CHAPITRE XI
DES MOYENS DE MODÉRER LES RAVAGES DE L’IVROGNERIE ET DE RÉGLER L’USAGE DES BOISSONS ALCOOLIQUES.
Vous qui tenez en main le timon de l’État, prenez à cœur les tristes résultats de ces observations; arrêtez, avant qu’il soit trop tard, les pas de géant que l’homme civilisé fait vers une effrayante dégradation (1).
Il est vrai que la conversion d’un ivrogne est si ( 1 ) Lippich.
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rare qu’elle est presque phénoménale. Il faut donc, en voyant l’impuissance du traitement curatif, se demander s’il n’existe pas des moyens préventifs capables d’empêcher le mal de se propager.
Oui, ces moyens existent; la plupart d’entre eux ont déjà reçu une application plus ou moins complète. Je suis convaincu qu’en les multipliant et les perfectionnant, ils conduiront peu à peu à diminuer sensiblement le fléau de l’ivrognerie. Ces moyens sont les suivants :
4° Répandre le plus possible l’instruction dans les classes populaires ;
2° Multiplier les institutions de prévoyance destinées à améliorer la situation morale et matérielle du peuple et à l’éloigner des cabarets en lui donnant des idées d’ordre et d’économie ;
3° Proscrire la vigne des terrains propres spécialement à la culture des plantes fourragères et des céréales ;
4° Diriger toujours la législation qui régit le commerce des boissons, les cafés et les cabarets, de manière à accroître la consommation qui se fait à domicile, et diminuer celle qui a lieu dans les établissements publics ;
5° Augmenter la pénalité qui frappe les crimes et délits commis en état d’ivresse.
diffusion des lumières.
ARTICLE PREMIER
DIFFUSION DES LUMIÈRES
L’instruction est à mes yeux le moyen le plus certain d’empêcher-l’homme de tomber dans l’alcoolâtrie. Non-seulement, il est très-important de lui faire connaître tous les maux qu’engendre l’ivrognerie, avant qu’il soit devenu une de ses victimes, afin qu’il la prenne en horreur ; mais cet enseignement spécial ne suffit pas. Plus l’homme agrandit son horizon moral et intellectuel, moins il a de disposition à se plonger dans les jouissances matérielles. Développez en lui le goût du bien, l’amour du beau, et vous le détournerez des instincts avilissants, des habitudes crapuleuses. L’ignorance laisse un libre cours aux passions brutales ; le culte de l’esprit, l’éducation du cœur, développent les sentiments nobles et élevés. Je crois n’avoir jamais vu un homme possédant une véritable instruction tomber dans l’ivrognerie; non, jamais!
Combien les joies pures et douces de l’intelligence, les ravissements de la pensée dans les domaines de la science, de la littérature, de la poésie, sont supérieurs aux satisfactions sensuelles et grossières de l’estomac! Combien les spectacles si variés, si pittoresques, si grandioses, offerts par la nature aux yeux du savant qui l’explore, de l’artiste qui l’admire, sont plus attrayants que les tableaux hideux que présentent les réunions bachiques, les cafés, les cabarets, et
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tous les autres lieux où la sensualité trône en souve-
Le chr istianisme a réagi vigoureusement contre ce sensualisme païen qui était trop préoccupé de la matière, divinisait la forme et avilissait l’esprit en se plongeant dans les voluptés charnelles.
Quel cas fait-on aujourd’hui de ces épicuriens qui, se persuadant que tout finit avec nous, ne songent qu a semer sur leurs pas les roses d’Anacréon, à se couronner du myrte de Tibulle, du lierre de Catulle, à chanter le nunc est bibendum d’Horace ?
Non les hommes de notre temps ne peuvent plus descendre aux avilissements de la régence. Les roués ne reviendront pas. L’éducation éloignera de notre jeunesse le goût des orgies abrutissantes.
Il faut, comme l’a dit un professeur éminent devenu ministre de l’Instruction publique, M. Victor Duruy il faut que l’étude des sciences, de l’histoire naturelle, de la cosmographie, soit pour l’homme un perpétuel sursum corda.
On n a pas tout appris aux cultivateurs quand on leur a enseigné les progrès agricoles, les perfectionnements apportés à la taille des arbres fruitiers et de la vigne, et tous les autres moyens d’améliorer leur bien-être. J’admire tous ces progrès; mais il faut que, parallèlement, un autre genre d’enseignement vienne en aide à celui du culte catholique, dont la voix a civilisé le monde païen, mais dont les temples sont fréquentés aujourd’hui avec moins de ferveur La prépondérance du monde moral sur la vie maté-
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rielle se trouve exprimée, sous une forme naïve, dans ces vers que dom Gody adressait aux habitants d Arbois, pour les inviter à une fête solennelle qui devait être célébrée à l’abbaye de Mont-Roland, près de Dôle, en 1649 :
Petite ville qui n’as point De rivale le verre au poingt.
Dont le bois tortu fait la gloire,
Arbois, ton breuvage n’est rien.
Si, comme nous, tu ne viens boire A la fontaine de tout bien.
Il faut que l’instruction vienne de très-bonne heure détourner la jeunesse de l’ivrognerie ; il est des sujets chez lesquels les instincts mauvais sont trèsprécoces. On a vu récemment une mère mise à mort par son lils, âgé de seize ans, dans un moment d’ivresse (1).
Il faut multiplier les bibliothèques populaires, encourager par tous les moyens ces hommes de dévouement qui prêchent contre l’alcoolisme dans des conférences où ils déroulent, en présence de nombreux auditeurs, le tableau des misères qu’entraîne l’abus des boissons. Grâces soient rendues au professeur Bouchardat, de Paris, au pasteur Junod, de Neuchâtel, qui se sont faits dans ces derniers temps les apôtres fervents de la tempérance!
Les chagrins, la misère, l’amour contrarié, poussent l’homme à se plonger dans l’ivrognerie. Qu’il
(1) Voir Journal des Débats , 28 août 1863.
modérer les ravages.
cherche plutôt ses consolations dans le travail l’étude, la contemplation de la nature !
Observation CLXIII. Un homme dont l’existence était troublée par de grandes contrariétés, après avoir cherché toutes sortes de distractions, de remèdes à ses ennuis, n en avait point trouvé de meilleur que de gravir souvent une montagne assez élevée, sur le penchant de laquelle il avait fait construire une bastide, un ermitage De ce point culminant, il voyait fort au-dessous de lui' bien bas, bien bas, les misères qui l’obsédaient. Il respirait plus a 1 aise et s’écriait avec Byron :
« Il v a dans l’air des montagnes une source de suavité et de vie que ne connaîtra jamais le paresseux. »
SavaV- 6 fWS d a FéPété daQS 06 KeU S ° Iitaire Ces vers de
Un éclatant soleil dore les horizons •
Une douce rosée argente les gazons •
La belle et joyeuse journée !
De tige en tige on voit les insectes sauter Et chaque fleur des champs semble rire et chanter.
De leuis essaims environnée.
Ou bien quand une belle soirée l’y avait retenu jusqu a une heure avancée de la nuit, il revenait l’esprit pénétré de cette belle pensée de Wilson :
Je suivais du regard les globes dans l’espace, mon ame atteignait une telle hauteur Que j’étais face à face Avec le Créateur.
Quand le sentiment moral, religieux ou poétique.
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a transporté l’homme dans des régions aussi élevées, comment songerait-il à descendre dans la cave?
Pourtant, le culte des arts, des lettres, de la nature, parvient difficilement à dominer certains tempéraments trop sensuels.
Observation CLXIY. J’ai soigné un homme très-intelligent, d’une bonne éducation, qui serait parvenu à de hautes positions dans la société, si la gastronomie n’était pas venue étouffer les heureux germes dont la nature l’avait doué. Mais c’était un épicurien d’humeur frondeuse, sacrifiant tout au plaisir de faire un bon mot, de lancer une épigramme. Il avait à peine 50 ans lorsqu’il me fit venir pour une maladie grave des intestins que lui avaient causée ses trop longues séances au milieu des bouteilles et des verres. Je l'exhortai à échanger sa vie de sybarite contre cëlle du penseur, et, lui montrant sa bibliothèque, dont les livres poudreux paraissaient n’avoir jamais été dérangés par la main d’un lecteur, je l’engageai à s’en servir comme d’un véritable remède. Alors il m’ouvrit, à côté de sa bibliothèque, une armoire qui était pleine de flacons dont les étiquettes annonçaient les liqueurs les plus variées, et il s’écria, en me montrant alternativement les livres et les bouteilles : Monsieur, croyez-moi, la lettre tue et l’esprit vivifie.
11 continua d’appliquer cette maxime dans sa conduite, et l’esprit-de-vin lui vivifia si bien le corps qu’il mourut peu de mois après d’un engorgement du mésentère.
Je veux proclamer ici deux vérités qu’il est essentiel d’inculquer à la jeunesse pour l’éloigner de l’alcoolisme : rien n’entraîne l’homme vers l’ivrognerie
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plus facilement que le célibat oisif e t les mauvais mariages.
Les célibataires, que ne retiennent point chez eux des occupations sérieuses, les douceurs de la vie domestique, les prévenances d’une femme, les caresses d un enfant, vont se réunir à d’autres célibataires pour se constituer en quelque sorte une famille artificielle. Mais, dans ces réunions de garçon, règne une liberté beaucoup trop grande ; les séances bachiques se prolongent indéfiniment et créent des habitudes que l’on secoue plus tard avec beaucoup de difficulté.
Ce n est pas qu’à mon sens le mariage soit un port assuré contre les orages de l’alcoolisme. Il le serait véritablement si, au lieu de constituer une véritable spéculation , une sorte d’entreprise commerciale, comme on le voit le plus souvent, le mariage n’était jamais que la réunion de deux cœurs qui ont compris qu ils étaient faits l’un pour l’autre, et se réunissent par l’effet d’une estime réciproque. Mais les mariages d’intérêt sont rarement heureux : c’est alors que les époux, trompés dans leur espoir de bonheur, vont noyer leur amère déception dans le flot des spiritueux. — Leur situation est alors pire que celle des alcoolâtres célibataires. L’ivrognerie amène tous les désordres dans le ménage : les procès en séparation, l’abandon des enfants, etc., etc.
Le travail, un travail continu, une occupation sérieuse ou attrayante : voilà le remède préventif par excellence contre l’alcoolisme.
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(( Pour éloigner le vice, il faut que l’homme évite de se livrer à la persécution de cet inexorable ennui qui est le fonds de la vie humaine (1). »
Gaieté, travail et modestes repas
Sont trois docteurs qui ne nous trompent pas.
ARTICLE IL
INSTITUTIONS DE PRÉVOYANCE DESTINÉES A DONNER AU PEUPLE LE GOUT DE L’ÉPARGNE.
N’écoutez pas ceux qui vous disent que vous pouvez vous enrichir par d’autres moyens que l’épargne et le travail, ce sont des empoisonneurs (2).
§1. Caisses d’épargne.
Au premier rang, je mettrai les caisses d’épargne. Leur établissement est une des innovations les plus heureuses qui aient été faites à notre époque dans l’intérêt des classes populaires. Que de millions ont été enlevés par elles aux cafés et aux cabarets l
§ 2. Sociétés de tempérance.
De nos jours, certaines sociétés de tempérance formées en Amérique et en Angleterre réunissent tous leurs efforts pour bannir entièrement l’usage des boissons spiritueuses.
(1) Bossuet, Lettre au père Caffaro.
(2) Francklin, la Science du bonhomme Richard.
Bergeret, Boissons. 18
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Je ne crois pouvoir mieux faire que d’emprunter à l’excellente conférence de M. Junod les détails pleins d’intérêt qu’il y a exposés sur les sociétés de tempérance.
«C’est dans le Nouveau-Monde, làoù le mal était le plus grave, que le combat s’est d’abord engagé contre les boissons spiritueuses.
« Bien que le peuple ignorât l’étendue du mal ou ne fût pas disposé à faire le moindre effort pour en arrêter le cours, les hommes éclairés et les gens de bien s’en affligeaient profondément et se demandaient : qu’y a-t-il à faire ?
« Sur la proposition d’un médecin du Massachussets, l’on fonda dans ce pays en 1813 une société qui se donna pour mission de mettre un terme aux malheurs du pays en prêchant la modération dans l’usage des boissons enivrantes. Cette société subsista quatorze années, mais avec peu de résultats, chaque buveur se persuadant et s’efforçant de convaincre autrui qu’il buvait modérément.
« En 1816, il se forma enfin une société fondée sur l’abstention complète des boissons enivrantes. Et voici quelle en fut, sinon l’origine qu’il faut chercher plus haut, du moins l’occasion. Le pasteur de Hannover comptait dans sa paroisse un grand nombre d’ivrognes dont l’un tomba au milieu de son ivresse sous les roues de son char et fut écrasé misérablement. Le pasteur dut faire son oraison funèbre. L’autre, chargé de garder une mine de charbon, ayant bu avec excès, s’endormit sur de la paille qui prit feu : il fut consumé dans les flammes. Dans le discours qu’il fut appelé à faire à cette nouvelle et triste occasion, le prédicateur exprima, comme en passant, la pensée que l’abstention complète de liqueurs
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3io
spiritueuses pourrait seule guérir le pays du fléau de l'intempérance. Sa paroisse, profondément affectée par ces événements et la part qu’y prenait son conducteur spirituel, suivit à la lettre le conseil de ce dernier, et s’engagea à tout tenter au moins un essai.
« Il fut convenu qu’on essayerait de passer la saison la plus pénible de l’année, la moisson, sans user d’aucune liqueur : la réussite donnant courage, l’essai se prolongea six mois, puis un an. Tous, même ceux qui avaient commencé par se moquer, se trouvant beaucoup mieux dans tout leur être, fondèrent définitivement une association sur le principe de l’abstention complète. L'auteur, ou plutôt l’instrument de toute cette œuvre, le jeune pasteur Edward, la fit connaître à ses confrères, et devint ainsi l’instigateur de toutes les sociétés analogues fondées en Amérique. 11 en fut de ce mouvement comme des triomphes de l’Évangile et de toutes les grandes œuvres du Seigneur dans l’histoire des nations; à l’heure marquée d’avance par le roi des siècles, elles éclatent, n’importe par quel moyen, et l’on ne saurait pas plus en arrêter le développement que retenir le vent avec la main.
« Une multitude de circonstances providentielles se trouvèrent prêtes à seconder le mouvement parti de Hannover ; les médecins, surtout, s’attachèrent à prouver que les liqueurs spiritueuses, même en petite quantité, sont pour les hommes valides d’un effet délétère, qu’elles produisent la faiblesse et non la force , la mort et non la vie. »
« De tous côtés s’élevaient des champions en faveur de la nouvelle doctrine. Elle fut enfin comme arborée sur le drapeau national par la fondation d’une société de tempérance américaine, qui devint à son tour la mère
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d’une foule d’autres. A la fin de 1829, elle avait le bonheur de compter ses filles au nombre de 1,000; au mois de mai 1831 elle en avait 2,200; en 1835, 8,000. Plus tard, on cesse de les compter, et déjà, en 1840, l’on évaluait à près de 3 millions les personnes qui se soumettaient à l’abstention. Il va sans dire que le combat fut rude et parfois bien amer; mais, « qui es-tu, grande montagne, devant Zorobabel? — Une plaine! » C’est ainsi qu’il en est de toutes les œuvres aux petits commencements desquels le Seigneur a présidé.
« Au reste, pour les sociétés de tempérance, subsister, c’était vaincre. La prospérité de leurs membres ne pouvait plus laisser de doutes sur l’inutilité du wisky (eau-de-vie de grains). Ces preuves vivantes allaient se multipliant avec une rapidité tout imprévue et devenaient pour le pays entier une cause d’étonnement. Le temps ne me permettant pas de longs développements, je recours encore à l’éloquence des chiffres. En 1836, déjà, 4,000 distilleries avaient été fermées, plus de 8,000 marchands avaient abandonné le commerce des spiritueux. Le nombre des vaisseaux qui suivaient la loi de tempérance s’élevait à 1,200. Et l’on comptait plus de 12,000 individus qui, naguère plongés dans l’ivrognerie, ne buvaient plus aucune liqueur enivrante. Quant aux effets pratiques, ici les habitants d’une commune économisaient sur le wisky, dans une année, 8000 dollars;là ceux d’un autre État formaient un fond de 100,000 dollars. Plus loin, la mortalité, précédement de 24 \ pour 100, était descendue à 17 Dans le même endroit, la vente des liqueurs avait été réduite de 6,000 gallons à 600. Bien que la population des États-Unis eût augmenté de 2,000,000 d’habitants depuis la fondation des sociétés de tempérance, en 1833, la vente des liqueurs
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avait diminué des deux tiers dans six États de l’est, et de plus de la moitié dans tous les autres. »
Un célèbre médecin du Massachussets écrit: «Depuis que la population de cet État a renoncé presque généralement à l’usage des spiritueux, le nombre des malade* a diminué de moitié , et je ne mets nullement en doute qu’il n’en soit de même partout où l’on adoptera le principe de l’abstention.
« Si telles étaient les observations des médecins, quelles ne devaient pas être celles des départements de police, des juges, des geôliers, des chefs militaires, des conducteurs spirituels et des administrations de charité !
« Mais j’abrège et laisse à votre imagination le soin de vous représenter les innombrables avantages sociaux, temporels et spirituels qui naquirent de ce mouvement.
« Les mœurs se transformèrent, le ton de la vie pu- « bli que fut lui-même changé», dit un auteur américain. L’immense majorité des hommes influents et distingués parleur savoir et leurs talents, jurisconsultes, médecins, hommes de lettres, etc., pratiquent le principe de l’abstinence et sont au premier rang parmi les partisans des sociétés de tempérance.
« L’élan communiqué au pays tout entier par cette glorieuse réforme a gagné jusqu’aux États eux-mêmes; déjà, en 1835, ils avaient fondé 23 sociétés d’état, avec mission de créer dans chaque ville et dans chaque commune une société de tempérance. Enfin, et c’est ici le plus remarquable triomphe que nous ayons à rapporter, le 2 juin 1 Soi, un État de l’Amérique du Nord, le Maine, introduisait dans sa législation la Ici de tempérance, et bannissait du commerce tous les spiritueux, n’en per-
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mettant la vente que dans les pharmacies et comme remède seulement.
« Six mois après, il adressait au Massachussets l’invitation d’en faire autant. C’était une dépêche ainsi conçue : « la fille du Maine fait prier sa mère de Massachussets de fermer l’armoire de l’eau-de-vie.
« Et la mère, en effet, ne demeurait pas oisive, car dans le même instant un immense traîneau portant une pétition monstre de 130,000 signatures s’avançait à travers les rues de Boston, jusqu’à la salle du grand conseiL Devant le traîneau, on portait un drapeau avec cette devise: La voix du Massachussets , 130,000 citoyens demandant la loi de tempérance publiée au Maine ! Jamais encore, pour aucun autre objet, l’on n’avait vu de pétition couverte de si nombreuses signatures. La demande fut prise en considération !
« Dans le même temps, tous les amis de la tempérance, dans l’État de New-York, assemblés à Albany, s’engageaient à ne nommer aux emplois publics que des hommes décidés à voter pour leur pays la loi du Maine. Après cela, ils se rendaient au Capitole, en magnifique cortège ; au milieu s’avançait un traîneau portant une pétition de 300,000 signatures.
« L’opposition que ces démarches hardies suscitèrent de toutes parts ne fit que rendre plus éclatante la victoire qui les a couronnées. Si nous sommes bien informé, huit États ont proclamé maintenant la loi de tempérance dans l’Amérique du Nord.
« Et l’on peut dire de tous, du plus au moins, ce qu’écrivait un spirituel auteur dans un journal de New-Yorck :
« Je reviens du Maine, j’ai visité avec admiration cet hôpital d’un nouveau genre pour les ivrognes désireux de la guérison. Il est plus grand que le Palais de cristal, il
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a 75 lieues de long, 65 de large, et s’élève jusqu’au ciel. On s’y promène parmi de vastes forêts, de riantes campagnes, de beaux jardins bien arrosés. Les malheureux ivrognes peuvent s’y distraire innocemment et en toute sûreté, avec l’espoir d’un prompt rétablissement. Si quelque habitant du Nord avait un fils ivrogne, je l’engagerais à l’envoyer au Maine. Si notre commune voulait y transporter les ivrognes qui l’affligent et les y entretenir l’espace d’un an, elle ferait une belle économie et se procurerait d’excellents citoyens.
« Heureux pays que celui où l’on respire une atmosphère si pure !
« Loué soit Dieu, le souffle réformateur s’est fait sentir en d’autres contrées encore’. Déjà, en 1833, un Américain pouvait écrire, avec de réjouissantes espérances :
« En Angleterre, en Irlande et en Écosse, en Suède, en Danemark et en Russie, en Allemagne, dans l’Inde et dans la Chine, en Afrique et dans un bon nombre d’îles, les hommes secouent enfin le sommeil de tant de siècles et suivent aujourd’hui notre exemple. Ils tournent vers nous leurs regards ; ils semblent nous prier d’être leurs guides, ils reconnaissent l’obligation qu’ils nous ont, de ce que nous leur avons ouvert la carrière, et ils nous crient d’y marcher d’un pas ferme.
« L’Irlande fut la première à obéir au signal donné par le Nouveau-Monde pour engager contre l’alcool une croisade universelle. En 1829, il se fonda à New-Ross, une société de tempérance qui dès lors en a vu naître une multitude. Les prédications du père Mathew (1) ont
(1) Voyez Ch. Dembowski, les Sociétés de tempérance en Irlande, le père Mathew. [Revue des Deux-Mondes, 184C, tome II, p. 830).
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puissamment contribué à leur propagation, et le réveil religieux des dernières années a, dans certains districts, atteint une foule d’ivrognes, et fait tomber non moins d’abus : dans une seule ville où les marchands faisaient au marché du samedi pour 10,000 fr. d’affaires d’alcool, le marché a dû cesser, faute d’acheteurs. »
Le père Mathew, qui est allé continuer, dans les Etats de l’Union américaine, le difficile apostolat qu il a rempli avec tant de succès dans les trois parties de l’Union britannique, est né à Cork, en Irlande. Dès sa plus tendre jeunesse, il sentit son cœur ému de compassion à la vue des misères du peuple et surtout des maux innombrables qu’engendrait, parmi ses compatriotes, l’habitude de l’ivrognerie. U entra dans les ordres et obtint du Souverain Pontife la permission d’aller exercer son ministère partout où il le jugerait utile, sans être soumis à aucune dépendance ecclésiastique. Il a parcouru l’Irlande, l’Ecosse, l’Angleterre, et, plus tard, une partie de 1 Amérique, prêchant partout la tempérance et gagnant à sa doctrine de nombreux adeptes. C’est ordinairement en plein champ, ou sur le penchant d’une colline, que le père Mathew assemble autour de lui les populations pour dérouler à leurs yeux, avec sa parole éloquente et animée, le tableau des pernicieux effets de l’intempérance. Lorsqu’il croit ses auditeurs bien convaincus, il leur propose de renoncer aux boissons enivrantes et d’entrer dans la société de tempérance. Alors chaque néophyte vient prêter so-
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lennellement entre ses mains le serment de « s’abstenir, avec l’assistance divine, de toute liqueur enivrante ; et de s’eftorcer, par ses conseils et ses exemples, que les autres entassent autant. » Le nom du récipiendaire est ensuite inscrit sur un registre : le nombre de ces inscriptions a atteint un chiffre prodigieux.
Quant aux bienfaits opérés par l’œuvre du pere Mathew, si quelqu’un les révoquait en doute, je ne ferais que lui citer ie passage suivant d’un discours prononcé par le libérateur de l’Irlande, le célèbre O’Connell, dans une de ces assemblées populaires où des milliers d’Irlandais étaient suspendus à ses lèvres.
« L’esprit du peuple s’est amélioré, tout nous l’indique. Le père Mathew est avec nous, ce glorieux apôtre de la tempérance, ce modèle de toutes les vertus : et jamais nous ne compterons parmi les partisans du Rappel un homme qui aurait violé le serment prêté entre les mains du vénérable apôtre. Napoléon avait ses gardes du corps, la garde impériale ; nous avons plus que la garde impériale : une garde composée d’hommes sobres et de bons chrétiens. Cinqmillions d’hommes ont juré d’être tempérants, et c’est là un symptôme évident que la liberté de T Irlande renaîtra.
« Pourrais-je, si je ne comptais pas sur la sagesse du peuple converti à la bienfaisante doctrine du père Mathew, réunir et concentrer de pareilles masses? Les membres de la société de tempérance sont les plus fermes soutiens de l’ordre et de la liberté en Irlande. Des hommes aussi raisonnables, aussi modérés, ne sont
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pas faits pour languir dans l’esclavage. Je sais, quant à moi, qu un jour de bataille, j’aimerais mieux marcher en -avant avec les fermes et vigoureux membres de la société de tempérance, que de n’avoir à m’appuyer que sur des hommes momentanément excités par l’usage des liqueurs fortes.
« En Angleterre et dans le pays de Galles, les partisans de la tempérance se sont divisés en deux classes : les uns s’accordent les boissons fermentées, telles que le vin et la bière, et ne s’abstiennent que des liqueurs distillées ; les seconds, comme les Américains, s’interdisent absolument toute boisson enivrante. Cela s’explique facilement en Amérique, où la plus grande partie du vin se fabrique chez les marchands plutôt que de croître à la vigne et de fermenter à la cave. Les marchands euxmêmes n’en font pas un secret. L’un d’eux, entre autres, racontait qu’un agriculteur lui ayant amené le soir un tonneau de wisky avec l’intention d’emmener le lendemain un chargement de vin, emmena simplement la liqueur livrée la veille, et dont, à l’insu du pauvre homme, on avait fait pendant la nuit tout un chargement de vin.
« L Angleterre, déjà plus rapprochée des vignobles européens, pouvait, à l’égard des sociétés de tempérance, penser différemment que les États-Unis. Les deux espèces de sociétés fondées, l’une sur le principe de l’abstention des liqueurs distillées seulement, l’autre sur le principe de l’abstention absolue de toute liqueur enivrante, savent d’ailleurs travailler de concert et trouvent de l’écho. Dans un meeting convoqué par 20,000 membres de sociétés de tempérance, on a vu des centaines de millions d’auditeurs écouter leurs exhortations sur l’une des places publiques de Londres.
« La reine protège très-efficacement ce mouvement
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de réforme, et sept médecins de la cour avec le médecin en chef de la marine royale, le directeur du collège de médecine royale, M. Carpentier, professeur de physiologie, et t ,800 autres docteurs ont officiellement déclaré que l’usage des boissons alcooliques est inutile à l’homme et le prédispose à une foule de maladies. »
A Leeds, la société de tempérance, les Beatsallers, a donné, en août 1869, une fête particulière en l’honneur de ceux de ses membres qui pouvaient affirmer sur l’honneur ne pas avoir, depuis vingt-cinq ans, avalé une goutte de spiritueux. Il s’en est trouvé 38, dont 8 n’avaient pas pris de boissons alcooliques depuis trente-quatre ans, 6 depuis trente-trois, 5 depuis trente-deux.
Dans toute l’Angleterre, le mouvement a continué, et, pour en montrer l’importance, nous donnerons ici la liste des principaux journaux qui se sont fait les défenseurs de ces idées et les propagateurs de ces doctrines :
Tempérance Star, Weekly Record, Alliance News, Scottish League Journal, Clirscheim News {Glasgow), Abstamer ( Manchester ) (Journaux hebdomadaires).
Teetotal Star, Band of Bope Treasury, Tempérance Advocate, Western Temper. Herald, Devonand Cornnwal Journal, Irish League Journal, Band of Hope Review, Irisli Tempérance Star, Tempérance Times, North of England Temp. Joum., Onward, The Organ of the Band of Hope Movement, Adviser (Journaux mensuels).
Tempérance Medical Journal, Meliora (Journaux trimestriels) .
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« En Suède, un véritable mouvement populaire s’est fait jour contre cet ennemi, des pétitions nombreuses ont été envoyées au gouvernement et aux chambres : on a même vu l’insurrection s’attaquer aux distillleries dans un moment d'effervescence. La populace s’est jetée sur ces fabriques, afin d’y mettre le feu en s’écriant : « On ne cuira plus la soupe du diable ! » L’incendie a été prévenu par la force des armes et la persuasion. Plus efficace que ce zèle imprudent, l’action calme et progressive des sociétés de tempérance, soutenue par la famille royale et puissamment secondée par le réveil religieux des dernières années, est parvenu déjà à détruire 40,000 distilleries. »
Le premier congrès de VAssociation des Amis du régime de la nature (Verein der Freunde für Naturgemæsse Lebensweise) s’est tenu à Nordhausen. Cette association ne se propose rien moins que de transformer la vie intellectuelle, morale et religieuse, sociale et politique, en restreignant la nourriture exclusivement aux végétaux. C’est pour cela que l’on qualifie cette nouvelle secte de vegetarianer (végétariens). Le ecfcigrès comptait cent vingt membres, presque exclusivement recrutés dans les classes lettrées, et s’est terminé par un banquet où la viande, le poisson et les liquides alcooliques étaient-exclus. L’association compte trois cent vingt membres, et son organe compte cinq cents abonnés. Plusieurs résolutions en faveur de la propagande du nouveau dogme ont été prises ; les membres du congrès se sont séparés pleins de conviction et de foi dans la mission régénératrice de leur association ; ils ne son-
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gent à rien moins qu’à faire adopter leur régime herbivore par l’humanité entière.
Les sociétés de tempérance sont peut-être des institutions incompatibles avec l’esprit léger et frondeur de notre nation. Elles ont pris naissance dans des contrées où l’ivrognerie a principalement pour base l’eau-de-vie et les liqueurs très-fortes, qui opèrent des ravages bien autrement redoutables que le vin, dont on fait une si grande consommation en France. Mais j’ai voulu faire connaître les efforts tentés dans d’autres pays par de fervents amis de l’humanité, afin d’éveiller parmi nous la pensée de créer des institutions, sinon identiques, du moins analogues, mieux en harmonie avec le caractère français, et se proposant pour but, non pas de supprimer l’usage de toutes les boissons spiritueuses, mais au moins celui de l’eau-dé-vie et des liqueurs fortes, et de régler l’usage du vin d’après un mode essentiellement favorable aux intérêts populaires. J’exposerai ma pensée à ce sujet dans le quatrième paragraphe de ce chapitre.
« En France, les sociétés de tempérance ont manqué jusqu’ici, et c’est une opinion assez accréditée qu’elles trouveraient chez nous un terrain qui leur serait peu favorable. Qui le saura jusqu’à ce que l’expérience ait été tentée? C’est un grand spectacle, abstraction faite de ses fruits, que celui de ces meetings dans lesquels des hommes ardents et convaincu? appellent le peuple pour lui révéler les dangers de cet empoisonnement lent, et l’invitent, au nom de sa dignité et des intérêts les plus Bergeret, Boissons. 19
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chers de la famille, à renoncer à des habitudes dégradantes. La prédication isolée ne saurait être aussi féconde^: il lui manque ce mouvement dont les masses ont le secret et qui féconde les idées généreuses qu’on jette dans leur sein. Notre esprit de colonisation ne se développe pas, parce que nous nous répétons avec découragement que cette aptitude manque au génie national (cet aphorisme équivoque ne nous viendrait-il pas d’outre- Manche ?). On dit aussi trop facilement que lès sociétés de tempérance ne prendraient pas chez nous. Pourquoi pas ? Essayons au moins, avant d’en convenir (t). »
Aussi, dit Racle (2), devons-nous accueillir toutes les dispositions qui nous rapprochent des sociétés de tempérance, et nous citerons volontiers, à cet égard, un arrêté du conseil municipal de Versailles de l’année 1851.
« Le Conseil,
« Vu les lois des 16 et *24 août 1790, 28 pluviôse an VIII, 18 juillet 1837, l’arrêté de M. le maire de Versailles en date du 1 er octobre 1830, ensemble la proposition par lui faite dans la séance extraordinaire du 17 juin 1831 et le rapport de la commission à laquelle ladite proposition avait été renvoyée :
« Considérant que l’ivresse est une cause incessante de perturbation pour l’ordre matériel aussi bien que pour l’ordre moral dans la cité ;
« Qu’il est du devoir de l’autorité municipale, quelque restreintes que soient, par la loi, les limites de son
(1) Fonssagrives, Entretiens familiers , vm e entretien, Les ivrogneries.
(2) Racle, De l'alcoolisme. Thèse, 1860.
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pouvoir, d’user de toutes les mesures propres à diminuer les causes d’un semblable mal ;
« Qu’il vaut mieux prévenir les délits que les punir, et que l’attrait des récompenses peut être un puissant moyen d’action ;
Délibère :
« Art. 1 er . Une somme de 1000 fr., pour l’année 185 J, est mise à la disposition de M. le Maire pour fonder des prix de tempérance.
« Ces prix se divisent en premiers et seconds prix. «Chaque premier prix consiste dans un livret de 100 francs sur la caisse d’épargne, ou dans un versement de pareille somme à la caisse des retraites, le tout au choix de l’intéressé.
«Chaque second prix est d’une valeur égale à la moitié de celle du premier.
« Art. 2. Une commission spéciale pour chaque quartier, composée de : 1 °, un conseiller municipal, président, désigné par le maire et appartenant au quartier ; 2°, le curé de la paroisse ; 3°, le président du bureau de charité; 4°, un entrepreneur notable désigné par le maire; 5°, et le commissaire de police, est chargée de désigner, après enquête et vérification, les candidats qu’elle propose à M. le Maire pour les prix.
« Art. 3. La liberté d’appréciation la plus étendue est laissée à la commission, qui prendra en grande considération les habitudes suivantes : l’absence de tout chômage volontaire dans le travail de la semaine, les dimanches et fêtes exceptés; la fidélité à rapporter au ménage ou à la famille le produit intégral du salaire; l’envoi, par les père et mère, des enfants aux écoles publiques, ou l’assiduité aux cours du soir pour les adultes ; le dépôt des économies à la caisse d’épargne ou à celle
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des retraites ; l’adhésion aux sociétés de secours mutuels et de tempérance, etc.
« Les seconds prix sont destinés notamment aux individus qui, après avoir été, à une certaine époque, adonnés à l’ivrognerie, reviendraient à la tempérance par de louables et persévérants efforts.
« Ils pourront encore servir d’encouragement aux débitants dont les maisons seraient notoirement connues pour l’observation rigoureuse des règlements de police qui les concernent.
« Art. 4. Ces récompenses seront décernées en séance publique, à l’hôtel-de-ville, au jour et avec les formes qui seront indiqués par M. le Maire.
« La publicité nécessaire sera donnée à la présente délibération qui pourra recevoir, pour les années suivantes, tous autres développements, suivant les circonstances. »
§ 3. Caisses de retraite et Sociétés de secours mutuels.
On en peut dire autant de la fondation des Caisses de retraite et des Sociétés de secours mutuels. Les pre* mières ont ouvert au travailleur économe une voie nouvelle et assurée pour mettre l’épargne qu’il destine aux besoins de ses vieux ans à l’abri de l’erreur et de la fraude dont il était trop souvent victime lorsqu’il la confiait à d’avides dépositaires (1). La seconde applique la consécration de la loi aux associa-
(1) A. Tardieu, Dictionnaire d'hygiène publique et de salubrité. 1862, t. I, p. 47-48.
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lions de prévoyance. Toutes deux offrent au peuple un placement avantageux et sûr pour le produit de son travail ; par conséquent, elles sont appelées à faire une redoutable concurrence aux cafés et aux cabarets. Il en sera de même de toutes les institutions qui auront le pouvoir d’inspirer à la classe ouvrière des idées d’ordre et d’économie. Aussi je les regarde comme un des moyens les plus efficaces d empecber l’alcoolâtrie de se propager parmi les populations.
«Les Sociétés de secours mutuels, dit le docteur Nicolle (1), sont appelées à devenir les véritables sociétés de tempérance de la France, car celui-là qui consent a prélever un impôt volontaire sur son salaire quotidien pour parer aux éventualités de la maladie et de la vieillesse ne sera jamais un ivrogne : aussi, ne saurais-je trop vous répéter avec notre honorable président, de faire une active propagande, car chaque nouvelle recrue que vous nous amènerez sera une victime arrachée aux orgies du cabaret. »
L’opinion du docteur Nicolle est d’autant mieux fondée que les ivrognes sont sévèrement exclus des Sociétés de secours mutuels.
rn Nicolle de V Abus des alcooliques. Conférence faîteaux membres de’la société de secours mutuels l Alliance. Rouen, 1868, p. 22.
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ARTICLE III