‹ L'alcoolisme: fléau socialChapitre 48 sur 60 · REMEDES MORAUX · texte numérisé non relu

REMEDES MORAUX

les désordres qui les rendraient odieuses aux habitants des villes, eti exposeraient à des répressions pénales.

A rcxemple de rAngleierre, un grand nombre d'assurances si ia vie^ et ootammeut V h EquHable », accordcot des réductions notables de tarifs aux abstinents totaux, à cause de leur longévité attestée par les statistiques.

Tous ces efforts ont amené aux Etats-Unis une p:randc dîmimitioô de l'alcoolisme.

De son côté rAnglcterre Favorisait le déveio|i|iL-tiH'iti «Ils socîéfl de tempérance. Kn 1832, le ieeioialum était énergiquement préconisé par Joseph Livcsey et ses compagnons, « les sept hommesj PrestoD »,

Un célèbre moine, le capucin Mathew, surnommé ce Tapôtre dej tempérance », rem porta en Trhinde les plus éclatants succès. Il devint Fidole et le prophète des populations qu'il fascinait par son é|i quencc.

Après une série de conférences qui dura trois mois, il réunit faveur de ses fondations 25 JX)0 signatures.

Cinq mois après, elles avaient atteint le chiffre de 131.000. Ava neuf mois écoulés, d'avril h dérembrt' !8.')H, elles s'êlevaieatî 155. OOO* Les prisons de Dublin étaient vtdes. Les débitants faisaie faillite. Les dépôts affluaient dans les caisses d'épargne, Tjc prodij des taxes sur les alcools diminuait, en quatre années, de 80(1 U livres, soit 20 millions de francs.

On vota d*enthousiasme Térection d'une statue de Mathew si une place publique de Cork.

L'Ecosse, rAngleterre, que Tapôtre parcourut après l'Irlande,! lui firent pas moins fête. Et aujourd'hui le Royaume-Uni corapl€ près de cm^/ milliojjs d'abstinents, répartis dans 392 associations de tempérance (1).

Après les pays anglo-saxons, ce sont les nations Scandinaves ( renferment le plus grand nombre d'abstinents complets. La Suède! des centiiînes de sociétés de tempérance, et 300, (XXï affilié 120.000 adhérents à rabstinence totale se groupent dans les 800 s ciétés norvégiennes. Le Danemark, qui est encore l'un des plus fori

(i) Citons, parmi les principales associations anglaises : 1%. Sùciété de temp rancis de VEglise anglicane (230. DOO adultes et 320, MO etifauts) ; VAUian^ du Royaume'Uni pour la suppression du commerce des boissons 120.0004' hérents) ; la Ligur cathfAique de ta CroU, ayant des sections h Tétrangt' VUnited Kin^dotu band of hope Vnioiu *«pécialû aux enfante. — Il y «< Aoi^lDlerre une Assoi^iatioû tempérante de ujédecius, nin^i (jirane st*ri6 ' groupt^s tucftnx ori^ûoiàés par diUéi'ents corp^ de métiers (M, JUu. p. 22).

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consommateurs d'alcool, possède déjà une phalange respectable de 30.000 abstinents.

La campagne contre Tivrognerie est très bien menée en Suisse. M. le pasteur L. Rochat a fondé à Genève, en 1877, Tœuvre de la Croix-Bleue, qui constitue une sorte de fédération internationale avec des ramifications en France, en Belgique, en Allemagne, et jusqu'en Tunisie et en Palestine (1). Chaque groupe, bien que dépendant du Conseil central, conserve son autonomie (2j. La Croix-Bleue compte 13.000 sociétaires, dont plus de 5.000 femmes.

Elle exige de ses membres la privation de l'alcool, mais sans prétendre rimposer à ceux qui lui sont étrangers. Nous trouvons encore en Suisse Y International Verein zur Bekamfung des Alkoholgenusses, de Zurich, association présidée par M. le professeur Forel ; la Helvetia^ société d'abstinence des écoles moyennes suisses ; la Société de tempérance, groupe composé de trois agrégations catholiques : Katolischer Abtinenz verein, Ligue de la Croix, et Abstinenz verein. C'est dans ces associations que Tarmée anti-alcoolique puise ses meilleures réserves.

Les nations du Nord et de l'Est se plient plus aisément que les Latins aux résolutions radicales en matière d'abstinence. Le Français, l'Italien, l'Espagnol, qui, sous les derniers rayons de l'automne, voit mûrir le raisin et fermenter le jus de la vigne, se persuade difficilement que le nectar récolté peut dégénérer en poison.

Nos compatriotes, spécialement, sont habitués à toujours attendre l'initiative gouvernementale. Nous n'avons pas senti tout d'abord le besoin de résister nous-mêmes au fléau.

C'est seulement en 1871 qu'a été fondée la Ligue nationale contre V alcoolisme^ sous l'impulsion des docteurs Bergeron et Lunier. Cette ligue n'a pas voulu garder un caractère exclusivement médical ; elle a ouvert ses rangs à des moralistes, à des jurisconsultes, à des professeurs de science sociale et d'économie politique. Le président actuel est M. le docteur Semelaigne, et le secrétaire général M. le docteur Philbert.

Cette société a été reconnue d'utilité publique en 1880. Dans la crainte d'efTrayer les timides, elle avait, dès l'origine de sa fondation, permis l'usage des boissons dites hygiéniques.

Un jour, à l'assemblée générale, le président s'exprimait en ces termes :

« Je parle ici de l'alcool et de ses détestables dérivés ; je parle de

(1) Annuaire de la Croix-Bleup^ 4894, p. 5.

{2)ld., 1895, p. 13, 60.

REMÈDES VOaAUX

ces boissons frelatées qui n^'ont du vin que la couleur et le nom, «l dans lesquelles, pour employer Texpression d*un poète anglais, 1& mort est à fœuvre sous les apparences de la vie. Je ne parle pas du jus naturel de la vi^ne, tel que le produisent les bonnes terres de notre Bourgogne et de notre Gironde, les modestes coteaux de Suresnes ou les humbles plaines d'Argenteuil. Le vin honnête, honnêtement bu aux repaSt et surtout, quand cela se peut, aux repas famille, c'est un aliment trôs a%^ouable, très salutaire souvent. Et bien qu'il y ait des gens qui s'en pussent absolument et nVn vivent ni moins longtemps ni pîus mal, nous n'avons garde de le proscrire: ce ne serait plus de la temporance, ce serait une variété d'intempérance. L'excès en tout est un défaut. i>

IS Association de lajeunmse françaùe tempérante^ fondée en 1896, exige de ses membres <' rengagement de ne faire aucun usage des boissons distillées, sauf prescription médicale, et de n'user que modérément des boissons Ferraentées w. — « L^ abstention des À7>in7r/eï^ ou boissons distiUf^f^s et F usage modéré des boissons fer m entées »», tel est également le programme de !a Société contre l'usage des huis-' som spiritueuses, Ligue anti-alcoolique^ fondée en 1895 par le doc* leur Le grain et qui compte de nombreuses sections, réparties dans les différents points de la France.

Quelques-unes de ces associations ont une couleur religieuse ; ainsi la Croix-Blanche, en France, réunit des catlu^liques, taudis que la Groix-Bïeue, qui s^étend au Nord de l'Europe et aux Etats Unis, s'adresse aux protestants. D'autres sont neutres, comme la Lif^c anti -alcoolique, qui a réalisé en France la fédération de toutes les sociétés fondées sur le même principe (Union française).

De nouvelles créations sont venues depuis compléter le réseau k défense contre Talcoolisme. En 1893, la Croix-Bleue s'est orgaDÎs^'C sur plusieurs points de la France

Les villes de Nîmes, de Dîeuletit» de Condé-sur-Noireau oût fondé des succursales.

Depuis quelques années, des Congrès internationaux se réuflîssent pour combattre Falcoolisrae.

M. le professeur Alglave a rendu compte des travaux du Congrès tenu à. BAleen 1895 (1), Mgr Egger, évéque de Saint-Gai I, rupi-ésentant officiel du Saint-Siège, a pris une part très active aux dé- T libérations de cette assemblée.

Dans la plupart des sociétés que nous signalons, la propagandes^ fait à Taide de réunions, de conférences, de congrès, de jouraauxfl brochures, etc. J

(!) Journal Le Temps, noméroa des 27 août et 4 septembre t895. I

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Les sociétés ont, dans plusieurs régions, réussi à faire voter des lois spéciales, appuyées par des membres du Parlement dont l'adhésion leur était acquise.

Est-il permis de contester Futilité des sociétés de tempérance ? Pendant longtemps, il a été de bon ton de les tourner en ridicule et de les abandonner, avec une élégante désinvolture, aux satires des caricaturistes. Les restaurants où Ton n'offre aux consommateurs qu'une carafe d'eau claire ont excité la verve des petites feuilles comiques dont les rédacteurs se retrouvent presque tous les jours aux tables du boulevard, à l'heure de 1' « apéritif », euphémisme qui sert à désigner le poison vert.

Il a fallu pourtant compter avec les statistiques, et reconnaître que l'Angleterre, depuis l'extension des sociétés de tempérance, voyait diminuer dans une proportion notable la consommation des spiritueux. A la séance annuelle de la Société française tenue le 26 avril 1891, le ministre des travaux publics a expliqué un fait économique d'une portée si considérable. « Ce n'est pas, a-t-il dit, la richesse de l'Angleterre qui a diminué, les ressources des consommateurs ne se sont pas non plus abaissées ; cette diminution de la consommation de l'alcool en Angleterre est due, il faut bien le dire, à l'action des sociétés de tempérance ; elle est due à leur initiative, à leur propagande, à leurs institutions pratiques. Actuellement, le quart de l'armée anglaise observe une totale absti' nence ; les recettes que donnait la consommation de l'alcool ont assez baissé en 1884 pour donner des inquiétudes au chancelier de l'Échiquier > (1).

Une diminution semblable s'est produite en Amérique. C'est l'exemple, et l'exemple héroïque, qui est l'âme des sociétés de tempérance.

Sénèque, écrivant Téloge de la pauvreté sur des tablettes d'or, n'a jamais conquis beaucoup d'adeptes. Il faut qu'un vrai chevalier de la tempérance aille lui-même dans les cabarets relancer le buveur, le prendre parle bras, et l'attirer à Tair frais de la rue, sur le trottoir où l'attend sa femme en haillons, avec un enfant à la mamelle. Surpris, souvent persuadé, l'ivrogne se ressaisira peut-être; il jurera d'être sobre (ce qui n'est rien), mais il tiendra sa promesse pendant une semaine (ce qui est beaucoup). Et les bonnes résolutions feront mentir le proverbe : « Qui a bu boira ». Que l'apôtre ne se rebute pas ; si l'habitude l'emporte quelquefois sur la promesse, ce sont là des faiblesses inhérentes à la nature humaine.

(1) Bulletin, 1895, p. 46.

REMKDI^ MOtlAUX

L'auteur de celle étude, se trouvant à Oxfoni au mois de mai UW4, y rcncoDtra un jeune Français qui suivait les cours de cette Unive^ site célèbre. Désirant i'ùter son compatriote en lui faisant goûter, avec lucHioralion, un verre ou deux de ces bons crus de Bordeaux « qu'ils n'ont pas en Angleterre », il le conduisit dans ïe premier restaurant de la ville, où le service assez luxueux semblait autoriser toutes les rominandes habituelles en pareil cas. A^ant Cuit un signe au maître d'hAteï, et lui ayaûi réclamé doucement une bouteille de Sauternes ou de Saint-ïCmiliou, cet imposant personnage, dont les l(>vres dessinaient jusque-lA le sourire discret d'un serviteur empresisé, prit tout h coup Tair d'un policeman, et, fronçant le sourcil, dit avec un geste dlndignatiou : Tempérance Society î jYot alcool I — Donoeriez-vous un peu de bière ? — ISo I — Que boirons-nous ? — Water, limonade, tea. — C'était péreuiptoire. Le ton du nuijordomci quait ciust^i nettement que possible la ferme volonté de résister* toute sollicitation nouvelle. Cent guiuées n^auraient pas eu raison <ie son inflexible rigueur. — I^in de nous plaindre, nous avons IVanchement admiré ces cbanipions de Tanti-alcoolisrjie qui sacrifie rintérùt à la propagation d'une idée généreuse.

On sait que la Grande- Bretagne, corn me la Suède et les Etats- Ucii^ a fondé des calés de tempérance. Elle possède 7.000 de ces établissements, représentant un capital de 2 millions de livres sterling «l occupant tîB.OOO emplovés.

Les dividendes qui sont distribués aux actionnaires atteignent 8 ù Itj pour cent du capital.

Certains de ces cafés de tempérance où Ton ne vend que deslimn-" nades, orangeades, glaces, lait, chocolat, etc., sont très confortablemeii!^ aménagés.

Les cabaretiers de Bristol avaient refusé de fournir du thé et i café aux ouvriers terrassiers emplovés à la construction d*un chen de fer : un abstinent philanthrope fit élever, à ses frais, une baraque pour la vente des boissons non alcooliques. Il réussit dans son entreprise, et ce fut Torigine du grand mouvement des Coffee-tovermài la Grande-Bretagne.

A Liverpool, le Glul> des abstinents comprend^ au rez-de-chatisséi un restaurant et nu café ; au premier étage se trouvent des »allt's de réunion et de lecture, une bibliothèque, une caisse d épargne, un bureau pour les sissurances sur la vie. Partout régnent la pîusgran'i*^ propreté et le confort. Lhi jardin serl aux amateurs d'exercices corporels. Ce club est fréquenté par 1.200 ouvriers, leurs femmes et leur^ enfants. Les cotisations ne représentent qu'une partie des somint^'^ que les adhérents auraient dépensées en boissons alcooliques* C«

SOCUi:TES l>E TEMPERANCfi

club coûsiitue Qiie véritable puissance : son budget est de âCKHKK) l'r.

\ Londres, le Palais du Peuple y rendez- vous des abstinents, possède une salle de concert, un grand restaurant économique, une bibliothèque, un jardin d'biver, des salles de jeux, de réunion, de conférences, ayant 3.000 places, des bains, etc. Que Ton compare ces établissements où l'ouvrier se rend avec les siens, où il se divertit, s'instruit, aux cabarets où Ton ne vient que pour boire, s'empoisonner et se ruiner I

11 va de soi que Tinstn Nation et l'exploitation de ces maisons exigent beaucoup de prudente, de savoir- Faire et de ténacité, surtout dans les pays où la population n'a pas encore été bien préparée (1),

Pour terminer cet aperçu des moeurs anglaises, nous donnons le texte d'un document rare, le premier engagement écrit de tempérance» daté de 1637, du pasteur anglais R, Bolton :

« A partir de ce jour et jusquVi la fin de ma vie, il ne j n'arrivera plus de prendre part h nu toast, ni de boire à un verre, une coupe, un bol» ni h aucun autre des instruments usités pour la boisson ; cela quoi qu'il arrive ou puisse arriver, malgré notre très gracieux seigneur le roi, malgré le plus grand des souverains ou des tyrans qui soient sur la terre, malgré mon meilleur ami et quand bien même on ra'oQrirait tout Tor de la terre. Ni les anges du ciel (qui, je le sais, ne le veulent pas), ni Satan avec tous ses démons, ni tous les pouvoirs de renfer ne me feront manquer à cet engagement,

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