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LE RYTHME TEMPOREL DE LA PROSE

les unes sur les autres. A l'intérieur de ces propositions, les syllabes qui en poésie seraient aptes à recevoir l'accent de durée, ne l'emportent sur les suivantes que de quelques centièmes de seconde, et leur relief, par conséquent, passe pour ainsi dire inaperçu. On peut rencontrer six, huit, dix syllabes prises dans la même progression temporelle et articulées sans difficulté, ce qui n'arrive point dans le vers. Il n'y a de groupes rythmiques d'étendue restreinte que ceux qui sont isolés entre deux fortes ponctuations. Mais tout ce développement demande des exemples. Ils sont aisés à fournir.

Les groupes rythmiques de moins de cinq syllabes, disons-nous, sont rares. Voici, en effet, ce que nous notons : sont failles) à plat ÇÇ. E) — - et franco (C E G) — par contre (C E G) — néanmoins (G E G) — à'une (G). Partout ailleurs les formations sont loin d'être aussi réduites.

Veut-on des successions inconnues au vers ? Nous en citerons deux que nous commenterons. La première est celle-ci que nous empruntons au sujet E :

il y aura lieu de conserver un spécimen de chacune d'elles pour permettre aux souscripteurs de continuer leur choix... / // 0 ra lyœ dœ ko ser ve rœ spe si ntèn dœ m hi nier) dé IÇœ) pntr per 18 II 18 18 14 14 21 14 20 15 17 22 24 *'26 17 16

me

trô

sus

l;rip

ko

ti

mue

(wa

{Prospectus.)

28 syllabes ont été prononcées, séparées par un silence à la seizième. De la seconde à la dernière, elles n'ont entre elles qu'une différence de i6'% si l'on ne tient pas compte de la première, composée d'une voyelle.

Ge qui frappe surtout, c'est le. fait qu'un certain nombre d'accroissements de durée ne sont dus qu'au nombre des articulations qui composent les syllabes ; on notera de même le peu de valeur des brèves et aussi l'insignifiance des temps marqués^ sauf à la seizième et à la vingt-huitième place, quoique ces derniers allongements encore n'atteignent pas la longueur 'moyenne de ceux que nous avons rencontrés dans la poésie : dans l'ensemble cependant ces accents constituent l'embryon d'un rythme analogue à celui du vers. Quant au second exemple, il nous sera fourni par le sujet G :

en priant les adhérents d'attendre le prochain envoi de gravures...

à pri yâ le :{a de rà da ta dr(as) lœ pro (è rià vwa dQe) gra vilr

1% 16 is is 14 16 14 12 20 10 16

na

Il y a ici une succession de huit brèves. Dans une inscription que je n'ai pas conservée du portrait de Charles XII par Voltaire, j'en ai rencontré treize consécutives, sans aucun accident intérieur.

Mais que l'on prenne un ton solennel pour déclamer le prospectus dont il s'agit. Il y aura sans doute contresens, car il ne réclame pas l'expression qu'on lui accorderait ainsi. Du moins verrons-nous apparaître des sectionnements plus rapprochés, des divisions plus menues, et des longues plus longues, comme dans les courtes phrases qui terminent notre précédent chapitre. Le deuxième exemple cité se couperait alors comme suit :

en priant — les adhérents — d'attendre — le prochain envoi — de gravures...

et nous retrouverions ainsi les pieds rythmiques que nous avons constatés dans le vers.

LoTE. — L'alexandrin.

Nous les retrouvons en effet toutes les fois que nous sortons des conditions de la conversation journalière et que nous élevons notre style, car la lecture d'un fait divers de journal ne réclatue pas la même tension oratoire qu'un discours de Mirabeau. On pourrait apporter toute une collection de textes en prose où l'on verrait le rythme, dans un accord convenable du sens et du ton qu'il comporte, s'élever par degrés jusqu'à son état le plus parfait par suite de la disparition progressive des lignes invertébrées dont nous parlions plus haut. Il conviendra du moins de prendre un exemple où se découvre le dernier terme de l'évolution dont il s'agit : ce sera le début de l'oraison funèbre d'Henriette de France. Le tracé ', qui remonte à 1903, ne contient qu'un petit nombre de syllabes, à cause de l'exiguïté du cylindre dont nous disposions alors. Il suffit^ cependant pour faire la preuve de ce que nous avançons :

Celui qui règne dans les cieux et de qui relèvent tous les empires... Sœ hi'i ki rè 7j{a') dâ le syœ e dœ ki rœ le v(^œ) lu le ;^â pi nv 26 54 23 34 26 19 66 II 15 50 20 59 20 18 30 50 23

Ce sont ici les mêmes membres métriques que dans les vers, les mêmes accents temporels, le même sectionnement par courts fragments ; nous sommes au point où le rythme de la prose rejoint celui de la poésie : c'est donc la majesté et la lenteur du discours qui déterminent le nombre et l'importance des points d'appui que la voix exige.

Est-ce à dire pourtant que prose et vers soient semblables ? Non point : il reste que les vers, par suite de l'ampleur expressive qui leur est inhérente, n'admettent jamais les pieds de huit syllabes et au delà, ou, si Ton aime mieux, ils répugnent aux successions qui atteignent ou dépassent sept brèves et qui sont fréquentes dans la prose familière. Déjà les membres de six syllabes sont rares, et on les rencontre seulement quand il s'agit de produire un effet de simplicité, mais alors le vers en paraît plat, tant il est vrai que la poésie n'existe que par les éventualités du rythme qu'elle représente. On ne peut donner le nom d'alexandrin à un groupement comme celui-ci :

L'administration de l'enregistrement,

ni à cet autre que M. Monval découvrait naguère à la fin d'un palmarès :

La rentrée est fixée au lundi trois octobre,

ni à certains vers de théâtre comme on en rencontre chez M. Rostand, non plus qu'à un grand nombre de ceux qu'écrivit Coppée. 11 en est de même quand la structure grammaticale de la phrase exclut la possibilité d'accents nécessaires. Il y a quelques exemples de ce dernier phénomène dans les textes que nous avons enregistrés, et nous pouvons citer celui-ci :

Si je t'ai fait parler, si j'ai voulu t'entendre...

Si jœ te je par lé si je tm lu ta ta âne

(Bcr., 3 C.)

Le rythme n'est pas assez net, malgré les subterfuges du sujet pour l'établir. On peut en dire autant de ce vers de Corneille :

Je suis romaine, hélas ! puisque mon époux l'est,

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