui accusent une beaucoup plus forte proportion d'alcooliques, tandis que d'autres présentent une proportion très faible ; et les plus farts contingents alcooliques se trouvent précisément dans les départements où la consoramation de Palcool est la plus intense w (2). Ainsi, tandis que dans la Seine-lnléricure, le Calvados, l'Urne, départements français qui consomment le plus d'alcool, on compte jusqu'à 40 0/0 d'aliénés séquestrés par suite d'alcoolisme, on en compte à peine 1,91 dans les Basses-Pyrénées, 4,09 dans la Haute-Garonne,

(1) n*^ Legrain, Des rapports de l'aiiénation. menlate ei de l'alcoolisme. Chiffres statistiques. (Congrès de Bâîe» 1895.)

(2) D' Boaley.

eFFBTS DE l'alcoolisme SUR hk sodéxi

4,35 dons la Lozère, départements où la coûsonunatioTi alcoolique est très faible (2),

« Quant ù la concliisiori générale qai se dégage de mes observa" tioQs particulières^ dit le docteur Brouardef, elle, se résume en ceci: depuis 1830, le nombre des aliénés criminels, des fous, des suicidés, est on croissance parallèle avec la consommation de Talcool. w

En évaluant à 1 franc, en moyenne, rentrctien de chacan des 10,0(>1J aliénés séquestrés dans les asiles départementaux, on établit que Talcoolisme coûte déjà, pour la province, 7,300,000 francs, et pour la Seine seule, un minimum de^ millions ; près de dix millions au total*

Nous avons dit que la marche de Taliénation mentale suit Taccroissement de îa production de ralcool. Voici quelques cliitîres à Tappui de cette observation. En 186S, alors que celte production n'était évaluée qu*à 873,007 hectolitres, on ne comptait que 13,983 aliénés ; dix ans après, la production alcoolique avait dépassé le million d'hectolitres, et le nombre des fous atteignait le total de 21,i)62. En 1885, on trouvait d'un coté 1,444,34!2 hectolitres d'aicool et, de l'autre côté, Si, 207 individus frappés de folie. Enfin, en 18Û2, le chilîre des aliénés se monte à 58,753, tandis que celui des hectolitres d'alcool arrive à 1,735,367.

Uabus de Talcool a donc sa très grande part dans le progressif cnvaJiissement de l'aliénation mentale.

Au témoignage du professeur Raymond, sur 2,000 malades qui se sont présentés en une année à la consultation de la Salpètrière pour maladies nerveuses, 70 0/0, hommes et femmes, étaient alcooliques.

Pour toute la France, de 1866 à 1875, il y avait en moyenne 713 fous alcooliques par an ; en 1893 il y en a eu 3,386. Or la conconsommation d'alcool, qui était de 2 litres 63 par habitant et par an, s'est élevée à 4 Utres 32. La consommation d'alcool ayant doublé^ le nombre des fous a plus que quadruplé.

D'une manière générale, le nombre des aliénés-hommes est sensiblement égal à celui des aliénées-femmes. Cependant ces dernières donnent une proportion d'alcooliques cinq fois plus faiMe qne celle que Ion rencontre chez le sexe masculin, où fahus des spiritueux est beaucoup plus fréquent.

(1) Claude (des VoBge»), Rapport, p. 250.

{%} Claude (des Vosijes), Happot% consulter labloauit, pp. 244 et 249.

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