‹ L'alcoolisme: fléau socialChapitre 49 sur 60 · R* BOLTON · texte numérisé non relu

R* BOLTON

« Broughion, 10 avril 1637. »>

Peut-être le flegme britannique s'aecommode-t-il plus facilement de ces intransigeances que la vivacité Française ; mais on aurait tort de se décourager pour ce motif; car le jour où les populations seront convaincues de la nocivité de l'alcool, elles sauront modifier leurs moi^urs et leurs habitudes pour assurer le salut social.

Le 5* Congrès international pénitentiaire, qui s'est réuni à Paris, a voté une résolution tendant à favoriser le développement des sociétés de tempérance (2).

Malheureusement lorganisation de ces utiles groupements ne trouve pas encore, chex les autorités, le concours actif et sympathique qui devrait leur être accordé. L'un des fondateurs de TUnion française anti- alcoolique nous en fournit un exemple. << Dès le lendemain de la séance constitutive, dit il, nos statuts sont déposés k la préfecture ; puis les jours et les semaines s'écoulent, sans que rautorité compé-

(i) Sérieux et Mathieu, UAlcùoL 2J Gaz, triù. du 31 juillet 1895,

RSMKDES MURAUX

lente nous octroie signe de vie. Nous attendions avec impaliuim: raulorii?.'ition nécessaire pour inaugurer notre campagne. Enfin l'ad^ ministration s'ébranle» et elle nous envoie de ses nouvelles [»ar im sergent de ville chargé de passer chez les memhres de la Ligue eu formation, afin de rechercher la date exacte de leur naissance! Croyez -vous qu'il faille surmonter atitanl de harrières pour ouvrir un débit de liqueurs fortes? Une simple déclanirion A In mairie suffit. •

Signalons en France, outre les grandes associations dont nous avons déjh parlé, la Prospérité (société française contre l'usage de toute boisson alcoolique),fondée en 181H), et qui vient d*ouvrir um maison d'assistance par le travail destinée aux malades alcooliques sortant des liApitaux ou des asiles.

Voici un extrait des statuts de T Association de la jeunesse frim* çaise tempérante :

Art. 2, — Cette association a pour but : l^ d'éclairer la jeunes! française sur les dangers de l'alcoolisme ; 2** de fortifier les habitudes de tempérance et d hygiène cliez les jeunes gens des deux sexes qui sollicitent son appui ; 3^^ de procurer h ses membres des distrj tiens saines dans la mesure des moyens légaux et des ressources cuni aires dont elle dispose ; 4^ de les faire bénéficier de tous li avantages moraux et matériels qu'elle peut obtenir pour eux ; 5' les aider k surmonter les difficultés qu^ils peuvent rencontrer au Ai but de leur carrière.

Art. i. — Pour être raembre actif, il faut : l" être ^gé de ûj ans au moins et de vingt ans au plus ; 2° être autorisé par ses pi rents ou par son tuteur ù faire partie de rassociation ; 3° prendre rengagement de ne faire aucun usage des boissons distillées, sai prescription médicale, et de n'user que modérément des boissoi fermentées ; 4*^ se soutnettre à un contrAle médical au point de v«<^ spécial de rakoolisme^ dans les conditions fixées par le conseil d'ai ministration.

On ne saurait trop le redire ; ces agrégations d'abstinents accoi plissent une œuvre de salut social. Par eux Tenfance est prémui contre les empoisonneurs qui ireulent lui infliger la corruption comi une marque. Protégée dans sa floraison, la jeunesse échappe ati rus des précoces décadences ; l'homme raùr et le vieillard sont d( tournés d'un vice qui flétrit et abrège la vie.

L'oeuvre des membres actifs des sociétés de tempérance est d'al leurs essentiellement méritoire. Il est toujours ingrat de prêcher sacrifice, dans un siècle où le bien-être est un Dieu, et la privalioi

jm*

SOCltrm t>K TEMPélUKCE

■e plus redouté des épouvantails* Le verre d'eau, malgré tout, pré*

Ken te moins de séductions que le rubis du Pommard et du Ghâteau-

■fargaux.

■ Le cristal de la source, la pureté limpide la Vanne, nectar des Parisiens, ne peuvent pas faire oublier sans peine le « jus de la treille )>, le « san^ du raisin », le w soleil condensé », la u joie en bouteille »>, surtout quand la fiole poudreuse tétnoigue de son âge respectable et fait remonter la récolte à quelque comète lointaine. Dans le Carmen sœculare qu'on chante encore en rbonneur du vin, le verre d*eau est une dissonance importunes mais cette note

* jetée au milieu du concert réveille rauditouretle fait réfléchir. Il faut donc maintenir le verre d*eau en face de la coupe mousseuse, et sans proposer la ilestruction des vignes, prouver qu'on peut être un bon français sans être un intempérant.

Sans doute on doit éviter de se poser eu censeur morose, et de provoquer, dans un dîner d*amis, une réflexion semblable à celle d'un convive qui s'écriait,devant quelques abstinents : « Il faut du courage pour oser hoire un verre de vin î t> En un mot les al>stinents doivent s'efforcer de faire aimer rabstinence.

Toutefois la discrétion n*exclut pas l'énergie si nécessaire en face de tous les obstacles qui se dressent contre le tempérant. Que de pierres dVchopperaent sont jetées sur sa route ! les imitations pressantes des parenb, des amis, des compagnons de travail, la crainte de les froisser, de se singulariser, de ne pas paraître un homme^sl Ton repousse leurs instances, sollicitent continuellement h Faire exception pour une fois aux règles de la prudence. Sans doute ; mais celui qui a succombé n'osera plus refuser à d'autres qui invoqueront les mêmes motifs de politesse. L*excîtation violente de l'alcool appelle la répétition par Talfaiblissement qui la suit ; chaque ingestion accentue le phénomène, le penchant physique devient plus impérieux, rhabitudcnaît, et la victime est condamnée.

Le salut, c'est la fuite des occasions : telle est la base fondarnen* taie des sociétés de tempérance. S'engager lï un usage modéré de Talcool, c'est une chimère : la promesse mal définie ne peut former un lien solide. En cette matière, le lien ne peut résulter que d'une résolution ferme.

Dans les différents pays où existent des sociétés de la Croix-Bleue (Suisse, France, Allemagne, Belgique. Autriche-Hongrie, Danemark, etc.), on a relevé, en 1898 : 4.562 abstinents d'un an; 1.334 abstinents de cinq ans ; 436 abstinents de dix ans.

L'association allemande contre l'abus des boissons alcooliques compte 12.000 membres. L'association des Bons-Templiers en

RRykDKS MOBAUX

Cûujfite 4,000. La Croix-Bleue de Genève a aussi, en A.lîemag:ne, plusieurB millions d'adliérents.

Dans une brochure intitulée: Qut*sl*oj que la troiji''Bl€ue1 M. Rochat rappelle les rècompeiiî^es, ilipl^mes, médailles d'or obteaus par cette société h rExposition nationale suisse, à Genève, en 1«)96, à 1 Exposition internationale du Bruxelles, en 1897,

A côté de la Croix- Bleue, sotiétc protestante, s'est fondée la Crois:- Blanche, association catholique, qui rivalise d'ardeur avec son aînée,

L'Etat, dit-elle à ses futurs adhérents» est impuissant à iniérir seul la plaie de Talcoolisme.

Ni le monopole de la vente des spiritueux, ai la limitation du nombre des débits de boissons ne suffisent à arrêter le buveur; c'est tuimème qull faut convertir, (raljord en IMnslruisant du danger qu'il ignore ou dont au moins il ne soupçonne pas l'étendue, puis en lui donnant la force de résister ï\ Tenlralneraent des amis, k rinfluenco des habitudes sociales, à sa propre raison.

Pour en triompher il lu» faut, avec Taide de Dieu, le secoura de Texeraplc et Faiguillon du point d'honneur.

Les sociétés de tempérance les lui donnent.

En lui faisant contracter !\mg;agement de s'abstenir de spîritueui, à chaque tentation elles opposent la puissance de la parole donnée. Il suffit k leur associé de rappeler sa promesse et de montrer sôa insigne à ceux qui voudraient le faire boire, pour mettre fin à leurs insistances. Ils comprennent son devoir de fidélité à son engagement : ils le mépriseraient s'il y manquait.

Puis il est soutenu par ses associés, dont f influence augmenta avec leur nombre même*

Le respect humain est ainsi renversé I

Jamaù une goutte de liqueurs spiritueuses, telle est la règle netff et précise fornuiléo par les sociétés de tempérance, car rexpérien^'C a montré qu'il es! impossible de s^arréter à la modération quand le penchant vous précipite.

Seules les lioissons fermentées, comme le vin, la bière, le eidi moins dangereuses, sont susceptibles d'un usage modéré.

Cette abstention ti'esi pas une privation réelle. L'habitude reû^ pénibles les premiers jours où on la brise. Cet acte de courage uae fois accompli, le palais, délivré des sensations brutales de f alco recouvre sa finesse de goût, il ne peut plus le supporter, et un bic être physique, une sauté meilleure récompensent vite le teiiipéraiit.

Entrez dans la société de la Croix-Blanche, vous qui buvez, po^ vous sauver vous-mêmes.

Entrez -y, vous qui ne buvez pas, pour sauver les autres I

SOCI^rràs l>E TEMPÉRAKOE

Les sociétés de temi>éraûce oot créé des insignes* L'insi^e du Bien-Etre social de Liège est une étoile rouge et blanche sur fond dW, et autour un c:erclc couleur p;renat sur lequel on lit le nom de rassociation. Le port d'uu insigne est d'iiljoril une excellente propagande ; c'est ûuââi un moyen de contrôle. Car celui gui est porteur de l'insigne n'osera pas violer puliliquemeut ses engagements.

L'insigue de la Groix-Bïeue de Genève est une croix bleue sur fond blanc. 11 se porte généralement sous forme d'épingle placée k la cravate ou au revers de Tliabit. Il se porte aussi eu broche, en breloque à la chaîne de montre, etc. Les adhérents fruncais de la Croix- Bleue ont choisi an écu divisé en deux-^ portant à la partie supérieure les couleurs françaises, et au-dessous la croix bleue sur fond d'argent. La Société de la Ligue catholique suisse d'abstinence, dont le président est Mgr Egger, évêque de Sainl-Gall, a pour insigne une croix d'or sur fond bleu cerclé d'or. La Société contre Tnsage des boissons spiritueuses, présidée par M. le docteur Legrain, a pour insigne une étoile bleue sur fond blanc, La Société Lorraine de tempéranva a pour insigne nue croix de Lorraine d*or sur fond bleu.

« Le port de Tiasigne par des hommes cultivés et occuptmt une haute situation sociale, écrit le présideut de la Croix-Bleue, frappe souvent ceux avec lesquels ils sont en relation, et fait j'ejailltr sur notre société Testinie qu'ils doivent à teur valeur morale et à leur position (1). »

En 1899, l'Union française anti- alcoolique fonde le restaurant de tempérance dont le siège est 43, rue Saint- Bernard, k Paris. Dans ta notice rédigée sur cet établissement, il est expliqué qu'un restaurant, café ou bar de tempérance, est autre chose qu'une boutique dont les spiritueux sont bannis. En effet, le cabaret n'est pas seulement l'endroit où l'on mange, mais celui où Ton vit physiquement et moralemenL

Le but à atteindre paraît donc être de prime abord de rendre au cabaret sa destination première, par suite, de tendre à sa suppression presque complète, en lui enlevant son immoralité actuelle, en d^aulres termes, à faire refluer le citoyen vers sou haine.

il est bien évident que la transformation des conditions de la vie moderne a favorisé l'expansion du cabaret ; mais on éprouverait quelque embarras s il fallait conclure inversement que le cabaret multiplié n'a pas contribué pour beaucoup à orienter la vie moderifS dans la voie où elle est engagée présentement. Tl faut donc prendre

(1) Mgj- Turiaaz, Trais fléaux de la classe ouvrière.

AËMÈDfiS MORÂDX

Tait j leur ]

le cabaret tel qu'il est^ l*analyser^ le modifier^ lé transformer ; à organisme gangrené, substituer un organisme sain.

n se supprimera de lai^môrnc quand son règne aura pris fin, î rheurcî psychologique où son existence n'aura pîns de raison d'étj

x\clueîlemeQt^ dans les cabarets, et particulièrement dans ti restaurants ouvriers, on ne donne il manger que pour fournir une occasion de boire Talcool. C'est A ce vice qu'il importe de s'attaquer avant tout. Le barn'est pas un lieu de réconfort, comme îl de\Tait rêtre ; c'est une officine d'empoisonnement

Le cabaret devient donc un lieu de desordre permanent et organii alors qu'il devrait remplacer fintérieur qui manque au travailleur célibataire. Au lieu d'être le salon du pauvre, le home colle.ctif,sou de sympathiques rapproclieinents,il n'est qu'un magasin de substani délétères. L'ouvrier n'invite pas ses compagnons en leurdisani « Entrons pour parler de nos intérêts w, il leur dit: a Allons boire euï^emble >» I c est le seul langage qulls comprennent

Supprimez le poison ; le restaurant devient un centre de sociabilité, un rendez-vous amical où règne ta gaîté franche, L'abstineace totale serait plus logique ; mais, dans Tétat de nos mœurs, on poun ne pas l'exiger ; l'alcool et les liqueurs distillées seront, dans tous li cas, absolument proscrites ; en cette matière, on admettra que Y c'est l'abus.

Les boissons fermcntées ne seront accordées qu'au moment d repas^ pt jamais sans que le consommateur mange en même temps* Encore doit-on réduire a deux le chiil're de ces repas : milieu du jour et soir. On sait en effet que l'alcool produira son mmiraum d'elfefc nuisible s'il est dilué dans la masse alimentaire.

Il est recommandé, au point de vue de Thygiène, déboire peu ai repas, et Ion fixe comme moyenne raisonnable deuj: verres de liqmdi\ do boisson, soit 500 ce, ou uo demi-litre (il y a 4 verres de 250 c au litre). Or, comme il est également de règle d'admettre que le vil ne doit pas se consommer pur, mais au moins mouillé par moili^, suit que la moyenne des alloctttions en vin ne doit pas dépai pour un repas i^50 ce, soit un quart de litre.

Pour le cidre et la bière, il faut établir des calculs analogues eo tenant compte d*une part du titre alcoolique moyen de la boisson* d'autre part des habitudes que Ton a de la consommer pure, cûlifl, dl la règle hygiénique des deux verres de liquide par repas.

On évitera toujours d'offrir des boissons fermentées au consom^ raateur; on attendra qu'il les demande; elles devront toujours èti comptées à part. Au restaurant de la rue St- Bernard, après d««^

SOOCérés 0B TEMPÉnANCE

années d'expérience, il n'y avait que 30 0/0 des clients demandant du vin ou de la bière.

La nourriture offerte sera toujours sainn et bien préparée ; c*est une condition essetitk'lle de succès. Gomme lioisson, t'eau tiendra naturellement ïe sceptre ; mais ou pourra y substituer une infusion légère de plantes aromatiques, ou encore un petit cidre inofFensîf (cidre de teînfwrattce] (1).

On peut encore offrir des eaux minérales naturelles, dont le prix est peu élevé. Les plus chères d'ailleurs le seront toujours moins

fia uiérae quantité de boisson fermentée.

es eaux ^^azeuses sont éj^alernenl fort appréciées et d*un prix rdatïle. Beaucoup de consommateurs mélangent volontiers Teau de Seltz, trop gazeuse pour être prise pure, avec Un fusion légère de lioubloD, ou même avec de feau simple.

Entre les repas, si la cbaleur provoque la soif, on aura le choix entre le thé, le café, le chocolat, la limonade et le traditionnel coco î Mentionnons encore les préparations de jus naturels de fruits que Ton pasteurise sous pression, et que Ton conserve indéfiniment sans risque de fermentation.

Quant au bouillon, chaud ou froid, c'est plutôt un aliment qu'une Jtoisson : nous n'en parlons que pour mémoire. ^■L'emplacement du restaurant de tenq)érance, surtout dans les villes, sera choisi de préférence dans les quartiers populeux, dans les rues de grands passages ouvriers se rendant au travail, an centre des grosses agglomérations de cabarets où s'échouent les Iravailleurs au moment des repas et à la sortie de Tatelier, à proximité des casernes, des gares de chemins de fer, dans les ports, sur les docks, etc» etc.

Il ne faudra pas négliger le voisinage des grands magasins qui ne nourrissent pas leurs employés.

Le mieux sera d'établir, comme au restaurant St-Bernard, une ou plusieurs salles oiî î'on sert à heures fixes de grands repas, qui dans Vintervalle sert de lieu de repos et de causeries, de satle de lectures,

(i) Formule donnée par le D' Legrain :

Recette pour 50 Utres :

I Fleurs de violette 24 gram*

ft de sureau . . * . * t . . 24 i

Cônes de boiiblon 40 »

Graiae» de coriandre. 40 u

Orge perlé . « SÛO i>

Cassonnade, moitié Monde, moitié brune. ... 2 k. 5Û0 »

Vinaigre, 1/4 de litre*

Mettre le tout danis ua tonneau, vener Tenu froide dessus et laisser 8 jours sans bouclier le tonneau.

REMKDES MORAUX

de lieu de réunion pour sociétés amicales, sociétés familiales, de i ftige pour les passants fatigués cl non soumis h robligation de ca sommer» bref un lieu de sociabilité aîtti:jhîe, la maison de tous po tons. A ces salles sont rattachées d'autres salles pour réunions vées, une bibliothèque, des chambres d'habitation pour le personnel et, si possible, pour les habitués de la maison.

En dehors de ce type, ceux qui sont à préconiser surfout sont I roulottes et voiturettes comme celles en usage an Havre, et ifui permettent d'aller an-devant d*une clientèle hésitante.

Il serait l)on enlin (robtcnir des municipalités certains empLicements où Ton puisse chaque matin installer rapHement, à très boa compte, de petits éventai res, qui h lliciire de la sortie des ouvriers tiendraient à leur disposition soupe chaude, café, lait et autres aliments substantiels auxquels il^ substitueraient le poison du caba tier.

Le restaurant de tempérance devra être attrayant pour Touvrie qu'il y trouve foccasiou de se livrer h de saines et utiles lecturesJ

Toutefois les jeux de hasard et les paris ne devront jamais éfl tolérés.

Tous les sotiscripteurs et fondateurs d'un restaurant de temp rance se contenteront d'un bt^néfice minime ; leur récompense se<j le mérite d'avoir contribué h une oeuvre de salut-

Quant au personnel, il devra élre soigneustMneut choisi parmi dl personnes animées de convictions anti-aïcooliques, et résolues à loi jours donner l'exemple de la sobriété.

Plus de 30.000 repas sont servis annuellement au restaurant* la rue St-Bernard ; leur prix moyen ne dépasse pas 95 centimes.

Un établissement de môme nature a été ouvert à Paris dans Ic quartier de Grenelle,

D'autres cabarets de tempérance existent dans les déparlemcals du Calvados, du Doubs, de la Haute-Savoie, du Rhône et de la Seine-ïnférieure. En 1803, au Contrés international de la Haye, M, Bérends a fait connaître que la société de tempérance de Saiûl- Pétersbourg, fondée en 1890, a installé, dans cette capitale, ào\m établissemeuts aiiti-alrooIi(^es.

Un système de bons, valables seulement dans les restaurants organisés sur cette hase, rend de grands services à la classe ouvrière» C'est une prime à h, .obriélé qui peut être acceptée sanshumifiattou; car, si le travailleur reçoit un avantage, iï apporte, comme uii»^ sorte de contre-partie, felTort réalisé sur lui-même et le bon exeiDqu'il donne à ses compa^^nons,

A coté des abstinents quf,rtînomj^aut k l'ulcool |)0ur conserver Itffl''

SOGléTÉS DE TEMPÉRANCE 287

santé morale et physique, accomplissent individuellement ou collectivement des actes méritoires, on peut citer des traits d'abnégation de ceux qui sont en quelque sorte les héros et les martyrs de Tantialcoolisme.

M. Monod cite Texemple d'une humble épicière, accablée par les charges de famille, et qui trouvait un précieux appoint dans la vente de Teau-de-vie. Elle y a renoncé spontanément, par scrupule de conscience. Le même publiciste cite la lettre suivante qui lui a été communiquée :

« Mon mari est marchand de vins et spiritueux en gros, et nous sentons que ce commerce est incompatible avec le titre de chrétien, car nous poussons à la vente de Talcool, sous toutes ses formes, puisque, plus la consommation est grande, plus notre commerce est prospère. Et nous ne voulons plus être associés h cette œuvre diabolique, qui consiste à ruiner moraîemcnt et corporellcment nos concitoyens. Nous ne possédons pas assez de fortune pour élever nos enfants sans travailler, et nous laissons une situation fort belle ; aussi cette résolution que nous avons prise, d'accord avec notre conscience, sera traitée de sottise. »

Ce sont là des résolutions héroïques qu'il faut admirer comme le sacrifice d'un combattant qui s'immole pour sauver son pays.

Au récit de pareils dévouements, les hommes qui voudraient devenir sobres, mais que les préjugés retiennent encore dans l'ornière de la routine, se sentent animés du feu sacré de la tempérance. Bientôt l'abstention des liqueurs distillées ne leur coûtera plus. Tel le fumeur décidé à renoncer à une habitude nuisible souffre pendant quelques mois d'être privé du tabac qui lui irritait les bronches, et ne regrette plus ensuite l'acre fumée dont il éprouvait chaque jour les inconvénients.

Est-ce que nos pères n'avaient pas aussi la passion du tabac h priser ? Est-ce que la génération actuelle se plaint d'avoir abandonné cette coutume si peu élégante ? Il ne reste plus en circulation que des tabatières enrichies de diamants que les amateurs de bibelots mettent dans leurs vitrines. Qu'il en soit de même des caves h liqueurs ; qu'on les montre sur les étagères comme les « mouchettes » dont les vieillards seuls connaissent aujourd'hui l'usage.

Les établissements anti -alcooliques sont d'autant plus nécessaires que la liberté de Tabstinence n'est pas même respectée dans les restaurants, tant l'alcoolisme imprègne nos mœurs. Il y a des maisons où la consommation du vin ou de la bière est obligatoire sous peine de taxe supplémentaire. A la demande d'une carafe d'eau, certains garçons vous toisent avec mépris, avec ce regard du serviteur qui

UBMJilDES AlORAUX

n'aitend qu*an maigre pourboire. Beaucoup de consoirimateurs, m buvant que de l'eau chez eux, se croient obligés de preadredes boissons fermentées dès qu'ils entrent dans une taverne, m II faut, dit M. Eemy, montrer au public qu'un restaurant peut exister et cou tenter ses clients, sans leur ofTrir d'alcool ; qu'un établissement peul fournir un local aux sociétés, un lieu de réunion et de repos aux passants, sans Tinipot du petit verre ; il faut prouver enfin qu*uû dîner peut être excellent sans être accompagné de breuvaj^es alcooliques. Le resitaurant hygiénique du Orand Sabion, fondé en 1901 à Bruxelles, ne débite ni vin, ni bière, ni liqueurs ; il a supprimé lô pourboire des serveurs, il offre uu menu varié, des plats succulents, une cuisine soignée ou la saveur naturelle des mets n est point masquée par les artifices d'une chimie malsaine, et non seulement il est vialile, mais il prospère, »

Cet exemple n est-il pas encourageant, et ee que nos amis les Belges ont entrepris avec succès, ne peut-il être tenté par les grandes villes, telles que Paris, Nancy, Lyon, Mîirseillc ? Ces centres importants ne peuvent-ils réunir un certain nombre d'adhérents décidôs à constituer une société coopérative de restaurants hygiéniques sanî alcool ? LN éuvre est k créer ; ce n'est pas seulement une œuvre rfe philanthropie, c'est une affaire séneuseï de rapport et d'avenir; il est possible que les fondateurs ue recueillent pas de dividendes élevés, mais ils peuvent être assurés d'un intérêt convenable. Il en résultera donc à la fois une bonne alfa ire pour les actionnaires et une œuvre sociale et méritoire.

N'oubîions pas que l'alcool tue, et que tous les moyens sont bons pour le supprimer.

xxvn

Page 1