‹ L'alcoolisme: fléau socialChapitre 46 sur 60 · REMÈDES MORAUX · texte numérisé non relu

REMÈDES MORAUX

Sociétés de tempérance.

Nous avons parcoui-u le cycle des mesures lé^slatives ffui pm raient être prises contre ralcoolisme.

Mais c'est ici qu'éclate la vérité de Tadage antique : Qtiid leg sine morihus ? — Si d'une part on arrive par des lois sagement étudiées à priver Talcoolique de la suggestion qui le sollicite, k le puni^ de manière à rauienderjl importe de ne pas limiter TelTort aux ac législatifs. Ces! surtout par les remèdes moraux qu'on peut Irnttre en hrèctie le fléau qui frappe notre existence nationale.

D'ailleurs, pour trancher ces questions de vie et de mort, c'« un faux calcul de compter exclusivement sur faction de l'Etat. Coinmfl~ l'a dit un économiste anglais^ Cfiannaing, falcoolisrae nest paswi vice isolé; i! est à la fois et la conséquence et le symptôme d*une démoralisation générale. Or toulesîes lois sont impuissantes h extirper un mal qui a pris racine dans la vie d'une nation. On ne rend pas les peuples tempérants et vertueux par un décret inséré au Journal officiel.

La prophylajcie anti- alcoolique trouve son appui principal dans l'initiative privée: et comme rexempleest le premier stimulant d'une propagande efficace,, il faut reconnaître que les sociétés de tenipéraocf' ont oljtenu des résultats sérieux, et, la plupart, du temps, ont provo* que les mesures législatives dirigées contre Tenvahissem eut du fléau. Aucune institution ne répond mieux aux nécessités de la lutte. Les associations fondées dans le but de prêcher et d'organiser la tempérance ont été recommandées par M. Lahoulaye, et ensuite ] M. LéonSay(i). •

C'est vers le milieu du xvi"* siècle que nous trouvons la trace i plus anciennes sociétés d'abstinence.

(1) Rapport fait au nom de la commission instituée en f887 au uiintstére des finances pour étudier les réformes à apporter au régime des boîsio&ftt p. 56.

SOCLéT^S DK TEMPÉRANCE

j Quelques chevaliers, désireux de réagir contre la grossièreté des taœurs, s'unissaient pour s'interdire les excès de boisson* C'est ainsi que fut fondée, par Sigismond de Dietrischstein, la Société de Saint- Christophe, dont les membres prenaient rengagement de ne jamais \irinquer et de ne point cliercher à enivrer les autres convives. I Une association analogue fut instituée en 1600 par Maurice de JHesse. Puis vint la Société deVÂnneau d'or, tbnctionnant sous le •patronage du comte palatin Frédéric V (1).

I C'eût été trop exiger des rudes compagnons d'Ontre-Rhin que de I leur imposer une abstinence complète. Les statuts se gardaient de ] poser une semblable règle.

Ainsi les associés de Maurice de liesse devaient seulement promettre de ne pas absorber à chaque repas plus de sept bocaux^ et» d'après les souvenirs conservés dans nos niusées, nous savons que les coupes de ces vieux guerriers étaient taillées de façon à les préserver efficacement de la soif.

C/ était déj?i beaucoup que de s'imposer ane limite ; car il est probable que la quantité pennise, si large lul-elk% était calculée de manière h ne pas amener Tivresse chez un homme robuste.

Plusieurs de ces sociétés obligeaient leurs membres h taire Taumone, pour apphqiicr au soulagement des pauvres les sommes qui auraient été déi»ensées en libations excessives. C'est sur cette base qu'était instituée TAssociatioû des Tempérants de Cambrai,

Au conmiencement du xrx'^' siècle, T Amérique vit naître la première des sociétés de tempérance modernes.

En 1808, dans une petite ville de TEtat de New -York, il se constitua un groupe de tempérants, qui, sans s'interdire absolument Tusage des boissons alcooliques, s engageaient k demeurer dans les limites d'une consommation modérée (expression bien élastique, il faut le reconnaître). C'est pourquoi, lorsqu'un 1820 rinitiative d'un médecin de Boston créa VAmericaff^ temperatïre Society^ le programme di3 la nouvelle société, bien autrement sévère, exigea Tabstinence de toutes les boissons disiillées.

Cette rigueur même ne parut pas efficace, « Les boissons fermentées ne présentaient- elles pas aussi de graves dangers, si on les prenait dans des proportions abusives? Et Tindividuqui s'attablait dans un endroit où se vendait la bière, ne se laisserait-il pas entraîner par l'exemple d'autres consommateurs, et ne relornberait-il pas dans te vice? » Après quelques années d'hésitation^ 1^ principe du teetotalism^ ou de rabstinence totale des boissons alcooliques, devint la

(1) Muteau, V ivrognerie, p. 104.

REMEDES MOnAUX

rè^le générale» Les 1.500,000 membres que se partagent les 8.0DO sociétés américaines de tempérance ont tous signé et observent tous — sauf les contraventions inévitables — un engagement portant en substance :

(c Je promets solennel lement de m'abstenir de la Fabrication, deU vente et de Tusage de toute boisson alcoolique, et de travailler tous les moyens honorables à la conversion des buveurs. »>

Gomme dans les pays non vitico!es,les compromissions et les demimesures ne récoltent que dea insuccès.

Aux Etats-Unis, pour être réputé tempérant, it faut s'abstenir de toute boisson contenant de Falcool ù un déféré quelconque. L'Américain ne connaît pas de moyen terme. Cette conception janséniste de la sobriété peut décourager les hésitants ; mais elle convient auï mœurs anglo-saxonnes.

Les différentes confessions religieuses rivalisent de zèle pour coi battre Falcoolisme. On connaît Fardeur des méthodistes et presl tériens lorsqu'il s^agit d'appuyer îe sylèmede la prohibition ; FEglise catholique tient à honneur de s'unir à ce mouvement salutaire ; elle exclut même, dans bien des provinces, les cabaretieps de la société des fidèles.

Au nombre des sociétés professionnelles, la plus importante est b Fédération des sociétés catholiques, « Catholic total absi%nen\ union of America », qui compte LOIX* sociétés et 89.000 membres,

Une société anghcane, la « Church tempérance socîety », a installé dans les rues de Ne\v-Yor*c des fontaines d'eau fraîche où les pauvres vont se désaltérer, comme à Paris aux fontaines Wall ace. En outre» elle fait circuler sur la voie publique des voitures à bras où fou trouve des comestibles à bas prix et des boissons sans alcoolJl y ad^H plus un service de voitures transportant du café chaud aux pompieî^^ sur les théâtres des sinistres et aux cochers des voitures passant leur nuit à attendre la sortie des bals. Ce dernier service est payé au moyen d'une cotisation de dix cents (0 fr. 50) par invité, que la société demande aux personnes donnant la soirée, et qui est toujours accordée sans objection.

Il existe même des « sociétés secrètes de tempérance » . Ce sont des mystères innocents, mot de passe, insignes bizarres, etc, Cet appareil attire la curiosité des initiés.

L' a Association hrétienne de tempérance des femmes » ( Wo\ Christian Tempérance Union) réunitdes dames zélées qui se dépenienl sans ménagement pour la bonne cause, avec cette devise ardente : « For God, home, and native land .i>

Cette société, fondée en 1H73 par une zélatrice enthousiaste, misa

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