DES EFFETS DE L’ABUS DES BOISSONS SPIRITUEUSES SUR LA FAMILLE
L’abus des alcools, joint à la multiplicité des arts sédentaires est, dans Paris, la principale cause de la ruine de l’espèce (2).
11 faut plus d’argent pour nourir un vice que pour élever trois enfants (3).
ARTICLE PREMIER
RÉSULTATS
La famille reçoit de l’.ivrognerie une atteinte profonde ; ce vice, qui est si répandu, y porte tous les jours la ruine et la perturbation.
Kapports conjugaux. — L’ivrognerie des époux entraîne de très-graves inconvénients dans les rapports sexuels.
L’homme ivre dégoûte la femme qu’il veut caresser. Souvent ses forces viriles, paralysées par l’al-
(1) Voyez Jolly, Études hygiéniques et médicales sur le tabac (bulletin de üAcadémie impér. de médecine. Paris, 1S64-65, tome XXX, p. 423.
(2) Londe, Nouveaux éléments d'hygiène, 3 e édit. Paris, 1817.
(3) Franklin, La Science du bonhomme Richard.
RÉSULTATS
cool, ne sont point en rapport avec les ardeurs de %on imagination dépravée ; il s’épuise en efforts impuissants qui échauffent la femme, la rendent malade et lui occasionnent quelquefois à lui-même des écoulements désagréables.
Si c’est la femme qui se plonge dans l’ivrognerie, c’est chez elle que se montre l’atonie des organes génitaux ; alors le mari, trompé dans son attente, blessé de cette froideur, va souvent se consoler avec une autre femme dont l’intempérance n’a pas émoussé l’aiguillon génésique, et l’abîme de 1 adultère est encore ouvert une fois de plus par l’alcoolisme.
L’ivrogne ne tient^aucun compte de l’état de couches de sa femme.
Observation CXXVI. Mère de trois enfants en bas âge; elle a accouché depuis deux jours. Son mari, rentré dans l’ivresse, a voulu se coucher près, d elle, et, une fois dans le lit, lui a cherché querelle, l’a frappée môme ; la malheureuse a été obligée de fuir. Mais une perte de sang est arrivée ; elle a appelé à son secours u-ne voisine qui est venue me chercher. Pendant que la femme, étendue sur le plancher, est en proie à une syncope effrayante, l’ivrogne cuve son vin dans le lit, dort profondément et ronfle comme un tuyau d’orgue.
La cour d’assises de la Seine a jugé, en 1865 (1), un mari qui avait tué sa femme parce que celle-ci refusait de cohabiter avec lui à raison de son état d ivresse.
(1) Moniteur 22 juillet.
DANGERS POUR LA FAMILLE
Observation CXXVI. J’ai reçu souvent les doléances d’une pauvre mère de famille dont le mari avait été con-^ duit par l’alcoolisme à l’épilepsie, puis après un certain nombre d’attaques du haut mal , à un véritable satyriasis qui absorbait tellement toutes ses facultés qu’il n’avait plus d’autre pensée que celle de poursuivre -sa femme de ses caresses ; il ne l’épargnait pas même sous les yeux de ses enfants. C’était une véritable persécution dont cette malheureuse femme souffrait jour et nuit au point qu’elle était désespérée et entra fort malade à l’hôpital. On fut obligé d’enfermer son mari dans une maison d’aliénés; cet homme était très-nerveux et avait une vigueur de constitution rare.
L’ivresse conduit à toutes les horreurs.
Observation CXXVII. Un vigneron alcoolâtre, d’une stature et d’une force peu communes, mettait tout en œuvre pour séduire sa cousine, jeune fille d’une conduite exemplaire, et qui repoussait avec indignation les entreprises criminelles de son cousin. Une nuit que la jeune personne couchait seule dans la maison, sa mère et sa sœur étant absentes par une circonstance extraordinaire, son cousin trouva moyen d’y pénétrer sans bruit, arriva dans la chambre où dormait la jeune fille, se précipita sur elle et voulut s’en emparer par la violence. Mais celle-ci fit une vigoureuse résistance.. Alors le jeune homme exaspéré, voyant qu’elle allait appeler au secours, ne se possédant plus, rugissant de fureur, lui asséna plusieurs coups si violents dans la région du cœur et de l’estomac qu’elle resta sans voix et sans mouvement. Il se hâta de fuir. Le lendemain les voisins, ne voyant pas reparaître la jeune fille, pénétrèrent dans la maison et ne trouvèrent qu’un cadavre. Je fus chargé
résultats.
TT , ice d > en faire l’examen. Des traces nombreuses par la u ^ Ce 7 excoriationSj surtouslespoints du corps, decontusion , d - bouche et les organes génitaux,
mais notamment y que cette malheureuse
témoignaient de la * ^ rintérie ur du corps,
■victime avait eue as ftT ,„ anP o des traces de
on voyait de toutes par s sur ée à coups redou-
contusions. 11 parait ? ad ^ “ P f es gen oux,les ta-
^'nf^ondamnê qu'aux travaux forcés 4 perpétuité On était eu 1848 ; les mêmes hommes qui avaient fômeniéces terribles émeutes dans lesquelles ou tuait
îtus pitié au Slieu des rues, d'illustres généraux et un vénérable prélat, ces mêmes hommes disculaten a «"semen, l'abolition de la
lâtre.
Non-seulement le cœur perverti des ivrognes peut les* porter aux actes les plus criminels sur les
bres deleur famille, mais encore leur imagination
DANGERS pour LA famille.
arm eraux oreilles de la justice, et celle-ci allait in t P ° UF
lorsqu’elle apprit que cette femmeégarée tauZ ™™’ gmafion tellement pervertie m ,*JL ne lma ~
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désagréments. ^ne^andt rf
de Basile : Calomœz, il en reste toujours quelqvlchose™
Mcoolisme a le privilège de nous ramener à ces mps de barbarie qui donnèrent naissance à toutes les monstruosités de la Fable.
omm™, cm. J’ai entendu une malheureuse mère
exemple, qu’elle n'est Lfl “«"Strueuses, disant, par qui l’a engendrée. P fiUe &t qUe G ’ estun taureau
Résultats.
t rYXXI Et cette autre femme, qui vient
de quitter le toit conjugal.
, Demandez aux tribu-
nanx^combierdTprocès en séparation ont pour
point de départ lest habitud^ ^ £
mo'gûrgelouteTta’femmes à qui j'aidonné ^
soins pour des coups et blessures, quelquefois gra “s dont l'auteur était le mari rentrant au %er conjugal dans un état d'ivresse? Le nombre de témoins accusateurs serait effrayant.
Quelquefois les femmes, quand les maris les m 1traitent lorsqu’ils sont dans l'ivresse, usent a leur égard de terribles représailles.
Obsi.vat.on CXXXII. Un ivrogne est trouvé mort “n matin au bas de l'escalier de pierre qui eond" ‘ a la Porte de sa maison. La justice m'envoie relever le cadavre. Je ne trouve qu’une seule blessure, ap mi ’
c'était un enfoncement de l'os frontal, ajant du de terminer la mort instantanément. Oet avait une forme irrégulièrement quadrangulaireet ® trouvai dans 1. maison un gros marteau de maqpn dont le talon s'adaptait bien à 1. de P” M1 °“\S ier examinant les cailloux de la rue, au bas del escaber on en trouvait qui présentaient * P“ P rt * £ forme, à l'endroit même où la femme disait avoir
240 DANGERS POUR LA FAMILLE
découvert le corps de son mari. La justice fut obligée, faute de témoignage, d’accepter la version et d’admettre que cet homme, rentrant ivre, était tombé de manière à s’enfoncer ainsi le crâne contre un de ces cailloux. Mais j’ai toujours pensé qu’elle l’avait assommé d’un coup de marteau, durant son sommeil, et avait traîné ensuite son cadavre au pied de l’escalier pour faire croire qu’il s’était assommé en tombant. C’était une femme très-adroite, profondément artificieuse, d’un caractère dur, sauvage, et qui était bien capable d’employer toutes ces précautions pour mettre la mort de son mari sur le compte d’une chute accidentelle : elle avait fort bien pu porter au pied de l’escalier des cailloux imitant pour la forme le talon du marteau.
Mauvais exemples. — Autrefois les Spartiates plongeaient leurs esclaves dans l’ivresse et les plaçaient ensuite sous les yeux de leurs enfants, afin de les éloigner à tout jamais-de la pensée de s’enivrer, en leur faisant voir à quel degré d’abjection l’homme pouvait descendre par l’abus des boissons enivrantes.
De nos jours ce spectacle hideux est offert à de malheureux enfants par leur propre père.
Misère. — Non-seulement l’ivrognerie porte la démoralisation dans la famille, mais la ruiné et la misère y entrent à sa suite. Cet affreux penchant étouffe tous les sentiments naturels, même ceux de la paternité, et, tandis que le père frugal arrose de ses sueurs la terre qu’il cultive pour augmenter le. patrimoine de ses enfants, le père ivrogne dissipe sa fortune et condamne sa famille à la misère pour assouvir sa détestable passion.
RÉSULTATS
La passion des spiritueux domine impérieusement certaines organisations.
Observation CXXXIII. Un mari se plaignait à moi de ce que sa femme, qu’il avait rationnée pour le vin à cause de son ivrognerie, avait vendu successivement presque tous les meubles du ménage pour acheter de l’eau-devie et des liqueurs.
La Fontaine, si habile à saisir les travers de notre espèce, a peint celui que nous retraçons de la manière suivante.
Un suppôt de Bacchus,
Altérait sa santé, son esprit et sa bourse;
Telles gens n’ont pas fait la moitié de leur course,
Qu’ils sont au bout de leurs écus.
Combien de familles d’ouvriers sont plongées dans le dénûment le plus absolu, parce que leur chef engloutit au cabaret, le dimanche, le produit de son travail de la semaine.
Des calculs rigoureux faits par Villermé, Jules Simon, ont démontré que les dépenses en ais de boissons spiritueuses et en tabac sont tellement élevées dans certaines populations manufacturières, comme à Rouen, Amiens, Roubaix, Lille, Lyon, Saint-Quentin, Mulhouse, Reims, Saint-Étienne, et autres, que ces dépenses représentaient, par homme, le double de la somme suffisante pour assurer le pain d’une famille entière. Or, la dépense
(1) La Fontaine, VIvrogne et sa Femme.
Bêrgeret, Boissons. 1 *
DANGERS POUR LA FAMILLE
du tabac est au moins superflue, et Fargent qu’on lui consacre servirait à payer des dépenses utiles et mêmen écessaires.
« Les habitudes d’ivrognerie sont telles dans plusieurs villes de fabrique, et élles entraînent une telle misère, que l’ouvrier est absolument incapable de songer à l’avenir. Le jour de paye, on lui donne en bloc l’argent de sa semaine ou de sa quinzaine. Il n’attend même pas le lendemain; si c’est un samedi, il se jette le soir dans les cabarets ; il y reste le dimanche, quelquefois encore le lundi. Bientôt il ne reste plus que les deux tiers ou la moitié de ce salaire sipéniblement gagné. Il faudra manger pourtant; que deviendra la femme pendant la quinzaine qui va suivre ? Elle est là, à la porte, toute pâle, gémissante, songeant aux enfants qui ont faim. Vient le soir, on voit stationner devant les cabarets des troupeaux de ces malheureuses qui essayent de saisir leur mari, si elles peuvent l’entrevoir, ou qui attendent l’ivrogne pour le soutenir quand le cabaretier le chassera ou qu’un invincible besoin de sommeil le ramènera chez lui. A Saint-Quentin, plusieurs de ces détaillants ont été pris pour ces femmes d’une étrange pitié : elles enduraient le froid et la pluie pendant des heures, ils leur ont fait construire une sorte de hangar devant la maison. Ils ont même mis des bancs. La salle où les femmes viennent pleurer fait désormais partie de leurs bouges (1). »
« Il vous est arrivé, dit M. Bouchardat, d’entrer le dimanche dans une salle d’hôpital, et de voir une fille de 18 ou 20 ans, dans les yeux de laquelle brillent
1) J. Simon, l'Ouvrière. Paris, 1S6I.
RÉSULTATS
l’intelligence et le dernier souffle de la vie ; c’est encore une victime de l’alcoolisme. Son père est un ivrogne qui l’a laissée pâtir pendant toute son enfance, et de cette cause est née la maladie de poitrine qui la tue.
« Oui, ajoute le même auteur, j’ai besoin de le redire ici de l’avis des philosophes, des médecins, de tous les observateurs, l’ivrognerie est devenue dans notre Europe la plus grande cause de la misère; or, la misère est la première cause de mort prématurée (t). »
»égénérescence de la race. — L’alCOOÜsme produit une affreuse dégénérescence dans les familles.
Une loi de Lycurgue, qu’on observait également à Carthage, interdisait sévèrement le vin aux jeunes époux le jour de leur mariage.
En général, les familles des buveurs sont peu nombreuses. On a calculé que le produit du mariage d’un ivrogne dépassait] rarement le chiffre de un à deux enfants.
« L’alcoolisme, dit M. Demeaux, n’est pas seulement « une maladie de l’individu, il est encore une maladie « de fami ne et projette son influence malfaisante jus- « que sur la race ; la passion des boissons alcooliques, « la tendance à l’immoralité, à la dépravation, au « cynisme : tel est, en somme, le triste héritage que lais- « sent à leurs descendants un nombre malheureusement « trop grand d’individus adonnés aux boissons alcooli- « ques. »
Un observateur très-sagace, qui a fait une étude (1) Bouchardat et Junod, l'Eau-de-vie, ses dangers, p. 6t.
DANGERS POUR LA FAMILLE
approfondie des effets de l’ivrognerie sur les peuples du Nord, de la Suède, de la Norwége, dit que ces populations, qui abusent au plus haut degré de l’alcool et du tabac, dégénèrent sensiblement et offrent des exemples fréquents de monstruositésde naissance.
Yelpeau (1) a mis sous les yeux de l’Académie de médecine de Paris un enfant né sans tête, dont la conception avait été accomplie dans un accès d’ivresse.
L’ivrognerie étouffe en germe les deux tiers des individus qui auraient dû être procréés, et, d’une autre part, pour me servir de l’èxpression d’Amyot, le traducteur de Plutarque, Yivrogne ne sème rien qui vaille. L’expérience a prouvé que les enfants procréés dans l’ivresse apportent communément, en naissant, un triste germe de maladie; leur vie est languissante, et ils succombent presque tous prématurément, ou bien ils vont peupler les hôpitaux, les asiles de la misère et de la souffrance. D’après les tables de mortalité de Londres, la moitié des enfants qui naissent- dans cette ville meurt avant l’âge de trois ans, tandis que chez les quakers, secte religieuse qui vit dans la tempérance la plus rigoureuse, la moitié arrive à l’âge de quarantesept ans.
En 1720, on fut frappé à Londres d’une diminution considérable dans les naissances. Le gouvernement provoqua une enquête, de laquelle il résulta que l’ivrognerie en avait été la cause principale.
(1) Velpeau , Bull, de VAcad, de médecine.
RÉSULTATS
L’alcoolisme est héréditaire, et, chez les enfants de l’alcooliste, il n’est pas besoin d’exces aussi graves ni aussi prolongés pour conduiré à des conséquences déplorables. La dépravation de leurs instincts se trahit de bonne heure; ils ont.de la tendance a tomber dans tous les vices.
« Je n’ai jamais vu guérir, dit le docteur B. A. Morel, les aliénés dont les tendances ébrieuses avaient leur point de départ dans des prédispositions héréditaires (1). »
« Les rejetons dégénérés des ivrognes se rangent en deux catégories : 1° les uns apportent en naissant le germe d’une dégénérescence complète : ils viennent au monde imbéciles ou idiots. Leur état est fixe et irrémédiable; 2° les autres vivent intellectuellement jusqu’à un certain âge, au delà duquel ils s’arrêtent, incapables d’aucun progrès ultérieur. Habituellement ils révèlent de bonne heure leur état mental par la dépravation de leurs tendances, notamment par des instincts cruels, l’onànisme, le vol, etc. Ils sont irritables, violents. Ils se montrent le plus souvent réfractaires a toute éducation, ou bien, s’ils ont péniblement appris un état libéral ou une profession industrielle, leurs aptitudes s’évanouissent à un moment donné. Lindécision, la paresse, le besoin de vagabondage, l’obscurcissement du sens moral, les appétences ebneuses, l at faiblissement intellectuel, sont les caractères, qu on rencontre le plus souvent chez des sujets, qui aboutissent finalement et sans, secousse à un état , mental comparable à l’idiotisme. Quelques-uns, plus privilégies
(1) Morel, Traité des dégénérescences physiques , intellectuelles et morales de l’espèce humaine. Paris,
DANGERS POUR -LA FAMILLE
au début, jouissent d’un degré moyen d’intelligence : mais ils- sont bizarres, maniaques, ils ont des instincts de tristesse ; tôt ou tard leurs facultés s’altèrent comme chez les précédents et subissent la même dégradation progressive. »
« Quelques exemples, dit M. Morel, montrent d’une manière plus saisissante la triste réalité de ces dégénérescences héréditaires.
« Un ivrogne a trois fils : le premier est atteint de délire périodique, le deuxième est dans un état de stupeur habituelle ; le troisième est un idiot complet. »
« Un autre a sept enfants : deux meurent en bas âge par suite des convulsions ; le troisième devient aliéné à 22 ans ; le quatrième peut passer pour un véritable imbécile de naissance ; le cinquième est bizarre et misanthrope: une jeune sœur souffre d’un état névropathique avec phénomènes d’hystérie, et sa raison s’est déjà troublée plusieurs fois; le septième est un ouvrier intelligent, mais d’un tempérament très-nerveux ; il est déjà sujet à des accès de tristesse. »
Ainsi l’ivrognerie ne se contente pas « de tuer moralement l’individu qu’elle dépouille de son intelligence, elle flétrit sa race. En France sèulement, il y a plus de 100,000 individus exposés à engendrer des fous, des épileptiques, des imbéciles ou des idiots, parce qu’ils peuvent, sur le premier comptoir de marchand de vin, au coin dé la première rue, boire jusqu’à l’abrutissement un poison dont l’effet se produira tôt ou tard et d’une manière fatale (1).
(1) Mottet , Considérations générales sur F alcoolisme et plus particulièrement des effets toxiques produits par la liqueur d’ab- $mthe. Thèse, 1859, p. 13.
RÉSULTATS
Observation CXXXIV. Un homme ayant éprouvé à plusieurs reprises des accès d’aliénation mentale dus à dés excès alcooliques, se maria deux fois ; avec sa première femme, il a 16 enfants dont 15 sont morts avant un an au milieu de convulsions ; le survivant est épileptique. Avec sa seconde femme, il a 8 enfants ; sept ont succombé à des convulsions; le survivant est scrofuleux ; il y a eu en outre une fausse couche (t).
Je n’ai jamais rencontré de spectacle plus navrant que celui de ces familles affligées dont le chef, réduit par l’ivrognerie à l’impuissance de travailler, loin d’être utile à ses enfants, devient pour eux une charge nouvelle. J’ai vu de ces êtres dégradés qui étaient plongés dans un tel abrutissement que, chez eux, les sentiments moraux et intellectuels s’étaient éteints complètement; par leurs allures, leur physionomie abjecte, leur regard stupide, l’air bestial avec lequel ils recevaient et mangeaient leurs aliments, ils offraient une ressemblance avec les animaux les plus immondes; et de malheureux enfants étaient obligés de s’imposer des privations pour nourrir de pareilles brutes !
Bupture des liens de famille. — L’ivrognerie éteint tous les sentiments naturels qui devraient unir les époux entre eux et attacher étroitement les enfants à ceux qui leur ont donné le jour.
Observation CXXXV. Une femme, dont la patience a été
(l)Marcé, Traité des maladies mentales. Paris, 1862,
DANGERS POUR LA FAMILLE
poussée à bout par les excès de son mari, a fini par l’abandonner, ainsi que ses quatre enfants, pour se jeter dans les bras d’un amant. Le mari, devenu fou, est allé finir ses jours dans une maison d’aliénés. Les quatre enfants sont tombés dans le plus complet abandon.
Observation CXXXVI. Une autre fois c’est la femme que j’ai vue, par son ivrognerie, perdre complètement sa famille; elle était tombée dans un tel avilissement qu’un jour son mari, n’y tenant plus, la chassa du domicile conjugal; lui-même quitta le pays et alla se créer une autre existence ailleurs. Leurs deux enfants ont été mis à l’hospice des enfants abandonnés.
L’ivrognerie des parents nuit beaucoup à l’établissement des enfants; que de fois j’ai vu des jeunes filles, que leurs avantages personnels auraient fait vivement rechercher, vieillir dans un célibat sans fin, parce que les aspirants à leur main, en venant visiter la famille, y avaient trouvé un père ou une mère avilis par l’ivrognerie ; ils n’étaient plus revenus.
Quelquefois, l’exemple de l’ivrognerie, donné par le chef de la famille, porte le découragement parmi les autres membres; insensiblement ils se mettent à l’imiter, et j’ai pénétré dans des maisons où, à côté d’un père mourant par l’elfet de l’alcoolisme, je trouvais une femme et des enfants dans l’ivresse, assistant impassibles aux derniers moments de l’agonisant.
Il arrive même que les parents souhaitent ostensiblement la mort de l’alcooliste ; ils ne font rien
résultats.
pour la prévenir, et m’ont paru, dans certains cas, disposés à la favoriser.
Observation CXXXYII. Un jeune alcooliste, la plaie de sa famille vient de se brûler en tombant dans le foyer. On ■Selle pour le soigner. Sa sœur lui répété pleurs Sis en ma présence : « Au lieu de te tuer en detail, tu ferais bien mieux de le faire une bonne fois ; n as-tu pas
^totÏoN-’cXXXVIlI. Rencontrant dans la rue k femme d’un ivrogne que je soignais pour une hydropi
"Lt deLeW W ““
son mari — « Ab ! Monsieur, me dit-elle, je crois, e "qu’il ^ mieux! Quel malheur! Est-ce que par
Une femme vient memontrer des blessures que lui a faites son mari Elle frappée continuellement, sans motifs. - « Mais, lu dis je, votre mari ne vous maltraite que quand il a bu - Eh! Monsieur, répond-elle, quand donc na-t-il pas bu. Quelle belle action ferait le bon Dieu s il m en e vrait ! »
Quand donc n’a-t-il pas Ah! voilà lcc ’; ern ‘' !1 ‘ degré de l'ivrognerie peint en deux mots. L alcoolisme est à l’état de permanence, «I■ 1'i™gne devie un tel fléau pour ses proches qu’ils lui souhaitent sincèrement la mort.
Observation CXL. Une lemme, chassée du lit conjugal par son mari rentré au milieu de la nuit en pleine fvresse, prend le parti d’aller se coucher au grenier. Mais, au milieu des ténèbres, et sous le coup de son
DANGERS POUR LA FAMILLE
émotionnelle monte maladroitement l’échelle et tombe d assez haut pour se casser les deux jambes.
Observation ÇXLI. Une autre fois, j’ai soigné pour une chute sur la tête un vieux père qui, chaque soir, s’en allait, de café en café, chercher son -fils et tâcher de le ramener sous le toit paternel. 11 tombe un jour dans l’escalier obscur d’un estaminet; on le relève sans connaissance ; il s’était fait une commotion cérébrale dont il est mort le lendemain.
Observation CXLÏI. Un jeune homme, ne pouvant s’habituer à 1 ivrognerie de son père et de sa mère, s’enrôle dans un régiment, quoiqu’il n’eût aucun penchant pour la vie militaire. Mais il voulait quitter le pays à tout prix. Après quelques semaines d’éloignement, il tombe dans un profond découragement et va se pendre dans un grenier.
Observation CXLI1I. Il n’y a pas longtemps que les journaux ont retenti d’une affaire criminelle ayant trait à des entants qui, honteux de voir l’ivrognerie de leur père, fatigués de sa conduite, voyant qu’il les ruinait et les déshonorait, s’entendirent pour s’en débarrasser par un parricide ; ils le jetèrent au fonds d’un puits.
Quoique singulièrement obscurcis par l’alcoolisme, les sentiments de' famille et le sens moral se réveillent par moments pour jeter des éclairs passagers qui illuminent la conscience de l’ivrogne de,lueurs terribles.
Observation CXLIV. Une veuve, encore jeune, ayant deux enfants en bas âge, s’était consolée de la mort de son époux et des difficultés qu’elle lui avait suscitées, en se livrant à un usage immodéré des'liqueurs enivrantes: 18 mois, environ, après la mort du mari, elle arrive dan
RÉSULTATS
mon cabinet avec un air égaré, désespéré : — « Monsieur, me dit-elle, il faut que tous me disiez si je suis grosse; j’ai des raisons de le craindre ; veuillez tous en assurer. » — Elle me fait alors l’aveu qu’étant dans l’ivresse, quelques semaines auparavant, un homme a abusé de sa position. Je l’examine et la rassure, voyant bien qu’elle méditait quelque sinistre projet. En effet, elle me dit, en me quittant : « Ah ! Monsieur, si vous m’aviez dit que j’étais grosse, j’allais sur-le-champ me jeter à l’eau. »
Cette femme m’avait avoué que tous les aliments la dégoûtaient, que le vin pur seul lui faisait plaisir, qu’un attrait irrésistible la faisait descendre à chaque instant à la cave.
Aussi, chaque soir, elle était plongée dans l’ivresse et, comme elle était encore jeune et jolie, le premier venu pouvait exploiter son état.
Lie chef de famille perd sa dignité. — Les maris ivrognes deviennent souvent pusillanimes, sans caractère, et tombent complètement sous l’ascendant de leurs femmes, qui souvent en abusent.
Obsebvation CXLY. J’ai vu ainsi des chefs de famille que personne ne prenait au sérieux et dont le rôle faisait pitié, tant il était humiliant.
On abuse de la faiblesse d’esprit des ivrognes, pour leur faire signer des testaments qui deviennent des brandons de discorde dans les familles et y créent entre frères des haines implacables.
Ces testaments sont ordinairement attaqués devant les tribunaux où l’on arguë, pour les faire casser, de; troubles intellectuels que présentait le défunt par
252 DANGERS POUR LA FAMILLE
l’effet de l’alcoolisme, et ces procès, par leur éclat, par les animosités qu’ils excitent, ne font qu’envenimer les rancunes.
Le père, par son ivrognerie, peut jeter des troubles graves dans le ménage de ses enfants mariés, lorsqu’il vit en communauté avec eux.
Observation CXLVI. Femme de 30 ans, ayant un beaupère qui désole toute la famille par son intempérance. Au milieu des vapeurs ébrieuses, cet homme voit tout de travers, et fait croire à son fils que sa femme lui est infidèle. Celle-ci, de son côté, m’a fait la confidence que son beau-père lui en voulait parce que, dans ses moments de surexcitation alcoolique, il lui a fait d’abominables propositions qu’elle a repoussées avec indignation. Le mari, sous les suggestions du père, est devenu fort jaloux et l’a témoigné à sa femme par des scènes yiolentes. Il est arrivé souvent que la femme, irritée de ces mauvais traitements, a refusé de payer à son mari le tribut conjugal. La jalousie de ce dernier a été exaspérée par ces refus. Bref, l’ivrognerie du père a perdu cette famille qui était dans les meilleures voies de prospérité.
Observation CXLVII. J’ai vu toute une famille désorganisée par l’habitude que trois grandes filles avaient contractée de se plonger fréquemment dans une demiébriété. Leur frère avait beau couper la guillette aux tonneaux, elles ouvraient la bonde, et, attachant une bouteille à une corde, elles la descendaient ainsi dans le tonneau pour la remplir. La maison était hantée le soir par des jeunes gens qui, disaient les voisins, faisaient avec ces filles alcoolisées tout ce qu’ils voulaient. Elles ont succombé, de 30 à 35 ans, à des inflammations pulmonaires.
RÉSULTATS
Domesticité. — A a sein de la famille vivent les domestiques. Eh bien, les servantes alcoolâtres sont très-dangereuses dans les maisons.
Observation. CXLYIII. Belle brune, très-intelligente, tellement abrutie par l’ivrognerie qu’elle n’a pu rester dans aucun service; à l’âge de 32 ans, elle en est réduite à mendier. Un matin, je la rencontre dans la rue. Elle s’approche fort près de moi, me parle sous le nez comme font les ivrognes, et je sens que son haleine est déjà fortement alcoolisée. Pourtant elle me dit qu 'elle est à jeun,et me prie de lui donner la charité pour aller prendre quelque chose.
Observation CXL1X. J’en ai connu une qui était fort jolie et que ses habitudes avaient rendue tellement vicieuse, qu’elle faisait des avances à tous les hommes qui lui plaisaient : elle en avait ainsi attiré un grand nombre dans ses pièges, et avait corrompu son maître lui-même.
Les hospices, les prisons, les maisons d’aliénés renferment un grand nombre de domestiques, d’ouvriers, qui ont été chassés par leur maître pour cause d’ivrognerie, et que leur visage enluminé, leur haleine infecte a fait repousser partout.
Souvent, c’est le maître lui-même qui ne craint pas d’alcooliser sa servante pour la séduire plus facilement.
Observation CL. Riche campagnard qui vient me consulter avec sa domestique tenant dans ses bras un enfant de 5 mois, pâle, maigre, chétif. Cet enfant est, dit-il,, le fruit de. ses œuvres, et il serait tout disposé à épou- Bergeret, Boissons. * ®
DANGERS POUR LA FAMILLE
ser la mère si elle voulait se corriger de ses mauvaises habitudes ; elle s’enivre, dit-il, tous les jours'; c’est pour ce motif que son lait ne vaut rien, que son nourrisson dépérit et va mourir; elle en a déjà perdu un de la même façon. Mais tous ses efforts pour la convertir sont impuissants. 11 me demande quels moyens il pourrait employer pour y parvenir.
J’ai appris, plus tard, que cet homme, pour corrompre la jeune fille, qui avait 20 ans de moins que lui, avait eu recours à l’influence des alcooliques, dans le but de troubler en elle la raison et le sens moral.
Observation CLI. Un homme de 55 ans m’amène une fille de 30 ans, qui allaitait un nourrisson de 6 mois. Il me raconte qu’il est veuf, sans enfant, que cette fille est sa servante, que l’enfant est le fruit de ses œuvres, qu’il l’aime beaucoup, et qu’il est très-affligé de voir le pauvre petit être rester maigre, chétif, parce que la nourrice boit trop et lui donne un lait échauffé qu’il digère mal, et qui lui cause une diarrhée continuelle.
« J’ai tout mis en usage pour la corriger, dit-il, mais « vainement. Je voudrais pourtant donner un père à cet « enfant, en épousant la mère. Mais je me garderai bien « de le faire tant qu’elle ne se corrigera pas de son dé- « faut; parce que, si elle continue à boirè comme pré- « cédemment, j’ai la conviction que son enfant n’a plus •i que cinq ou six semaines à vivre. »
J’ai remarqué souvent que, comme le démontrent les exemples qui précèdent, les femmes alcoolâtres les mieux constituées étaient de fort mauvaises nourrices, et qu’elles finissaient presque toujours par perdre leur enfant.
J’ai cité l’affreux exemple de jeunes servantes que