CHAPITRE X
J’oublierais complètement mon rôle de médecin si, après avoir décrit les maux causés par l’abus des boissons spiritueuses, je n’indiquais pas les remèdes qu’on peut y apporter.
Je vais parler d’abord du traitement de l’ivresse; j’aborderai ensuite celui de l’ivrognerie.
ARTICLE PREMIER
TRAITEMENT DE L’iVRESSE.
Un principe fondamental domine le traitement des trois degrés de l’ivresse et doit servir à le diriger : il faut que tous les moyens mis en usage aient pour but de faire sortir promptement le poison alcoolique de l’intérieur du corps, car nous n’avons pas d’antidote efficace pour en neutraliser les effets; or, de tous les émonctoires qui débarrassent l’économie du principe alcoolique, nul ne fonctionne aussi activement que la sueur et l’exhalation pulmonaire.
L’ivresse simple et au premier degré réclame tout au plus comme moyens calmants quelques verres d’eau sucrée fraîche, des lotions froides sur le visage
et la tête, quelques instants de repos et de silence.
Rien ne dissipe avec plus de rapidité un premier degré d’ivresse que l’exercice en plein air, mais il faut éviter avec soin les refroidissements. On voit des personnes tomber dans l’ivresse brusquement, en s’exposant à un froid vif, au sortir d’un lieu où la température était élevée , parce que cette transition supprime la transpiration d’une manière subite.
On fait disparaître le deuxième degré de l’ivresse en prenant les mêmes précautions que pour le premier. On peut y joindre l’action des sudorifiques, pris en boisson chaude et aromatique, le sureau, le tilleul, la violette, ou celle de certaines boissons, comme le thé et le café noir, qui ont une influence particulière sur le système nerveux, le réveillent de la torpeur où l’a plongé le second degré de l’ivresse, et, en excitant le système sanguin, favorisent la transpiration pulmonaire et cutanée. On recourt aussi, avec avantage, à quelques gouttes d’ammoniaque ou d’esprit de Mindérérus pris à la dose de 5,10, ou 15 gouttes dans un verre ou un demi-verre d’eau sucrée ; cette substance jouit en outre, comme le café, d’une action stimulante sur le cerveau.
Il est essentiel de faire avaler au malade une grande quantité de boissons aqueuses, afin de délayer l’alcool et d’en favoriser l’élimination par les urines.
Dans Y ivresse parvenue au dernier degré, c’est-àdire accompagnée d’insensibilité, de sommeil léthargique ou de coma, ces moyens sont inutiles et pour-
traitement de l’ivresse.
raient même devenir funestes : il faut un traitement très-actif, car le péril est grand. Il faut se hâter de provoquer le vomissement, aûn de faire expulser la partie du poison encore contenue dans 1 estomac. On a recours à la titillation de la luette avec les barbes d une plume ou un corps quelconque. Si ce procédé est impuissant, on a recours à l’émétique.
Mais ces moyens peuvent échouer; le malade, quelquéfois, n’est plus capable d’avaler; on n’a alors d’autre ressource que d’introduire une sonde œsophagienne dans l’estomac et d’en retirer les liquides au moyen d’une pompe aspirante ou simplement d’une seringue. Ce moyen a produit quelquefois des effets merveilleux. Ogston, qui l’a employé sur six individus ivres morts, a obtenu, dit-il, presque immédiatement le retour de la connaissance dans la plupart des cas.
Il faut aussi se bâter d’entourer tout le corps de bouteilles pleines d’eau très-chaude, afin de provoquer une transpiration rapide et abondante, réchauffer, stimuler les extrémités et la périphérie du corps, pour ramener la circulation prête à s éteindre (frictions irritantes, sinapismes).
Il est urgent de ranimer l’action éteinte du système nerveux et de prévenir les congestions sanguines vers le cerveau et les poumons.
L’eau froide sur la tête, les frictions sèches et les sinapismes aux extrémités, les lavements irritants ou stimulants, surtout ceux de café, une large saignée, des sangsues derrière les oreilles, en les fai-
sant couler longtemps et, au besoin, les renouvelant : tels sont les moyens qui seront les plus efficaces.
Quelquefois la vie paraît surtout menacée par l’embarras de la respiration ; mais cet embarras n’est lui-même que l’effet de la gêne extrême éprouvée par le système nerveux ; tous les remèdes désignés plus haut sont donc encore indiqués; on peut y joindre, dans le cas particulier d’embarras de la respiration, des ventouses scarifiées dont on couvre la poitrine, des mouvements réguliers imprimés à la cage osseuse pour imiter ceux de la respiration et renouveler l’air contenu dans la poitrine ; un médecin de Lausanne, Mayor, a conseillé d’appliquer sur la poitrine un marteau trempé dans l’eau bouillante. Il paraît que la douleur excessive qui en résulte a ranimé dans certains cas la respiration défaillante.
Un médecin anglais, Simpsom, dit avoir sauvé un malade par la trachéotomie.
« A peine la trachée fut-elle ouverte, dit-il, que les veines distendues de la tète et du cou s’affaissèrent et que les mouvements de la poitrine se rétablirent. Une demi-heure après, la respiration se faisait librement par la plaie. Le pouls se releva, les pupilles reprirent leur sensibilité, etc. Le malade fut sauvé. »
ARTICLE II
traitement de l’ivrognerie.
On entend souvent dire que jamais ivrogne ne s’est converti, et cette opinion n’est malheureusement que trop fondée pour le plus grand nombre des alcoolâtres.
Le peintre Charlet, dont l’humeur a tant égayé ses contemporains, a crayonné un dessin dont tout Paris s’est amusé ; il représentait un ouvrier contemplant, d’un air en même temps triste et narquois, un autre ouvrier étendu ivre mort dans un coin de rue. La vue de ce spectacle inspire tout simplement à ce brave homme la réflexion suivante : Voilà pourtant comme je serai dimanche! On a cru que Charlet voulait, dans ce dessin, tracer en quelque sorte un emblème de l’incurabilité de l’ivrognerie. Mais je crois que ce jugement est erroné. Puisque cet homme ne se grisait que le dimanche, ce n’était pas un ivrogne; le véritable ivrogne s’enivre, ou songe à s’enivrer, tous les jours. Le croquis de Charlet n’est qu’une spirituelle et piquante boutade dirigée contre les amis trop passionnés de la bou-
Oui, confessons-le humblement, il est très-difficile de convertir un ivrogne. Cependant, ayant eu le bonheur d’observer quelques exceptions à cette régie désolante, je vais décrire les principaux moyens
qu’on peut essayer pour détourner les ivrognes de leur funeste habitude et les en guérir.
Diminuer la quantité. — La première précaution consiste à ne pas sevrer subitement l’ivrogne de toute espèce de boisson alcoolique. La transition serait trop brusque et-trop-pénible. Il faut procéder par gradation. On doit diminuer insensiblement la dose du liquide, comme cet homme qui faisait tomber chaque jour une goutte de cire dans son verre et qui continua ainsi jusqu’à ce qu’il fut rempli»
Diminuer la force de la boisson. —Un très-bon moyen consiste à remplacer d’abord la boisson habituelle par un liquide moins alcoolique. Ainsi , les ivrognes d’eau-de-vie lui substituent un vin généreux. Les ivrognes de vin devront faire mettre dans leur bouteille une quantité d’eau d’abord faible, puis, tous les jours, un peu plus considérable.
On fait succéder aussi avec avantage aux boissons alcooliques les boissons acides, comme l’oxycrat, la limonade. On a vu un ivrogne se guérir en buvant tous les jours, au lieu de liqueur alcoolique, quelques gouttes d’élixir acide de Haller dans de l’eau.
Des femmes m’ont raconté qu’elles étaient arrivées à de bons résultats en baptisant le vin de leur mari ivrogne et y ajoutant du marc de café pour lui rendre la couleur que l’eau lui avait ôtée.
Sucre. — J’ai vu, dans quelques cas, surtout chez des personnes âgées, le sucre remplacer avan-
tageusement les stimulants alcooliques. Je l’ai ordonné à des sujets qui se trouvaient mal d’user trop largement des spiritueux et se plaignaient d’éprouver une grande dépression des forces quand ils diminuaient la dose.
Je leur conseillais de boire une quantité moindre de vin en le coupant par moitié, au moins, d’eau bien sucrée. Le sucre favorisait les digestions et contribuait beaucoup à l’entretien des forces. Certains vieillards s’en trouvaient si bien qu’ils consommaient plus d’un kilogramme de sucre par semaine. J’en ai connu même qui portaient constamment du sucre dans leur poche et en prenaient un morceau de temps en temps pour occuper leur bouche et lui faire oublier les excitants dont elle avait jadis trop abusé.
Huile de grains. — En Suède et en Russie, on a cru trouver un remède à l’ivrognerie en séquestrant les buveurs et en imprégnant tous leurs aliments avec l’huile infecte qui se trouve dans l’alcool de grains ; au bout de quelques jours, le malade ressent un dégoût profond pour tout ce qui lui rappelle l’odeur de l’eau-de-vie de grains ; on lui donne alors la liberté. Nous ne croyons pas à l’efficacité d’un pareil moyen qu’on ne pourrait du reste employer dans un pays libre.
Supprimer la pipe. — Une des causes les plus fréquentes et les plus actives de l’ivrognerie est l’usage du tabac à fumer (i). Supprimez donc la
(1) Voyez p. 233.
pipe, si vous voulez vous corriger de l’ivrognerie.
L’expérience a prouvé que l’ivrogne en traitement devait user d’un régime substantiel, composé principalement de viandes, afin de remédier au sentiment de faiblesse que doit éprouver le corps privé de son excitant habituel ; on peut aussi avec succès remplacer celui-ci pendant quelque temps par le café.
Il est encore certains remèdes que l’on emploie quelquefois avec un succès plus ou moins démontré.
Émétique. — Malgré la répugnance que l’emploi de l’émétique doit inspirer, je n’ai pas hésité à le conseiller dans le cas suivant :
Observation CLXII. Grande et belle fille de 20 ans, dont le père tient un café-restaurant très-achalandé. Ayant constamment des liqueurs sous les yeux, elle y a pris goût à un tel degré que, chaque soir, elle est dans un état d’ivresse plus ou moins avancé ; quelquefois son égarement ébrieux est tel qu’il fait disparaître en elle tout sentiment de retenue, et que, sans la surveillance active de ses parents, elle serait bien vite à la merci du premier débauché qui voudrait abuser de sa position. Mais la famille craint qu’un jour elle ne lui échappe, et l’on me consulte pour savoir s’il n’y aurait pas quelque moyen de la dégoûter des spiritueux. On a déjà essayé les mélanges de café et d’autrès substances, mais rien n’a réussi. On a mis de l’aloès dans son vin, mais elle l’a repoussé pour son amer tu ne et s’en est procuré d’autre. Je conseille aux parents de lui insinuer furtivement un peu d’émétique dans son verre en très-petite
quantité; mais je recommande bien de ne pas le faire d’une manière continue, de crainte d’irriter les voies digestives. Ils ne doivent y recourir que de temps en temps et lui faire croire que le vin et les liqueurs lui donnent des indigestions, lorsque l’émétique provoquera des vomissements.
Mes prescriptions ont été suivies ponctuellement, avec prudence ; la jeune fille a cru sincèrement que ces vomissements venaient du vin et des liqueurs dont elle faisait abus, et comme l’émétique lui causait un grand malaise, la crainte de voir ces accidents reparaître et s’aggraver finit par l’arrêter sur la pente dangereuse qui la conduisait à sa perte.
Changer de genre de vie. — Pour arriver à un résultat plus certain, il faut arracher le buveur à ses habitudes et imprimer une direction différente à ses idées, à ses goûts. S’il est oisif, il faut lui créer des occupations forcées, si les mauvaises compagnies l’ont conduit à l’intempérance, il faut l’en éloigner, le séquestrer, et même, s’il est possible, le dépayser pendant quelque temps. Il se trouvera parfaitement d’un exercice corporel un peu violent, comme les longs voyages à pied, la chasse, la gymnastique.
J’ai vu des ivrognes présenter des exemples de conversion forcée, dans les années de disette alcoolique où leurs moyens ne leur permettaient plus de s’accorder la boisson qu’ils aimaient tant. Cette privation faisait tomber quelques-uns d’entre eux dans la plus sombre mélancolie.
Mais, enfin, le chagrin se dissipait à la longue, et la désaccoutumance pour les boissons s’établissait insensiblement chez eux, de telle façon qu’on pouvait, à la fin, les rayer du cadre des ivrognes. Quelquesuns d’entre eux gagnaient à ce changement de voir disparaître certains accidents morbides, fruits de l’alcoolisme, qui commençaient à miner sourdement leur santé et auraient fini certainement par abréger leurs jours, si la sobriété n’était pas venue s’imposer à eux par l’effet des circonstances.
Une réforme radicale dans le genre de vie : tel est donc le meilleur moyen à mettre en usage contre l’ivrognerie.
Il faut surtout que l’alcoolistequi veut se convertir fuie les compagnies où les buveurs s’excitent mutuellement à vider leur verre. On veut faire comme les autres ; on y attache un stupide point d’honneur. J.-J. Rousseau l’a dit, Y amour-propre fait plus de victimes que l’amour.
Volonté. — Jamais un ivrogne ne parviendra à se corriger s’il n’y applique pas une grande force de volonté.
Vouloir, c’est pouvoir, disaient les stoïciens.
C’est bien aux alcoo'lâtres qu’on peut appliquer ces deux vers de Frédéric de Prusse, le roi-poëte :
La volonté peut tout : ne vouloir qu’à demi,
L’est rester impuissant et toujours endormi.
Il est rare que les vieux ivrognes soient encore maîtres de leur volonté. Mais les jeunes alcoolâtres
TRAITEMENT DE L’IVROGNERÎE.
pourront certainement, quand ils le voudront résolûmes, faire à leur profit une heureuse application de la devise du grand Frédéric.
Parmi les maladies qui découlent de l’ivrognerie, il en est une qui lui est tout à fait propre et dont le traitement mérite d’attirer un instant notre attention, c’est le délire tremblant. Il est commun dans notre vignoble. J’ai été souvent assez embarrassé pour calmer cette agitation excessive des malades, qui ne leur laisse point de trêve, et dure quelquefois cinquante, soixante heures de suite sans répit. Je n’osais employer les opiacés, craignant de congestionner le cerveau qui l’était déjà trop.
Les bains effrayent les malades : ils croient qu’on veut les y noyer et s’y débattent si violemment que l’eau les agite au lieu de les calmer. La saignée, quand le pouls était plein, fréquent, la face trèsanimée, m’a paru quelquefois abattre l’excitation. Mais les malades sont tellement sous l’empire de la terreur et des idées les plus sinistres, que la vue de leur sang augmente souvent leur trouble. Il est un moyen que j’ai vu produire d’excellents effets : c’est la fatigue du système musculaire. Comme ces malades sont le plus souvent poursuivis par des hallucinations effrayantes, qu’ils cherchent sans cesse à s'échapper de leur domicile, j’engage leurs parents et leurs amis à les laisser faire, en les suivant pas à pas pour les empêcher de se nuire ou de nuire aux autres. Je leur dis de les entraîner au milieu des champs, des bois, et de les faire marcher
vigoureusement jusqu’à ce qu’ils tombent de fatigue. Il en est qui ont ainsi cheminé vingt-quatre heures sans s’arrêter; mais, à la fin, exténués, ils s’affaissaient sur eux-mêmes èt tombaient dans un sommeil long et profond. A leur réveil, le délire s’était évanoui.
Hospices pour les ivrognes. — Il y a pour les ivrognes quatre hospices aux États-Unis.
Le premier et le plus ancien est à Boston et a été fondé en 1837 ; le seconda été ouvert à Binghampton (New-York) vers -1864; le troisième à Média, près de Philadelphie ; et le quatrième vient d’être ouvert il y a quelques semaines à Chicago.
Quatre hospices ouverts aux ivrognes en dix ans !
Les détails que nous donnons sur le traitement suivi dans ces asiles sont empruntés à des rapports publiés récemment à New-York sur l'hospice de Binghampton (1).
L’entrée dans ces asiles est volontaire, bien qu’il soit question d’en fonder de nouveaux sur le principe contraire. Le régime y est sévère ; mais on sort de l’établissement aussitôt que l’on est réclamé.
On se fait difficilement à l’idée qu’un ivrogne puisse volontairement et de sang-froid se soumettre d’avance à un régime qui le privera de tout ce qu’il aime. Aussi n’est-ce point sans obéir à une influence étrangère qu’ils se décident à franchir ce seuil fatal.
(1) Dans l’asile de Binghampton, près New-York, fondé pour les ivrognes riches, il a été traité depuis cinq ans : 39 ministres protestants, 8 magistrats, 40 négociants, 226 médecins, 540 gentlemen et 1387 demoiselles.
Ils y viennent ordinairement accompagnés d’un ami ou d’un parent. La plupart sont ivres morts, soit qu’ils aient voulu, dans une débauche exceptionnelle, payer un dernier et solennel tribut à leur passion, soit qu’ils aient demandé leur courage à une bouteille de wisky.
Quelquefois ils y viennent entraînés par des parents, qui ne connaissent point d’autres moyens de loger dans cet antre redouté leur incorrigible père, frère ou oncle, que de le griser et de l’y apporter.
Il en est ^ui y entrent entièrement usés et épuisés par une ivresse d’une ou plusieurs semaines ; et il n’est pointrareque, parmi ces derniers, il s’en trouve qui soient en plein delirium tremens et à qui il faille appliquer la camisole de force pendant plusieurs jours.
Tous, du reste, ont la santé ruinée, le corps affaibli et l’esprit démoralisé, car un des effets produits par la présence de l’alcool dans le corps humain est d’abaisser l’homme en entier, son âme et son corps, de corrompre ses sentiments, d’exciter ses tendances au mal et d’affaiblir ses tendances au bien.
En arrivant dans l’établissement, ils signent la promesse d’en suivre docilement les règles et le régime. On ne doit garder aucun argent sur soi, on ne doit pas en recevoir. Du reste on paye d’avance pour un séjour de trois mois. Bonne mesure certainement qui peut être une raison de plus pour engager le sujet de persévérer dans le traitement.
Ce n’est guère du reste qu’au bout de ce délai que l’on aperçoit un changement dans le système du su-
304 trait.de l’ivresse et de l’ivrognerie.
jet. Sa santé se rétablit d’abord peu à peu, les forces reviennent, l'âme grandit en énergie, les sentiments s’épurent, et font bientôt, d’un individu que l’on a vu grossier, inepte, entêté, stupide et méchant, un être poli, docile, intelligent et aimable. Les désirs se réveillent souvent, mais le temps finit toujours par triompher des habitudes.
Beaucoup de gens croient que certains buveurs mourraient infailliblement si on venait à les sevrer brusquement de liqueurs alcooliques. Le docteur Day, qui est attaché à l’établissement de Binghampton, combat cette opinion, et cite le cas d’un ivrogne endurci.
Quand il se trouva dans l’hospice et qu’il eut pris tous ses arrangements pour y être admis, il recula encore à l’idée de commencer immédiatement le traitement, et il voulut revenir chez lui pour passer la journée à boire. Mais le docteur Day ne voulut pas le permettre, et, malgré ses prières et ses supplications, on l’interna immédiatement. On ne lui donna pas la moindre goutte d’alcool. Il en souffrit beaucoup pendant quarante-huit heures. Il ne pouvait sommeiller, et l’on fut obligé, pour l’y aider, de lui faire prendre du bromure de potassium. Mais le troisième jour les insomnies cessèrent. L’abstinence de cet homme date de deux ans. Il est aujourd’hui en bonne santé, très-vigoureux, travaille beaucoup et ne boit jamais d’alcool.
Nous trouvons dans des bruits ridicules qui courent sur ces établissements un haut témoignage sur les
cures qu’ils ont faites. Elles ont paru si merveilleuses qu’on les a attribuées à des causes surnaturelles.
On répète, autour des comptoirs de tavernes et de cafés, que le docteur Day possède une potion magique qui a le pouvoir de détruire tout désir de boisson et même d’en dégoûter pour la vie. Les journaux ont parlé fort sérieusement d’une sorte de régime bomœopathique qui consisterait à saturer d eau-de-vie tous les aliments, le pain, la viande et les légumes.
Il est inutile de dire que rien de semblable ne se fait.
Le traitement varie à l’infini et suivant la nature de chaque sujet. Mais il consiste principalement à s’emparer de sa confiance, à stimuler sa force de volonté, à l’encourager surtout à des confidences qui permettent de le fortifier contre ses tentations.