SUICIDES
E. — Suicides.
La fréquence des suicides est une calamité dont lalcool est certainement responsable pour une large part. L'hotnme^ mànie dégradé, n'a pas le droit d'attenter à sa vie et de déserter les luttes de Texistence ; il doit rester à son poste pour essayer de se relever dans la mesure du possible. Nous avons donc le droit de reprocher a Taîroolisrae cette impulsion détestable qu'il excite, sans considérer le faible avantage que peut retirer le corps social de ta disparition de quelques membres indignes.
On peut dire que le sixième des suicides relève de Talcoolisme.
Vers 1840, on comptait un suicide pour 13 AM) habitants ; aujour- j d'huî il y en a un pour 4.400, environ 22 pour lOCKOOO,
Quant aux suicides d enfants de dix à quins^e ans, dont la cause est le plus souyeut rhérédité alcoolique, le nombre en augmente tous les jours.
Voici la statistique des suicides en moyenne et suivant les périodes ;
On en a compté :
En 1865,
4 661, dont
439 certainement dus à rakoolisme
— isss.
Dans les départements du Nord, où falcoolisme fait des progrès extraordinaires, le nombre des suicides a sextuplé de 1874 à 1888, il est allé de 137 à 868 par an 1
Ainsi la proportion des suicides manifestement dus aux excès de boissons est, comme pour la folie, d'autant plus forte que la consommation en spiritueux est plus considérable.
Le Royaume-Uni et la Norvège sont les pays de l'Europe où les suicides sont le moins fréquents, TEspagne et l'Italie mises à part.
En ce qui concerne les suicides classés d'après le sexe, on trouve une proportion de 85 0/0 chez les hommes et de 15 0/0 seulement cbez les femmes* Sur 100 suicides dliommes, 36 sont dus aux excès de boissons, tandis que sur ltX> suicides de femmes, à peine 3 sont imputables à l'alcoolisme.
Le Danemark, la Saxe et la Suisse sont les pays qui présentent la plus forte proportion de suicides. Les cantons de Neufchâtelet Vaud en particulier ont une proportion qui dépasse même 40 pour 100.000
bd EFFETS DE L ALCOOLISME SUR LA SÔCtETE
habitants. Dans le premier canton, on Fabrique et on consomme beaucoup d'absiutlie, dans le deuxièmej on cultive la Tigne et on boit surtout du vin blanc.
Il faut remarquer que les hommes offrent une proportion de suicides sept à huit fois plus coûsidéral)le que les femmes.
Le nombre des suicides accomplis par Tabsorption de liqueurs fortes a également augmenté. Il était de 10 en 1873; il s'est élevé à 72 en 1892.
On pourrait citer mille exemples de désespérés qui se donnent la mort par ralcool, sans compter ceux qui, en exécutant des paris stupides tombent frappés d'une mort i^omiuieuse après avoir absorbé d'énormes quantités de spiritueux.
F. — Criminalité.
Ualcool développe chez l'homme la violence et la méchanceté ; il obhtère tout ce qui lui reste de sens moral, il le conduit, par une force impulsive, aux actes les plus redoutables et les plus immoraux.
C'est là une conséquence fatale d'un vice qui obscurcit la raison^ en voilant rintelligonce et en énervant la volonté.
Aussi Valcoolisme, dans sa marche ascendante, suit parallèlement Faugmentatioo du nombre des crimes et des délits.
En France^ la criminalité a doutilé depuis trente ans, et les crimes, dont le nombre s'accroît de jour en jour, sont précisément ceux qu engendre l'alcool : les meurtres, les attentats aux mœurs et les incendies.
M. Mararnbat, greffier d'une des plus importantes prisons de Paris, Sainte-Pélagie, a eu l'idée de rechercher combien de ses 2 950 pensionnaires étaient signalés par les renseignements de pohce comme «f s'adonnant à l'ivrognerie p. Il en a trouvé 2,124, ou près des trois quarts (72 0/0).
Les départements où Ton constate la plus forte consommation alcoolique sont les mêmes qui figurent au premier rang de la crirainalitép Si Ton excepte les départements qui, par Fi mpor tance de leur population flottante, sont exposés à des poursuites et à des condamnations plus nombreuses, comme la Seijie, le Rhône, les Bouches-du-Rhi^ne, le Nord, — on voit que la criminalité se mesure exactement sur l'alcoolisme. Les trois départements de Normandie qui sont les plus grands consommateurs d'aîcool, la Seine-Inférieure, le Calvados et FEure, comptent près de 80 condamnés pour l.CMX) habitants. Les trois départements qui ressortissent de ia cour d'appel d Orléans, rindre-et-Loirc, le Loir-et-Cher, le Loiret, et dont la consommation al-
GfUMINAUTE
coolique è:e rapprociie de la moyenne, ont un peu moins de 50 condamnés pour LOOO haliilants. Les trois départeuients du ressort de Limoges, Creuse, Gorrèze et Haute-Yiennc, où Taicool rencontre le moins de faveur, sont aussi les moins criminels, et n'offrent que 3i> condamnés sur 1.000 LaJjitants.
A la suite des prédications enllaramées de Tapôtre de la temi>érancc, la ville de Dublin en Irlande supprime une prison faute de pension-? naîres ; 237 débits de boissons ferment leurs portes faute de consommateurs. En même temps le cbilïVe des délits graves tombe de fi 4. 000 à 47,000 ; au lieu de 59 exécutions capitales il n'y en a qu'une seule.
En Ecosse, la loi ordonne aux débits do fermer le dimanche : auasitôt le nombre des condamnés détenus à la prison d'Édimbourgr di^ minue de moitié : à Glascow, il tléchit de 80 0/0. Il en est de même en Norvège.
Ces faits prouvent jusqu'à Févidence que Talcool pousse au vol et au crime.
C'est Talcool qui peuple les prisons et qui est le grand pourvoyeur de Féchafaud,
Sur tOO détenus pour assassinat, U y a 53 alcooliques*
— incendie, — 57 —
— vag;abondage, — 70
— coups et blessures, — 90 — Soit une moyenne des deux tiers.
(323 sur 500 condamnés) (1).
M*Serré,ayant étudié 1.500 cas de folie alcoolique [dont 1 ,200 ctiea les hommes et 3(X) chez les femmes]^ a évalué à 40 0/0 en moyenne le nombre des actes dangereux commis pendant ces accès [les atten-^ tais contre les personnes ont été les plus nombreux].
Voici un fait qui paraît de nature à démontrer avec évidence la part active de Faîcool dans la progression des délits.
Le département des Gôtes-du-Nord est séparé en deux régions distinctes. Dans Fune de ces régions on parle le français, et le pommier y est abondamment cultivé. Le cidre est la boisson du pays. Il faut noter que ïa proportion de Falcool dans le cidre est faible (7 0/0) ; on boit avec excès, mais fivresse produite par le cidre est plutôt abrutissante, et, à part quelques rixes qui conduisent leura auteurs en correctionnelle, F intervention des gendarmes est rare.
Dans Fautre région» la langue bretonne est seule employée. Le pommier est très rare, on boit de l'eau, mais on boit aussi le gwin, — c'est-à-dire Feau-de-vie. Or c'est dans cette région que les crimes
(1) Dacteur Le grain.
EFFETS DE l'aLCOOUSMK SUR LA SOOléré
contre les personnes sont beaucoup les plus nombreux et les plus graves,
<c Depuis cïnquante*cmq ans, la criminalité enfantine a presque triplé, comme la consommation alcoolique : il y avait 13,418 enfants criminels en 1841 ; en 18Ui>, il y en a eu 3G,036.
c( Au mois de janvier 1897, un assassin de treize ans disait, pour s'excuser d'avoir tué son camarade : « J'étais ivre »,
« En Allemagne, où Tatteotion des statisticiens s'est portée plus spécialement sur Tinfluence de ralcool, on a eu Tidée de classer, en 1895| selon les différents jours de la semaine oii ils avaient été commis et en tenant compte de cette influence, les délits pour lesquels avaient été condamnés les détenus de la prison de DUsseîdorf-Derendorf. Sous Taction de Talcool, 5 crimes avaient été commis le jeudi, 11 le vendredi, 12 le mercredi» 13 le mardi, 33 le samedi, 51 le lundi et 132 le dimanche. Preuve sans réplique de rinfluence de Talcoolisme dans l'efirayante progression du nombre des crimes en France aussi bien qu'en Allemagne >» (1).
Presque tous les enfants martyrisés par des parents cruels sont des victimes indirectes de lalcoolisme,
Aussi, au YI* Congrès inicrnational contre Tabus des boissons tenu à Bruxelles en 181>7, M. le docteur Mottet, membre de TAcademie de médecine, président de la Ligue nationale de Paris, après avoir démontré les effets désastreux de Talcoolisme, rappelait ces paroles de M. Lejeuue, ministre d'Etat en Belgique, et président du Congrès : « Chaque heure de retard vient ajouter de nouvelles victimes par milliers à la mullitude des victimes du fléau : familles déshonorées et ruinées, femmes dont la vie est un martyre, enfants maltraités, enfants que la contagion du vice dégrade, enfants que la tarealcoolique destine a la débauche, au crime, à la démence. >»
La France dépense par an une moyenne de 9 millions pour la répression des crimes engendrés par Talcool, crimes dont le nombre augmente chaque année, tandis que l'on constate en Norvège, parallèlement à la diminution de la consommation de Talcool, un abais sèment : V dans la criminalité (180 condamnés au lieu de 250 p 100.000 liab.) et 2° dans les frais d'assistance publique (33 assisi au lieu de 40),
Voici lalcoolique dont les cheveux se hérissent sous Taction d'i terrible accès de colère. Ses yeux s'injectent de sang, sa bouche vomit l'écume, c'est Tabsinthe qui a fait sou oeuvre. Un jour il entend des voix lui crier : allons, misérable lâche, égorge ta femme, elle ne
us-
un I
(1) Prosptr Lajoie, VaU^oùlisme et la slaiiiiique.
CAIMINAUT^
fairnepas: tu pourras te tuer ensuite 1 Et le mrniïiel tire sur sa femme cinq coups de revolver, et il tranche le cou il ses deux enfants endorrais dans leur berceau ! (1)
L'absintliique obéit k une impulsion soudaine, souvent irrésistible, inconsciente, automatique, et, sous Tinfluence d'hallucinations terrifiantes, il tue le premier homme que ses interprétations délirantes lui montrent comme Tagresseur (â). Quand Talcoolique ne va pas jusqu'au meurtre, iï devient facilement malhonnête pour satisfaire sa passion ; il se familiarise avec Tidéc du vol, et s'il passe quelques mois eu prison, son premier mouvement, à Texpi ration de sa peine, est de courir au cabaret, où Tivressele mettra, souvent dans la même journée, en état de récidive.
Chaque matin les journaux consacrent une colonne aux méfaits de Talcoolisme. Il faudrait des volumes pour retracer ces tristes faits divers. Nous en citerons au hasard quelques-uns.
A Chalon-sur-Saône, en 1903, un jeune alcoolique de dix-neuf ans a massacré trois personnes h coups de hache, sans aucun autre mobile que la fureur sauvage de Tivresse.
« II était redouté dans le pays », disent les journaux. — Et on le laissait librement circuler I
Il faut un épouvantable attentat pour appeler Tattention sur celui qui doit infailliblement le commettre, et pour s'assurer de sa personne. Tout alcoolique étant un criminel probable, il semblerait naturel de le soumettre au moins à une surveillance très active. Il n'en est rien. Les débitants lui vendent à boire, malgré la loi contre l'i* vresse, et l on s'assure de sa personne quand il a fait des victimes.
Il serait aussi logique de laisser librement errer les chiens hydrophobes, sous prétexte qu*à l'Institut Pasteur on guérira ceux qu'ils auront mordus.
Le 5 avril lOOi, -a Anvers, un ouvrier ivre entra dans un cabaret : sans aucune provocation, il sortit un couteau et frappa h tort et h Iravers, Un jeune homme de dix-huit ans, atteint au cœur, tomlta raide mort. Sept autres personnes furent blessées.
Voici leffrayant récit que rapportent les journaux de Paris du U juin 1904.
Un drame terrible, ayant pour cause Talcoolisme, vient de se dérouler dans le quartier Montparnasse, Un père de famille, dans un accès subit de folio, a tenté de tuer sa femme et a assommé le plus jeune de ses enfants, Hgé de deux mois.
(1) D' Laborde, VÀicoolisme, p. 73.
(2) md.
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EFFETS DE lVlCOOUSME SUR LA SOCïÈrà
Mme S.., qui n'avait été que légèrement blessée, remonta courageusement chez elle ; mais, au moment où elle pénétrait dans la charnfjre k coucher, un affreux tableau s'offrit à ses yeux : son mari^ dont la fureur alcoolique s'était acceûtuéCi tenait par un pie^i le petit G.,, et le faisait tourner en l'air ; la tète du pauvre bébé heurtait à chaque instant un meuble. Aux genoux du fou la petite A... 86 traînait suppliante :
— Papa, ne fais pas déniai à C, il ne criera plus, je le câlinerai encore davantage ; va, papa laisse mon petit frère I
Plus Tenfant suppliait, plus le dément semblait s'irriter.
En présence de cet épouvantable spectacle, Mme S.,, poussa des cris qui furent entendus par les voisins.
Il fallut engager une lutte terrible avec le forcené pour le maintenir en attendant Tarrivée des agents.
Conduit au commissariat, S... fut dirigé de là sur l'infirmerie spéciale du Dépôt.
Quant au petit G.,, porté à Thôpital des Enfants-Malades, il y est mort dans la soirée.
Les blessures de Mme S... ne sont pas graves, mais sa douleur est immense et à plusieurs reprises depuis le drame elle a tenté de se suicider ; aussi est-elle étroitement gardée à vue.
L'aventure qui amenait le charpentier G. .. devant la Gour d'assises de la Seine est bien tragique. Un soir que, pris de boisson, il était rentré au domicile conjugal, il se querella avec sa femme^ au sujet de la façon d'administrer une potion à leur bébé malade* Dans un mouvement de colère, il jeta le verre c\ la figure de sa femme ; mais un éclat alla frapper le bébé au crâne, et le pauvre petit être mourut le lendemain.
Le jury, estimant que G, .. avait été suffisamment puni de son acte de violence inconsciente par la mort de son enfant, a rendu en sa faveur un verdict d'acquittement (décembre 1904),
Et ces attentais sont tellement nombreux que tes lecteurs n'y attacbent plus qu'une attention distraite !
G* — Acei dents.
L'alcoolisme est la cause directe d'un grand nombre de catas trophes.
Les morts accidentelles qui, en 1850, étaient au nombre de S.OtX), ont triplé aujourd'hui. Or, dans ce nombre, beaucoup sont imputablés aux excès de boisson.
En AUemagnGf les cas de mort attribués à l'ivrognerie étaient, en