LES CONDITIONS D UN BON RYTHME IO
corrigé heureusement par l'auteur, mais sans doute pour d'autres raisons, de la façon suivante :
Je suis romaine, hélas ! puisqu'Horace est romain.
Déjà Ackermann en 1843 considérait que tout pied de cinq ou six syllabes appartient à la prose, et Tisseur est du même avis. Cette discussion nous amène cependant à formuler toute une nouvelle série d'observations.
L'on vient de voir que les vers où les longues n'apparaissent qu'à des intervalles éloignés sont d'un rythme insuffisant. Ceux au contraire où les accents sont trop rapprochés ne satisfont pas davantage. Sans parier du vers à pieds monosyllabiques nombreux, tels que celui-ci :
Tel Satan à travers vaux, monts, rocs, bois, lacs, prés, (^^^0
où l'harmonie est déplorable, un système d'iambes consécutifs donne l'impression d'un mouvement pressé, sautillant et saccadé. Cette formation doit être évitée par le poète à moins qu'il ne veuille produire un eiïet déterminé, et c'est avec raison que Clair Tisseur ■ condamnait cet alexandrin de Hugo :
Dissout le mal, le deuil, l'hiver, la nuit, l'envie.
Il outrage en effet l'oreille. On peut louer celui-ci :
Après des feux, des cieux, des cieux, des cieux, des cieux, (XVIII)
parce qu'il rend parfaitement l'infini de la voûte éthérée, et la course éperdue du Satyre, mais en voici une autre qui est pénible :
J'ai tout, le temps, l'esprit, hier, aujourd'hui, demain. (^I^)
Un alexandrin de six accents et au delà, sauf effet à produire, est donc déplaisant et dur, et nous avons vu comment la déclamation, en modifiant les pieds monosyllabiques consécutifs, arrive à réduire le nombre des temps marqués. On peut dire toutefois qu'un tel vers est d'une accommodation facile toutes les fois qu'il ne renferme pas une suite de plusieurs groupes iambiques, par exemple quand il est conforme à ce type :
Bois, prés, fontaines, fleurs, qui voyez mon teint blême, (^")
car la diction lui fait perdre sans effort tout ce qu'il peut avoir de blessant. Il n'y a nulle inharmonie dans les alexandrins de cinq accents, et celui-ci est pleinement satisfaisant :
Porte, porte, chez lui cette mâle assurance... (Ciii., I.)
Quant à l'argument que l'on pourrait invoquer contre ces remarques, du fait que la déclamation, grâce aux accidents secondaires et oratoires, introduit parfois un mouvement iambique où le texte n'en comporte pas, il ne saurait être valable. S'il s'agit d'un effet opportun, alors la transformation est légitime; mais très peu de vers, peu d'hémistiches présentent cette ondulation uniforme; souvent les allongements sont si médiocres qu'ils disparaissent au jugement de l'oreille devant les longues principales qui correspondent aux coupes de sens importantes; quant aux accidents oratoires, bien qu'ils soient un repos pour la voix, ils n'ont point le caractère d'un temps marqué ordinaire, et notre sentiment ne s'y trompe point.
Parmi les autres combinaisons rythmiques enfin, celles de quatre et de trois accents sont toutes bonnes, pourvu que ces accents soient conve-