EFFETS INDIVIDUEL
conditions^ on constate que leur surface est parsemée de toutes petites ulcérations» Dans nombre de cas il s^est produit une hémorrhagie cérébrale ou palmonaire. Mais la cause réelle de la mort doit être cherchée dans le sang, qui est profoudémeût altéré. Les globules rouges sont déformés, crénelés, troués ; un tiers seulement est normal, beaucoup sont complètement dissous.
La rapidité avec laquelle la putréfaction s'empare des cadavres atteste la détérioration profonde de Torganisme. Le vieux maître Guy Patin avait déjà défini Teau-de-vie : Vffau de mort.
Avant de rester inerte comme un cadavre, le buveur, quand il se réveille, est souvent en proie à des sursauts terribles que les anciens auteurs appelaient des cas d*ivresse convulsivc- Percy a fait de l'un de ces cas une description saisissante, k Dix hommes peuvent h peine se rendre maitres du forcené. Son regard est farouche, ses yeux hagards, ses cheveux hérissés, ses gestes menaçants : il grince des dents, crache à la figure des assistants, essaye de mordre ceux qui l'approchent, imprime ses ongles partout, se déchire lui-même si ses mains sont libres, gratte la terre s'il peut s'échapper et pousse des hurlements épouvantables : c'est, en un mot, une sorte d*enragé. »
Si Ton suppose un individu se trouvant une fois par hasard dans cet état violent, il recouvrera presque toujours la santé ; les accidents sont rares, l'ivrogne gisant à terre avant d^avoir ingurgité la quantité de liquide nécessaire pour amener la mort.
L'alcool, môme pris à petites doses, si elles sont souvent répétées, attaque rapidement tous les organes essentiels à la vie. Il modifie d'abord leur fonctionnement, et produit ensuite des lésions plus ou moins profondes, atteignant progressivement tous les grands appareils de Téconomie. Le poison s'infiltre peu à peu dans l'organisme, corrode Festomac, congestionne le foie, dilate le cœur, imprègne les poumons et les bronches, excite le système nerveux.
L'alcool commence ses ravages par l'appareil digestif ; la langue devient rouge, bosselée ; elle perd le sens do goût ; — la gorge s'enflamme ; — Vestofjiac se congestionne, la sécrétion des sucs digestifs se modifie r les glandes stomacales s'irritent d'une façon permanente, et leurs produits perdent de leur puissance digestive ; les tissus s épaississent, les mouvements sont paralysés ; chex les buveurs de vin et de bière, l'estomac se dilate ; il se rétrécit chez les buveurs d'absinthe.
L'alcoolique perd l'appétit ; il éprouve une sensation de brûlure le long de l'œsophage : il est sujet aux vomissements, à la gastrite chrouique, aux ulcères de restoraac : il sVmaigrit progressivement et devient ataxique.
L IVRESSE ET L ALCOOUSMK
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L* alcool agit sur le foie, comiiié sur Testomac, en le coDgestionnant et en reaflaiumant ; mais rioflammation aboutit, si 1 usage des boissons alcooliques se continue, à des complications très graves, telles que la suppuration du foie ou son augmentation de volume, ou quelquefois une dégénérescence graisseuse ou fibreuse du tissu ûormal (la cirrhose).
L'eiïet de l'alcool sur le cœur n'est pas moins terrible ; i'excitatio] qu'il produit, le surmenage qu'il lui impose sans accroitre la pi sance de ses moyens, provoque à la Fois la dilatation de ses cavit et ramincisseraent de ses parois. Tout Tappareil circulatoire est d* ailleurs atteint. Les vaisseaux se durcissent. Le sang se raréfie et se corrompt. Le cœur est menacé dliypertropbie ou de décomposition.
Une grande partie de Talcool absorbé est éliminé par Fappareil respiratoire. Son action néfaste va se faire sentir ici encore sur tous les organes : le larynx perd de son élasticité et !a voix devient rauque et éraillée ; les bronches s'irritent, ce qui provoque une toux quasi-continuelle ; les poumons enfin perdent de leur résistance et deviennent un terrain tout préparé pour révolution de la tuberculose^J ou l'invasion des pneumonies infectieuses, ^H
Les organes des sens, même ceux qui semblent être le plus à Tabri de l'action de Talcool, sont atteints : la vue s'aftaiblit ; Voreille est remplie de bruits insolites et de bourdonnements ; ià parole est embarrassée ; !e iact s*émousse ; tout le système musculaire est comme paralysé ; les jambes fléchissent, la démarche devient incertaine et titubante.
Les alcooliques sont sujets aux vertiges et aux céphalalgies ; ils éprouvent des crampes et des anesthésies partielles avec fourmille* ments intolérables.
Ghezun homme saturé d'alcool, aucun organe ne demeure indemne]' et Ton retrouve dans toutes les fonctions, depuis les troubles de T appareil digestif jusqu aux atteintes les plus graves du système nerveux, telles que la paralysie ou la démence, la trace des immenses ravages exercés par le poison-
« L'aîcool, dit Liebig, par son action sur les nerfs, est comme une lettre de change tirée sur la santé de louvrier, et qu'il lui faut toujours renouveler faute de ressources pour racquitter. Il consomme ainsi, inévitablement, la bantjueroute de son corps, »
Un des résultats les plus fréquents de Talcoolisme est la paraly* sie des organes, et à celle-b\qui frappe le corps, vient s'ajouter parallèlement celle qui frappe lesprit. C'est qu'on peut voir et pour ainsi
SFF£T§ INDIVIDUELS
dire toucher du doigt les rapporU ititimei^ qui unissent le corps h râine, les organes à Ilutelligence.
Les observations journalières des médecins prouvent en etret qae l*alcool est un paralysant ; c'est une substaûce qui agit sur nos centres nerveux en les frappant en quelque sorte de mort momentanée» d'un engourdissement plus ou moins prolongé, jusqu'à la mort réelle.
Pour bien saisir sur le vif l'action de Talcool. il suffit d observer un ivrogne^ un de ces hommes (ou une de ces femmes, hélas !} qui titubent dans les rues. Une fois qu'il est tombé h terre, il se retom-ue en tous sens comme une bète blessée, il lui est impossible de se relever ; c'est tout au plus si, au bout de quelques heures, il commence à se mouvoir ; il se soulève péniblement ; puis, après une série de nouvelles chutes, il parvient à s'asseoir, à se hisser sur quelque marche de monument ou sur quelque bordure de trottoir. C'est l'image d'une paralysie absolue, complète, L'homme est foudroyé, comme coupé en deux*
Puis, au bout de quelque temps, Talcool est chassé en partie par les reins, par les poumons ; le système nerveux qui commande récupère ses fonctions premières jusqu'au prochain excès.
L*alcoolique, souvent, croit voir un signe de santé dans la graisse qui, au début de son empoisonnement, envahit ses tissus. C'est là une grave erreur.
L'excès de graisse est le signe d'une nutrition qui s'opère mal. Chez Talcoolique, les chairs sont flasques, peudautes^ la face est bouffie, le ventre est obèse. Suivant uue expression populaire caractéristique : « l'ivrogne fait de la mauvaise graisse »,
Cet embonpoint ne représente, du reste, qu'une phase transitoire. N'ayant plus d'appétit^ digérant mal le peu qu'il prend, l'alcoolique ne tarde pas à maigrir*
 ce moment, ce qui disparait, ce n'est pas seulement la graisse, mais la chair elle-même, et la force nécessaire à la vie.
Les désordres des facultés mentales présentent une marche assez semblable à celle des désordres sensoriels : simplement perverties dans le principe, elles peuvent être dans la suite plus ou moins complètement abolies.
Avec les spasmes du delirium tremens nous voyons apparaître tout un cortège de rêves macabres interrompus par des mouvements convulsifs qui réveillent momentanément l'ivrogne. Dans ces inter* valles il souffre horriblement et parle de se suicider. De même que dans les accès de la fièvre chaude, il court aux fenêtres pour se précipiter au dehors.
L ÏVRESSE £T L ALCOOLISME
Le delirium treinem est un épisode aigu qui est sous la dépendaQce étroite de ralcoolisme chroQique.
Après des accès répétés^ ï ivrogne en arrive à un étal permanent d'hébétude.
Le sommeil de l'alcoolique est troublé par des cauchemars : ses rêves sont peuplés d animaux qa il voit courir sur son lit ou dans sa chambre.
« L'alcoolisme n*est qu'une vieillesse anticipée >j, dit M, Lannelongue, et il ajoute : a Ce qui caractérise le plus le buveur, c'est son défaut de résistance. En présence de tous les fléaux qui assiègent rhonime, en présence du grand nombre de maladies qui le menacent, la véritable caractéristique de Thomnie bien portant, c'est sa résistance organique qui lui permet de triompher de tous les assauts que lui don Dent, h chaque instant, les infiniment petits, ses ennemis les plus terribles» Or le buveur a perdu toute résistance ; c'est un mauvais blessé, c*est un mauvais malade. A quarante ans, il a les tissus d'un homme de soixante ans au moins. Le vieillard et le buveur se ressemblent ; je me trompe : le vieillard a une résistance plus grande... w
Ainsi Talcool, d'après des constatations irréfutables, diminue la vitalité de nos organes, et, par lc\ même, leur résistance aux attaques des bacilles virulents ; il est donc, dans le corps humain, un véhicule pour les maladies. Prenons TalceoUque décent, celui qui se scandaliserait d'apprendre qu'il mérite cette épithète. Comment donc î Pendant 40 ans il n*a jamais bu plus d'un petit verre de cognac ou d'anisette après son repas I Et en fait de vin pur, il n'a presque jamais dépassé ce qu'on appelle « te coup du médecin » I
Il se croit en excellente santé, car Talcool lui a donné un visaj coloré et de Ferabonpoint. Aussi ne demande- t-il qu*à continuer un régime qui paraît lui avoir réussi et flatte sa gourmandise.
Mais, un jour, il contracte une maladie peu grave, une bronchite, une grippe, par exemple. Sur une personne saine, la maladie évoluerait d'elle même vers la guérison. Chez l'alcoolique, toutes les complications sont à craindre : avec lui le médecin n'est jamais tranquille. Souvent^ en peu de jours, le raal triomphe, au grand étonnement des amis, qui ne comprennent pas qu'un homme si fort ait été si vil enlevé.
La nature a donné h nos organes des moyens de défense suffisan contre les attaques des microbes, causes des maladies contagieuse Mais c'est à la condition que ces organes soient sains et en bon état.
On a remarqué que, pendant les épidémies, les alcooliques sont particulièrement atteints. Ils succombent facilement lorsqu'ils contractent la fièvre typhoïde,mois c'est surtout la phtisie qui les décime.
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KKKJiTS I^I>lVrDUCUI
L'alcool, comme on Ta dit avec raison, fait le Lit à la tuberculose en rendant tous les obstacles vulnérables*
Tout le monde connaît le bacille de Koch, ce petit bâtonnet qui se multiplie par milliards, qui voltige dans la poussière des crachats desséchés, qui vit autour de nous et qui, lorsqu'il peut pénétrer et s'alimenter de notre substance, ne demande qn*à vivre de nous.
Il s'agit pour tous ceux qui veulent conserver leur vie, de fermer la porte à cet bote dangereux.
Dans le duel qui s'engage entre les bacilles et nos cellules, ce sont ces dernières qui doivent rester victorieuses,
Lorsqu'elles fléchissent, c'est qu'une léthargie acquise les livre désarmées k Tadversaire, Tenons toujours la main sur la garde de notre épée, car c'est rexistence môme qui est Tenjeu du combat.
Aussi bien notre corps ressemble à une terre stérile où certaines graines s*épuisent, tandis qu'elles s'élèvent et grandissent aussitôt qu'elles y rencontrent un engrais. Or Talcool est proprement Tengrais favorable au développement des bacilles, c'est à nous à surveiller notre sol pour ne pas l'affliger de cette fécondité mortelle.
Au Congrès international de Londres qui rassemblait des sommités du monde entier pour combattre la tuberculose, il a été reconnu que falcool en était Fun des plus actifs générateurs, La statistique prouve que c'est dans les milieux où il y a le plus d'alcooliques qu'on voit le plus de tuberculeux. Gomme on le dit dans les classes populaires, « la phtisie se prend sur le zi^ic ».
Aussi les intempérants qui ne deviennent pas tuberculeux ne sontils pas indemnes, car parleur mauvais exemple ils incitent les autres à boire et deviennent indirectement les meurtriers de leurs imitateurs.
Si les médecins n'écoutaient que le vulgaire intérêt professionnel, ils seraient partisans de la dilTuslon de falcool qui est un très actif fournisseur de maladies.
Mais il est inutile d'ajouter qu'aucun membre du corps médical ne s'arrête è de semblables considérations. Tous voient dans l'alcool un ennemi de la santé publique qu'ils ont pour mission de défendre.
Les effets de Talcool ne ressemblent pas à ceux de l'opium et du haschish, ces stupéfiants si chers aux Orientaux ; mais ils engendrent aussi, par un processus fatal, la désorganisation de la vie et la mort à bref délai. Il est vrai que falcoo tique n*est pas condamné par des lois aussi mathématiques que le fumeur d'opium : ce dernier ne dépasse pas ordinairement le terme de cinq ans, tandis que la victime des boissons spiritueuses, grâce à ses dispositions spéciales ou à certains tempéraments dans le vice, peut résister plus longtemps aux