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CAUSES DE L'ALCOOLISME
Le mal qui fait !e sujet de rette étude a sa source dans une cause morale qui exerce son action dans toutes les classes de la société : nous voulons parler delà tristesse invincible, du dégoût de la vie» le tîedium vitœ des anciens ; nous le retrouvons sous la forme du s pleen moderne que Bourget appelle le spleen acre et corrosif (1), et dont TAngleterre n*a pas le monopole. Cette lassitude intellectuelle qui déprime le cœur et rintclligence» provoque chez ceux qui en sont atteints le besoin de recourir à des agents extérieurs pour abolir la isentation de Tôtre. Cette amnésie» le Chinois la demande à Topinju, rindien la réclame au haschisch : c'est à Talcool que s'adressent en I Europe ceux qui ^ dévorés par le pessimisme, estiment « qne la vie m vaut pas la peine de vivre ». Ces fanatiques du Néant lui demandent le repos « que la vie a troublé »> ; mais^ en attendant la mort, que, par une heureuse inconséquence, ils ne veulent pas se donner euxmêmes, on les voit entraînés par les suggestions d'une lassitude qui les conduit à rabrutissement. Au lieu de lutter avec courage contre répreuve, ils se laissent abattre par les premiers revers, et désertent Tarène où résistent les vaillants. Cet état morbide est arrivé à son paroxysme dans les dernières année du xix" siècle ; il n'a pas toujours pour résultat la folie du suicide, mais lî n'est pas étranger aux habitudes qui ont pour but d'étourdir l'àroe par des excitations de mauvais aloi.
Si l'existence est un mal intrinsèque» n'est-il pas naturel de l'ou- [ plier dans les vapeurs d'un songe provoqué ?
Au fond, l'homme jeune et bien portant ne se plaint pas de vivre j Texistence est pour lui une libre expansion de force et de joie. L'action, l'effort même, sont un plaisir pour Tétre en possession de ses facultés. Comme l'a dit Lamartine, « la vie est un travail imposé pour nous achever nous-mêmes ».
Si Ton veut connaître la cause la plus générale de l'ivrognerie, il faut la chercher dans le désir qu'^ônt les hommes de se plonger dans
(1) Eitnnit de pstfchùtoffie, p. 22,
CAUSES DE L ALGOOLISME
un état^ui leur fasse oublier les peines de la vie ; aussi Talcoolisme
Cât surtout le vice de l'âge muret de" Ta 'vieillesse.
C'est en effet îorsque l'homme redescend le versant de la moutagne qu'il est ordiuairemeat exposé aux épreuves les plus cruelles. Perte d'être chéris, ruines amoncelées par des revers de fortune, évanouissement des rêves de bonheur, tout vient l'assaillira la fois lorsque la jeunesse est loin, et que la débilité de Tâge énerve son courage. C'est alors quil succombe à cette tentation facile d'oublier un instant sa misère, sans calculer le prix de cette décevante faiblesse ! Puis il voit peu à peu s'éclaircir tes rangs do ses contemporains ; les enfants se sont dispersés pour chercher des moyens d'existence : la solitude, comme la faim, est ni auvaise conseillère.
L'alcool est-il un consolateur ? a-t-il jamais « noyé le chagrin » de personne ? C'est là encore un préjugé à détruire. ^
L* alcool, il est vrai» en troublant le jugement, fait perdre à Thomme la notion exacte des réalités, mais il ne la lui fait pas perdre totalement. En outre, il permet à nos sentiments les plus cachés de se manifester avec plus d'intensité, et le malheureux buveur, qui a cru oublier en s'cnivrant, est souvent plus triste après ses libations qu'il ne Tétait avec sa seule douleur. Il a de plus la honte intime de recourir à de pareils dérivatifs au lieu de se résigner virilement à ses maux.
Les tristesses, un instant oubliées, reviennent plus intenses : le rêve fugitif a préparé un redoublement de désespoir et paralysé toute résistance à la tentation de suicide.
Est-il vrai de dire que l'alcool donne du courage ? Nous plaignons le soldat qui a besoin pour faire son devoir du tonneau de la cantiuière. Que deviendra-t-il le jour où il faudra marcher au combat sans avoir eu le temps de recourir aux spiritueux ? Pour nous le militaire, plus que tout autre, doit conserver dans Taction le sang-froid et le libre arbitre qui le plient àlobéissance attentive et pondérée.
Dira-t-on, comme dernier argument, que Tacool procure à Thomme à^ jouissances? Un vin généreux flatte agréablement le palais : mais le sage prescrit d'user avec une grande modération des satisfactions légitimes. En suivant ce précepte, on évitera toujours ralcoohsme; et ainsi la consommation du bon vin, dans la limite très restreinte où elle doit être contenue, ne peut fournir une arme aux partisans de TalcûoL
Dans notre société raffinée jusqu^à la mollesse, le sensualisme a déjà fait trop de ravages pour que, dans la solution du grand problème qui nous occupe, les motifs gastronomiques soient pris en
CAUSES DE L ALCOOLISME
coQsidératioa* Ne semble-Uil pas que pour certains philosophes il
ne reste plus
i« Sous le vide des cieux « Queranimalîté de rhotnme et de la femme » (l)î
D'un autre côté, beaucoup d'hommes, écrivains, romanciers, 1 poètes, journalistes, cherchent par des moyens factices à surexciter leurs forces cérébrales ; ce qui était d*abord un raoven de production plus rapide devint par la suite un élément de décadence intellectuelle* — Trop tendu, le ressort ne tarde pas à s'user jusqu^à ce qu'il vole en éclats.
L'invasion du mal est parfois insidieuse ; et les médecins n'ordonnent pas sans inquiétude le vin de Champagne aux jeunes femmes enceintes, tant sont frétjuents les exemples d'accoutumances fâcheuses qui survivent au traitement.
L'homme raisonnable ne doit pas se forger des besoins artificiels qui dénaturent îa vie normale ; ses désirs doivent toujours rester conformes à Tordre naturel.
L'insensé qui veut noyer son chagrin dans ï'ivresse^ au lieu de le supporter courageusement en cherchant une diversion dans !e travai! et le culte du bien, s'imagine sans doute qu'il est le seul à souffrir ici bas.
Gomme fa dit Musset ;
... Dès que nous avons quelque ennui dans le cœur^ Nous nous îmag-inrms, pauvres fous que nous sommes, Que personne avant nous n'a senti la douleur ! (2)
La vie morale a ses lois qui sont en harmonie avec les lois de la vie physique. L'estomac ne peut supporter T alcool comme il supporte Teau. Quant on y verse un liquide brùiant au lieu d'un frais breuvage, peut-on s'étonner d'avoir allumé dans son corps un foyer d'incendie ?
L'alcoolique invoquera peut-être pour s'excuser la théorie des écrivains naturalistes qui, méconnaissant le libre arbitre, érigent en principe « îa fatalité des tempéraments et des milieux ».
Mais l'homme est libre, il a le sentiment intime et profond de cette liberté qui îe rend responsable de ses actes, qui lui font considérer la récompense et le châtiment comme deux expressions de l'éternelle justice.
Aussi Tétre humain, quand il ne se laisse pas emporter par le torrent des passions, arrive à aimer le devoir et à se complaire dans
(1) Bnudelaîro, Fieurs du mal, (3) Nuii doctobre.
CAtJSEa DB II ALCOOLISME
la régularité de son existence. II sent que le but de la vie est le culte de la justice et que le vice ou le crime ne sont pas de simples névroses*
L'homme, dans Tivresse voulue et cherchée, se ravale au rang de la brute : il aspire à supprimer Tâme ; son rève serait de ne pas être, ) ou tout au moins de devenir semblable à ranimai et même aux corps inertes, lï voudrait voler comme Toiseau, ramper comuje le serpent, ( rlàyonner comme un astre ou s'agiter comme les ressorts d*une ma-/ chine, devenir en un mot un atonie irresponsable- '
Tel est le désir suprême des naturistes : un véritable prurit d'anéantissement.
Ainsi 1 alcoolisme a pour cause première Taffaibli^sement de la volonté ~rfïe«4^tpe- humuin. Lindivîdu se" sent envahi par une Uissîlude morale résultant de capitulations successives ; son âme dégénérée na plus de ressort ; pour soutenir le combat de la vie il cherche un auxiliaire, et croit le trouver dans les boissons alcooli* ques. Cet allié trompeur, loin de le fortifier, le paralyse et ranéantit après Texcitation factice d'un moment, le malheureux en arrive k un état de léthargie, précurseur de la dégénérescence finale,
Uhomme qui veut sérieusement se guérir doit taire appel à tout ce que la f ^ relig ieuse ou le sentîmentdela d igm lê hu maine peuvent inspirer de résolutions viriles.
Le suicide est une hkheté^ surtout ^lorsquH est amené par une jouissance grossière au ujoyen de laquelle Thommc épuise dans ses veines la source de la vie.
Voilà donc la vraie cause morale du fléau que nous combattons ; cette recherche de Toubli des réalités présentes pour un engourdissement volontaire de toutes les facultés de l'âme.
De plus, même chez les personnes les plus honorables, la consommation de Faicool est passée à Tétat d'habitude et d'impérieux besoin, \ Dans les hôtels luxueux comme dans les appartements les plus modestes, il faut ouvrir, à la fin du repas, la cave à liqueurs pour taire honneur au convive. A peine a-t-it fini de prendre le café qu'une gracieuse jeune fille lui tend le petit verre — Un peu de cognac, une larme I — Et quelques-uns répondront comme ce persoQnagc de comédie : <« Mademoiselle, vous pouvez aller jusqu'au sanglot. » Wous cohabitons avec Talcool ; nous vivons avec lui sur le pied d'une intimité déplorable.
Ce qui a contribué aussi à vulgariser le besoin des liqueurs spiritueuses, c'est la modicité de leur prix, résultat de llmportation aliemande^t de la facilité des transports. Autrefois, dans une auberge furaTe, on ne trouvait que la boisson du pays : vin, bièr«, cidre ou
CAUSES DR L ALCOOLISME
poiré. Aujourd'hui le plus infime cabaret possède un assortiment complet de flacons multicolores qui renferment le vermouth, Tahsinthe, le curaçao, Tanisette» tout le parterre de la distillation.
L'industrie qui a mis en œuvre les alcools allemands a réussi malheureusement à séduire le goût des masses ; et les économistes ont remarqué que ï'alcool a supplanté le vin dans une large mesure.
C'est déjà ce que constatait Lunier en Î872, « Dans les départements, dit-il» qui ne récoltent que peu ou pas de vin, la consommation des vins ordinaires qui commençait h y pénétrer ne peut plus soutenir la concurrence avec les alcools du Nord dont le bon marché tend à en généraliser la consommation, «
Ainsi Tamour du changement, la recherche de sensations nouvelles, ont peu à peu répandu l'usage des boissons distillées.
Autrefois l'ouvrier travaillait ordinairement dans son lieu d'origine, soit chez lui, soit^ slï exerçait un métier comme maçon, charpentier, dans une localité rapprochée ; et, dans ce cas, le patron se chargeait de sa nourriture. Actuellement,à part de rares exceptions, le patron ne se charge plus de la nourriture de ses ouvriers, qui d'ailleurs ne Taccepieraient point. Ceux-ci travaillent loin de chez eux, la facilité des communications leur permettant de se rendre rapidement et économiquement d'un bouta Tautrede la ville. Ils s'expatrient même pour exécuter des travaux de longue durée. A peine leur labeur leur laisset-il quelques instants de liberté qu'ils courent à la pension. L'établissement du marchand de vin est leur salon, leur cercle ; c'est là qu'ils viennent se pervertir le sens moral, oubliant leur intérieur délaissé.
Considérons Teffrayante multiplication des cabarets. Presque à chaque porte, dans la plus humble bourgade, les yeux du passant sont éblouis par les reflets argentés du comptoir et l'arc-en-ciel des fioles tentatrices.
On a cité des maisons rustiques qui avaient une auberge au rezde-chaussée et une autre au premier étage.
H faut bien l'avouer, jusqu'à ces derniers temps, la France, faute de lumières, était imprégnée du préjugé alcoolique. Chaque enfant, dès qu'il était en âge de réfléchir, ne trouvait dans son entourage rien qui le mît en déflance contre te danger des spiritueux ; il était mentalement alcoolisé par une ignorance traditionnelle. A l'un de nos plus zélés propagandistes une femme d'ouvrier disait un jour : « Vous m'avez appris à boire de l'eau ; mais auparavant^ si l'un de mes enfants m'avait refusé de Teaude-vie je l'aurais frappé, car je croyais falcool nécessaire à la santé, n Et cette femme était Tépouse d'un ivrogne qui la maltraitait ; elle aurait donc battu ses enfants,
CAUftKS DE LAtJCOÛU^UÈ
S ils avaient refusé d'imiter leuj* père. Peut on pousser plus loin Taveugleraent I
Nous avons à examiner maintenant les causes d'ordre physique qui entretiennent le fléau. L'ouvrier se figure aisément que lalcool, mieux qu'une nourriture salubre, stimulera ses forces, et augmentera sa puissance de travail. La science prouve que les spiritueux ne possèdent nullement ces vertus qu'on leur prête ; mais le préjugé reste malheureusement plus fort que les démonstrations, surtout lorsque la sensualité trouve son compte h cette aberriition sans excusex
« Chez nous, a dit fort justement Montaigne, tout mal vient d'à- \ nerie. » L'ig norance ^ ea^^effet^ de l'alcool est certainement pour ' beaucoup dans l'abus que Ton en fait : bien des gens de très bonne foi lui attribuent des vertus merveilkuses, qui sont purement ima* ginaires. V-* *«*.^ t^ l^rQ
« Les spiritueux, dit-on, sont utiles et même indispensables : ils réconfortent, donnent du courage, de la vigueur ; remplacent une nourriture plus substantielle et plus chère, que le travailleur ne peut se procurer ; le vin noie le chagrin et fait voir les choses en beau ; par les temps froids, Talcool réchauffe ; avant le repas, un verre d'absinthe ouvre Testomac ; un petit verre de cognac après active la digestion, etc. n
Que chacun se remémore ce qu'il a entendu et probablement pensé et dit lui-même, et il nous dispensera de faire plus longue cette liste des prétendus bienfaits des liqueurs fortes : il semble que ce soient des panacées universelles contre les maux du corps et de Tesprit, des sources de jouissances incomparables.
Eh bien I non, il n'en est point ainsi, et ce sont là de purs sophismes que la passion fait prendre pour des réalités, ou bien des préjugés tellement enracinés que personne n'ose les attaquer en face.
C'est aussi par une absurde pratique que certaines mères donnent du vin à des enfants de six mois, sans vouloir comprendre que ce breuvage est pour eux la mort à bref délai.
Il y a des nourrices qui, croyant avoir besoin de se réconforter, se laissent aller à prendre quelques boissons alcooliques, sans se ^>ater qu'elles peuvent nuire à leur nourrisson ; puis la passion les Boirabit et les domine elles mêmes.
Passons donc en revue tous ces préjugés dont la persistance est nne des causes de la propagation du fléau.
On croit, avons-nous dit, surtout dans les milieux populaires, que Talcool est un fortifiant.
L'eau-devie ne doit-elle pas procurer vie et santé ? Les liqueurs fortes ne sont-elles pas les liqueurs des forts ? Quand un enfant hé-
CAUSJSB UK L ALCOOLISME
site à boire un petit verre, ne se trouve-t-il pas quelqu'un pour dire ^ n Bois, cela fortifie » ?
Rien n'est plus faux que ce raisonoemeot. Lorsqu'un cheval, traî-" nant un lourd camion, arrive, presque fourbu, au sommet d'une longue côte, le conducteur le voit prêt à s'abattre A ce moment il lui assène un vigoureux coup de fouet : la bête repart aussitôt, comme mue par un ressort, pour retomber à quelques pas de là.
Ainsi fait Talcool, il nous eoicUe : il ne nous donne pas de force, mais un coup de fouet, eU avec lui, Villuslon de la force. W serait vain de nier cette excitation apparente engendrée par Talcoo!, mais il n'en est pas moins vain de considérer celle excitation comme salutaire et efficace. Sous rinfluence des spiritueux, on constate, en effet, que for^ane central de la circulation, le cœur, accélère ses battements, le pouls est plus fréquent, le visage s'anime, le système nerveux vibre dans son ensemble. Mais cette excitation n'est qu'un Irompe-l'œil ; car, suivant les expérieoces des physîolologistes» TaUzool agit en réalité en paralysant ics centres nerveux, qui sont les régulateurs de la machine humaine. Dès qu'ils sont paralysés, qu'arrive- l-il ? ce qui arrive à une horloge dont les ressorts viennent à se rompre. Les aiguilles tournent avec une rapidité vertigineuse ; mais celle vitesse intempestive prouve que fa machine est brisée et qu'elle ne peut plus marquer les heures. Ainsi Taction du coup de fouet est passagère, mais la réaction est durable.
De nos jours, les occasions d'apprécier avec exactitude la force physique, la résistance et lendurance à la fatigue, se sont multipliées ; ce sont des courses à pied, à vélocipède; des assauts de boxe, des luttes, etc. Les concurrents se soumettent à l'entraînement, c*est-à-dire à un régime sévère. Or, de ce régime, l'alcool est soigneusement exclu, car on a constaté qu'il diminue la force physique.
Quand le cycliste Terront exécuta en 71 heures et demie le voyage aller et retour de Brest, il évita de prendre la moindre parcelle d'al- 'cooL
En 1901, son émule Garin refit la même course de 1.900 kilomètres, en 53 heures, soit plus de deux jours et deux nuits sans repos, sans sommeil. Or, Garin, durant l'entrainement et pendant la course, s'est abstenu d'alcool: « Et copendaut, a-t-îi dit à unjournahste, on a essayé de me tenter. »
Du reste^ toutes les personnes qui font de la bicyclette savent que l'alcool coupe les jambes. — We&ton qui parcourut à pied44o kilomètres en cent jours, et le capitaine Webb qui traversa la Manche à la nage, évitèrent aussi les boissons alcooliques.
C'est dans ies mêmes conditions que Adam Ayles, l'explorateur polaire, endura des fiitigues inouïes pendant une course en traîneau de ilO jours.
Les Boxeurs ne boivent pas non plus d'alcooL Les g:uide3 dans les montaj^nes déconseillent également aux touristes d emporter des liqueurs fortes (1), Ils prennent du café noir et du thé froid pour leurs pénibles ascensions.
Des expériences précises ont été faites sur des travailleurs ordinaires Elles ont toujours prouvé que Talcool diminue les forces. Et quand les ouvriers des champs ou des usines voudront faire sérieusement ces essais, ils arriveront aux mêmes résultats.
Au surplus, les animaux, dont beauconp ont une puissance musculaire extraordinaire, ne prennent pas d'alcool et, si l'on est assez mal avisé pour leur en faire absorber, TefFet est tout différent de celui que Ton espère.
En 1892 eut lieu entre Berlin et Vienne une course d'ofticiers allemands et autrichiens ; les premiers partaient de Berlin, les seconds de Vienne. Il s*af^i^sait de savoir qui arriverait le premier à la capitale étrangère. Quelques concurrents eurent Tidée de mêler de Talcool à la nourriture de leurs chevaux. Ils arrivèrent les derniers.
On a donc tort de croire que lalcool fortifie, et nous démontrerons plus loin qu'il déitrirae au contraire la force vitale.
C'est encore une pure illusion de croire que Talcool réchauffe, et pourtant cet indéracinable préjugé fait encore bien des victimes.
L'alcool brûle le gosier ; mais i! ne réchaullc pas les veines. Gomme l'alcool paralyse les nerfs qui s'opposent à l'extension, à la dilatation des petits vaisseaux superficiels, ces vaisseaux se gonflent par un afflux de sang d'où il résulte comme une bouffée de chaleur au visage. Mais le sang qui serait resté h rintérieur du corps, si les vaisseaux n'avaient pas augmenté de capacité, vient à la surface et se refroidit.
L'alcool ralentit les combustions intimes dont notre corps est le ôiêge et qui produisent la chaleur animale* ,
On sait de plus qu'il existe à la surface de notre épidémie une évaporation incessante destinée à lui enlever Texcès de chaleur emmagasiné dans le corps par TefTet de ces combustions.
Plus la température de la peau est élevée, plus Tair ambiant s'é-
lit Le D' Emil/t médeciii'mnjor de la mission MarehaDd, dit dans boq rapport officiel : «1 J'avais recommaQ<ié à notm cuisinier de ne préseoler sur la table des £urapéenS| comme bt»isâon> que du thé léger, c'esl-à-dtre de Taau bouillie. H Durant cetle longue et pénîbTe marche, un seul Européen Tut atteint d« ta QèTTe.
CAUSES DE L ALCOOLISME
chaufl'e ; et plus la température ambiante est froide, plus Temprunt de chaleur fait k là peau est considérable. Or, sous rinflueûce de ralcooi, ïa peau devient plus ctiaude ; mais comme, dans le même temps, [es cornbustious sont ralenties par Talcool lui -mime, il s'en suit que 1 air ambiant emprunte à la peau, dans un temps donné, plus de chaïear qu'elle ne saurait en fournir normalement. La conséquence finaîe est un refroidissement pour notre corps. Ainsi donc, non seulement t alcool ne réchaiifle pas^ mais il refroidit. Et il est facile, de comprendre maintenant que, plus tes temps seront froids, plus l'alcool aura de tendance à refroidir le corps, parce que Tévaporation à la surface cutanée est plus violente, et que la différence de température des deux milieux (celui du corps humain et celui de Tair), est tellement sensible que l'air ambiant prendra plus de chaleur à Tètre vivant que dans une température élevée.
DoncTalcool refroidit définitivement et d'une façon durable ; aussi, dans ta saison rig:oureuse, it est nécessaire, plus qu'à tout autre moment, de s'en interdire l'usage.
Ces effets réfrigérants de Tatcool sont bien connus des médecins qui lordonnent dans certaines fièvres aiguës pour abaisser la température.
Les habitants des pays froids, les Lapons, les Esquimaux le savent aussi, car ils s'alimentent non avec Talcoot, mais avec des graisseset des huiles.
Les baleiniers, qui sont obligés de chercher les cétacés dans les régions polaires, s'abstiennent également d'alcool, et absorbent des matières sucrées.
Enfin, le grand explorateur Nansen n'emporta pas d'alcool pour son voyage au Pôle. ïl eut la satisfaction de ramener son équipage en excellente santé après un séjour de trois ans dans les régions les plus froides du monde, malgré des fatigues et des dangers inouïs.
Les expéditions antérieures avaient agi moins
les hom-
mes, sur la calotte glacée du Pôle, avaient cru se réchauffer avec de longues rasades d'aïcool. Les maladies et la mort les avaient toujours décimés.
Lors de sa dernière compagne, qui dura de juin 1893 à septembre 1896, Nansen subit tes plus rudes fatigues et supporta les froids les plus rigoureux, 30" à 40** sous ?:éro. Durant les trois hivers qu'ils passèrent dans ces régions glacées, Nansen et ses compagnons réussirent à se maintenir en bonne santé. Or, dans la composition de , leur ordinaire, il n'indique en fait de boissons que du thé^ du cafi et du chocolat. Même durant tes quinze mois de son voyage et de' son hivernage au delà du 81* degré avec son camarade Johansent
CAUSIES DR LÀLQOOUe&IS
iNansea éUit absolument dépourvu de boissons alcooliques. Gela n^empêcha pas ces deux liéros d^arriver au point le plus septentrional qui ait été atteint jusqu'à ce jouï% souteous par une endurance à la fati^e et au froid dont personoe n'avait encore fait preuve.
Les religieux du Saint-Bernard affirment que les voyageurs qu'ils trouvent enfouis sous la neige sont ceux qui avaient pris de Teau-deie,
La plus haute sommité des Andes, rÂnconcagua, a été gravie par M. Fitz-Gérald, accoaipagnô du guide Matthias Zurbriggen, originaires de SaaS'Fée en Valais.
Zurbriggen a fait plusieurs fois Tascension du mont Rose ; il a passé quatorze mois dans les hautes régions de riiimalaya et a parcouru fi deux reprises les montagnes de la Nouvelle-Zélande. Interrogé sur | le régime qu'il suivait pour accomplir ces grandes ascensions, il a déclaré ceci :
« Une des premières choses à faire, c'est de s'abstenir de toute boisson alcoolique. >>
N'oublions pas que Ghevreul, Hlliistre naturaliste, qui a vécu 104 ans, ne prenait jamais d'alcool.
Comment exphquer la persistance de ce préjugé vulgaire qui consiste à attribuer k Talcool une vertu réchauffante? Nous ne pouvons trouver la cause d'une erreur si grossière que dans la sensation de brûlure, pénible pour le tempérant, agréable pour Tivrogne, que Talcool, en sa qualité de caustique, produit dans la bouche et dans les viscères. L'idée de brûlure engendre celle de feu ; or le feu ne donne t-il pas la chaleur ? Voilà comment raisoiment les « sublimes » qui font du cabaret rantichambre de Tatelier.
Mais c'est tout simplement un sophisme enfantin qu'un bon enseignement anti-alcooIiquc ne permettra plus bientôt de formuler. Il est également démontré que Talcool n'est pas un digestif, malgré la croyance généralement répandue sur ce point» Ingéré dans Testomac soit avant,sûit après le repas, il a pour seul effet de surexciter un organe déjà corrodé par des absorptions antérieures. Si l'on peut lui attribuer Teiïet momentané d'exciter la faim, ce phénomène ne tarde pas à s'user par Thahitude, et les amateurs d apéritifs sont obligés d'avouer qu'ils ont épuisé très rapidement Tillusoire vertu de ces breuvages.
Mais, disent les partisans de Talcool, on a vu des buveurs émérites j atteindre un âge très avancé. N'est-ce pas la preuve que Talcool est inoffensif, au moins pour les tempéraments vigoureux ?
On citerait facilement, pour répondre à robjection, les cas plus fréquents de centenaires buveurs d eau. Pour un vieillard buveur d'al-
22 CAUSES DK t4* ALCOOLISME
cool, OÙ pourrait facilement compter 10.000 buveurs d'alcool frappés de mort avant Tâge, Les exceptions, toujours facilement explicables d'ailleurs, ne détruisent pas la règle édifiée sur l'expérience de chaque jour et sur le plus élémentaire des raisonnements scientifiques.
Dans les vieux châteaux du moyen âge,a dit un orateur du Congrès de 1903, on aperçoit quelques pans de murs restés debout. Mais, si le femps n'a pas tout détruit, il n'en a pas moins fait des ruines.
Autrefois Fusage des spiritueux dans toutes les classes, était une exception, et ceux qui s'abstenaient de vin et de liqueurs n'étaient pas réputés moins forts que d'autres. Certains peuples, les Arabes, par exemple, ont dû incontestablement leur force k Tabstention systématique de toute liqueur fermentée. Faut-il rappeler rinfluence démoralisatrice et dissolvante qu'a exercée la civilisation, armée de l'alcool et des boissons fermentées, sur certaines peuplades, le jour où elle a importé chez elles le vice de Tivrognene ?
La question devient peut-être plus délicate lorsqu'on invoque la nécessité pour les travailleurs épuisés par des efforts violents de chercher au moins dans le vin, sinon dans l'alcool, une boisson qui leur semble réconfortante. Un grand industriel, pour terminer une entreprise colossale à la veille d'une exposition qui va s'ouvrir, demande à ses auxiliaires un labeur de jour et de nuit : est-il possible, dit-on, de refuser à ces héros le stimulant qu'ils demandent ?
Saus doute, l'eau pure serait dans tous les cas la meilleure boisson ; mais peut-on le faire comprendre à des hommes épuisés de fatigue ? N'est-il pas admis dans le monde du travail que le vin et l'alcool sont les meilleurs arais de l'ouvrier qui est obligé de chercher un multiplicateur de ses muscles insuffisants ? Ce qu'il ne peut demander aune alimentation substantielle, il remprunte aux spiri-^j tueux. Peut-on lui en faire un reproche ? Cette 4àfi<tiiide est entréo^H dans les mœurs. Tous les jours les adliérents de nos ligues anti-alcoo- ^^ liques proposent un verre de vin aux commissionnaires ou aux déménageurs à la fin de leur pénible travail. Ils n'oseraient pas leur donner un morceau de pain ; ce serait une aumône déplacée. Tandis que roCTre d'un breuvage alcoolique revêt comme un caractère de noblesse, qui permettra au môme ouvrier de Taccepter dix fois dans une matinée. Ainsi Taliment sain sera un opprobre, et le poison une rémunération honorable, Telle est la force des préjugés aux quels l'alcoolisme doit son influence.
Et le candidat à la députation qui inscrirait sur son programme: g:uerre à Talcool î serait encore considéré comme un ennemi du peuple.
iJAUSBS DK L A LCOOLiSMfi
^1 Cent-vingt grammes d'eau-de-vie administrés à un homme robuste
f occupé à un travail pénible ne produisent aucun résultat appréciable ; une seconde dose, quatre heures après, diminue notablement ses
E forces ; une troisième le rend incapable de tout travail. En 1894, aux Etats-Unis, on a réalisé une expérience qui est bien démonstrative. On a fait travailler vingt hommes ne bavant que de l'eau et vingt autres buvant du vin, de la bière et du brandy (eau-devie). Au bout de vingt jours, on mesura le travail efTeetiié. Les ouvriers buveurs de liqueurs fortes eurent le dessus pendant les six premiers jours ; puis vint une sorte de période de réaction : finalernent les buveurs d'eau VemporièTenU en effectuant un travail au moins tnple, ' On contrôla Texpérience en changeant les rôles. Les buveurs d eau dureulf adopter le régime alcoolique pendant vingt jours^ et réciproquement, les buveurs de vin et de boissons fermentées fureni mis à Teau claire. Encore cette fois les out^riers buveurs d'eau finirent par ^mdonner une so77ime de travail notablement supérieure à celle des bu- ^^veurs de vin,
^B Mati Helenius cite l'exemple suivant :
^^ La Great Western Raillway Co avait des voies larges de 7 pieds anglais, tandis que le reste du réseau anglais a des voies larges seulement de 4 pieds, 8 pouces et demi. D'où une grande incommodité I qu'on résolut de faire cesser. Mais le trafic ne pouvait être suspendu que pendant 31 heures, les 21 et *^ mai 1892* et il fallait transformer 370 kilomètres.
On estuna que pour conserver aux ri. 000 ouvriers toute la \igueur musculaire nécessaire à un aussi grand eilbrt il ne fallait pas leur donner une goutte d'alcool, sous n'importe quelle forme. On est persuadé que cette mesure a contribué au succès de l'opération (1). La conclusion à tirer de tous ces faits, c'est que, pour un efîort prolongé, Tusage de Talcool diminue la puissance musculaire ; en d'autres termes : la machine humaine alimentée avec de leau fournit plus d'énergie qu'avec Talcool.
Quant au travail intellectuel, Talcool ne peut jamais lui être utile : s'il surexcite l'imagiuation pendant son action fébrile, il trouble le jugement et la mémoire, et son usage prolongé ne peut qu hébéter l'intelligence.
A des personnes qui avaient absorbé de 7 à 60 grammes d'alcool dilué dans de Teau (on voit que la dose la plus forte n'est pas encore ^■bîen considérable), on a fait exécuter différents exercices cérébraux,
! (1) Sertit ton, L'alcootisme,
^jAirSES De L ALCOOLIRME
tels que additionner des chiffres, en apprendre par cœur, évaluer m laps de temps, etc, Plus la dose d'alcool absorbé était forte, plus ces travaux se faisaient lentement ; en outre, ils étaients mal conduits.
Le plus curieux, dit M. Bertillon (l), c'est que les personnes en observation avaient au contraire la persuasion qu'elles travaillaient très bien et très vite, La boisson leur semblait avoir donné des ailes à leur cerveau, tandis qu'en réalité elle Tavait en partie paralysé.
Est'il même bien certain que Tactivité cérébrale reçoive de Taicool une impulsion vraiment appréciable ? Cet effet, s'il existe, ne seraitil pas dû en grande partie à Timagination du buveur, à une foi qui le sauve, ou plutôt qui le perd ? On ne peut nier, en toute hypothèse, que la seule action langibfe des spiritueux consiste dans le surmenage des unités cellulaires, avec la dépression consécutive qui succède toujours aux excitations artificielles. Puis rhabitude arrive, îrapé^ifritase ; car Télément anatomique, satisfait d'abord par une dose ordinaire, en exige rapidement une quantité plus forte. La conséquence, c'est Tempoisonnement désormais inévitable.
Si donc nous sommes amenés à tolérer la consommation d'usage^ proclamons bien haut que de Tusage à Fabus la pente est très rapide. Que les concessions accordées n'ébranlent pas le principe dominant ; ne laissons jamais Talcool, sous aucun prétexte, arracher des flacons qui le renferme le mol toxique dont nous demandons qu'il soit ostensiblement revêtu.
Ne nous lassons donc pas de répéter qu'un supplément de nourriture saine est bien plus efficace pour reconstituer nos cellules que Vingestion d*une ration de vin. Cette assertion fera sourire peut-être ; elle n'en sera pas moins Texpression d'une incontestable vérité.
En résumé, comme nous allons le démontrer dans le chapitre suivant, ralcool n'est pas un aliment.
11 ne se décompose pas dans le corps de l'homme pour fournir à tel ou tel organe des éléments reconstituants, ni même, comme on Ta prétendu, pour entretenir la chaleur interne, car î! abaisse au contraire la température du corps. Il se retrouve en nature dans les organes des animaux qu'on tue après les avoir alcoolisés, dans les organes aussi des alcooliques qui succombent au délire aigu : un de ces malades meurt trois jours et six heures après la cessation de tout excès de boisson ; à Fautopsie, on distille son foie et son cerveau, et Ton voit reparaître Talcool intact.
Vahùùl n'est pas un désaltérant. Au contraire, il dessèche, il enflamme les tissus vivants, il leur enlève l'eau dont ils ont besoin d'é-
(1) VakoùHtme, p. 28,
CAUSES DB l'alcoolisme 25
tre imprégnés : de là la soif ardente des animaux alcoolisés et des ivrognes après excès, de là aussi les inflammations chroniques du larynx et de Testomac (enrouements, gastrites) qui sont si fréquents chez les buveurs.
Valcool est un mauvais excitant^ parce que, dès qu'on dépasse une très faible dose, il agit comme un stupéfiant qui paralyse le cerveau et qui engendre la tristesse ou la colère.
Ainsi tous ces préjugés, causes de Talcoolisme, sont mis à néant par des démonstrations irréfutables.
Donc Tusage de Talcool est toujours dangereux. Il est impuissant contre la chaleur, car il brûle les organes ; contre le froid, car il les congestionne; contrôle surmenage, car il diminue les forces ; il n'est que le pourvoyeur néfaste de la misère, du crime et de la folie.
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li'ALCOOL. — LES BOISSONS FERMENTÉES ET DISTILLÉES
Tout liquide sucré, lorsqu'il entre en feniientatioo, dégage de Tolcool et du gaz carbonique (G 0^).
L'un des principaux alcools, obtenu par îa distillation qui arrive à isoler l'élément spiritueux, est dit alcool éttivlique \Q^ WO).
Il se forme en même temps d'autres principes et particulièrement des alcools propylique, butylique, ara clique, etc.
Tous les alcools sont nocifs, qu'il soient exquis ou nauséabonds, que leur origine aristocratique remonte aux meilleure crus du Bordelais, ou qu'ils dérivent d*une source plébéienne comme le résidu des betteraves ou des plus impures farines.
Si Ion fait absorber par un chien fpesant 10 kilogrammes) 20 ceatimètres cubes de falcool éthylîque qui est chimiquement pur, on voit ranimai présenter tous les signes d^une ivresse hilarante ; it saute et jappe gaiement, caresse son maître et chancelle sur ses pattes. Si Ton élève la dose au double, Tanimal, bientôt paralysé, anesthésié, les yeux hagards, offrira raaalogie la plus complète avec Findividu ivre- mort. Si l'on double encore, l'animal ne se relèvera plus, le poison a fait son effet. En renouvelant Texpérience sur des animaux d*espèces différentes, on arrive toujours au même résultat* Il est ainsi démontré qu'une certaine quantité d'alcool, 8 centimètres cubes environ, introduite d*un seul trait dans le sang d*nn animal qui pèse 1 kilogramme, le fait promptement mourir.
L'alcool pur est donc toxique, et sa toxicité mesurée pour Tunité de poids^ qui est 1 kilogramme, est d'environ 8 grammes, — exactement, selon les uns, 7 gr, 70 ; selon les autres, 7 gr, 75. En multipliant par ce coefficient le nombre de kilogrammes que pèse uû animal, nous saurons h quelle dose l'alcool pur provoquerait l'empoisonnement. Un homme pesant 65 kilogrammes^ qui réussirait à avaler d'un seul trait un demi-litre d'alcool pur, serait victime d'une intoxication foudroyante.
L'alcool éthylique, dont nous veuons de déterminer la toxicité, forme la base de toutes les eaux-de-vîe de consommation ; mais il se
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LAUSOOL
LES BOI690N6 FttRMfiNTÉKS £T OfSITLLK&S
trouve m étante, en des proportions qui vn rient selon Torîgine et selon la préparation de ces eaux -de-vie, de diverses impuretés, dont les principales sont les aldéhydes, les éthers, le furfurol et les acides. Toutes ces impuretés sont eiles-nièmes toxiques, — et plus toxiques que l'alcool éthylique (i). Leur présence dans une eau -de-vie de consommation augmente son degré de toxicité.
Nous avons ù déterminer maiiitenant de quelle manière ces substances étrangères pénètrent dans les spiritueux.
L'alcool éthylique se sépare de la liqueur fermentée qui le renferme, — ou, pour employer le terme scientifique consacré , a son point d'ébullition à la température de 78'\
Rappelons en effet que tout liquide pur bout à une température déterminée sous la pression atmosphérique . L'eau bout à 100% l'airoot propylique à 97*, l'alcool butylique à 198*, ralcool amylique à l3i^ le furfurol à 161^
Un mélange d'alcool éthylique (esprit de vin) et d'eau étant chauffé, Talcool se vaporisera beaucoup plus vite que Teau ; si Ion condense les vapeurs dégagées, le iiquide obkniu par cette disiiUation renfermera tout Talcool du mélange primitif avec une petite quantité d'eau seulement.
C'est sur ce principe qu'est basée la distillation des boissons fei*mentéea. L'opération se fait dans un alambic : le liquide, soumis à Tébullition dans la chaudière, émet des vapeurs qui se condensent dans le serpentin, entouré d'eau froide.
Au début, on recueille les produits de tête^ c'est-à-dire un liquide contenant des substances dont le point d'êbullilion est inférieur à celui de l'alcool éthylique (aldéhydes, éthers) ; puis on distille Talcool éthylique avec l'eau ; enfin passent les produits de queue riches en alcools propylique, butylique, amylique, etc., qui sont moins volatils que l'alcool éthyliiiue.
Dans le cas où la distillation s'opère d'un seul coup, on n^obtîent qu'une espèce d'alcool, l'alcool brut, le flegme^ chargé de toutes les impuretés que la distillation a laissé passer. Ces scories sont d'autant plus abondantes que la matière distillée contenait plus d'éléments volatils étrangers à l'alcool éthylique.
On appelle eau de-tne^ en France, toute boisson distillée. Autrefois ces liquides provenaient tous de la distillation des boissons fermentées
(I) Lq coefflcicnt de toîticîté des alcools aui^éneura est de 1,30, c'est»* -dire que ! çTamine et demi de cet» su balances ijccasionae la mort d tia animal qui pèse 1 kilogramme. Celui des aldéhydes est de 1. Celui des étiiers est de 4, Celut du furfurol est deOgr. 14
l'alcool, LES BOrSSÛJVS FERM£Nt£kS Et DISTILLÉES
extraites des fruits [cognac (raisins), eau-devie de cidre (pommes et poires), kirsch (cerises)] ; le rhum était extrait de la canne à sucre; reau'tle-vie de marc provenait du marc de raisin.
Aujourd'hui la plus grande partie des eaux-dc-vie sont des alcools d' industrie extraits des betteraves, des (îoraraes de terre, des grains (de maïs, de rtx, de seigle, d'orge, etc.). Les aïcools supérieurs dangereux y entrent pour une notable proportion.
Veau-de-vie de vin bien fabriquée est composée à peu près exclusivement d'eau et d'alcool éthylique pur.
Les eaux-de-vie de marCy de cidre (catvados), de prunes (couetche), etc., renferment, outre lalcool éthybque, des proportions variables d'alcools supérieurs (2 à 3 0/0 parfois).
Le A^irscA doit en partie sa saveur à Tacide cyanhydrique (acide prussique), poison des plus violents.
Si nous devons nous montrer défiants à Tégard des eaux de-vie qui précèdent, de queîïe réprobation ne devons-nous pas frapper les alcools d'industrie riches en alcools butyllque (eau-de-vie de betteraves), amylique (eau-de-vie de pommes de terre), en aldéhydes acétique et pyromucique ifurfurol), en éihers^ en acides organiques (acétique, propîonique, butyrique, etc.), en bases orgamquet que la science arrivera bientôt à délerminer ?
On sait que le vin, le cidre, les marcs contiennent beaucoup moins d*élémenls distincts de Falcool éthylique que les moûts de pommes de terre, de mélasses et de betteraves. A préparation égale, leseauxde-vie dites naturelles sont donc de toxicité moindre que les eauxda-vie dîtes industrielles. L'alcool brut provenant de la distillation du moût des betteraves contient prés de deux fois plus d'impuretés que Teau de vie bidule provenant de la distillation du cidre, près de trois fois plus d'impuretés que l'eau-de-vie bruie provenant de la distillation du vin (1),
Si Ton offrait au public Talcool d'industrie tel qu'il sort de Talambic, il serait refusé à cause de sonàcreté brûlante. Aussi rindustriel rectifie ses flegmes : il les soumet à une seconde distillation qu'il prend soin de fractionner, et par laquelle il obtient des alcools de tête et de queue très impurs, qu'il ne livre pas à la consommation, et un alcool de centre très épuré, qu'une nouvelle distillation fractionnée purifie davantage encore, et qui est seul mis en vente.
Les eaux-de-vîe naturelles, au contraire, ne valent que par leurs impuretés : en les purifiant on leur ferait perdre leur caractère. Le bouilleur de vins et de cidres, sachant que « rectifier son produit
(!) Van Laer, p. 13.
L AtCOOL, — LES BOISSONS FEllBi£NTl^ES ET DlâTILULES
serait le détruire », se garde bien de fractionner sa distillation et de rejeter dans des alcools de tète ou de queue des scories qui ont une pareille valeur ; c'est Teau -de-vie brute qui passe dans la consommation.
Les expériences récentes du docteur Daremberg ont révélé que les eaux-de-vie de cabaret, fabriquées artificiellement avec Talcoo! in* dustrieh renferment dix fois moins d'impuretés que les eaux -de-vie naturelles de meilleure marque et de provenance authentique ; elles ont, en conséquence, un coefficient de toxicité moins élevé.
Des lapins de 2 kilogrammes rer^oivent chacun, dans la veine de roreille, 10 centimètres cubes d'alcool éthylique neutre. Ils ne meure«(/?a«. Après rinjection, ils sont dans une résolution complète, restent étendus sur le flanc et sont essoufflés. Cinq minutes après, ils se redressent, puis marchent en titubant ; bientôt ils reprennent leur allure habituelle.
Des lapins de 2 kilogrammes reçoivent chacun, dans la veine de roreille, 10 centimètres cubes d'eau-de-vie achetée sur le comptoir dW marchand de vins. Après rinjection, ils sont dans la condition des gens ivres-morts, mais, en quinze minutés,i7s reprennent F usage de leurs mouvements.
Des lapins de 2 kilogrammes reçoivent dans la veine de l'oreille, Tun 10 centimètres cubes de vieil Armagnac ; le second, 10 centimètres cubes de Cognac vieux de haute marque ayant coûté 60 francs la bouteille ; le troisième, du Cognac démarque ayant coûté 12 fr. la bouteille ; le quatrième, de Teau-de-vie de marc de Bourgogne ; le cinquième, de l'eau-de-vie de prunes des environs de Paris ; le sixième, de Teau-de-vie de cidre de Normandie ; le septième et le huitième, du rhum de la Jamaïque et de la Martinique ; le neuvième, du kirsch authentique. Fous ces lapins meurent.
A côté des eaux de-vie plus ou moins naturelles, nous trouvons les boissons alcooliques additionnées d'essences, boissons dont nous étudierons plus loin les effets pernicieux.
On appelle essences ou huiles essentielles les principes aromatiques que fournissent un grand nombre de simples ; leur saveur est irritante ; quelques* unes sont toxiques même à très faible dose*
Celles qui nous intéressent ici sont les essences à' absinthe, d'anû, de fenouil^ de menthe^ de mélisse, de reine-des-prés^ de gauUheria procumbens, etc.
Au point de vue chimique, les essences sont à peu près toutes connues aujourd'hui :
L'essence d'amandes amères est Taldéhyde benzylique ; — de cannelle est Taldéhyde cinnamique ;
L* ALCOOL. — LES B0r890t«S FSBMENT^CS ET DI^TILLÀES
L'essence de reîne-d es-prés est l'aldéhyde salicylîque ; — d\inis est l aldéhyde anisîque ;
Le iTieottiol, le thymol sont les principes des essences de menthe et de thym ; Tessence de gauttheria est un éther méthylsalicylique, etc.
Aussi les usines de prodoits diimiques sont elles aujourd'hui mises à contribution plus que les végétaux eux-raômcs dans la préparation des liqueurs alcooliques, préparation devenue une véritable et néfaste industrie.
Dans la catégorie des liqueurs à essence, on peut citer ; Vahitithe^ le vermouth, le bitter, les aniers^ les eaux de menthe^ de mélisse^ etc., vraie panoplie de Tintoxiciition publique
Ces apéritifs, ces breuvag-es arlistemcnt colorés sont des alcools induslriels impurs, aromatisés par des essences convulsivantes ou stupéfianles^ par des bouquets aux effets mortels pour ^organisme humain.
Si Ion se place au point de vue du goût, l'alcool pur produit une sensation désagréable; il faut une volonté très ferme d*arriver à livresse pour se la procurer sans radjooction desi matières accessoires qui sont unies à Talcool dans les boissons excitantes. Mais souvent ri V rogne commence par le vin ou la bière, supportant avec patience la lente ingestion d une i^Tande quantité de liquide, jusqu'au jour où pressé d'en finir, c'est-à-dire de perdre la raison, il remplit son verre d'un produit distillé qui lui donne, sous un petit volume, le maximum de l'excitation voulue.
11 est donc vrai de dire que I ivresse est une passion acquise^ et queThomme nest pas attiré vers 1 alcool par un élun tout spontané.
Comme Técolier qui, pour imiter ses camarades, surmonte les premières répugnances de la fumée du cif=rare» le buveur doit faire un effûft pour braver cette nausée inséparable de rexcès de boisson.
Voici d'abord le jeune homme de dix-huit fi vingt ans* Avec Bes camarades d'atelier, il termine la promenade du dimanche au cabaret où il voit les autres se rafraîchir et « prendre un verre ». S'il se contente d'étancher sa soif par une boisson inoilensive, il ne tardera pas à devenir un objet de risée. Pour n'avoir pas Faîr d'une fillette, il se laissera verser une rasade de rhum ou d'absinthe. C'est le premier pas sur la route du vice ; le plaisir est nul, Tim pression douloureuse ; maïs Fadolesceiit est fier comme un Romain qui vient de revêtir la robe virile.
Le dimanche suivant, il doublera la dose, et si ses parents, s'apercevant de cette désobéissance à leurs sages avis^ veulent essayer quelques douces remontrances, il détournera la tête sans rien pro-
l'alcool. — LBg BOISSONS FEBlblENTéES ET DISTILLEES ^1
mettre. Alors il est perdu ; car il sera bientôt ivrogne sans avoir même conscience du péril.
Mallieureuseraent la répugnance physique inspirée par les boissons spiritueuses fait place trop facilement à une appétence malsaine. On voit le goût des liqueurs fortes se développer chez de 1res jeunes enfants.
Boissons fermentées.
Les principales des boissons aïcooïiques fermentées sont le vin» le cidre et la bière. La proportion de falcool dans le vin, variable suivant les crus, est en moyenne de iOOO: dans le cidre, elle atteint généralement 5 0/0 ♦ dans la bière - dans la bière française, du moins, — elle dépasse rarement 3 0/0* Dix litres de vin, vingt litres de cidre, trente trois litres de bière, correspondent à un litre d'alcool pur, c'est-à dire ù deux litres et demi d eau-de vie.
Si le vin naturei pris à dose modérée (1 verre par repas), peut être considéré comme peu nuisible, il n'en est pas de même lorsqu^on en boit trop à la fois ou trop souvent. Dans ce cas les alcools du vin ont des effets véritablement toxiques, ainsi que Ta démontré Texpérience médicale.
L'ouvrier qui offre un \erre de vin h son camarade ne sait pas si ce verre de vin n'est pas le premier qu'il absorbe, et sll ne sera pas suivi de plusieurs autres. Ce verre de vin offert est peut-être celui qm déterminera Talcoolisme ; cette seule pensée devrait arrêter une proposition qui paraît k tort bien innocente.
Mais si le vin, au lieu d'être natureUa subi des falsifications telles que le vinage ou addition d'alcool, le danger de rempoisonnemeat devient manifeste.
La bière ne renferme que 3 0^0 d'alcool, elle n'est donc pas
agereusB II en est de même du cidre et du poiré, qui sont légè- Iment purgatifs et diurétiques, mais dans beaucoup de contrées de production, on fait chaufferie cidre, en y ajoutant environ un quart d'eau-de-vie et en le sucrant. Cette boisson, appelée flippe, tourne vite les têtes et doit être évitée : il suffit de quelques verres de flippe pour produire Talcoolisme aigu.