‹ L'alexandrin d'apres la phonétique expérimentaleChapitre 108 sur 250 · XXI P · texte numérisé non relu

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Le premier cas est d'autant plus notable que l'on constate dans chaque groupe la présence d'un accent secondaire, sauf dans le groupe médian à la place de la césure ; mais ceci n'a rien de bien surprenant, puisque le diseur a surtout en vue, bien plus que tel mot particulier, le membre métrique et le temps marqué qui termine ce membre métrique. Il reste cependant que, dans les deux alexandrins cités, la majeure partie des sujets fait subir un léger allongement à la seconde syllabe de chaque pied, et par conséquent à la sixième du vers, mais la cause en est dans la constitution même de ces péons : si dans chacun d'eux un mot important ne s'achevait pas à la seconde place, l'allongement en question ne se produirait pas '. Disons donc que la présence d'un faible accent à la césure ne caractérise pas le vers romantique.

Le fait le plus intéressant que révèle notre enquête est cependant le suivant. Le ternaire, malgré l'intention de ses créateurs, a rendu possible et, pourrait-on dire, fatale, une déclamation qui s'étendrait à toutes sortes d'alexandrins, sans préoccupation de la syllabe où tomberait le temps marqué. Sans vouloir empiéter sur les discussions qui ont trait à la césure et qui feront l'objet d'un chapitre spécial, on peut signaler que le vers classique connaît lui aussi dans la diction contemporaine, qui n'est point celle du xvir et du xviii'^ siècle, une sixième syllabe réduite à supporter, non plus le « frappé » du membre rythmique, mais un simple accent secondaire :

D'un héros qui n'est point esclave de sa foi.

Dœ e râ ki ne pwè tes kla v(œ^ dœ sa Jïua ^ 19 19 62 14 14 36 23 59 15 15 ' 15 73

{Andr., 16 A.)

1 . Il n'apparaît d'ailleurs pas régulièrement, même quand les conditions sont les plus favorables, comme le montrent les deux exemples qui précèdent.

2. L'exemple est très caractéristique, car la 6<: syllabe n'est affectée d'aucun accent musical, ce qui prouve qu'il n'y a pas eu coupe efTective.

Plus encore : la syllabe médiane peut être une simple brève. Il ne s'agit point ici seulement de la combinaison dans laquelle deux longues se trouvent en conflit, l'une à la sixième, l'autre à la septième place, de telle sorte que la première se subordonne à la seconde. Le phénomène est bien autrement saisissant : il arrive tout simplement que la césure n'est plus considérée comme le point qui doit, d'une façon constante et immuable, recevoir l'accent :

A ne te laisser point ta fuite en ton pouvoir.

fw le se pwè ta fwit à lô ptt vivàr

(Ci-//.,I,6J.)

Ta mort emportera mon âme vers la tienne. Ta mor à por tœ ra mô nâ iii(a') 18 31 16 21 17 20 21 40

ver

la

tyè

(ib., 12 R.)

Sans doute la coupe traditionnelle se maintient dans un certain nombre d'exemples. Mais la plupart des sujets, ou même tous, avec, il est vrai, des variations qui se manifestent au gré des vers, ne sentent pas la nécessité de conserver au vers classique, partout et toujours, la forme que lui assignent les théoriciens.

La raison s'en découvre aisément. L'alexandrin romantique, malgré la volonté de ses créateurs, a enseigné que rien ne pourrait prédominer sur le sens. Il a montré que l'accent de la phrase régnait sans partage, et, par la force même des choses, le temps marqué refusa désormais de s'arrêter aux places fixes où l'on prétendait le contraindre. Qu'en est-il résulté ? Tout naturellement que ce qui semblait bon pour certaines constructions métriques s'est étendu aux autres, que l'alexandrin classique a marché hardiment sur la route qui lui était ouverte. S'il y a une forte suspension de sens à la sixième syllabe, dans le vers classique comme dans le vers romantique, il y a terminaison de pied et par conséquent longue. Si au contraire la suspension n'est qu'apparente, si la voix ne peut s'y maintenir que d'une manière factice et si des syllabes placées en deçà ou au delà offrent un arrêt plus con^venable, qu'importent les décisions des poètes et des grammairiens ? La voix passe outre, de telle sorte qu'on aboutit à cette conclusion nécessaire : il n'y a plus aujourd'hui aucune différence essentielle et de principe entre l'alexandrin romantique et l'alexandrin classique, tout au moins au point de vue de la durée, le seul que nous ayons examiné jusqu'ici. Ce sont les mêmes groupes rythmiques, les mêmes combinaisons de brèves et de longues, et la place de l'accent n'y est soumise à aucune limitation.

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