LA ICONE
d'amertume et de puissance; elle aurait voulu désespérer le vicomte et le pousser presque au suicide.
Après une soirée des plus maussades, elle se coucha.
— Oh! pensait-elle en cachant sa têtesous les couvertures; quelle humiliation! Être si peu de chose dans le cœur, dans la vie d'un homme... J'ai hien mérité ce qui m'arrive... Théodore, lui, n'était point comme cela... Pauvre femme!... Mon Dieu! que j'étais folle!
Et, baignée dans ses larmes, elle s'endormit. Son sommeil était convulsif, agité de rêves pénibles et sinistres.
Tout à coup elle s'éveille : un bruit étrange venait de se faire entendre.
L'obscurité règne dant sa chambre :1a veilleuse d'albâtre s'est éteinte, par hasard sans doule.
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Madame Belmare s'accoude sur un bras, elle regarde dans les ténèbres, elle écoute.
Soudain une lueur rouge et brillante frappe ses yeux ; mais cette lueur disparaît aussitôt.
Madame Belmare pousse un cri ; elle veut saisir le cordon de sa sonnette...
A l'instant même plusieurs mains Fétreignent ; on lui met un bandeau sur les yeux , un bâillon sur la boucbe ; on l'enlève de son lit, on remporte.
La fenêtre était toute grande ouverte, et le vent, qui soufflait du dehors, soulevait les rideaux avec un bruit lugubre.
Soudain un coup de sifflet se fait entendre ; puis, le roulement d'une voiture retentit dans la rue.
Madame Belmare veut crier; mais le bâillon presse sa bouche : elle essaie vainement d'arracher ce bâillon ; on lui attache les mains
l'alcôve. L13
derrière le dos. Ses ravisseurs sont au nombre de quatre ; leur visage est noirci ; leur costume est sombre ; ils ne disent point une parole.
Bientôt madame Belmare se trouve assise dans une voiture ; ses yeux sont toujours voilés d'un bandeau : elle ne peut voir les personnes qui l'entourent.
— En route ! dit une voix sourde et brève. Vous savez où, cocher... vite!
Le cocher, pour toute réponse, applique un vigoureux coup de fouet a ses chevaux : la voiture part comme une flèche.
C'est une course longue et ténébreuse, muette. Madame Belmare grelotte, enveloppée d'une pelisse ; mais elle tremble moins de froid que de frayeur. Enfin, après une heure de course vagabonde à travers les rues noires et tortueuses, la voiture s'arr adame Belmare sent des mains robustes qui l'emportent; elle n'essaie pas morne d'opposer
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la moindre résistance : elle demeure immobile et froide , inerte comme un cadavre.
Un marteau résonne contre une porte :
elle s'ouvre. Puis les quatre ravisseurs de madame Belmare la prennent et la montent dans un escalier tournant.
Un quart-d'heure environ se passe. Madame Belmare, presque évanouie, conserve la même immobilité. Enfin une secousse, une impression de froid la réveille : on venait sans doute de lui jeter de l'eau au visage. Ses mains sont libres ; elle se lève sur son séant, elle regarde : le bandeau qui voilait ses yeux vient d'être enlevé.
Un tribunal secret
Madame Belmare était sur un lit ; on avait détaché son bâillon.
— Oùsuis-je? dit-elle avec une profonde terreur. Ayez pitié de moi !
Elle regarde partout autour d'elle : déjà
la chambre ét;àt déserte, à demi plongée dans les ténèbres ; une veilleuse brûlait , terne et vacillante, sur l'angle de la cheminée, et ne répandait qu'une lueur blafarde .
— Mon Dieu ! s'écrie convulsivement madame Belmare. Où suis-je? c'est donc un rêve?
— Non! ce n'est point un rêve... répond une voix sourde : c'est la réalité ! c'est la vengeance ! . . .
Madame Belmare a cru reconnaître cette voix; elle regarde : une ombre, une forme humaine se dresse devant elle.
— Lui ! lui ! dit madame Belmare.
Mais aussitôt la lampe de nuit s'éteint : c'est une obscurité profonde. Madame Belmare terrifiée appelle au secours ; elle veut s'élancer hors de son lit : une main l'y retient.
— Madame, voici mon tour, dit une voix amère et sardonique.
— Ah ! c'est vous ! vous, Théodore ! . . .
— C'est moi !
— Mais que voulez-vous faire ? Ah!
pitié ! . . .
— Pitié! pitié, Madame ! Avez-vous eu pitié de moi ? ... Je vous aimais ! . . .
— Monsieur, je suis une pauvre femme, faible et sans défense... Vous n'abuserez pas de votre force...
— Ma force! ah! vous la reconnaissez donc maintenant, Madame? mais ii n'est plus temps! Tenez, je vous hais du fond de mon àme ! . . . Vous savez combien je vous aimais, n'est-ce pas? Eh bien ! mon amour najamais été aussi grand que ma haine !
— Mon Dieu 1... je suis perdue ! Que
faire?...
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— Il faut vous résigner, Madame, c'est aujourd'hui la veiigeancç!.M Vous allez me rendre compte enfin!... Oh I si vous saviez tout le mal que vous m'avez fait ! Pour vous je suis homicide , pour vous j'ai brisé le plus noble des cœurs... Mais aujourd'hui, vengeance ! vengeance !
—-Théodore, vous n'êtes pas cruel... pourquoi me parler ainsi ? pourquoi ces horribles menaces ?
— Parce que je vous hais, Madame ! parce que la vie m'eût été quelque chose d'atroce, si je n'avais pas réussi à me venger !... Mais je vous tiens... Vous êtes là, là, en mon pouvoir !
-- Qu'allez- vous faire , mon Dieu!
— Je ne sais pas encore, Madame... mais rien nepeutm'arrêter : il n'y a plus ni pitié, ni miséricorde au fond de mon cœur ! je veux enfin vous empêcher de nuire. Vous êtes