‹ L'alcoolisme: fléau socialChapitre 15 sur 60 · ACCIDENTS · texte numérisé non relu

ACCIDENTS

1877, au norabre de 1.077 pour les hommes et de 88 pour les femmes ; en 1890, ils ont atteint, pour les hommes, le nombre de 1.212 et de 121 pour les femmes,

En Suisse, 1 lionime sur 10 meurt des suites de lalcoolisme, et si, de la mortalité générale on passe à la mortalité prof esskmnelle, on est obligé de constater que les professions les plus exposées sont précisément celles qui ont pour mission de produire, de fabriquer ou 4e veadre des boissons alccoliques*

D'après le 43* rapport de la « Régis tration générale « pour T Angleterre, la mortalité moyenne est de 15, D pour mille, La morta* lité des garçons de café est la plus élevée, soit 54^ i pour mille. Puis vient celle des tenanciers d'auberge avec 25^6 pour mille ; celle des brasseurs 21^5 pour mille. Les agriculteurs ont seulement 9^8 par mille.

Ces proportions auraient pu être admises a priori. En effet, les garçons de café vivent dans une atmosphère sm^hargée de vapeurs alcooliques, viciée aussi par la fumée et par la respiration des consommateurs* Ajoutons à ces mauvaises conditions hygiéniques un travail soutenu, les veilles, une insuffisance de repos, la privation complète du repos dominical, et il sera facile de comprendre que la mortalité, dans cette catégorie de travailleurs, soit plus du double de la mortalité générale* En Ecosse, on a fait la même observation : proportion 2^3 contre 1, raoyenne de la mortalité»

En France, la proportion des morts accidentelles spécialement dues à Talcoolisme passait de 226 en moyenne pendant la période de 1836 à 1840, à 538 en 1890. Cette progression est parallèle à faccroissement de la consommation alcoolique qui est montée, par tète, de litre 1,4 à litres 4,36 (alcool à 100^). i

En Suisse, 7,5 0/0 dos accidents mortels sont causés par Talcoo- ^ lisme*

Les statistiques du gouvernement fédéral établissent que le mercredi, le jeudi et le vendredi sont les jours ouvrables où la fréquence des accidents est la plus faible, parce que l'ouvrier a eu le temps de s*entrQÎner h son travail sans cependant que la fatigue physiologique éprouvée à la fin d'une semaine de labeur se soit encore fait sentir. Ces jours-là également Touvrier n'a pas la bourse bien garnie et la consommation alcoolique est moins forte.

Les journaux ont cité les faits suivants. Dans un atelier de 150 ouvriers, à Rouen, le patron n'en connaît que 5 qtïW puisse envoyer faire des réparations en ville avec sécurité. Dans un autre étalilissement, sur 200 ouvriers, il en est 15 de relativement sobres. Dans un débit voisin d*un atelier, le D' Tourdot a vu vendre 150 apéritifs en dix minutes.

EFFETS DE l' ALCOOLISME SUR LÀ SOCTérÉ

Oq rencoûtro dans les usines des ouvriers sobres littéralement pef3 sécutés par leurs camarades, qui vont jusf|u'à jeter de Teau-de-vie dans leurs boissons, les déclarant déshonorés slls ne participent pas aux tournées ruineuses que la coutume impose.

Aux environs de Rouen, les 500 ouvriers d'une seule usine dépensent anûneliement 120,000 francs eu alcool (soit fr. 60) par tète e par jour), f La statistique universelle des chemins de fer attribue aux excès de boisson 43 0/0, presque la moitié, des accidents. ~ Il est certain que Talcool enlève aux ingénieurs » aux mécaniciens,

aux chauffeurs de machines, chargés de la sécurité d*un grand nombre de personnes, le sang-froid qui leur est indispensable.

« Un conducteur de train racontait, dans une enquête, qu'en une seule journée on lui avait offert à boire trente et une fois. Sans son ruban bleu (il était d*une ligue de tempérance) il lui eût été bien difficile de résister à tant de sollicitations,

« A Toccasion de la perte du Drummond Castie^ dans la passe d'Ouessant, le Journal de Cork (juin 1896) écrivait : « L'ivrognerie est la cause certaine de la perte de 70 0/0 des navires anglais.

On a fait la remarque qu'un grand nombre d'accidents de chemii de fer se sont produits le dimanche et surtout le lundi.

Un haut fonctîonnoire de la Compagnie de TOuest a raconté qui évitait de voyager les jours de (été et le lundi. Il a vu trois grands accidents sur dix-huit ou vingt voyages faits en doux ans. C'était le lundi. Dans cette catégorie, on peut citer la catastrophe de GharentoUj près Paris, le lundi, 5 septembre 1881, 20 tués, 170 blessés^ et celle de Zoïlikofen, près Berne, le lundi 17 août 189L

Le dimanche p les accidents de chemin de fer sont encore plus fn quents* Rappelons ceux de Versai lies, le 8 mai 1842, 80 tués, ;I0 blessés ; du pont de la Tay en Ecosse, le 28 décembre 1899, 2(Xï vi^ times ; de Saint-Mandé, sur la ligne de TEst, le 26 juillet 1891, tués sur le coup et 221 blessés.

Le D^ Brunon, de Rouen, a constaté que beaucoup de mécanicîeni et de chauffeurs deviennent alcooliques. Il raconte comme suit leur manière de vivre. Gagnant de gros salaires, 3 fiOO francs environ, ils vivent bourgeoisement et ne se privent de rien. Gela veut dire, en style du pays, qu'ils prennent un café bien « consolé ^, bien arrosé d'eau-de-vîe. Les provisions nécessaires pour le voyage sont contenues dans un panier et comprennent nn demi-litre d'eau-de-vie ou de rhum. Vins et boissons sont consommés en route à des endroits déterminés et invariables. Arrivés à destination, les mécaniciens, les chauffeurs et les conducteurs de train ont un rendez-vous dans im

AGOtmifTS

Toù ils prennent des liqueurs telles que le eassis, le rhum, le cognac et quelquefois du vin. Quand l'alcoolisme s* empare ilun de ces employés, on peut toujours craindre un accident. Les troubles de la Tision, le daltonisme, les halïucinatîonSi le délire, peuvent apparaître tout à coup chez les alcooliques.

Au point de vue social, Talcoolisrae des employés de chemins de fer peut avoir des conséquences terribles. Aussi les Compagnies s'efforcent-elles de choisir un personnel sobre et modéré, et préfèrent-elles, en Amérique et en Angleterre surtout, engager des conducteurs abstinents.

En Angleterre^ sur 470,000 employés de chemins de fer, on compte plus de 20,000 abstinents, membres de V Union de tempérance des chemins de fersajtglais. Ces abstinents exercent sur leurs collègues une heureuse influence, de telle sorte qu'il y a peu dlvro guérie parmi le personnel. D'après le témoigagne des chefs de gare, la Société de tempérance a produit un mouvement d'entraînement vers la sobriété, et il en est résulté plus de régularité dans le travail et une notable économie de matériel.

En Amérique, il y avait, en 1804, plus de 370 Compagnies de chemins de fer qui interdisaient h leurs employés toute espèce de boissons alcooliques pendant les heures de service.

Au Canada^ les plus grandes Compagnies sont en voie de licencier les mécaniciens et les chauffeurs qui boivent même modérément ; elles n'acceptent plus que les employés qui ont pris rengagement d'abstinence totale (1).

La direction générale des chemins de fer d'Etat saxons vient d'édJcter des mesures sévères contre Talcoolisme* Elle a décidé que tout employé qui sera trouvé en état d'ivresse dans l'accomplissement de son service sera ou sévèrement puai ou renvoyé. Celui qui s'enivrera en tlehors du service sera mis d'office à la retraite avec pension, quand cette consommation exagérée de Talcool sera constatée à plusieurs reprises durant un certain temps. Mais quand cet abus dépassera certaines limites, les autorités des chemins de fer devront en aviser la Direction afin qu*elle rompe le contrat qui la lie vis-à-vis de remployé fautif et que celui-ci soit privé de sa pension.

Il serait bon de donner des instructions préci-^es dans les Compagnies de chemins de fer pour rapplication plus exar^le des règlements relatifs à Tivresse. Alors qu'il est défendu par les ordonnances d'admettre les ivrognes dans les trains, Ton voit tous les jours sur les

(1) Julea Denis, Alcoolisme,

- -90 EFFETS DE l' ALCOOLISME SUR LA SOGCÉTÉ

^.; quais des gares des employés qui consentent à hisser, comme des

g '. colis, dans des wagons de troisième classe, des individus privés de

sentiment par suite d'excès de boisson.

En résumé, Talcoolisme a une grande part dans Taugmentation

du nombre de morts accidentelles et de catastrophes de toute nature.

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