SONT-ELLES NÉCESSAIRES
qui sont nés sous le beau ciel de i’Ausonie, celui-ci n’avait jamais fait usage des boissons spiritueuses. L’image de. cet homme est restée dans mes souvenirs comme le type de la santé parfaite et de la beauté corporelle. Chaque fois qu’il se promenait sur la place Saint- Marc, il attirait tous les regards. Les muscles de ses membres étaient très-fortement accusés et formaient des reliefs qui observaient entre eux les proportions les plus régulières. Il portait avec noblesse une tête magnifique sur des épaules d’une ampleur que je n’ai jamais rencontrée chez un habitant de nos pays vignobles.
Observation II. J’ai suivi avec beaucoup d’intérêt, dans la dernière phase de son existence, une dame dont l’eau pure avait toujours été l’unique boisson ; je n’ai jamais vu un vieillard conserver comme elle dans son regard, son langage et ses mouvements, les -vives étincelles du feu de la jeunesse. Elle est morte à.96 ans.
Les excès flétrissent l’intelligence et tarissent la source du génie. La nature ne pourrait suffire à plusieurs dépenses à la fois.
On a pourtant cité quelques hommes illustres à qui la chronique de leur temps attribue un usage assez copieux des boissons spiritueuses ; .tels sont Hoffmann, en Allemagne, Fox etPitt en Angleterre.
Il est vrai qu’Hoffmann s’enivrait ; mais ses œuvres fantastiques se ressentent de l’excitation désordonnée de son cerveau. Il avait des hallucinations, et la lecture de son journal porte à croire qu’il était atteint d’un certain degré de folie. D’ailleurs, il est mort prématurément d’une maladie de la moelle épinière.
Quant à Fox et à Pitt, qu’on lise leur biographie
avec soin, et on verra que ces hommes ne s’enivraient pas ; habitant un pays froid, brumeux, ayant un tempérament un peu lymphatique, ils pouvaient faire entrer dans leur régime, non seulement sans inconvénients, mais avec profit, une quantité modérée de spiritueux qui provoquaieat en eux une stimulation salutaire. Leur exemple doit donc être considéré comme un des cas dans lesquels l’usage des boissons spiritueuses peut être utile à l’homme.
ARTICLE II
LES BOISSONS ALCOOLIQUES PRISES AVEC MODÉRATION PEUVENT, DANS CERTAINS CAS, ÊTRE UTILES A L’HOMME.
Veux tu, sage et dis.cret, conserver ta santé,
■. Apprends à boire, peu (1).
Si l’abus des boissons spiritueuses est toujours nuisible à l’homme, il n’en est pas de même de leur usage prudent et réglé.
§ 1 er . Emploi thérapeutique.
L’alcool est un médicament des plus utiles. On commence ou plutôt on recommence à Remployer en chirurgie et en médecine.
Un grand nombre de chirurgiens, MM. Nélaton et Maisonneuve principalement, pansent les plaies avec de l'alcool, et en ont obtenu de bons résultats.
(I) L’École de Saleme, trad. par Ch. Meaux Saint-Marc. Paris, IS6I, p. 35.
UTILES, SI MODÉRÉMENT
Ce liquide prévient l’infection, dessèche les plaies, en favorise la réunion immédiate et produit une cicatrisation rapide. La façon de l’employer est très-simple. On en imbibe de la charpie qu’on applique sur la plaie résultant de l’amputation de membre ou de toute autre cause. Les anciens pansements, avec les cataplasmes et les corps gras, sont de plus en plus abandonnés.
L’alcool a été administré avec succès contre les fièvres intermittentes, la fièvre continue , la phthisie pulmonaire et plusieurs affections du cœur. Donné à haute dose dans de l’eau très-chaude, il guérit souvent presque instantanément les accès d’asthme. Il constitue aussi le médicament le plus puissant que nous possédions contre le choléra (1).
En Angleterre, le docteur Bentley Todd a préconisé l’alcool contre toutes les. maladies aiguës et en particulier contre la pneumonie (fluxion de poitrine). Suivant ce médecin, combattre les affections aiguës en déprimant les forces par la diète, les saignées et les différents moyens habituellement en usage est une méthode fort mauvaise ; il faut au contraire soutenir les forces pour mettre l’organisme en état de résister à la maladie.
Les idées de Todd commencent à être adoptées en France. Trousseau (2), à l’Hôtel-Dieu, administrait
(1) Voyez Hirtz, Nouv. Dictionnaire de méd. et de chir. pratiques, art. Alcool. Paris, 1864, 1.1, p. 607.
(2) Trousseau, Clinique médicale de l’Hôtel-Dieu. 3 e édition. Paris, 1868, tome I. *
des alcooliques à des individus arrivés à la dernière période de la pneumonie. M. le professeur Béhier a donné de l’alcool (une cuillerée à bouche d’eaude-vie toutes les deux heures) à 36 pneumoniques ; 29 ont guéri : les 7 qui ont succombé ne peuvent pas être mis à la charge du traitement, car ils étaient, en entrant à, l’hôpital, dans un état fort grave. Sous l’influence de cette médication, le délire cesse, le pouls tombe et la respiration s’abaisse. C’est principalement chez les vieillards qu’on obtient de bons résultats.
J’ai voulu mentionner ce traitement de la pneumonie et des plaies par l’alcool pour ne rien omettre d’important dans ce qui est relatif à cet agent si énergique. Il est possible que le traitement de la pneumonie par les spiritueux soit suivi de succès sous le climat brumeux de l’Angleterre, dans les hôpitaux des grandes villes qui reçoivent un si grand nombre de malades chez lesquels les phlegmasies se greffent souvent sur un état général où dominent l’anémie et une diminution des forces vitales causée par les excès, l’insalubrité des habitations, la mauvaise nourriture, le travail sédentaire dans des ateliers trop peu aérés, etc. Les sujets placés dans de pareilles conditions ressemblent aux vieillards chez lesquels, même sous notre climat, la pneumonie s’accommode quelquefois assez bien de l’emploi des spiritueux à faible dose. Mais l’usage de l’alcool dans les phlegmasies thoraciques produirait des effets très-fâcheux chez nos robustes vignerons qui, le plus
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souvent, contractent la pneumonie par des refroidissements éprouvés à la suite d’excès alcooliques. Chez eux, la saignée et la diète réussissent à merveille, et l’alcool serait évidemment très-nuisible. J’ai traité ailleurs cette question longuement (1).
Je pourrais faire les mômes observations sur le traitement des plaies par l’alcôol. L’infection purulente est presque inconnue au milieu de l’air vif et pur de nos montagnes. Les plaies y guérissent généralement très-bien avec l’emploi des topiques gras et adoucissants.
§ 2. Emploi hygiénique.
Les boissons spiritueuses peuvent être utiles toutes les fois que l’homme se trouve dans des conditions telles que les forces vitales ont besoin d'une stimulation artificielle, toutes les fois qu’il séjourne dans un milieu où son organisation est soumise à des causes débilitantes.
Réduites au seul rôle hygiénique qu’elles doivent remplir, employées à relever les forces d’un estomac affaibli, et non à produire une excitation nuisible, appelées au secours de l’homme pour l’aider à réagir contre les influences pernicieuses de certains climats et de certaines professions, les boissons spiritueuses sont une ressource précieuse pour l’humanité;
(f) Bergeret, Mém. sur le traitement de la pneumonie (Bulletin de la Société de médecine de Besançon, 1867-1868).
Les convalescents, épuisés par de longues et douloureuses maladies, ayant le pouls faible, les extrémités froides, la.face pâle, l’estomac paresseux, sentent la chaleur vitale se ranimer en eux sous l’influence d’un vin généreux pris avec beaucoup de mesure. J’ai vu des exemples frappants de cet heureux effet chez des sujets que des fièvres putrides graves et prolongées avaienl plongés dans le dernier degré de la faiblesse et du marasme.
Les vieillards, dont le sang est refroidi par les années, se trouvent quelquefois bien d’une petite quantité de bon vin.
Les enfants aux lèvres grosses, au nez épaté, à la figure bouffie, dont le cou est le siège d’une tumeur goitreuse ou d’engorgements glandulaires, s’accommodent parfaitement d’une stimulation artificielle empruntée à un usage modéré des boissons alcooliques.
Il en est de même des adultes d’un tempérament lymphatique, à chairs molles, flasques, aux mouvements lents et engourdis.
J’en dirai autantde ces jeunes filles de 15 ans, aux pâles couleurs, chez lesquelles il faut aviver le feu vital un instant assoupi. Mais il ne faut pas oublier que, dans ces frêles organisations, tous les tissus, les membranes intérieures surtout, sont d’une ténuité, d’une délicatesse extrêmes, et que les excitants y allument facilement des inflammations redoutables. J’ai vu un grand nombre d’entre elles être victimes de l’usage un peu copieux des toniques,
UTILES, SI MODÉRÉMENT
des excitants, qui provoquaient des gastro-entérites d’une intensité quelquefois inquiétante.
De même pour l’habitant des pays marécageux, où un air constamment chargé d’humidité relâche profondément la fibre vivante, en même temps que des émanations délétères engendrent ces fièvres intermittentes si rebelles qui plongent le corps humain dans l’atonie et la bouffissure.
J’en dirai autant des pays du Nord où, pendant les rigueurs d’un long hiver, l’intensité du froid glace le sang dans les veines, engourdit les forces vitales et rend très-utile l’usage prudent d’un stimulant qui, circulant partout avec le sang, réagit contre le froid extérieur en faisant rayonner du centre à la surface du corps la chaleur artificielle qu’il provoque.
Sous les tropiques, lorsque la chaleur est tellement forte quelle épuise par des sueurs surabondantes et énerve le corps, on se trouve quelquefois bien d’user d’une faible quantité de boisson spiritueuse.
Toutes les fois que l’homme, sans être soumis à des Causes particulières d’affaiblissement, a besoin d’un déploiement de force extraordinaire, il peut emprunter ce surcroît d’énergie à une quantité modérée de boisson alcoolique. Telle est la position du soldat qui va se livrer à des manœuvres pénibles, à des marches forcées, ou qui veut s’animer en un jour de bataille ; il en est de même du manœuvre et du portefaix qui ont à soulever d’énormes fardeaux, du chasseur qui fait souvent une dépense énorme de force musculaire, de l’artisan et du culti-
ACTION PHYSIOLOGIQUE
valeur dont les travaux sont quelquefois si pénibles.
A quels signes peut-on reconnaître que, dans l’usage des boissons spiritueuses, on ne passe pas la limite qui sépare la modération de l’abus? On en est sûr quand aucune des fonctions vitales n’est surexcitée ni troublée, et que les nerfs restent calmes.
Ainsi restreint, leur emploi offre une utilité incontestable. Malheureusement les limites de la modération sont aisément franchies, et l’abus des liqueurs alcooliques devient une source de maux d’autant plus pernicieux que c’est par des sensations agréables que commence à se manifester leur action.