I. Chez L’homme
Excitation factice. — On voit des hommes recourir à un premier degré d’excitation alcoolique pour réveiller en eux le sens génésique, assoupi par 1 âge ou les excès, et que veut ranimer une imagination perverse.
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Observation XCV. Riche propriétaire, âgé de 60 ans, ayant à son sêrvice une jeune fille qu’il a corrompue en lui remplissant la main d’or. Cettè fille était courtisée par un jeune homme dont le vieillard était trèsjaloux ; comptant la-détourner de lui faire des infidélités en satisfaisant pleinement ses instincts génésiques, il se surexcitait par un régime stimulant, afin de multiplier ses forces et de se procurer un regain de jeunesse Il en résultait que, fréquemment, il se trouvait le soir dans un premier degré d’ivresse. Sa santé n’y tint pas longtemps. Il fut pris de tous les accidents d’une hépatite aiguë qui passa à l’état chroniquej amena la jaunisse, le dépérissement et la mort.
Observation XCVI. J’ai vu une jeune fille mourir dans des conditions analogues. Elle n’avait que 20 ans et s’était laissée corrompre par un beau séducteur qu’un hasard fortuit avait mis sur ses pas : c’était un de ces hommes dangereux qui ne font aucun cas de l’honneur dès femmes, séduisent une jeune fille innocente avec autant d'indifférence qu’ils en mettent à avaler un verre de champagne, et n’envisagent cette infamie que comme une prouesse de plus qui leur permettra d’inscrire. un nouveau nom sur la liste de leurs bonnes fortunes.
Selon son habitude, après avoir bien accueilli pendant quelques jours sa nouvelle maîtresse, il la repoussa insensiblement pour voler à de nouvelles conquêtes. Mais la jeune fille, dont les sens étaient éveillés, qui s’était attachée à cet homme*avec une de ces passions qui brisent tous les obstacles, trouvait moyen de le poursuivre partout, et, pour s’enhairdir, pour s’étourdir aussi, sans doute, elle prenait des liqueurs à dose telle qu’il en résultait un premier degré d’ivresse. Son amant m avait raconté son histoire comme un fait
EMPOISONNEMENT HABITUEL
curieux et qui l’amusait. Mais on m’appelle un jour pour cette jeune fille qui éprouvait de* violentes 'coliques et un flux de sang abondant. Je trouvai son état grave. Elle me confessa les excès dans lesquels sa passion l’avait fait tomber. Rien. ne put éteindre la vive inflammation qu’ils avaieut allumée dans les voies digestives et qui prit une forme suraiguë. Elle mourut au bout de quelques jours.
Perversion des instincts générateurs. — L’abus
des boissons spiritueuses, surtout à son premier degré, au lieu-d’exciter le sens génital, peut donner lieu à de singulières perversions des instincts générateurs.
Observation XCVII. Femme de 38 ans, mère de famille, se livrant habituellement à un usage copieux de vin pur qui la plonge dans un premier degré d’ivresse et la fait tomber dans une singulière hallucination. Elle se figure que tous les hommes qui lui adressent la parole, surtout ceux qui approchent d’elle pour un motif quelconque, sont des séducteurs qui conspirent contre sa vertu : elle se plaint de leurs allures trop libres, fabrique sur eux les récits les plus compromettants : son curé étant allé chez elle plusieurs fois, à l’occasion d’une affaire qu’il traitait avec le mari, elle causa beaucoup de désagréments à ce digne prêtre, en racontant qu’un jour, s’étant trouvé seul avec elle, il lui avait fait les plus singulières propositions.
Observation XCVII1. Fille d’un maître d’hôtel; 18 ans; comme elle avait constamment à sa disposition vins et liqueurs, elle avait pris l’habitude d’en user trop largement. On le voyait à l’animation de sa figure et au
INCONVÉNIENTS DE L’iVROGNERIE. loi
flux de paroles qui s’échappait sans cesse de sa bouche. C’était, du reste, une fille très-sage, encore parfaitement innocente, .comme le démontrera le reste de son histoire.
Les organes digestifs s’insurgèrent à la longue contre ce régime incendiaire. Elle se mit au lit avec des coliques et un gonflement . assez considérable de ventre. Appelé près d’elle, je la trouvai en proie à une agitation indescriptible et- dont la maladie intestinale ne pouvait être la cause unique. Je devinai qu’elle était sous l’empire d’une grande préoccupation, d’une idée fixe et pénible. Je trouvai moyen d'éloigner la mère et je soumis la jeune fille à un interrogatoire pressant. Elle finit par m’avouer qu’elle craignait d’être enceinte. Voulant m en assurer, je constatai chez elle tous les signes physiques de la virginité, et, par conséquent, l’absence de grossesse. Je lui demandai comment elle avait pu concevoir de pareilles craintes. Elle m’avoua qu’elle se figurait que, pour devenir enceinte, il suffisait qu’une fille fût serrée étroitement dans les bras d’un homme; qu’un des pensionnaires de leur hôtel l’avait ainsi pressée plusieurs fois dans ses bras en la rencontrant dans les corridors et les escaliers; que, la dernière fois, elle avait ressenti, durant cette étreinte, une sorte de bouleversement dans le ventre, et qu’à partir de ce jour, elle se figurait qu’elle avait conçu. J’emportai de ma conversation avec ellé la conviction que. cette jeune fille ne serait pas tombée dans de pareilles bizarreries et dans la détresse qui en était résultée, si sa raison n’avait pas été égarée par l’abus des spiritueux.
Quelquefois l’alcoolisme, en troublant la raison, réveille les sensations d’une époque déjà fort reçu-
Empoisonnement habituel.
lée, les pervertit et plonge les malades dans une vive agitation.
Observation XCIX. Femme de 50 ans, abus des boissons caractérisé sur la face par une rougeur vive semée de quelques boutons : revers de fortune qui, joint à une recrudescence dans ses habitudes bachiques, lui font perdre la tête. Au milieu de son délire, elle déchire tous ses vêtements, même sa chemise, veut être absolument nue, et, quand je l’engage à se couvrir, elle secrie : « Oh ! non, impossible, Je ressens dans les « veines un feu brûlant-, ce feu qui me dévorait quand « j’étais jeune, ce feu qui m’a perdue (sa vie avait été « très-licencieuse), ce feu que j’avais provoqué par des « habitudes solitaires, et qui a fait mon malheur. » Cette femme, en effet, avait déshonoré sa famille, compromis l’avenir de ses enfants. Comme la débauche génitale avait été l’origine de tous ses maux, elle se figurait que c’était vers les organes, sexuels qu’elle était menacée des plus abominables maladies. Son imagination exaltée lui faisait éprouver dans cette région la sensation d’un feu dévorant; elle avait constamment à côté d’elle un seau plein d’eau fraîche dans lequel on ia voyait tremper à chaque instant des linges qu’elle s’appliquait ensuite sur Je bas-ventre et sur les parties génitales.
D autres fois, l’imagination égarée des alcoolistes leur fait croire qu’ils ont gagné des maladies vénériennes dans des aventures galantes qui leur sont arrivées durant l’ivresse.
Observation C. J’ai soigné une jeune femme qu’une préoccupation de ce genre rendait très-malheureuse ;
son existence en était si empoisonnée qu’elle était poursuivie par dés idées de suicide. Dans un moment où l'ivresse avait éteint chez elle tout sentiment de pudeur et de retenue, elle s’était abandonnée à un homme dont la conduite était très-dissolue et qui passait pour avoir eu des maladies vénériennes ; à peine la raison eut-elle repris chez elle tout son empire, qu’elle ne douta pas que cet homme ne l’eût, comme elle le disait, empoisonnée : elle tomba dans une véritable syphilophobie ou syphilomanie. Je ne lui trouvai pourtant aucune trace de maladie vénérienne. Mais je ne pus dissiper son idée fixe. Elle revint plusieurs fois à la charge, accusant toujours vers les parties génitales les sensations les plus douloureuses ; voyant quil fallait agir vivement sur son imagination, je lui dis de me préciser l’endroit où elle souffrait le plus. Elle m’indiqua un point d’où elle prétendait que partaient toutes ses souffrances, disant qu’il était impossible qu’il n’y eût pas un bouton ou une plaie : je lui dis qu’en effet j’y apercevais une ulcération, mais que j’allais la brûler Vigoureusement et qu 'ensuite, elle serait guérie. Loin de paraître redouter, l’opération, elle applaudit vivement à mon idée. Je fis rougir au feu une petite broche d’acier et en appliquai l’extrémité sur lé point qu’elle m’avait indiqué. Elle supporta courageusement la brûlure : je la fis, du reste, légère. Je lui donnai l’assurance, formelle que tout était brûlé et qu’elle pouvait partir tranquille. Elle s’en retourna triomphante, et je ne l’ai plus revue.
Paralysie des facultés génératrices, impuissance. — Si un premier degré d’excitation alcoolique et une habitude récente des excès bachiques peuvent stimuler les appétits vénériens et augmenter
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l’énergie génitale, l’abus prolongé des boissons spiritueuses conduit à des conséquences tout opposées.
« L’ivrogne est faible au déduit vénérique, » a dit le.bon Ambroise Paré (1).
Rien n’égale la déception de ces épicuriens, qui font consister tout le bonheur de la vie dans les voluptés sensuelles, lorsqu’ils voient leurs forces génitales défaillir.
. Observation CI. Homme de 52 ans, d’une belle organisation physique et intellectuelle ; mais les circonstances, les incidents nombreux d’une vie très-agitée, les tendances naturelles de son tempérament, l’ont, entraîné plutôt dans les jouissances de la matière que vers le culte de l’esprit. — Jusqu’à l’âge de 45 ans, sa forte santé a bien supporté tous les excès. Il quittait à une heure du matin les soupers de garçon pour se rendre chez ses maîtresses. A 45 ans, l’estomac commença à se plaindre. Les digestions devinrent pénibles, l’appétit capricieux. Il n’en tint pas encore grand compte et ne se préoccupa sérieusement du dérangement survenu dans sa brillante santé que lorsqu’il vit les troubles de l’estomac retentir vers les organes génitaux et diminuer sensiblement ses facultés viriles. Ce fut alors qu’il alla consulter toutes sortes de médecins, depuis les notabilités parisiennes jusqu’à ces guérisseurs, ces charlatans qui exploitent les vieux libertins en leur faisant les remèdes les plus bizarres dans le but de ranimer leurs organes engourdis ou défaillants.
Mais l’essentiel eût été pour lui de quitter ses habitudes : et il ne l’avait pas fait. Quand il vint me con-
(0 Amb. Paré, Œuvres, édit. Malgaigne. Paris, 1840.
sulter ce fut le premier conseil que je lui donnai. Je vis q U ’il n’était pas disposé à le suivre, et je désespérai de lui. En effet, après avoir encore essayé de toutes sortes de moyens pour ranimer ses facultés viriles, voyant que ses etforts étaient vains, il perdit la tête. Son . délire prit les formes les plus étranges et plongea sa famille dans la douleur. Le dérangement cérébral ne fut pas de longue durée. Une attaque d’apoplexie vint mettre fin à son existence.
Les excès de table peuvent paralyser les facultés viriles à un âge beaucoup moins avancé que celui du sujet de l’observation précédente. J’ai soigné des hommes de trente-cinq et de quarante ans, qui avaient tellement concentré l’activité vitale sur les fonctions digestives que les forces génératrices s’é- * taient considérablement affaiblies. Aussi ces hommes avaient engraissé comme les eunuques, dont ils partageaient l’apathie génitale. Mais la plupart d’entre eux avaient conservé, par amour-propre, des allures galantes avec les femmes. Ils tenaient à passer toujours pour des hommes complets ; alors il n’était sorte d’artifices qu’ils ne missent en œuvre pour réchauffer leurs sens engourdis, et ils tombaient inévitablement dans les mains des prostituées les plus immondes ou des exploiteurs les plus ignobles. Ils en sortaient plus impuissants que jamais ; on aurait pu leur appliquer les paroles de Tacite stigmatisant les turpitudes honteuses des Romains de la décadence ; et propter vitam, vivendi perdere causas.
La puissance virile de l’ivrogne peut être com-
promise par des causes accidentelles dont l’ivresse a été l’occasion.
Observation CIL Un homme de 40 ans se fait amener chez moi en voiture, quelque temps après une chute qu’il avait faite, à minuit, sur le dos, en revenant d’une séance bachique. Il sentit en tombant, dans les reins, un déchirement et comme un coup de fouet qui lui aurait saisi tout le corps au niveau de la ceinture. Il eut peine à se relever et se traîna jusqu’à son domicile. Depuis cet accident, ses jambes sont très-faibles, il ne peut se livrer à aucun travail pénible ni soutenu ; l’intestin et la vessie fonctionnent mal; mais, ce qui l’afflige le plus, dit-il, c’est qu’il est comme si on l’avait châtré.