‹ L'alcoolisme: fléau socialChapitre 4 sur 60 · L ALCOOL EST UN TOXIQUE ET NON UN ALIMENT · texte numérisé non relu

L ALCOOL EST UN TOXIQUE ET NON UN ALIMENT

A ce titre, Talcool ne peut être écarté de T arsenal thérapeutique Mais il Q*eii est ptis moins vrai que les remèdes alcooliques ne doivent pas ôtre et ne sont pas prescrits à titre de traitement continu. C'est ainsi que la tuberculose est soignée par le repos, Taération, Talimentation choisie, et non par FalcooL

Allons plus loin^ et disons franchement que ralcool-remède, après avoir eu de chaleureux partisans, tend de plus en plus à disparaître de la pratique courante, h'akoolâtrie n*est plus de mise dans les hôpitaux, où quelques docteurs rétrogrades étaient traités autrefois de « distributeurs automatiques de vins «, envoyant leurs malades à la pharmacie « prendre leur traitement sur le comptoir ».

Il n'y a pas encore dix ans, on admettait que pour le traitement des opérés les spiritueux avaient à tenir une place impartante. Des statistiques récentes ne laissent pas de doute à cet égard.

En 1896, le rhum a été consommé dans les hôpitaux pour une valeur de 89.374 francs, etTeau-de-vie pour une valeur de 134.283 fr. En Î900, on a usé dans les hôpitaux pour 128.742 francs de rhum et pour 217,000 francs d eau-de-vie. Il y a dans ces chilîres un excès qui frappe tout observateur impartial.

Evidemment, aux yeux de quelques praticiens, Falcool a eu ses partisans qui lui ont attribué, au point de vue thérapeutique, un» valeur très exagérée.

Quelques-uns en arrivaient à appliquer sérieusement le système que le chansonnier Nadaud célébrait par manière de plaisanterie» en vantant les mérites du vin :

Le docteur que j'ai

N'est pas agrégé ;

Il û'a ni cordons ni grades !

Il est détesté

De la Faculté

(pas assez, malheureusenient)

liguent tous ses malades ! (t).

Mais plus les médecins étudient la question, plus ils se persuadent quil faut réduire au strict minimum V emploi des potions alcooliques.

Ajoutons que les étudiants en médecine ont pour devoir dans les hôpitaux, comme dans les établissements qu ils fréquentent, de donner toujours Texeraple de la tempérance, et de mettre leur cou» duite personnelle en harmonie avec les conseils qu'ils vont être bientôt appelés à donner. Comme on la dit au Congrès de 1903, ils entrent dans la carrière quand leurs aines y sont encore. Qu'ils profitent de

(1) Le dùclvur Grégoire,

TOXICITÉ DK L*ABSmTH£ ET DES ËSSËISCIIS

leurs sages leçons, tant pour leurs malades que pour eux-mêmes.

Indépendamment des phénomènes que produit l'alcool, il y a un autre effet qui se manifeste lorsqu'il est accompagné de certaines huiles volatiles, essentielles, dont la présence est facile à constater, puisque Talcooi mélangé avec ces huiles volatiles devient lactescent ; au contact de feau, il la trouble, la rend laiteuse.

C'est précisément ce qui arrive pour Tabsinthe, dont nous décrirons plus loin les ravages.

Ces huiles volatiles ajoutent considérahlement aux inconvénients de Talcool ; elles agissent comme un véritable poison, et rhabitude de hoire non seulement des liqueurs alcooliques pures, mais encore des liqueurs mélangées de ces huiles, a le double danger de ruiner Testomac, d'une part, et d'autre part, de préparer à des affections du cerveau qui engendrent fatalement la folie.

L'absinthe, sinistre et tragique, avec son essence qui dissimule le goût fétide de ralcool industriel, est cinq fois plus toxique que Teaudc-vie. Et chaque année 220 000 hectolitres de ce feu liquide entrent dans les veines françaises, alors qu'en 1873 la consommation n'eu dépassait pas 6,713 hectolitres !

Une immense fabrique d'absinthe a été partiellement brûlée en 1901 ; on s'est empressé de la rebâtir, caria France consomme plus d'absinthe que tous les autres pays réunis.

Cette funeste boisson, multipliant la virulence intrinsèque de l'alcool qui lui sert de la base, par TactioD convuîsi vante et meurtrière des poisons siii generis qu'elle recèle, peut être considérée comme de lépilepsie en bouteilles.

L'empoisonnement qu'elle produit s'appelle communément Tabsinthisme, et, dans la pratique, on étend ce nom à toutes les liqueurs composées.

Tôt ou tard le buveur habituel d'absinthe ou de produits similaires a rintelligence alourdie : son sommeil est hanté de cauchemars, un tremblement continu agite ses membres ; les hallucinations augmentent, jettent leffroi dans son esprit ; tantôt il tombe dans un état de stupeur ; tantôt, en proie à des visions étranges, il est atteint de folie furieuse et commet, avec ioconsciencef des meurtres sur son entourage, sur sa femme, ses enfants, sur les personnes qui lui sont le plus chères ; tantôt il tombe sans connaissance, les dents serrées, le visage violacé, la bouche écumante, le corps torturé d'horribles convulsions, affecté de brusques secouses : V attaque qui vient ainsi de se révéler pour la première fois se renouvellera fréquemment désormais.

On a vu de pareilles attaques épilep tiques se produire au bout de

l'alcool est IFN TOXIQTTE Kl NON UN ALIMENT

r. quelques heures et parfois de q^uelques instants chez des personnes

? qui. par fanfaroimade, s'étaient engagées à boire une grande quantité

' de liqueur eu un court espace de temps. Les imprudents peuvent

môme être frappés de mort avant d'avoir tenu leur pari jusqu'au

bout,

L'Académie de médecine, dans sa séance du 10 juin 1902, a entendu la ïecture que M. Laroche a faite de son rapport sur la toxicité des boissons à essences. Toutes ont été étudiées : leur composition est très variable. G'estj comme on pouvait s'y attendre, l'absinthe qui tient ïe premier rang pour la nt*civité. Son procès est instruit, du reste, et jugé depuis longtemps ; les ravages qu*elle cause sont connus de tout le monde, etl^absinthisme s'est fait une place bien à lui dans le bilan général de Falcoolisme. La liqueur dite de noyaux n'est pas, non plus, inoffensive. L'aldéhyde benzoïque, Tacide prussi que. en sont^ avec plusieurs autres, les redoutables ingrédients, et il y aurait le plus grand danger à respirer seulement Tessence dont on se sert pour fabriquer ce produit,

M Laborde a rappelé les prescriptions de rarlicle 13 de la loi du 29 décembre 1900. Aux termes de ce statut, un décret peut prescrire» à regard des essences réputées dangereuses, soit Tinterdiction absolue de leur fabrication, soit une réglementation particulière, suivant le plus ou moins de toxicité reconnue. Le rapporteur rappelle les antécédents législatifs qui peuvent servir de guides en l'espèce, c'est à savoir :

La loi du Ti germinal an XI ; Tordonnance du 29 octobre 1846 ; le tableau des substances dangereuses dressé en conformité du décret du 9 juillet 1830, à la suite du rapport de M, Bussy, à l'Académie de médecine, et la loi du 26 mars 1872, dont larticle 4 est relatif à l'essence d'absinthe.

Le 3 février 1903, M, Hanriot prit la parole au sujet des conclusions du rapport de M. Laborde sur les essences toxiques qui entrent dans les boissons. Il fit remarquer que les impuretés de l'alcool qui sert d excipient à ces essences sont très nuisibles, notamment Talcool méthylique, toujours ajouté frauduleusement. Il proposa de ne proscrire d une façon formelle que lessence d absinthe et de ne fixer, pour les autres substances, que les doses maximum relatives à uû litre de la liqueur .

En résumé, l'alcool est un poison par lui-même, et sa toxicité est augmentée dans une proportion notable par 1 adjonction des essences.

Ce que nous disons de l'absinthe s'applique à toutes les autres compositions chimiques que leurs inventeurs offrent au public comme

•toximrà dk l'absinthe et des essences 39

de prétendus stimulants pour les estomacs blasés ; c'est ainsi que Tessence de reine-des-prés sert à composer le vermouth L'apéritif est un vrai fléau social. Il est le mensonge, parce qu'il n'ouvre pas l'appétit ; il est la destruction, parce qu'il annihile l'être humain et le réduit en servitude.

La science, après les tâtonnements que nous avons signalés, n'hésite plus aujourd'hui.ËlIe considère comme nul le rôle de l'alcool dans Talimentation, et tend de plus en plus à le remplacer, dans la pratique médicale, par le lait et les antiphlogistiques. Ces conclusions ont été proclamées au Congrès de Bàle, en 1895, sur les rapports de plusieurs sommités de France, d'Angleterre et d'Allemagne.

yiVRESSE ET 1* ALCOOLISME. — EFFETS INDIVIDUELS.

L^ivresse et ralcoollsme ne doivent pas être confondus. La première est un phénomèue passager, le plus souvent dû à une intoxication aigTië par Falcool, mais dont les symptèmes peuvent se produire également sous rinflnence de Ilutoxication par d'autres substances, par exemple, Toxyde de carbone ; elle altère, suivant son intensité, réquilibre de nos facultés, et disparaît ensuite plus ou moins promptement.

Quant à ralcooîisme, c'est h proprement parler, dans ses manifestations multiples qui varient selon les tempéraments et les idiosyncrasies, un état pathologique résullani d'un empoisonnement graduel qui altère féconomie, cause une dépression des facultés de Tétre humain, et le conduit à l'aliénation mentale ou à la mort.

Autrefois les ivrognes, excités par les fumées du vin, étaient exubérants et loquaces. L'alcoolique moderne, le buveur d'eau-de-vie, se renferme plutôt dans un silence morne. Son ivresse ne se manifeste d'abord que par uoe sorte de prostration. Mais bientôt Tceil slnjecte de lueurs inquiétantes ; le visage devient livide, le ncftw de la bouche annonce riuvective et la menace ; d'une secousse convulsive jaillira peut-être Timprovisation d'un meurtre,

Senèque a dit que Tivresse est une folie volontaire : voluntaria insania (1).

Cette passion dégradante est le fruit d'un appétit déréglé ^u vin et des liqueurs spirîtueuses, qui conduit l'homme à un suicide partiel, celui qui consiste à sacrifier momentanément sa raison. 11 tombe au dessous de l'animal, qai, d'ordinaire, ne mange plus lorsque sa faim est apaisée, et cesse de boire lorsqu'il n*est plus pressé par la soif.

Montesquieu affirme que» dans les pays chauds, tUvresse fait

(i) Epist. ad ùneiliumf 84.

I M-ir

EKFRTS INDlVîtVtTEtS

tomber l'homme en fréaésie, tandis que dans les pays froids, elle le rend stupide ; sous toutes les latitudes elle le dépouille de ses plus nobles attributs.

Par Tactionde Tivresse, les membres sont pesants, la démarche est chancelante, la langue embarrassée, Tesprit est plongé dans la torpeur.

Entraîné dans un nuage de vertige et d'hallucinations J'homme ivre perd la mémoire, rintelHgence, la volonté ; il devient incapable de maîtriser sa colère* Il retombe dans Fenfance comme le vieillard, avec cette différence que la dépression de fâge reste iûoffensive, tandis que raliénation alcoolique peut conduire au crime.

Si humble que soit son rang social, l'homme garde toujours l'empreinte de sa dignité native ; son visage est illuminé par la noblesse de la race. Si sa vie est troublée par des épreuves, ce sont Ici peines de roi dépossédé. Rien n'est plus vrai que la parole du poète :

L^homme est un Dieu torabé qui se souvient des cieux.

Maître de ses actesjncliné devant les lois divines et morales, maïs conservant avec nn soin jaloux le trésor de sa liberté, Thorome perd tous ces biens lorsqu'il se laisse dominer par Tavilissante passion de TalcooK

Quand les fumées deTivresse sont dissipées, il reste affaibli ; et cette faiblesse, entretenue par l'habitude de libations de plus en plus fréquenteSjdevient une sorte de décrépitude. Etranger à tout ce qui Tentoure, il en arrive à une existence purement végétative.

Le malheureux qui s'est laissé envahir par cette passion fatale a perdu la liberté : vainement il voudrait se reprendre : la tyrannie de l'habitnde en fait un esclave, et lui-même, ne sentant plus Taiguillon du remords, se déclare irresponsable. Mais cette inconscience, il se Test procurée lui-même par un vice. Comment pourrait- il l'invoquer à sa décharge ? N'est-ce pas le cas de lui appliquer cet axiome du droit :

Nemo audiiuT propriam turpiîudinem atlegans ?

Est-il un spectacle plus répugnant que celui du buveur sortant d'im cabaret, où le débitant sans scrupule a compté ié son ivresse ? S'il tombe assommé, presque léthargique, au pied dune borne, ouvrant encore ses yeux alourdis à la vision fantastique des maisons qui passent, l'agent de police ou le garde champêtre s*approche et, d'un geste bienveillant, lui offre un appui pour gagner le violon municipal. Et la foule joyeuse raccompagne de ses quolibets, indulgente à qui Tamuse : plus dun, sympathique, redit le mot bien connu : « Voilà pourtant comme je serai demain \ »

L IVRESSE ET L ALCQOLlâMK

C'est une vérité banale que ce vice dégénère toujours oa uae habitude funeste. Qui a bu boira, dit la sagesse populaire. Bieu rares sont lesinteoipérants qui s'en tiennent à des excès isolés, disant avec ie poète : Duice. est ciesipere in loco.

Ordinairement la surexcitation alcoolique devient un tel besoin pour le huveur cfull ne peut plus s'en passer.

L'alcoolique invétéré satisfait sa convoitise par tous les raoyens. Souvent, après avoir affecté la tempérance pendant le repas, avec sa famille et ses amis, en ayant toujours soin de ne pas boire son vin pur, il se livre dans sa chambre k des libations secrètes, et s'empoisonne volontairement avec les spiritueux qu'il préfère.

On sait que rien ne coûte aux alcooliques pour s'abandonner à leur triste penchant ; ils ont recours à toutes les ruses» Cette disposition se remarque surtout chez les personnes qui s'enivrent au moyen des essences plus ou moins toxiques qu^elles vont chercher non seulement chez les distillateurs, mais chez les pharmaciens ou même dans les magasins de parfumerie.

Ueau de Cologne, produit antiseptique souvent employé par les médecins comme un adjuvant utile, ne semblait pas destiné à figurer sur la liste des liqueurs enivrantes. Tel est pourtant Tusage qu'en font, si Ton en croit des révélations toutes récentes, un certain nombre de dames anglaises.

Au dire de témoins di|^nes de foi, ces ladies Tabsorbent comme les hommes boivent du whisky et du gin. Elles n'ignorent pas, d'ailleurs, que c'est là un produit dangereux qui les rend alcooliques. C'est pour cette raison qu'elles rougissent de leur défaut et se cachent pour le satisfaire.

Un docteur d'Oxford nous dévoile quelques-uns des subterfuges employés Une noble dame, après un accident ayant nécessité Tamputation du doigt, porte un appareil artificiel, en métal, imitant à s'y méprendre un doigt véritable. Mais ce dont on ne se doute pas, c'est que cet appareil est creux et langle est une soupape qui peut s'ouvrir facilement. Elle le remplit d*eau de Cologne et lorsqu'elle est en visite, au théâtre, si on la voit porter négligemment le doigt à la bouche, c'est pour aspirer la liqueur qu'elle affectionne tant.

D'autres mangent délicatement une grappe de raisin — un grain de temps en temps — dont elles rejettent la peau. Or, on est stupéfait en sachant que ces grains de raisin sont de petites ampoules de caoutchouc remplies d'eau de Cologne!

On signale encore d'autres appareils : des éventails possèdent des tranches creuses, remplies de la même liqueur.

EFrars ï^*DT^'î duels 43

Ue noble lord, qui connaissait la malheureuse |>assioa de sa femme, se vantait de Ten avoir déshabituée, 11 ne se doutait pas que dans le bouquet qu'elle portait toujours au corsage, était dissimulée l'embouchure d^une sorte de petit biberon caché dans sa poitrine ; en feignant de respirer les fleurs, elle absorbait son poison* Poison certain, car la malheureuse femme mourut toute jeune.

Or, le mari, en Taisant réparer le piano de sa femme défunte, quelque temps après, y découvrit toute une série de flacons remplis de liqueurs spiritueuses.

Nous avons déjà suffisamment de boissons alcooliques, souhaitons que Teau de Cologne reste un parfum et un antiseptique ; ce sera tout profit pour Thygiène.

L'eau-de-vie de cidre produit une ivresse farouche et très dangereuse. L'alcoolisé présente le caractère particulier d'une susceptibilité outrée contre celui qui paraît attentif à ses divagations. On remarque chez les amateurs de a bolées w des troubles de l'ouïe, des vertiges, des fourmillements, de rairaiblissernent musculaire, des crampes, des soubresauts, et parfois de l'épilepsie.

L'eau- de vie de cidre, beaucoup plus riche en alcool que celle de vin, occasionne souvent le catarrhe chronique de Testomac et des intestins ; mais il est un effet qui est particulier à reau-de*vie de cidre : une suffocation dont le mécanisme est encore inconnu. Le buveur se couche dans de bonnes conditions. Tout à coup il s'éveille avec un trouble indéfinissable, il quitte son lit et s'élance vers la croisée, qu'il entr*ouvre : peine perdue, Tair lui manque. Il essaye des inspirations précipitées : vains elTorts, sa figure rougit, il frappe les murs^ se déchire les chairs, et s'il pouvait encore penser à quelque chose, nul doute qu'il croirait sa dernière heure arrivée. Enfin, à un moment donné, sans savoir pourquoi, sans qu'il se soit produit quoi que ce soit chez lui, la respiration suspendue redevient entièrement libre, et le malade reste comme pétrifié, aussi effrayé de ce qu'il a éprouvé que surpris de se voir guéri aussi inopinément (1).

Nous avons distingué Tivresse qui peut n'être qu'accidentelle de Talcûolisrae qui est une maladie chronique, V

L'ivresse fréquente amène fatalement l'alcoolisme ; tandis qu'on ' peut devenir alcoolique sans jamais s'enivrer, " —

Il y a aussi, et c'est le plus grand nombre, des alcooliques qui, sans être 'vres à propement parler, sont toujours « sous pression », dans un état d'excitation maladive,

(1] ly Dfivd^kQS, UAlcùoHiine dant Ut eampaynê».

L tVRKSSB KT L ALCOOLISME

La seieoce nous enseigne qui] y a plusieurs manières de deven alcoolique.

La plus connue, mais non pas la plus' fréquente peut-être, c'esT rivresse répétée. Celui qui s'enivre tous les huit jours, à plus forte raison si c'est plus souvent, ne tardera pas à ressentir les troubles fonctionnels qui caractérisent T alcoolisme. De même, celui qui boit lialiitueMement des liqueurs fortes à toute heure du jour ; les ouvriers qui, àjeun^ prennent la goutte, sous prétexte de <( tuer le ver »; roux qui ont la détestable habitude de ne se mettre à table qu'après avoir absorbé un apéritif: vermouth, amer, bittcr, etc, : ceux enfin qui boivent de Fabsinthe : tous ceux là deviennent peu à peu et sans s'en apercevoir des victimes de V alcoolisme.

Pour communiquer à tout son être une hyperesthésie spéciale, plaisir non soupçonné par les tempérants, le buveur choisit la liqueur dont il a pris l'habitude.

Pendant les premières heures qui suivent Fabsorption de ralcool, son cerveau ressent une secousse passagère, une sorte de vitalité d'emprunt. La température s'élève, les yeux brillent^ la circulation se précipite, les muscles paraissent momentanément plus vigoureux*

C'est Tétat qu'a décrit Montaigne dans son langage imagé :

« Comme le moust bouillant dans un vaisseau pousse à mont tout « ce qu'il y a dans le fond, ainsi le vin fait déborder les plus intimes « secrets ï\ ceux qui en ont pris outre mesure, «

A ce moment apparaît chez l'individu ordinairement taciturne le besoin des confidences^ des épanchements qui débordent, des secrets qui s'échappent.

Bientôt arrive rexcitationdésordonnnée. par le phénomène qui auteur (1) appelle V hijperîdéalion ; c'est le déluge des paroles sans suite et des pensées incohérentes.

Puis vient la torpeur : le poison terrasse sa victime. L'aïcooHs tombe dans un sommeil comateux, il perd tout sentiment, réduit à une vie machinale. Il est ivre*mort I Cette expression populaire, dans son effrayant réahsnie, ne s'applique pas toujours à une simpli apparence : c'est surtout du sommeil de Tivrogne qu'on peut dire:

Et comanguîneus hihi sopor.

Que de morts subites sont dues en effet aux excès alcooliques I Certaines conditions y prédisposent : un froid intense ou au con-* traire une chaleur excessive, mais surtout des habitudes anciennes. Lorsqu'on examine l'estomac et l'intestin d'hommes morts dans ces

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