II. Lésions des vaisseaux (artères et veines
L’alcool qui circule avec le sang doit porter son action irritante sur la membrane délicate qui tapisse l’intérieur des artères et des veines. Chez les animaux que l’on fait mourir dans l’ivresse, on trouve ces membranes d’un rouge vif et caractéristique.
Observation L. Un homme âgé de 56 ans accusait des.douleurs aiguës dans un des côtés de la tête : il les attribuait à une névralgie ; en examinant cette région attentivement, je remarquai des lignes rouges qui suivaient très-régulièrement le trajet de l’artère temporale et les méandres nombreux que ses rameaux décrivent à la surface du crâne ; en pressant sur ces lignes rouges, on causait une douleur vive ; c’était évidemment une inflammation occupant toute l’épaisseur des parois de l’artère temporale. Cet homme était un ivrogne de profession.
Cette irritation habituelle des parois artérielles détermine facilement une altération fixe de ces parois; elles s’indurent, s’ossifient, deviennent rugueuses , et ces modifications apportent une gêne notable à la circulation du sang. En tâtant le pouls des ivrognes qui ont dépassé 50 ans, le médecin re-
EMPOISONNEMENT HABITUEL
connaît souvent qu’il a perdu de sa souplesse, que le canal artériel offre au doigt qui le presse une résistance, une dureté anormales.
Il est encore un autre changement qui s’opère dans les vaisseaux sanguins , sous l’influence des excès bachiques. La présence de l’alcool dans le sang, augmentant l’énergie et la fréquence des contractions du cœur, donne lieu à un état d’éréthisme et de turgescence de tous les organes, comme chez es sujets qui ont la fièvre; il doit en résulter qu’à la longue les vaisseaux sanguins se dilatent, et leurs parois s amincissent. Cet effet est surtout inévitable pour ces petits vaisseaux qui, à raison de l’étroitesse de leur calibre, ont reçu le nom de vaisseaux capillaires (capillus, cheveu), et qui sont tellement répandus dans le corps, qu’on ne peut en piquer un point quelconque sans ouvrir une veine capillaire
Les vaisseaux doivent en même temps subir une certaine élongation qui rend leur direction plus flexueuse.
Quand on tâte le pouls des ivrognes d’un.certain âge, on est souvent frappé des ondulations que décrit l’artère du poignet.
Ces deux circonstances, dilatation des vaisseaux et augmentation de leurs flexuosités, ont pour conséquence inévitable de diminuer la rapidité de la circulation, et de rendre les engorgements plus fréquents et plus rebelles. L’amincissement de leurs parois doit les prédisposer à des ruptures et favoriser les hémorrhagies.
INCONVÉNIENTS DE L’i-VROGN ERIE. 95
Ces modifications qui s’opèrent dans les capillaires; sous l’influence de l’abus des liqueurs fermentées, sont très-sensibles sur la face de beaucoup d’ivrognes, surtout de ceux dont le tempérament est sanguin et lymphatique : on voit la peau de leurs joues, celle du nez, de même que la conjonctive oculaire, parcourues par des arborisations vasculaires qui y dessinent un réseau très-apparent et très-compliqué. L’enveloppe cutanée de ces régions est comme transformée en tissu érectile. Le nez des ivrognes est quelquefois tellement défiguré, qu’il ressemble, pour la couleur, la forme et la mobilité même, à une énorme crête de coq d’Inde.
La figure, dans les cas de ce genre, traduit au dehors les modifications corrélatives dont le tissu des organes intérieurs devient également le siège, surtout dans les parties les plus riches en vaisseaux sanguins.