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III. Troubles de la motilité

C’est dans le cerveau et dans la moelle épinière, que réside ce principe de vie qui- préside à la coordination de tous nos mouvements

Défaut de résistance. — Est-il surprenant que les centres nerveux, après avoir été ébranlés longtemps par les excès bachiques, finissent par perdre leur force de résistance et s’affaiblissent à ce point que, même dans les moments où l’alcool ne porte aucun trouble dans les organes, ceux-ci ne puissent reprendre l’exercice régulier de leurs fonctions.

Tous les chirurgiens ont été frappés de ce manque de résistance, de cette détente qui affecte tous les ressorts de la vie, dans le corps des ivrognes, ce qui fait que les opérations chirurgicales sont rarement suivies de succès chez lès sujets dont la constitution est viciée par les excès alcooliques.

Lorsque les personnes qui abusent habituellement des boissons alcooliques sont affectées de maladies aiguës et qu’on les soumet à l’usage des boissons adoucissantes, il arrive que ces malades, privés de leur stimulant ordinaire, tombent dans un état d’abattement et de prostration profonde. On dirait que chez eux les forces vitales ont perdu tout leur ressort et qu’elles ne peuvent plus réagir contre le mal' qui ménace de les'détruire. C’est alors que le médecin est obligé d’introduire un peu de vin dans la tisane des malades, tant l'influence de cette excitation artificielle est devenue, par la force de l’habitude,

indispensable à l’exercice de leurs fonctions organiques. Mais on comprend les inconvénients que cette nécessité peut entraîner pouf le fonds de la maladie, et combien le principe irritant des liquides alcooliques est contraire à la fièvre et aux inflammations.

Tremblement. — Rien n’est plus commun que d’entendre les ivrognes, quand ils sont à jeun, de sang-froid, se plaindre de vertiges très-pénibles, d’étourdissements qui rendent leurs pas incertains. Leurs jambes tremblent; ils chancellent quelquefois comme s’ils avaient trop bu; et ils courent à la bouteille pour se donner une vigueur factice, une force passagère que suivra chaque fois une dépression plus profonde de l’énergie musculaire. Quelquefois ce tremblement devient si fort, que l’ivrogne ne peut plus tenir son verre.

Obsebvation XLII. Un homme de SO ans, un grand et vigoureux Jurassien, me fait appeler pour voir s’il n’y aurait pas de remède.à apporter à ce tremblement qui agite ses mains tellement, que sa fille est souvent obligée de le nourrir comme un enfant, par la raison qu’ii ne peut porter une cuillère de soupe à sa bouche sans la renverser. Je lui prescris pour la forme quelques moyens de traitement et lui recommande surtout de boire beaucoup moins. Au bout de quelque temps, voyant que mes remèdes, dont il attendait l’effet très-sérieusement, ne produisaient rien, il quitta un jour la table brusquement, après avoir vainement tenté plusieurs fois de porter son verre à ses lèvres. 11 sortit : on crut que, selon son habitude, il allait causer chez quelque voisin. Le

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soir, comme il ne reparaissait pas, on le chercha partout, et on finit par le trouver pendu dans sa cave.

Observation XLIII. Un autre ivrogne, dont le tremblement portait principalement sur les jambes, étant tombé plusieurs fois dans les escaliers de sa cave, finit par ne plus pouvoir les descendre et prit le parti de se traîner sur son derrière pour éviter de nouvelles chutes.

Je le surpris un jour dans cette singulière allure, et, comme je lui en témoignai ma surprise : « Écoutez, me dit-il, il y a là dedans un diable qui m’attire : C’est un petit tonneau d’eau-de-vie auquel je pense toujours ; quand je ne pourrai plus aller le visiter, je serai bientôt mort. » 11 disait vrai ; peu de temps après, il mourut d’apoplexie à 58 ans ; son père, qui avait été sobre, était devenu nonagénaire!'

Fourmillements. Paralysie. —Quelquefois le mal se concentre sûr la moelle épinière qui devient le siège de douleurs vives accompagnées de fourmillements, de roideurs dans les extrémités inférieures ; celles-ci finissent par être privées de mouvement, quelquefois de sensibilité; la paralysie gagne la vessie et l’intestin ; le malade ne peut plus rendre ses urines et ses matières fécales ; il faut que la sonde et la seringue viennent à chaque instant en aide à sa nature impuissante, ou bien il ne peut plus retenir ses excréments, qui s’échappent malgré lui, et il passe sa vie au milieu de ses ordures. — J’ai vu un de mes vignerons, que rien n’avait pu guérir de sa malheureuse passion pour l’eau-de-vie, finir ainsi misérablement à un âge peu avancé.

Tétanos — D’autres fois, les accidents dont la

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moelle épinière est le siège prennent de prime abord un caractère beaucoup plus grave et une inintensité qui amène promptement la mort. Le mal prend alors la physionomie du tétanos.

Observation XL1V. Un ami de la bonne chère et des vins généreux, âgé de 50 ans, d’une constitution athlétique, très-nerveux, très-impressionnable, m’écrit qu’il désire ma visite parce qu’il éprouvé depuis le matin un serrement dans les mâchoires qui l’inquiète. Je le trouve se promenant encore dans son jardin : mais il ne pouvait écarter les mâchoires et éprouvait déjà quelques secousses dans le tronc. Bientôt les membres furent envahis, et des crises tétaniques, se succédant coup sur coup, avec une intensité effrayante, brisèrent en moins de quarante-huit heures cette organisation si puissante.

Le cerveau conserva jusqu’à la fin l’intégrité de ses. fonctions, à tel point que, un prêtre récitant près de son lit les prières des agonisants quelques minutes avant qu’il expirât, il faisait lui-même les réponses, que venaient à chaque instant interrompre les secousses tétaniques.

Quelles circonstances avaient pu provoquer cette affreuse maladie ? 11 disait s’être piqué à la main en tondant une haie d’aubépine : mais cette piqûre datait de plusieurs jours ; elle ne s’était nullement enflammée, et, à l’époque où le mal fit son invasion, elle était à peu près complètement cicatrisée.

Le tétanos ne pouvait dépendre d’une lésion aussi minime : il me parut devoir être attribué à l’excitation habituelle dont le corps de cet homme était le siège par l’effet d’un usage très-copieux des boissons alcooliques et d’une alimentation fortement assaisonnée : ôn ne l’a-

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vait jamais vu dans le deuxième degré de l’ivresse ; mais le premier degré lui était très-familier.

Observation XLV. J’ai vu mourir de la même façon uii robuste campagnard qui, par une chaleur excessive, avait ramené de la foire une vache très-difficile à conduire ; pour être plus sûr de ne pas la laisser échapper, il lui avait mis un licol dont il tenait la corde enroulée autour de sa main ; l’animal se livrait continuellement à de grands efforts pour s’échapper. Cet homme fit ainsi un trajet de plusieurs heures. La nuit suivante, ne pouvant dormir par l’effet de douleurs intolérables qu’il éprouvait dans la main, il se leva et alla plonger cette main brûlante et gonflée dans l’eau d’une fontaine trèsfraîche. 11 en ressentit un saisissement si vif, que. ses mâchoires se serrèrent instantanément ; tout son corps se roidit. Il ne put rentrer chez lui ! le tétanos éclatait, un tétanos foudroyant ; vingt-quatre heures plus tard il avait cessé de vivre. Quand je demandai à ses amis quelle pouvait être la cause qui, dans des circonstances si ordinaires, avait pu faire éclater chez cet homme des accidents si terribles, ils me répondirent qu’il avait trop bu à la foire,et que, d’ailleurs, ses nerfs devaient être gâtés, depuis longtemps, par l’abus des boissons.

IV. Troubles fonctionnels et altérations matérielles des organes des sens. (Vision et audition.)

Houciies. — Rien n’est plus commun que d’entendre les ivrognes se plaindre d’avoir, dans les yeux, des mouches, des fils d'araignée (1) ; ces accidents sont quelquefois purement nerveux, et l’exa-

(l) Voy. X. Galezowski, Traité pratique des maladies des yeux. Paris, 1870.

men des organes n’y fait découvrir aucune altération. Mais, dans d’autres cas, ils sont l’effet de modifications survenues dans les tissus mêmes.

Observation XLYI. Un ancien militaire, fameux par ses exploits bachiques, avait, depuis longtemps, le nez et le reste dé la face parsemés de. ces rubis qu’y fait éclore le jus de la treille, lorsqu’il vint se plaindre à moi d’éprouver dans la vue des troubles très-pénibles ; il voyait des mouches voltiger autour de lui; les objets qu’il regardait lui paraissaient criblés de taches noires ; en examinant le fond de son œil avec l’ophthalmoscope-, je \is sur la rétine des espèces de boutons analogues à ceux que présentait la face, et je ne doutai pas qu’ils eussent la môme origine. Cet homme ayant continué à boire démesurément, la vue s’altéra de plus en plus, et il a fini par devenir complètement aveugle.

J’ai été maintes fois frappé de ce fait, que. les amis de la table et de la bouteille, dont la figure est ordinairement très-animée, étaient obliges de se servir de lunettes beaucoup plus tôt que les hommes sobres.

©phthalmies. — J’ai soigné des enfants pour des ophthalmies très-graves, suivies quelquefois de la perte plus ou moins complète de la vue, dont la cause première était une éruption de boutons à la tête et sur la face, éruption qui était elle-même la conséquence de la funeste habitude qu’avaient les parents de leur donner à boire du vin pur sous prétexte de les fortifier ; les boutons de la tête avaient fini par envahir les yeux.

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Inflammation de l’oreille. — D’autres fois, c’est sur les oreilles- que se fait la congestion ; alors peuvent éclater les inflammations les plus douloureuses. J’ai vu des malades crier des nuits entières sous l’impression de tintements et de bruissements très-incommodes, de souffrances intolérables dans les profondeurs de l’oreille; celles-ci ne cessaient que par la perforation du tympan qui livrait passage à un flot de pus. Les malades restaient sourds (1), mais heureux encore d’en être quittes à ce prix, car, en pareil cas, j’ai vu 'le pus, au lieu d’ouvrir le tympan, se frayer une voie du côté du cerveau et y faire éclater une méningite mortelle.

§ II. Système sanguin.

Le système sanguin remplit dans l’organisation un rôle plus passif que celui du système nerveux ; mais il est néanmoins d’une extrême importance. Toutes lesjparties du corps sont sillonnées en tous sens par des artères et des. veines; les artères portent le sang du cœur aux extrémités, les veines le ramènent au cœur; leurs ramifications innombrables entrent dans la composition de tous les organes. C’est par le sang que le poison alcoolique est porté vers tous les tissus; elles sont les premières à en recevoir l’impres-

(1) Voyez Bonnafont. Traité pratique des maladies de l’oreille et de l’audition. Paris, 1860, in-8. -— Itard, Traité des mal. de T oreille. 2« édition. Paris, 1842.-

sion irritante ; aussi subissent-elles de notables modifications.

On peut distinguer trois sortes de lésions produites dans le système sanguin par l’usage immodéré des boissons spiritueuses, celles qui modifient la manière d’être du sang, celles qui atteignent les artères et les veines, et, en dernier lieu, celles qui surviennent dans le cœur.

Le cœur, centre et moteur principal du système sanguin, représente une pompe aspirante et foulante qui est incessamment traversée par le sang revenant de toutes les parties du corps ; ce sont ces mouvements qui impriment au fluide sanguin son mouvement circulatoire, aussi devient-il communément chez les ivrognes le siège d’altérations graves.

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