LE ROLE DU MÉDECIN DANS LA LUTTE ANTIALCOOLIQUE
Si l'instituteur a le devoir d'inculquer à ses élèves Thorreur de Tintempérance, s'il doit particulièrement leur montrer dans l'alcool un pourvoyeur de la tuberculose, il ne doit pas rester isolé sur le champ de bataille où se joue l'avenir du pays. Le médecin doit lui servir de second dans le duel où il combat pour la société contre son plus terrible adversaire. L'homme de l'art est appelé tous les jours dans les familles ; on le consulte au sujet de la santé des enfants. A propos des soins qu'il leur prodigue, il saisira l'occasion de leur donner de bons conseils et de les mettre en garde contre les dangers de l'ivrognerie ; aux parents, il recommandera d'exclure l'alcool de l'alimentation familiale.
Lorsqu'en qualité de médecin inspecteur, chargé de l'exécution de la loi Roussel, il pénètre chez les nourrices mercenaires, qu'il s'assure en arrivant souvent et à l'improviste, non seulement de l'état de santé de l'enfant, mais de la qualité de son alimentation de laquelle il proscrira sévèrement toute espèce de boissons distillées. Il ne craindra pas de déclarer au besoin qu'il emploiera son influence à faire reprendre les nourrissons aux femmes qui s'écarteraient de leur devoir.
Le corps médical a soigneusement étudié, depuis quelque temps, la question de l'alcoolisme. Nous sommes loin du Congrès de 1886 où les médecins d'asiles consultés ont, sauf un seul, soutenu l'innocuité des eaux-de-vie « naturelles », particulièrement celles de vin et de cidre. Non seulement les méthodes de Wedie et de Todd sont aujourd'hui presqu'entièrement abandonnées, mais beaucoup de docteurs s^interdisent de prescrire comme toniques le cognac, les bières fortes, le Champagne, etc.
C'est au Congrès anti-alcoolique de Bruxelles, tenu en 1897, que le rôle de médecin a été le mieux défini ; un orateur a déclaré que le médecin doit être le protagoniste dans la lutte contre l'alcoolisme.
La science médicale a condensé dans un verdict récent tout ce qui peut contribuer à mettre en lumière les dangers de Tintempérance,
LE nÔLE DIT MI^OeOIN
Sous la présidence de M. le professeur Debove, doyen de la Fa< té de médecme de Paris, le conseil de surveillance de FAssistance publique, dans sa séance du 18 décembre t902, a formulé les résolutions suivantes, au rapport de M, le docteur Faisans, médecin à THôtel-Dicu :
L'alcoolisme est Tempoi Bonnement chronique qui résulte de Tusage habituel de Talcoo!, alors même que celui-ci ne produirait p^i rivresse ^H
C'est une erreur de dire que Talcool est nécessaire aux ouvrî^P qui se livrent h des travaux fatigants, qu'il donne du cœur à Touvrage ou qu il répare les forces ; l'excitation artificielle qu'il procure fait bien vite place à la dépression nerveuse et fi la faiblesse ; en réalité Talcool n'est utile à personne, il est nuisible pour tout le monde.
L'habitude de boire des eaux-de-vîe conduit rapidement h Kalcoûlîsme, mais les boissons dites hygiéniques contiennent aussi de falcool ; il n*y a qu'une différence de doses : l'homme qui boit chaque jour une quantité immodérée de vin, de cidre ou de bière, devient aussi sûrement alcoolique que celui qui boit de feau-de-vie.
Les boissons dites apérilives (absinthe, vermouth, amer*s), leis liqueurs aromatiques {vulnéraire, eau de mélisse ou de menthe, etc.) sont les plus pernicieuses parce qu'elles contiennent, outre Talcoûb des essences qui sont, elles aussi, des poisons violents.
L'habitude de boire entraîne la désaffection de la famille, l'oubli de tous les devoirs sociaux, le dégoût du travail, la misère, le vol et le crime. Elle mène, pour le moins, h rhôpital ; car l'alcoolisme engendre les maladies les plus variées et les plus meurtrières : la paralysie, la fobe, les affections de l'estomac et du foie, l'hydropisie ; il est une des causes les plus fréquentes de la tuberculose. — Enfin, il complique et aggrave toutes les maladies aigut^s : une fièvre typhoïde, une pneumonie, un érysipèle, qui seraient bénins chez un homme sobre, tuent rapidement le buveur alcoolique.
Les fautes d'hygiène des parents retombent sur leurs enfauts ; i^'i's dépassent tes premiers mois, ils sont menacés d'idiotie ou d'épilepsie» ou bien encore ils sont emportés, un peu plus tard, parla ménint^*" tuberculeuse ou par la phtisie.
Pour la santé de findividu, pour Texistence de la famille, pour Tavenir du pays, l'alcoolisme est un des plus terribles fléaux,
Tels sont les enseignements que le médecin doit propager dans 1< familles, dans les écoles, dans les hôpitaux. Il sera le premier auxiliaire de l'instituteur ; avec T auto ri té de la science il sera, surtout s'il y joint l'exemple, un professeur de tempérance, le pl^=^ compétent de tous.