TOXICITÉ DE L'ABSINTHE ET DES ESSENCES
A une époque où Talcool ee se trouvait pas dans le commerce, quelques niédecÎDS le prônaient comme une panacée, préludant par cette erreur aux théories qui ont cours aujourd'hui dans certains milieux,
G est ainsi, qu'au xvni" siècle, Moleschott appelait laicoot « la caisse d'épargne du travailleur » !
Ne semble-t-il pas que, dans leur désir d'amnistier un vice funeste, ces docteurs fermaient les yeux devant la vérité ? A force de plaider *c non coupable » en faveur de falcool, ces professeurs de fausse science n'ont-ils pas imprudemment contribué à Tinvasion du fléau 7
Il existe encore des savants et des puhlicistes qui s'obstinent à considérer l'alcool comme une boisson utile au tra veilleur pour compléter son alimentation. Mais, heureusement les leçons de Texpérience détachent tous les jours des transfuges qui viennent grossir Uarmée de rhygiène. Ce que l'alcool alimente, c'est la caisse du percepteur et le tiroir du débitant.
On a osé dire au Parlement, sans soulever un toile de protestations, que ralcooî était notre « trésor de guerre » ! Parole imprudente qu'il était facile de réfuter en montrant ce qui serait un véritable trésor pour les luttes futures. C'est la viguenr physique et morale de nos conscrits. Plus encore que l'argent» la santé du soldat est le nerf de la victoire.
Tous les paradoxes qu on pourra accumuler pour défendre la prétendue innocuité de l'alcool ne tiendront pas devant l'observation des faits.
Si Ton prend deux individus d'âge et de tempérament à peu près semblables, et qu'on suppose l'un sobre et abstinent, l'autre en proie à l'intempérance, il est certain que le premier, au bout de quelques annéeSy l'emportera sur le second de tous les avantages que donne la santé comparée à la maladie.
Des expériences faites ur tous les points du ^lobe, par des sa-
TOJnClTK DK L ABSINTHE ET DES ESSENCES
vanls et des pliysiologistes qui ae s'étaient pas préalableraeût concertés, oût démontré ces axiomes sans contradiction possible.
L'alcool pur, comme nous l'avons dit,confinueàsemèler au sang et raccompagne dans la circulation sans se confondre avec lui* On le retrouve, par Tanalyse, à Tétat naturel Jouant le rôle d'un coprosif qui enflamme les organes avant d*cn attaquer la substance. On parvient facilement à isoler Talcool dans le foie, dans le cerveau» dans les muscles. On peut Tisoler aussi dans les humeurs, dans les vaisseaux lymphatiques, dans te lait de la femme.
Ainsi Talcool reçu h faible dose dans le corps humain, loin des'éliminer.de se briller, comme le croyaient des expérimentateurs superficiels, est retenu par réconomie qui le garde, h son grand détriment.
Nous savons que ce uiènie alcool éthylique pur, ingéré, mêlé aux aliments dans les voies dîgestives, amène assez rapidement chez le chien, à la faible dose de 30 centimètres cubes par jour, des lésions très importantes des différents viscères* Parfois aussi il arrive que ranimai, comme averti par une sorte de mystérieux instinct, refuse invinciblement Talimentalion alcoolisée qu'il avait acceptée tout d'abord. Et quand il persiste à Taccepter, au bout de quelques semaines on peut voit survenir un état sérieux, grave ; puis la cachexie progressive et finalement la mort.
Ainsi Talcool ne peut être classé parmi les aliments ; il serait, dans tous les cas, un aliment négatif. Loin d'apporter un contingent utile à Factivité, il ravit à 1 homme une portion de sa force.
Non seulement Talcool ne nourrit pas, mais il empoisonne ceux qui en font usage sous quelque forme que ce soit, même lorsqull est pris à doses insuffisantes pour produire Tivresse» mais assez répétée pour détruire l'équilibre du corps humain.
Le D^ Gréhan a fait, au Congrès de 1903, au moyen de tableaux synoptiques, et de ce quû appelle le « plateau », une intéressante démonstration, pour établir que Tivrogne, lorsqu'il prend le matin un petit verre d*eau-de-vie, est loin d'avoir éliminé le petit verre absorbé la veille, de sorte qull est la victime volontaire d une intoxication qui, comme une chaîne sans fin, ne s'interrompt jamais.
On a constaté que falcool fait un assez long séjour dans notre or* gaoisme, c'est-à-dire de quelques heures à trente-deux heures, d'après la dose ingérée ; de sorte qu1l est permis de dire que Tindividu qui prend des boissons alcooliques tous les jours en quantité assez notable, n'est jamais coraplètemeat désalcoolisé : il est condamné à rempoisonneraent perpétuel- Une récente publication américaine dans laquelle la prétendue valeur alimentaire de Talcool est méthodiquement et scientifiquement étudiée, vient d attirer Tattention du
L ALCOOL IST VS TOXtQtJB KT NOÎ* Clf ALlMfiMT
monde savant sur celte grave question. Le résumé de ces travauXt paru sous la signature de M. Duclaux, lui a donné un très grand i^etentîssement ; mais les expériences qui ont été tentées ont abouti seulement à mettre en lumière quelques phénomènes scientifiques, sans démontrer le moins du monde Tinnocuité des spiritueux habituellement consommés.
La Wesiei/an hisiitulCj lorsqu'elle a commencé ses observations, se proposait de rechercher quelle était la force alimentaire de Talcool et sa puissance de calorique dans le corps humain. Ces expériences ont été minutieusement décrites dans ces traités spéciaux. Elles nous ont paru très peu concluantes, bien qu^elles amènent M, Duclaux à présenter à Talcool « des excuses >> qui ne lui étaient pas dues et dont il aurait du faire Téconomie.
Il est possible qu'une faible quantité d'alcool prise pendant quatre jours par un homme ordinairement sobre produise autant de calories qu une quantité équivalente de sucre et d'amidon — mais que prouvent ces expériences pratiquées en dehors des conditions de la vie normale?
Les sujets qui s'y sont prêtés étaient en pleine force de l'âge, de santé robuste ; Falcool ne leur a été distribué qu'à petites doses» au moment du repas, mêlé à la nourriture , ils étaient soumis à un exercice physique assez violent qui permettait une assimilation complète ; enfin cet alcool était chimiquement pur.
Le buveur ordinaire, celui qui n'est pas élevé à la dignité de sujet dans un laboratoire, remplit son estomac vide de liqueurs corrosives et se livre k des excès qui le conduisent au delirium tremens et à la mort.
Qu'est-ce c'est qu'un aliment dont il faut peser les doses à la balance de précision ? Est-ce que Thomme se nourrit en produisant de la chaleur ? Son corps n'est pas un moteur à gaz ou à pétrole ; il n'est pas organisé pour brûler à la façon d'un bec Auer,
Les savants doivent être les derniers à oublier que Thomme est un être animé et raisonnable.
Au Congrès de 1903 un orateur a combattu dans un style énergique Ifa théorie de l'aJinafll-aliiHant.
« Si le mécanicien, a-t-il dit, met du charbon dans sa chaudière, a il obtient assez de calorique pour mettre en mouvement la machine « à vapeur, qui fonctionne régulièrement par luction d'un combus- « tible normal. Mais si, au lieu de charbon, le mécanicien emploie « du soufre, la somme de calorique sera sans doute décuplée ; seu- « lement, la chaudière sera brisée par l'action délétère de Facidc i« sulfureux. ^
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L'aUmeût propremenl dit est une substance qui peut, après certaines modificalions subies dans le tube digestif, être assimilée et s^identtfier â l'organisme pour s'y ajouter et en réparer l'usure.
Or ralcool nVst à aucun degré assimilable. Non seulement il ne constitue pas un aliment plastique, mais encore il ne saurait, comme les beurres, les graisses, les huiles, être considéré comme aliment respiratoire : bien qu'il contienne ûO*/o de carbone, il est inutilisable, ne subissant pas dans for^anisrae la combustion physiolog^iqne.
Ce qui porte à croire que les liqueurs fortes nourrissent, c'est d'abord qu'elles exciient le système nerveux, et ensuite qu'elles ralentissent la digestion. Mais ce retard n*esten rien profitable à Téconomie.
De toutes parts les plus hautes notabilités scientifiques, les Roux, les Richet, lesMagnan, les Berlhelot, les Landoury, ont élevé la voix pour affirmer que Talcool, s'il est comestible, ne constitue pas un aliment recoramandable, mais bien un excitant nuisible qu'il faut combattre.
Et les débitants, se prétendant lésés, osent poursuivre devant les tribunaux ceux qu ils appellent «. leurs adversaires ».
Ainsi 1 alcool, quelle qu'en soit la forme, est un poison pour forganisme. Toute boisson» même naturelle» qui contient de T alcool, contient un poison. On devrait, dans les traités de toxicologie, consacrer un chapitre à l'alcoolisme, comme on le fait pour le saturnisme. En quelque circonstance que ce soit, 1 ingestion d'une quantité quelconque de boisson alcoolique équivaut à Tingestion d'une substance nuisible h la santé. Sous quelque déguisement qu il se présente, falcool est pour le corps humain un intrus et un mallaiteur.
Mais, dit-on, T arsenic, 1 iode, l éther, sont des poisons ; et pourtant, administrés par un docteur circonspect, à doses très limitées, ils produisent des effets salutaires. Et lalcool, dont la science reconnaît la toxicité, est employé lui môme comme remède Les médecins n'ordonnent-ils pas, notamment dans la pneumonie, pour donner aux organes malades la force auxiliaire dont ils ont besoin, la potion de Todd, dont la base est simplement lalcool pur ?
La réponse est facile* Les gouttes d'arsenic, de belladone, d'éther, ordonnées par le médecin, guérissent le malade lorsqu'elles sont attentivement dosées, Mais elles n'en sont pas moins des poisons, et ne perdent pas leur caractère. H faut seulement observer qu'à très petite dose l action du toxique sera seulement stimulante et par conséquent utile. On s'arrête à la limite où le breuvage commencerait à nuire. C'est ce qui se produit pour l'alcool : il reste toujours un poison : le médecin seul, dans sa prudente sagacité, peut en faire un rem^4ifc.