LA PROPAGANDE DRS SOCIÉTÉS DE TEMPÉRANCE
mille, noua avons tous rononcé à la petite goutte ; nous prospérOD», et mon fils a la chance de devenir Président des Etats-Unis. Ce sera un président abstinent, »
La Belgique a organisé des sociétés enfantines de terapérance comptant aujourd'hui plus de cent mille adolescents qni s'engagent à s'abstenir jusqu'à Tàge de vingt ans de boissons fortes, et à ne faire qu'un usage modéré des boissons ferraentées (1).
Deux journaux, Tun français, l'autre flamand, tiennent le public au courant des progrès réalisés par les ligues anli-alcooliques. Signaions, parmi les plus prospères, la Ligue palriotif/ue belge contre l'aicoolûme et la Styciété belge de iempérance.
La plupart des affiliés restent lidéîes h leur engagement, quand ils sont adultes, La diminution de la consommation alcoolique a <5ic constatée partout où les sociétés fonctionnent bien (20 pour 10() dans le Limbourg) (â).
On peut citer des traits d'enfants qui témoignent d'une constance admirable Un jour, dit Fabbé Lemmens, dans un patronage à^ Liège, un enfant, en jouant, fait une chute et se casse le bras. L'enfant tombe en syncope, on s'empresse autour de lui ; les maîtres accourent, Tun avec du vinaigre pour lui arroser le front, Taiitie avec de Teau pour laver la blessure, un troisième arrive a ve(" im flacon de cognac : ça va le ranimer î On présente le verre au petit blessé; celui-ci, un enfant de treize ans, fait un effort surlui-méi et, repoussant doucement le verre qu'on lui tend : a Merci, dit-il j'ai signé la tempérance 1»
Si les enfants se montrent aussi braves, que ne devons-nous |i attendre des femmes, ces martyres de l alcool, si bien placées poi former l'avant garde de Tarmée tempérante ?
Les Américaines, en 1874, ont organisé entre elles des a eroisj des t> pour aller, en troupes nombreuses, assiéger les cabarets etcott^ jurer les débitants de ne plus vendre, et lesconsonimateurs de s*i tenir. Lorsqu'elles rencontraient de la résistance, elles s agenoulllaient à la porte des cabarets, puis, exposées au froid et à la ploi*?»' elles entonnaient de longs cantiques. Après quelques succès renip^ïf' tés par ces amazones de la tempérance, les cabaretiers, revenus i leur première émotion, invoquèrent la protection de la loi : et police, chargée d'assurer la libre circulation sur la voie publique^
(1) V., sur te détail de câ foQctioQaemeat : Loi du 29 mai 1865, Ànnuairt < légisiaiiùn étrangère^ 18S5, p. 521 etsuîv. Cet acte législatir a été compl^t^ ptir une seconde loi du 31 décembre 1891, Anti, 1891, p. 198.
(2) Rapport de M. Robyna : Journal VAicooî^ numéro des Ecoles, p. 110, n* vembre 1897,
L£S P£MM£i ET LES ENFAl^TS
^dispersa les saintes cohortes. Alors, entrant dans uno voie pliim pra- Kqne» elles oût fondé de nombreuses associations qui son! deveûues très prospères.
Les dames anglaises ne veulent pas être distancées'par tes Américaines. La présidente de Tune de leurs associations a, en une seule année, dirigé tt5 meetiuf^s, donné devant plus de iOO.fMX* personnes 27 conférences, rapporté ù TAssociation par sa parole éIof|uerite la somme de 12.5rx* francs, organisé enfin la rédaction d'un journal féministe.
Dans mie nation comme la n^Mre où Tintluence de la femme est répondérante au fo^er domestique, nous devons faire appel h son apostolat pour faire la g^uerre à Tahool. Il faut constituer un Conseil national des femmes fran(;aises qui, par une action parallèle, secondera les etlbrts des pouvoirs publics et des associations privées. 'Ame de îa France est assiégée f»ar Talcool ; la femme, comme eanne Hachette h Beauvais, doit iHre debout sur le rempart pour défendre la place. Ainsi la femme a tenu, en Amérique et en Aogleterre, le drapeau de Tanti-alcoolisme en méprisnnt les sourires et les railleries qui ont été bien longtemps la seule récompense de son courage.
Comme conclusion pratique, on devrait accorder dans chaque ville le droit de vote aux femmes dans toutes les questions relatives k l'étuhlissernent des cabarets, notamment sur l'option locale, comme en Norvège.
A Salies-de-Béarn, petite ville d'eaux des Basses-Pyrénées, les femmes ont droit de vote h la municipalité, en vertu d'un édit de Henri IV resté toujours en vigueur, sur tont ce qui concerne le régime du sel. Personne ne se plaint de cette coutume qui permet à tous les intéressés, sans exception, d'exprimer leur avis sur le principal élément de la richesse locale. Qvlq n'en est-il de même partout j pour les débits de boissons dont la multiplication fiiueste est une I cause directe de dommage pour les mères de famille I j Mais il faut que les hommes engagent résolument le combat, s ils ^^eulent avoir la femme pour alliée.
^K Au Congrès de 1903, la question de Toption locale a été sérieuse- ^ment examinée, notamment par Mme Marie Uuclos, qui a prononcé
Ià ce sujet un remarquable discours ; elle a préconisé les écoles ménagères où s'exercerait dans les milieux féminins îa propagande antialcoolique. La distinguée conférencière a rappelé cette parole mé- I pi orablc de Victor Hugo : <c le x\* siècle sera le siècle de la femme ! » ^H « Il faut sauver les âmes )s a dit Mme Duclos ; « il faut préyenir
LA PKOPAGAXDK DBâ SOCUhiis DR TEMPÉRANCE
les jeuûes filles ijue si elles épousant des buveurs, leurs enfants ^H ront rachitiquês. » ^H
Grâce h ces elTorts d'une active pro|jai:aiide, les jeunes gensserc^H avertis que l'ivrognerie coastitue, aux yeux des ûancées, un vîlP^ rédliibitoire ; cette conviction, si elle s'appuie sur des faits et des inanifcstatious probantes, sera pour la terapérance un stimulant très efficace.
Il est temps que les femmes accordenf leur ppéférence à ceux qai la iijéntent,et que le surcùs prétendu des mauvais sujets ne soit plus qu'une légende surannée, indigne d'une société vraiment morale^
A Paris, au Havre, à Bolbec, ce sont des œuvres féminines qui 0^| organisé la propagande anti-alcoolique auprès des ouvriers, en fo^i dant des cercles et des cantines de tempérance. ^j
a A la Rochelle, c'est une maison du Marin. A Goncarneau,àPo^^B Louis, rabstinence est recommandée aux pécheurs de la cutedonl p\^\ sieurs centaines ont signé rengagement. Le bien qui doit en résulter estinexprinnible. A Brest, c'est encore une œuvre féminine, rOEi| vre d'assistance et de relèvement des femmes par le travail *>.
Ces œuvres sont excellentes^car elles complètent utilement l'actio luen faisante de la femme au foyer.
Nous exprîmons ici le vœu que le budget national subventionûl les sociétés de terapérance, pour faire en sorte que Talcool soit réser aux lampes et aux chaudières, mais qu'il ne pénètre plus dans les estomacs. Plus Tusage de l'alcool industriel sera favorisé, moins le^j spiritueux sei'ont employés comme boisson.
Le Journal des débais du 16 avril lîKKJ refate une intéressante expérience qui vient dVHre tentée à Roubaix :
Depuis qu'on a inauguré la diminution progressive des heures ( travail, la plupart des manu facturiers rouiiaisiens ont porté deuil heure à une heure et demie le repos du milieu de la journée, OlJ avec une heure d'interruption de travail, la majorité des ouvriei n'avait pas ou ne croyait pas avoir le temps d'aller déjeuner cliei" soi. La mode était donc bien établie d'aller déjeuner au cabaret, «t ceux-là mêmes qui auraient pu s'en dispenser faisaient comme kfifl camarades. Avec une heure et demie, un mouvement contraire s'ôB dessiné, puis développé ; une diminution de trente pour cent s« produite pour les repas pris au dehors. ■
Faut-il en Mrer des applications à longue portée? Faut-il croij que partout rallongement des heures de repos aurait les méml conséquences? Ce serait peut-être se presser un peu trop. Les refl tions réciproques des faits sociaux sont plus complexes et plus déH cates. 11 est possible qu'à Roubaix la tendance à aller manger il
lia FEMMES ET LES ENFANTS
famille fût simplement tenue en échec par an obstacle fuctice : Tobstacle levé, la bonne volonté du brave ouvrier français reprend facilement le dessus, à Roubaix du moins. Pour savoir s'il en est de même partout ailleurs, attendons.
Toutefois la même ville nous fournît, dans le même ordre d'idées, un fait complémentaire du précédent et qui n'est pas non plus A dédaigner. Quelques usines, au lieu de se contenter de donner une heure et demie, ont accordé deux heures. Alors, dit-on, les ouvriers ont bien été déjeuner chez eux ; mais, le repas une fois pris, couime il leur restait un peu de temps, ils ont cédé à la vieille tentation, ils sont allés achever les deux heures h l'estaminet, avec cette aggravation que, désormais, c^était uniquement pour la boisson qu'ils y allaient.
Une fois de plus, semble-t-il, le mieux s'est trouvé lennerai du bien.
Si cette expérience, en quelque sorte spontanée, se voit ou con* firmée ou contredite par des expériences nouvelles, il sera intéressant de comparer les unes et les autres, et de chercher les conditions respectives de ces variations»
M. Bertillon nous apprend qu'aux Etats-Unis, le pays des dollars, c'est par l'attrait de largent que certaius patrons essaient de combattre ralcoolisoie chez leurs ouvriers.
Le milliardaire américain André Carnegie, <i le roi de Tacier », paJe à ses ouvriers une prime de 10 0/U de leur salaire, lorsqu'ils s'abstiennent d'alcool.
C'est à fa fois un bon calcul et une œuvre charitable.
Une société industrielle de Soignies en Belgique a trouvé un moyen efficace de combattre Talcoolisme parmi son personnel.
Depuis quelques années, elle distribue des gratifications à ceux de ses ouvriers qui se distinguent par leur sobriété et leur assiduité au travail. Il règne à cette On une certaine émulation parmi tes tailleurs de pierres, et il y a une sérieuse progression parmi les méritants ; vingl ont profité des j^ratificatîons en 1896, trente et im en 1897, quarante-sept en 1898, et quarante-neuf en 1899.
Pendant les dernières années la société a réparti des prîmes pour
e valeur de plus de 45.000 francs.
Ce mode de propagande est vivement à recommander aux indusriels, qui ont tout k gagner à avoir des ouvriers sobres.
C'est ainsi que les associations d'abstinents, sagement organisées par des patrons dévoués au salut social, peuvent arriver à produire des résultats inattendus dans les milieux les plus réfractaires.
Signalons tout particulièrement la Société française de tempérance
296 LA PROPAGANDE DES SOGléréS DE TEMPÉRANCE
présidée par M. Cheysson, membre de T Académie des sciences morales, qui soutient avec ardeur le bon combat contre Tennemi.
Il faut que les classes dirigeantes donnent maintenant l'exemple au peuple; conquérir la masse des travailleurs à la sobriété, c'est travailler à la sécurité de la Patrie.
La criminalité, qui nous menace tous, verra son niveau s'abaisser avec la suppression de Talcoolisme.
LENSEIONEMENT ANTI ALCOOLIQUE
les ivrog:Des invétérés restent rebelles a la propap^aride par iple et la parole, le?^ enfants olTrenl un terrain de l'ultiire propice ; il ^i'af^it de les enipôcher d'aimer Talcool : e'est Facile, puisqu'ils en i|i:norent, la plupart dn moins, la dangereuse saveur. î C'est par riostruction, dit Ed. Gharton, qu'on doit corabattrL* Tivro- ^'nerie.
Mais faut-il, comme autrefois, montrer aux enfants des alcooli- 1! ques pour leur inspirer rhorreur de Tivresse ?
Cette triste leçon de rhoses, ils ne la reçorveot que trop en par- \ ronrant les rues et les places publiques pour se rendre à leurs classes. Combien dVnfffnts ne connaissent de ralcoolisme que re repupiaot spectacle !
Nous demandons que les professeurs y ajoufent un commentaire : c'est là un des meilleurs moyens qui pourront rt^'ussir à vaincre le fléau.
I L'enfant doit savoir que, s'il s'habitue aux boissons distillées, il perdra rbonnour, la santé et la vie, même s'il ne s'^abandonne pas aux plus honteux excùs. et se contente de doses prétendues iijodé-
Bans toutes les écoles on pourra montrer les intéressantes images lessinées par M. Bocquillon, instituteur, qui a fait ses preuves de feèle en faveur de la tempérance. Nous signalons aussi le dévouetnent de M. Langlois, président fondateur de la Société anti-alcoolique des instituteurs et des institutrices de France et de M. Baudrillart, qui s'occupe spécialement de cette œuvre si utile.
Une éducation qui ne né^^li|;e aucune leçon morale, tel est le ineilleur antidote à opposer k Tennemi.
Dans tout enseignement, public ou libre, le maître doit prémunir «es élèves, à quelque classe qu'ils appartiennent, contre le fléau de Talcootisme. Môme au milieu de la famille, Tenfant peut rencontrer de funestes exemples.
L'enseignement de Fécole permettra Tévasion d'une hérédité fatale ; car on sait par l'expérience que les descendants d^alcooliques
L EN»EïGNEWEXT ANTÎ-ALGOOUQUB
sont prédisposés, plus que tous autres, à contracter des habitudes d'ivrognerie (1). Rieo n'est donc plus important que de parler aux enfants du danger qui les menace, et de leur inspirer, dès le premier âge, rtiorreur des boissons enivrantes,
Lorsque des élèves sont réunis pour entendre les leçons de leur maître, le sentiment de l'honneur se développe chez eux avec plus de vivacité. Une généreuse éinulatiou s'erupare de leur âme ; on les voit prendre des résolutions collectives et s'entraîner mutuellement ûu bien.
C'est ainsi qu un orateur du Congrès de 1903 citait une école où, à la suite d'une conférence, 2() enfants sur 32 ont pris l'engagement de s'abstenir d'alcool.
Souljaitons aux éducateurs de lajeunesse moderne le même succ^ que celui du philosophe Xénocrate, g:uérissatit de Tivrognerie le jeune grec qui, d'aventure, avait assisté A une de ses leçons.
Déjà, depuis quelques années, les nations étrangères ont pris des mesures pour inculquer h Tenfance la crainte salutaire des liqueurs spiri tueuses.
Eu Amérique, au cours de Tannée 1878, des leçons relatives h la tempérance étaient données dans une école dosjenvirons de Boston, Cet usa|2;e se répandit rapidement (2)t
En 1882, l'Etat de Vermout rendit obligatoire par une loi feosei* gnement delà tempérance. En tBH.i, 10 Etats lé|^ifôrèrent à leur tour De 1882 à 1892, et chaque année sans interruption, un ou plusieurs Etats prirent des mesures législatives. A l'heure actuelle, 41 Etats ont inscrit dans leurs statuts le principe de renseignement obligatoire de la tempérance dans les écoles : 16 millions d^enfants reçoivê^^ cet enseignement. ^H
Dans 35 Etats, aucun maître ne peut obtenir de diplôme ni enseigner, s'il n'a passé un examen satisfaisant sur la question de Talcoolisme. En outre, dans 20 Etats, les écoles sont dotées officiellement de manuels illustrés.
Dans 26 Etats, l'alcoolisme fait l'objet d'un enseignement systématique donné dans l'année trois fois par semaine pendant plusieurs mois. De plus, des examens spéciaux sont obligatoires ; les m comptent pour Tadmission à une classe plus élevée.
(1) Df RoublQovitcli. Lecture faite, ea 1895, à la Société française de Unii» pérance. — Observations du D" l^ancereaux. Rapport précité de M. Claude, p, 70. — D"' Van Coillie (de Bruxelles), La Mortalité par Valcootisme, p. T.
(2) Une loi du 20 mai 1886 (ctiap. 362) a ajouté, aux matières d^enseignetnent de toutes les écoles publiques et des écoles militaires et navales, l*étude cl« la nature des boissons alcooliques et des narcotiques ainsi que de feurs efTeti sur rhomme au point de vue physiologique et hygiénique. Annuaire de législation étrangère, année ISRSp p. 168. ^m
L RNSEIGNEMRKT A NTl- ALCOOLIQUE
Une saactioD péûafe atteint rinsiituteur dont reiiseigaGment n'est pas suffisant et les coraités dont la vigilance fait défaut. (Retrait de subventions de l'Etat, unioûdes [lour les écoles jirivées.)
D*aprè^ lu loi de New- York, cjui est très rigoureuse, la tempérance doit être enseignée dans toutes les écoles primaires et secondaires recevant une subvention de ï' Etal, pendant huit ans, :\ raison de vingt leçons par au dans les trois premières classes et trente lettons dans tes cinq dernières.
L'intention de la toi est assurément très louable ; raais on peut se demander avec M. Thomas S, Cole, principal de l'école supérieure de Gbester, si ce n'est pas trop présumer de la patience des élèves que de les astreindre peudant huit ans h entendre les nièmes leçons, A force de percevoir d'invariables formules, ne liniront-ils pas par se blaser en détournant leur attention sur d'autres sujets ?
Dans le double but d'atteindre les enfants qui ne fréquentent pas les écoles subventionnées et d'entreleoir les autres dans de bonnes dispositions, rinslmction de la tempérance est encore donnée dans les ^i sujiday schooîs », sortes de patronages du dimanche. G est dans ce milieu scolaire que se recrutent les sociététi cadettes de tempérance, à rorganisation desquelles s'est consacrée avec succès la « Massachusetts Total Ahslinence Society » dont le président est rhonorahle J, D, Long, ancien ministre de la marine, et le secrétaire, le Rev. A. Noon{l).
Dès 188^, le Canada suivit l'exemple des Etats Unis. La loi ordonne renseignement anti-akooïique dans loutcs les écoles, même normales. Les instituteurs subissent un examen spécial* En 1892, IÇ>().000 élèves recevaient renseignement de la tempérance. Une enquête, faite en 1891), établissait que dans 60 inspectorats sur 75, les maîtres sont abstinents dans une proportion de 70 à 100 f^our 100. n est vrai que sur 8.150 fonctionnaires de renseignement, 5,463 sont des femmes.
Ce mouvement s'est étendu rapidement en Europe. Nos voisins d'Outre-Manche, à l'exemple de leur ancienne colonie, ont multiplié les bills de tempérance, et se sont appliqués surtout à encourager renseignement anti-alcoolique.
Le gouvernement anglais ne le donne pas ofiîcielleraeut ; mais il favorise les sociétés qui organisent les Bands ofHope dont nous rappelons ici les succès. Chaque année, des conférences sont données dans 4 ou 5*000 écoles. Près de SÛO.OOO enfants sont admis à les entendre.
aoTy op, cUé.
L ENSEIGNEMENT ANTI-ALCOOLIQUK
En 1892, plusieurs canlons de la Gonfétlérntioii Helvétiqi récompensé par des prix et des mentions honorables la rédaction de manuels et de « tracts n (ju^on a répandus par milliers, parHculièrement dans les établissements scolaires. On a. signalé plu8ieurs fois dans les Revues pédagogiques les bons effets de ces petites monographies (1).
Une société déjeunes abstinents, u TEspoir »>, compte 80 sections et près de 3,0<J<) membres.
Au mois de mars 100(),la commission scolaire deLaChaux-de-Foiifis (Suisse) a introduit dans les écoles primaires de la ville renscig-nerncût contre Tabus de ralcool et des boissons fernientées.
A partir de la 4* classe, une heure sera consacrée chaque scmaiut^ h ces cours. Chaque instituteur et institutrice donnera cet ensoi* gnenient à Toccasion d'une branche quelconque du programme et A rheure qui lui c<in viendra.
L'enseignement anti alcoolique a été mis en œuvre avec beaucoup de succès dans plusieurs provinces de Belgique. Organisé par M, Robyns, inspecteur principal de Tinstructiou publique, iJ a été adopté dans tout le royaume : ît n')' a pas maînlenant d'établissement primaire ou même secondaire qui n'inscrive sur son programme une série de le<;ons contre le fléau de 1 ivrognerie si répandu dans ces régions du Nord (2).
Cet enseignement moral a été mis en pratique. Depuis 1887, plus d»' 20.000 garçons se sont inscrits dans les « Sociétés scolaires de leoipérance », On a constaté qu'en immense majorité ils étaient restés fidèles ri leur engagement, et que, dans la province de Lîmbourgoù ils étaient domiciliés, la consommation alcoolique avait baissé» depuf^ leur institution, de 20 pour 100.
Aussi le gouvernement belge at-il recoumiandé aux fonctionnaires de rinstruction publique, en même temps qu il inscrivful renseignement anti-alcoolique dans le programme de toutes les écoles primaires soumises au contrôle de FElat, la fondation de sociétés scolaires contre Tusage des spiritueux (3),
En Allemagne, les sociétés de tempérance font une active propagande dans toutes les écoles. Un certain nombre d'instituteurs nbs* tinents se sont affiliés fk Tordre des Bons-Templiers.
L'Autriche a institué un enseignement obligatoire de Phygiène: Tanti-alcoolisme y tient une place incidente.
Si la Hollande se borne h encourager les efforts de Tiniti^-
(1) Manuel de Ut tempérance^ par Jules Denis, p. 18.
{2) Circulaire do M. de Burlel, ministr© de l'r ni traction publique.
(3) Van Laer, ap. cit.
L EHSElONfiiiEN r AlSTl-AUXIOLlQUË
tive privée et à grouper les instituteurs abstinents ^ nous trouvons dans les Etats Scandinaves renseignement anti-alcoolique obli^^atoire. C'est le seul pays de TEurope qui Tail: adopté.
En i896, la Norvège a hùt deux lois, l'une pour les écoles primaires et Tautre pour les écoles secoaclairets. En Suède, la loi date de 1892» En 1890, une soriété d'instituteurs abstinents a été fondée.
Nous uliésitons pas ri préférer le système des Etats-Unis qui a organisé renseignement anti-alcoolique avec une réglementation spéciale et des sanctions elTectives. Outre renseisçnenient h Técole, rAmérique possède des associations tempérantes qui réunissent les maîtres et les élèves,
La France a tenu fi honneur de s'associer à cette œuvre régénératrice.
Au mois de juillet 1HB3, une commission a été nommée au ministère de l'instruction publique ; ses délibéra tionss ont inspiré une circulaire eu date du 2 août de la même année qui prescrit aux recteurs et aux préfets de constituer djtns tous les milieux scolaires un enseignement spécial contre rivro^^nerie. M. le docteur Roubino» witch a donné, depuis cette époque, dans plusieurs écoles de Paris, de très substantielles conférences qui ont été tort appréciées dans le monde universitaire et dans le grand public.
A la suite d'allocutions adressées, pendant le mois de juillet 189B, à *>0C> enlHUts de ces écoles, 154 d'entre eux ont, avec rautorisation de leurs parents, pris l'engagenieul dlionueur de s'abstenir des boissons spiritueusesj et de ne faire qu'un usage très modéré d'ean rougi e, de bière légère et de petit cidre.
En suivant cette voie si lieureubement ouverte, on augmenterait la force de Tarrôté ministériel du 17 mars 1897, qui rend obligatoire Tenseigneuient anti alcoolique dans tous les établissements scolaires de TElai.
C'est M. liambaud, ministre de Tinti-uction publique, qui a inauguré cette institution ; ses sucesseurs ont continué son œuvre.
Un grand nombre d'écoles libres ont suivi cet exemple ; il est à désirer que le mouvement se généralise, et tpie nous ayons en France des « sociétés d*espoir » groupant des millions d'élèves.
Donc rinstituteur devra s'appliquer à prémunir ses élèves contre les effets pernicieux de ralcooï. Il leur donnera des devoirs à rédiger, des maximes à transcrire sur le sujet qui nous occupe ; il leur prêchera la tempérance, il leur citera des faits notoires, des drames, des accidents causés par i'ivroguerie.
Voici, d'après Mgr Turinaz^ conuneut un instituteur rend compte de sa campagne contre Talcoolisme.
L*ENgEIGN1&MENT AMTI*ALCOOUQUE
« Je lutte contre ce vice depuis mon installation en 1889 à X, localité connue dans la région pour les invraisemblables expli bacchiques de ses habitants.
'( Pour lutter contre le fléau qui exerçait sous mes yeux de si ribles ravages, je n'ai pas attendu les encouragements de mes chi A Técole du jour, comme aux cours du soir, dans les conféreni publiques comme dao§ les conversations particulièrest j'ai tdché Faire pénétrer dans les esprits cette vérité que Fa bus des boissons fermentées, ainsi que Tubus des boissons distillées» sont au premier rang parmi les pires ennemis de Tindividu, de la Famiîle et de la société.
« Et je ne m'en suis pas tenu à de vagues prédications i« deseri D*autres moyens m'ont servi plus efhcacement. Les exercices laires (lectures, récits, problèmes d'arithmétique, dictées ortho, phiques, chants, morceaux de prose ou de vers 5 réciter, compositioi françaises), tant pour les enfants que pour les adolescents» ont roi surtout sur le sujet que j'ai k cœur de bien faire connaître ; de pi j'ai fait chaque semaine, dans le jour ou le soir, une leçon spéci; d'anti- alcoolisme. »
Le là novembre 1000, M. Geor^^es Le\gues, ministre de ^instrudi^ publique, a rédigé une circulaire destinée à prescrire dans les é^ol* un enseignement destiné à combattre Talcoolisme.
Mais il arrive que les instituteurs rencontre ni parfois certain difficultés dans raccoiopHssement de leur tâche. Le maire est distillateur, le cabaretier envoie ses enfants à Técole et menace de les retirer si l'instituteur continue sa campagne ; Tépicier ne lui fei plus crédit s'il ne renonce pas à ses conférences ; bref, il a d'un courage héroïque pour soutenir la lutte contre ces potenl coalisés.
Toutefois, depuis la circulaire précitée, plusieurs ont commencé à lutter plus énergiquement et à se montrer des adversaires résolusse ralcoobsme.
Ils ont mené le combat avec ardeur et ont pris la résolution de fonder une vaste fédération anti- alcoolique entre les instituteurs publics et privés exerçant en France et dans les colonies. Tous les membres de ce syndicat devront donner Teitemple de la tempérance, et en même temp? multiplier les cours et les leçons.
Les maîtresses d cote doivent, elles aussi, combattre avecéneri et persévérance le fléau de l'alcoolisme, parce qu'il atteint de pi en plus les femmes et les jeunes filles, et parce que Taction de femme dans cette lutte peut avoir la plus grande influence.
L'expérience de chaque jour prouve que la guéri son de Talcoolii
ce,
L ENSEIGNEMËMT ÀNTI ALCOOLIQUE
n'est pa^ un monopole réservé seulement au médecin. M. Chautîard a prouvé cette vérité à FAcadémie, en 1871, lors du débat qui a été
ag^ité sur les ravaj^^es du (léau.
« G est à d'autres que nous, dit-il, à fournir le remède de ce mal honteux. Cette tâche incombe à ceux qui façonnent et qui vivifient l'esprit et le cœur des génôrations actuelles ; ces générations, il faut les instruire et les moraliser. ï>
Nous insistons particulièrement sur ce point de notre étude. L*enfant, obligé de recevoir rinstruction soit dans sa famille, soit dans les établisseojcnts scolaires, doit y apprendre le Jaui^cr de Talcool, les maladies et l'intoxication qu1l amène, avec son horrible cortège d*ln- Pinnités incurables, de folie, d'accidents mortels.
L'enfant est essentiellement impressionnable ; il faut agir sur son esprit par les Ie<^ons les lectures et les images. Il peut être utile de distribuer k la jeunesse des tracts et des almanacbs contenant des maximes anti-.nlcoolîques, des statistiques, etc.
Il est h propos de compléter renseignement anti-alcoolique en favorisant les ligues d'enfants où ils apprendront la nécessité de la tempérance.
C'est par erreur, croyons-nous* que les ligues enfantines ont été attaquées au Congrès de Ghristania par l'instituteur danois C- Wagner. L'expérience de ces dernières années a montré tout le liien qu'on pourrait retirer de ces groupements.
Est-il vrai, comme on l'a prétendu, que la mentalité française redoute les ligues ?
Un fait bien certain, c'est qu'aux appels réitérés adressés à la jeunesse française, les « pjHmaires » ont répondu les premiers.
Le mouvement gagne maintenant les « secondaires »> ; nous espérons qu'il se généralisera*
A Saint-Dié, dans les Vosges, 1.800 enfants viennent de se réunir pour organiser une hgue ; quelques-uns ont marché pendant 4 heures; d'autres ont traversé la frontière.
Nous avons 30.000 ligues d'enfants et 1.000 sections cadettes.
L'école Nationale d'Auteuil a été le berceau de cette belle œuvre où l'émulation et le sentiment de Thonneur ont plus agi que les circulaires.
Nous citerons les sections Turgot, J.-B. Say, Arago, Golbert, où se sont fondées les associations de la jeunesse tempérante.
Dans ce milieu se sont recrutés ^.000 abonnés d'un journal illustré, la Jeunesse, qui prêche à ses lecteurs la tempérance. Les jeunes gens qui fréquentent ces réunions ne se contentent pas de la théorie. Ils se garantissent des tentations des cabarets par des exercices
304 l'enseignement anti-algoouque
corporels, tels que les jeux d'adresse, rescrime et la gymnastique. Plus de quinze locaux affectés à cette œuvre ont été ouverts dans Paris, et 3.000 jeunes gens au moins les fréquentent.
A Tasile de Gher-Vésinet on reçoit les ivrognes pour essayer de les guérir. Ce sont surtout ceux qui sortent des asiles d'aliénés et notamment de Ville -Evrard.
Dans la ville d'Avranches, une fédération interscolaire, dirigée par M. Goujon, directeur du Collège, rend de grands services.
Signalons aussi les œuvres de tempérance organisées à Lyon par M. Bouquet, à Montpellier par M. Ijenert, à Orléans par le docteur Pochon.
Dans cette dernière ville quelques jeunes collégiens avaient adhéré à la ligue anti alcoolique au moment de sa fondation. Ils sont maintenant au nombre de 200, dont 182 ont signé un engagement d'abstinence totale.