vrognene que/ai observé les maladies de ce genre
les plus dégoûtantes, peut-être à raison de ce que leur peau est plus délicate.
Pemphigus, Eczéma. — L abus des boissons alcooliques n’est pas sans influence sur ces maladies.
Observation CXI. Un jour que je traversais un village, on me fit entrer dans une maison pour y visiter une fille de 50 ans, qu’un usage immodéré et habituel de l’eau-de-vie avait jetée dans la situation la plus déplorable. Toute la surface de son corps était comme un vaste ulcère duquel suintait une matière ichoreuse et fétide, c’était un mélange de ce que les médecins appellent pemphigns et eczéma impétigineux. Les membranes muqueuses qui tapissent l’entrée de toutes les cavités naturelles étaient le siège d’une sécrétion analogue. Une sorte de pus de .mauvaise nature baignait les paupières, s’écoulait des oreilles, des narines et des organes génitaux. La figure offrait l’aspect le plus hideux. Cette malheureuse était devenue, comme les lépreux du moyen âge, un objet de répulsion pour tous ceux qui l’entouraient ; sa famille, qui n’avait jamais pu la corriger de sa passion pour les liqueurs fortes, l’avait reléguée. dans un galetas obscur d’où elle ne sortait presque jamais et où s’éteignit, quelque temps après ma visite, cette existence humaine si misérable et si avilie.
ïtupia, Eethyma. — Rien de plus commun, chez les vieux aîcoolistes, que certaines éruptions de la peau que les médecins désignent sous le nom de rupia, à’ecttiyma , et qui consistent dans de grosses vésicules ou d’énormes boutons pleins de pus auxquels succèdent des ulcérations profondes. Ces ma-
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ladies sont d’une grande ténacité et résistent le plus souvent à tous les traitements, parce que le médecin ne peut pas obtenir des malades une réforme radicale dans la manière dont ils s’abreuvent.
Quand ces éruptions guérissent, elles laissentà leur suite des stigmates indélébiles consistant dans des cicatrices déprimées, d’un blanc nacré, ressemblant beaucoup à celles qui succèdent aux éruptions syphilitiques. J’aurais cru souvent, en les voyant, à leur origine vénérienne, si je n’avais connu à fond les antécédents des malades. Cette circonstance établit un rapprochement de plus entre ces deux grands empoisonnements du corps humain, la syphilis et l’alcoolisme.
Observation CXII. J’ai observé ces cicatrices nacrées chez un maître d’hôtel, âgé de 60 ans, qui avait eu une éruption générale d’ecthyma, en même temps que des gonflements poueux dans l’épaisseur de la langue, au gosier, des périostoses au coude, à l’avant-bras, aux pieds. Jamais cet homme n’avait eu la vérole, et tou tes ces lésions qu’au premier aspect j’étais tout disposé à classer parmi les accidents syphilitiques, je me vis forcé, en présence de ses affirmations réitérées et parfaitement sincères, de les attribuer à un alcoolisme très-ancien qui avait lentement vicié à ce point une constitution primitivement saine et vigoureuse.
S’il est difficile de distinguer les cicatrices nacrées de l’alcoolisme des traces identiques laissées par la syphilis, il n en est pas de même des éruptions qui les précèdent; celles de l’alcoolisme sont d’un rouge
vif, foncé ; celles de la syphilis sont plus pâles et offrent une teinte cuivrée.
Les éruptions de rupia et d’ecthyma d’un rouge vif, accompagnées de points cicatrisés à nuancé nacrée, me paraissent être caractéristiques de l’alcoolisme constitutionnel, comme les syphilides le sont de la maladie vénérienne passée dans le sang.
Orservation CXIII. Femme de 43 ans, se plaignant d’une éruption abondante de boutons dans les cheveux, sur le ventre, au pénil ; rupia et ecthyma mélangés ; quelques points cicatrisés d’un blanc nacré; éruption d’un rouge vif. Elle affirme n’avoir jamais rien eu de vénérien, mais ne parle nullement de ses excès bachiques ; averti par l’aspect de la maladie cutanée, je la presse de questions ; elle se défend d’abord d’abuser des spiritueux, a l’air môme de tenir à en faire un mystère ; mais j’insiste et finis par lui faire avouer qu’elle boit chaque jour deux litres de vin pur, généreux, et des liqueurs après ses repas.
J’ai observé souvent des cas analogues où l’aspect de l’éruption me mettait sur la voie des causes qui l’avaient déterminée, comme la vue d’une syphilide indique son origine. Aussi je voudrais, dût-on m’accuser de néologisme, que ce genre d’éruption, propre aux ivrognes, reçût le nom d ’alcoolides.
Ulcère perforant du pied. — J’ai observé cinq ou six fois une maladie de peau assez singulière et qui ne s’est jamais présentée à moi que chez certains alcoolâtres : c’est t’ulcère perforant de la plante du pied, maladie qui n’a rien de grave, mais qui Bergeret, Boissons. ' 10
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produit une gêne fort douloureuse dans la marche et prive quelquefois les alcoolistes de tout mouvement. Elle consiste dans une ou plusieurs petites plaies qui se montrent à la surface plantaire où elles détruisent l’épiderme épais qui la protège, met- j tant à nu un derme rouge, enflammé, saignant ou suppurant, et sur lequel il est impossible de faire porter le poids du corps. On a donné à cet ulcère le nom de perforant , parce que l’épiderme si épais qui tapisse la surface plantaire offre, au pourtour de la petite plaie, des bords taillés à pic comme par un emporte-pièce ; on dirait un trou percé qvee une vrille. L’ulcère perforant se développe principalement sur les parties les plus saillantes de la surface plantaire, sous le talon et sous la base du gros orteil. Mais j’ai soigné un sujet chez lequel les deux plantes étaient criblées d’ulcères perforants et qui ne pouvait faire un pas sans éprouver la sensation d un grand nombre de pointes acérées qu’on lui aurait enfoncées sous les pieds.
Rien n’est plus difficile à guérir que l’ulcère perforant, et j’ai été obligé plusieurs fois de recourir àla cautérisation pour modifier ces plaies qui n’avaient aucune-tendance à la cicatrisation.
Anthrax. — Toutes les productions morbides qui se développent sur la peau deviennent graves chez les intempérants : ce sont les maladies expiatoires d’une alimentation excessive.
Observation CXIV. J’ai vu succomber dans la force de l’âge trois hommes qui, sms être des ivrognes, se prélas-