I3U LEST OU.F.S NUITS
sage. Je ne veux pas ! Je ne veux pas, vous dls-je !
— Faites ! dit solennellement le juge au personnage quisemblait chargé de l'office du bourreau.
Alors ce dernier étendit sur une petite table de marbre son masque noir, et répandit à l'intérieur quelques gouttes du liquide renfermé dans la fiole.
Puis il frappa du pied.
Aussitôt un homme habillé de rouge, la figure noircie , entra lourdement , dans la chambre, et demanda dune grosse voix ce qu'il y avait à faire.
— Attachez les mains de cette femme, dit le bourreau. Maintenez-la fortement de façon qu'elle ne puisse bouger. Prenez-y garde ! la moindre secousse, le moindre dérangement empêcherait l'exécution.
Chose étrange ! celui qui parlait de la sorte
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et qui devait remplir les horribles l'onction* de bourreau , celui - là s'exprimait avec douceur; sa voix était presque féminine et profondément émue.
Déjà l'homme rouge avait saisi madame Belmare ; il lui étreignait les deux mains dans ses deux grosses mains rouges et violentes.
— Non ! laissez-moi ! cria-t-elle en faisant des efforts inouis pour échapper à l'étreinte de cet homme. Vous m'égorgerez plutôt... je ne me laisserai pas faire... je résiste!...
Mais la malheureuse était bien contrainte de céder : ses mains frêles et délicates étaient comme broyées dans un étau.
— Allons , ne tardons plus ! dit le juge. Que la sentence soit exécutée.
Aussitôt madame Belmare sent quelque chose de froid et de visqueux se coller sur ses joues. Eile pousse un cri désespéré : elle se
132 LES FOLLES NUITS. — L'aLCÔVE.
dresse et lutte avec rage ; elle essaie en se roulant de Taire tomber ce masque ; mais ses efforts demeurent inutiles : une main lourde s'appuie contre son visage , et maintient l'appareil.
Madame Belmare jette des cris perçants : elle s'évanouit.
Le miroir.
Quand madame Belmare reprend l'usage de ses sens, elle se trouve plongée dans une obscurité compiète, elle crie, elle appelle : aucune réponse.
D'abord, elle ne peut comprendre ce qui
vient de se passer ; c'est pour elle comme un cauchemar, comme une vision. Mais peu à peu ses idées se débrouillent ; une lueur sinistre a passé dans son esprit.
— Quoi! dit-elle. Quoi! serait-il vrai?... Non , c'est impossible, ce serait trop de cruauté !
Cependant elle ne peut douter encore :
d'ailleurs, ses mains sont fortement attachées derrière son dos; elle sent des brûlures à son visage , quelque chose d'humide et de gluant contre ses joues.
— Ah ! malheureuse ! s'écrie-t-elle d'une voix déchirante. C'en est fait : je ne suis plus qu'un objet d'horreur!... Que devenir?... mon Dieu ! mon Dieu !
Et ses gémissements éclatent avec plus de force; des spasmes nerveux l'agitent.
— Quelle vengeance ! murmure-t-elle.